CHAPITRE I
teARGANTUA EN HAUTE-BRETAGNE S I, — POPULARITÉ DE GARGAmVA
rargantua est très connu en Haule-Bre- F tagne, et j'ai pu maintes fois constater sa ' populariliî. Son nom est d'un usage fréqueni, et il entre dans k composition de plusieurs proverbes.
On dit d'un homme de grand appétit qu'il H mange comme un Gargantua n ou « comme Gargantua, n « Quel Gargantual a s'écrie-t-on lorsqu'on voit quelqu'un manger d'une manière remarquable.
Qjtand un enfant est gounttand et que sa mère ne peut le rassasier, elle dit :
- Ma fa, i' U fai^ra vantiez (peut-être).
commi à Grantua, sipt hommes à li fourrer dans lu
goule I » (Andouillé et canton de Saint- Aubind'Aubigné). Grantua est une fonne contractée et corrompue de Gargantua. Vers Ercé, près Lifiré, existe un dicton analogue : a Tu es comme Grantua; € faudrait sept hommes pour faffourer (te donner de la nourriture). »
A Rennes et aux environs, on dit à un gourmand : « Tu es comme un Gargantua; il te faudrait un veau tout entier, quand il ne faut qu'une côtelette aux autres. »
Pour désigner un grand buveur, on assure qu'il « boit comme Gargantua. »
Lorsqu'un eafànt a les pieds très grands pour son âge, les cordoxmiers disent : ce II a un pied de Gargantua » (Matignon).
Presque tous les paysans auxquels j'ai parlé du célèbre géant le connaissaient au moins de nom ; plusieurs savaient, pour les avoir ouïes raomter à leurs anciens, quelques-unes de ses aventures. Us ne l'appellent pas toujours Gargantua; vers Ercé, je l'ai entendu nommer Grand-Tua, ou le Giand-Tuart, deux altérations par apocope de son nom le plus habituel.
Voici une petite anecdote qui prouve combien
sa réputation de voracité est établie à la campagne. D y a quelques années, le recteur de Plélan-le- Petit (Côtes-du-Nord) monta en chaire le dimanche gras, et il recommanda à ses ouailles de se modérer dans leurs plaisirs, à ce moment de Tannée où Ton fait volontiers ripaille.
— Amusez-vous, mes frères, leur disait-il; mangez si vous voulez, mais ne faites pas d'excès, n'en prenez pas comme le défunt Gargantua.
D'après quelques-uns de mes narrateurs, Gargantua ne serait pas un être purement imaginaire; il aurait existé à une certaine époque; l'une de mes meilleures conteuses, à qui je demandais pourquoi, sachant des légendes gargantuesques, elle ne me les avait pas racontées, me répondait :
— Gargantua n'est pas un conte, c'est une histoire; je croyais que vous ne vouliez que des contes.
S II. — UEUX AUXQUELS EST ATTACHÉ LE NOM DE GARGANTUA i
|L serait malaisé de dire à quelle époque les lieux qui portent maintenant le nom de Gargantua ont reçu cette désignation; comme ce sont pour la plupart des mégalithes
placés dans des endroits incultes, les anciennes chartes sont muettes à ce sujet ; quant aux rochers que le géant a parsemés, on ne les trouve indiqués que dans des titres ou des plans postérieurs à Rabelais.
Quoi qu'il en soit, il est incontestable qu'en pays gallot il n'est pas un autre nom de personnage qui soit plus firéquenmient attaché à des pierres énormes posées de main d'homme dans la campagne, placées sur le bord de la mer, ou même à des rochers naturels, remarquables par leur masse.
« A Saint-Just (Ille-et-Vilaine), les grosses pierres de la lande de Cojou furent jetées par Gargantua, qui les trouvait gênantes dans ses souliers, (i) »
( Gnillotin de Corson, Récits historiques, etc., p. 199).
