‹ Gargantua dans les traditions populairesChapitre 36 sur 103 · GARGANTUA EN POITOU · texte numérisé non relu

GARGANTUA EN POITOU

donne le vulgaire, et qu'en tout cas il est postérieur à Rabelais (i).

La Société des Antiquaires de l'Ouest ne con natt, près de la ville de Poitiers, que le dolmen connu, non sous la dénomination de Pierre-de> Gargantua, mais sous le nom devenu célèbre de Pierre levée de Poitiers. Voici conmient en parle Rabelais :

a Ainsi croissoit Pantagruel de jour en jour, et prouffitoit à veu d'œil, dont son père s'esjouissoit

par affection naturelle De faict, vint à Poictiers

pour estudier et prof&ta beaucoup, auquel lieu voyant que les escoliers estoyent auculnesfois de loysir et ne sçavoient à quoy passer temps, en eut compassion. Et un jour print d'un grand rochier qu'on nomme Passe-Lourdin une grosse roche, ayant environ douze toizes en quarré, et d'espesseur quatorze pans, et la mist sur quatre pilliers au milieu d'un champ bien à son ayse, affîn que lesdictz escoliers, quand ils ne sçauroyent aultre chose faire, passassent temps à monter sur ladicte pierre, et là à banqueter à force flacons, jam-

(z) La pierre levée de Poitiers est attribuée à Milnslne par J • BÀhiiet, Mélunne; Gtoffroy la grand dent. Légendes PoiUvines, Broch. in-8«.

bons et postez et escripre leurs noms dessus avec un couteau et de présent Tappelle-t-on la Pierre-Levée. Et en mémoire de ce, n'est aujourd'hui passé aulcun en la matricule de ladicte Université de Poictiers, sinon qu'il ait bu en la fontaine Caballine de Croustelles, passé à Passe-Lourdin et monté sur la Pierre-Levée. »

(Pantagruel, ch. V).

« On voit que tout ami qu'il était de son Gargantua, Rabelais lui-même n'a point appelé Pierre de Gargantua notre antique dolmen. En cela, il respectait la tradition qui, en parlant des antiquités qui se rencontrent partout à Poitiers, avait dit dès longtemps dans ce vieux langage poitevin dont on aime à garder souvenance :

« Sy voit incor ine Pearre leuie

« Et nul ne peut se vonty d'estre fin

« Sans y grauy son nom et sa, ponsie,

« PPally di qui dret à Passe-Lourdin. »

(Mangon de la Lande, Quelques observations sur les Monuments antiques de Poitiers dans les Mémoires de la Société des Ant, de France^ 2« série, t. IV, p. 38-39).

« Les berges escarpées de la Creuse, à Saint- Rémi-sur-Creuse (Vienne), contiennent plusieurs souterrains et cavernes creusés dans le roc. L*une

de ces grottes, dans laquelle ont été trouvés divers instruments en silex taillés, est en partie couverte par une roche que sa position et sa forme singulière ont fait nommer Pàkt-de^Gargantua, »

(Sociili des Antiquaires de POuest, 1879, p. 484).

n existe dans la vallée de la Sèvre, à trois kilomètres de Saint-Maixent, au-dessus de la route de Saint-Maixentà la Motte Saint Heraye et du chemin de fer de Niort à Poitiers, un gros mamelon arrondi appelle Ètron de Gargantua, Quelque effort que j'aie fait pour y relever une légende, je n'ai pu y parvenir.

■ (Communiqué par M. Léo Desannï).

M. B. Souche, instituteur à Pamproux, a été plus heureux. « On m'a appris, m'écrit-il, que pour produire l'Étron qui porte son nom près de NanteuU, Gargantua avait un pied dans le Monta!, île de la Sèvre, près de Palu, et l'autre sur Pèss* Marin, coteau situé près de Nanteuil. »

GARGANTUA ET SAIKTB ICACRINE

NE légende chère aux maraichins nous montre sainte Macrine fuyant devant Gargantua, montée sur une mule ferrée à

l'envers. La bête, harassée de fatigue, s'arrête dans l'ile de Magné, près d'un champ où des paysans sèment de Tavoine. Macrine, se fiant en la miséricorde divine, les prie de dire à tout venant qu'elle a passé le jour où ils mettaient leur grain en terre.

<c Grand étonnement des laboureurs, en trouvant le lendemain leur avoine mûre; ils reconnaissent à ses œuvres l'envoyée du Seigneur, et, quand survient Gargantua, ils se hâtent de lui apprendre que l'avoine n'était pas née lors du passage de la sainte.

« Le géant abandonne la poursuite, mais avant de revenir sur ses pas, il nettoie ses sabots; alors le tertre de la Garette et celui où s'éleva depuis la chapelle de Macrine, apparaissent pour la première fois au-dessus de la vallée. »

(L. Desaivre, p. 2).

D'aprèi M. Desaivre, dont j'ai cité textuellement le rédt, It miracle des avoines^ attribué à sainte Radegonde, et dont il n'est point fkit mention avant le xn* siècle, parait emprunté à la sainte de Magné, sans doute à peu prés contemporaine de la dernière évangélisation des Gaules. Sauf l'épisode de U mule ferrée à rebours, la substitution de Qotaire à Gaigantna et le nettoyage des sabots, la légende de saints Radegonde (cf. Th. de Bussière, Histoire d* saintt Radegonde, rtint, et di la Com de

Neusirie. Paris, 1850, grand in-8<>, introduction) est exactement semblable à celle de Gargantua et de sainte Macrine.