« Les deux mille cailloux de quatre à sept mètres de haut qui parsèment la lande du Haut- Brambien, en Pluherlin (partie française du Mor-
(i) Les paragraphes gaillemetés sont empruntés à des livres : tout le reste est inédit et a été recueilli par moi ou mes correspondants.
bihan), sont des graviers que Gargantua secoua de ses souliers. »
(Violeau, Pilerinages du Morhihan^ p. 240).
« La Roche-Piquée, en Cournon (Morbihan irançais), est un grain de sable que Gargantua laissa tomber de son soulier. C'est un menhir haut de 5 mètres 20 centimètres, large de 4 mètres à la base et de 70 centimètres au sommet. Il est â côté de la Tablette de Cournon, double dolmen. »
(Ogée, article Cournon).
« Sur le bord de la route de Vannes, à quelques mètres de l'extrémité de la rue Lorois, à La Gacilly, se trouve la Roche-Piquée. On regarde dans le pays ce menhir conmie un grain de sable sorti des souliers de Gargantua. »
(Ducrest de Villeneuve, StatistiqMf p. 48).
« La pierre Bise, sur la lande de Langon (Illeet-Vilaine), déposée, dit-on, par Gargantua, près du village de la Mouchaye, près d'une lande, est un menhir ayant eu 2 mètres 50 centimètres d'élévation. On l'a fait tomber. »
( Guillotin de Corson , Société archéologique d'IlU-tt-Vilaine, t. XII, p. 3 ) .
Une grosse pierre placée à la porte de Tégiise de Gahard (Ille-et- Vilaine) est un gravier que Gargantua retira de ses souliers.
(Recueilli par Madame veune Guyot),
(c Dans la partie ouest de la commune de Mézières, parmi plusieurs blocs de quartzite, Von en voit un, assez considérable, appelé Pierre-aa- Mignon, situé dans la lande de ce nom. On raconte que Gargantua portait ce morceau de rocher dans sa poche pour se défendre des chiens incommodes lorsqu'il allait voir une fée de ses amies, qui habitait ces parages. »
(Danjon de la Garenne). — Cf. un épisode semblable dans le chapitre de Gargantua en Fendse,
« En la commune de Treillières , à trois lieues de Nantes, sur la lande de Pierre-Plate ou de la Ménardais, est un peulvan qui porte le nom de GaJoche-di-Gargantua, Des plateaux granitiques qui en sont voisins étaient ses palets, »
(Ogée, 2« édition. Article TreillUres),
Une pierre couchée, mais reposant sur d'autres, sorte de dolmen, près Saint-Aubin-d'Aubigné, est appelée Palet de Gargantua.
(Recueilli par M. Bij^y
Deux menhirs, l'un à Saint-Mirel, en Plenée- Jngon (Côtes-du-Nord), l'autre près le Pontgamp, en Plouguenast, sont les pierres à aiguiser du géant.
Le menhir de Saint-Samson, près Dinan, était, m'a-t-on assuré, appelé jadis Pierre de Gargantua ; mais U n'y a plus guère que les vieillards à le désigner ainsi.
« A 1,500 mètres du bourg de Saint-Jacutnlo- Mené (Côtes-du-Nord) est une pierre /^oj^, longue de 6 mètres 50 centimètres, épaisse de 3 mètres, haute de 3 mètres au-dessus du sol. Le dessus de cette pierre est complètement plat. On y remarque comme l'empreinte d'un pied d'homme. La légende raconte que Gargantua, monté sur cette pierre, fit un efibrt pour s'élancer sur une autre pierre, à trois kilomètres plus loin. Sous cet effort, son pied s'est gravé dans la pierre, ainsi que sur celle sur laquelle il venait de sauter; mais cette dernière, jusqu'à présent, est restée inconnue. »
(Emoul de la Chendière, p. 38).
« C'est en fyantant et en composant y pour nous servir des mots de Rabelais, que le géant forma le mont Gargan, à peu de distance de Nantes. »
(Boarquelot, p. 7).