La cbapelle de sainte Macrine, dit M. Desaivre, 8*èlëye à quelques kilomètres de Kiort, sur le sommet d'une colline que kt Sèvre entoure de ses eaux.

L'épisode de la boue des sabots se retrouve ailleurs qu'en Poitou, notamment à Chalautre-la-Grande (Seine-et-Marne), p. 214 (cf. Bourquelot). La mule ferrée à l'envers a son similaire dans un épisode légendaire de la vie d'Anne de Bretagne. Cf. mes TraditioHS et SupersHiûms, 1. 1, p. 349.

La légende qui suit, recueillie par M. Hugues Imbert, et citée par M. Desaivre, fidt mention et de l'appétit formidable de Gargantua et du nettoyage de ses sabots.

liOENDE DE LA BUTTE DE KONTCOUÉ, PRÂS THOUARS

[ARGANTUA en grand appétit, non loin du gué de Ligaine, avale six bœufs avec la charrette chargée d'épines à laquelle ils

sont attelés, sans oublier le paysan qui les guide.

Après cet exploit, le géant s'endort comme une

brute qui en a trop pris.

« A son réveil, nettoyage des sabots ; l'un d'eux

produit la butte de Montcoué, puis, Gargantua se

lève, fait une enjambée en passant près d'Oiron et

de Montbrun, et secoue son autre sabot. La butte

de Tourtenay est aussitôt créée. »

M. Desaivre cite encore une tradition des bords de TArkanson (Vendée), fort analogue à celle de l'île de Magné. « Elle nous porte à croire , dit-il, que le Juif Errant est venu quelquefois prendre la place de Gargantua dans les traditions populaires. On remarquera qu'il n'existe point dans la légende chrétienne de tyipe plus en rapport avec le dieu celtique, toujours en marche comme Ahasvérus. C'est une substitution analogue à celles que j'ai déjà signalées, qu'explique suffisamment la présence d'une colonie juive dans la contrée, au lieu dit Nazareth. Jésus-Christ, poursuivi par le Juif-Errant, traverse un gué de l'Arkanson, près du petit village de Nazareth, et se dérobe à ses recherches en se cachant dans un champ où l'avoine vient de croître miraculeusement. » (P. 6, note i.)

J*ai entendu à Saint-Cast, par deux fois, une substitution plus explicite encore : on appelait Gargantua le Juif errant Gargantua. Cf. p. 14 et 117.

« Nous ne savons pas si on prenait dans une soupière analogue la bouillie qu'on versait dans la bouche de Gargantua avec des pelles à vanner, quand il dînait en Poitou (il s'agit de la soupière dtée par Bourqudot).

<c Le géant ayant eu grand soif, un jour qu'il s'était repu de cette bouillie, se £t conduire au bord de la mer et but longuement Peau salée. La colique le prit aussitôt.

<c I sais pas ce quH ai, dit-il, i crois quH ai avaU un musset (moucheron).

Cf. le conunentaire da conte n^ II, p. 34 et suiv.

« Un médecin ^appelé en toute hâte se transporta hco dolenti et découvrit dans Testomac un bateau chargé de poudre auquel il mit le feu.

« Gargantua fit alors un pet énorme et se sentît soulagé. »

(Desaivre, p. $. Il a recueilli cette légende de Uboucbe d*an domestique, qui la tenait d'un Gâtineau de la paroisse d'Alloués, canton de Secondigny.)

Une variante du repas à la bouillie : A un moment donné, la pelle qui verse la bouillie échappe au pourvoyeur et Gargantua l'avale sans s'en apercevoir.

Cependant il éprouve bientôt une sensation désagréable dans l'estomac et se met à dire : « Brassez, brassez o l'ématonne, » c'est-à-dire la bouillie forme de gros grumeaux.

{Communiqué par M. L, Desaivré). Cf. sur la pelle avalée le fingment n^ Il (Haute-Bretagne).

« Gargantua, assis sur le clocher de Fontenay, un pied sur la âëche de Niort et l'autre sur celle de Luçon, compissait aigrement les gens de la Rochelle. »

(Légende recueillie à Fontenay par M. FilUm, citée par Desaivre, p. $).

Cf. le commentaire du fragment n° IV (Haute-Bretagne). S II. — GARGANTUA EN VENDÉE

iN antiquaire de l'Ouest, très honorablement connu par ses travaux archéologiques, M. Ferdinand Baudry, s'était attaché à relever dans le département de la Vendée les traces que Gargantua avait laissées dans les noms de pays et dans les légendes; je ne puis mieux faire que de citer les passages où il a traité cette question, et dont je dois la communication à M. Desaivre :

<c Void ce que dit Cavoleau, Annuaire de Van Xlly p. 287, et Description de la Vendée^ p. 333, des peulvans de la commune d'Avrillé :

« A un kilomètre à Test du bourg, sur la grande route des Sables à Fontenay, il y en a trois parfaitement alignées, et à peu près de la

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