Outre ce mont Gargan, il y a en Europe deux autres monts Gargan : l'un dans la Gipitanate (Italie)) le Mom Garganus des anciens, appelé plus ordinairement Monte di Sant-Angelo; l'autre en France, non loin de Rouen, qui a reçu les noms de Mont- Saint-Michel et de Mont-Saint- Ange (Idem, pp. 14- 1 S)-
U existe dans la commune de Bain, non loin du village du Frêne, deux mamelons assez élevés, très rapprochés l'un de l'autre, qui sont appelés dans le pays les Fesses de Gargantua. Les eaux qui sortent de ces collines forment l'étang de la Huais.
{Recueilli par M. A. Orain).
Il y a trente ans et plus existait, dans l'anse de Vigneux, à 300 mètres environ à l'est du menhir, la « Dent de Gargantua, » un dolmen que la mer recouvrait à chaque marée. H a été brisé par des carriers du voisinage, et il n'en reste plus aucune trace, si ce n'est quelques dépressions formant cuvettes dans la marne bleue de la grève, et indiquant l'emplacement des plus grosses pierres. Ce dolmen était appelé, par les gens du pays, le « Lit de Gargantua » ou mieux le « Bers (berceau) de Gargantua. »
{Communiqué par M. Lucien Decmnbe).
A Saint-Brieuc, j'ai visité une fontaine fort curieuse^ située dans un faubourg de la ville qu'on appelle le Fardel. Cette fontaine, appelée Fontaine de Saint-Brieuc, est sous un édicule qui ressemble au porche d'une église gothique. L'eau, assez abondante, s'en écoule par un canal creusé dans le granit et se déverse dans une auge monolithe, profonde et ronde, puis dans un dottet. Des femmes qui lavaient du linge au douet, et que j'interrogeai sur la destination de l'auge de pierre, me dirent que c'était la Cuiller de Gargantua, et qu'elles ne l'avaient jamais entendue nommer autrement. Et, en effet, le canal qui conduisait l'eau de la fontaine représentant le manche, cela donnait bien la figure d'une gigantesque ou gargantuesque cuiller à pot.
(Communiqué par M. Lu^el).
L'écuelle de Gargantua est un doué près du bourg de Gahard, qui est creusé dans une seule pierre; la fontaine qui l'alimente a, dit-on, quinze à dix-huit pieds de profondeur, et la source est grosse comme le bras ; on les appelle aussi la fontaine et le doué de Pisse-Chausson.
n y avait aussi autrefois prés de l'église une
lO GARGANTUA
grosse pierre avec laquelle on disait que Gargantua s'amusait à jouer au palet.
On raconte aussi à Gahard que le géant fut enterré dans les prés maigres qui sont au-dessous du bourg, vers la lisière de la forêt de Haute- Sève.
(fiâctmUi par Madmiu veuvê Guyti),
Uécuelle de Gargantua est une pierre creusée de I™ 7S et i« 90 de diamètre sur 0°» 75 de profondeur, de 0™ 75 d'épaisseur de rebords. Elle est placée auprès de la Fontaine du bas du Bourg de Gahard, dont le trop-plein se déverse par un tuyau dans cette pierre qui sert de lavoir. A côté se trouve une auge de même nature, mais à bords plus usés, c'est le « Verre de Gargantua.»
Ces pierres, de même que la fontaine, sont fort anciennes ; il est possible qu'elles aient été établies par les moines du Prieuré voisin qui étaient alors les sdgneurs du pays.
Une autre pierre devant l'élise, sur laquelle on dépose aujourd'hui les cercueils en attendant l'arrivée du prêtre, est un guàroi (gravier) que Gargantua, gêné dans sa marche, tire de son soU (soulier).
(Commtmiqui par M. Bétkr).
« Un menhir placé dans la grève de Saint- Snfiac est appelé la Dent de Gargantua; il est haut d'un mètre au-dessns du sol. »
(M>M de Cemy, p. xi). — Cf. aussi le conte de la Dmt de Gargamiua, p. 98.
M"» de Cemy, dans sa légende, dit avec tout le monde que la Dent de Gargantua est le menhir existant encore dans Panse de Vigneux, et que le gravier sorti du soulier du géant est le Rocher de Bizeux. Voici une variante que je viens de recueillir à Saint-Suliac. Le menhir de l'anse de Vigneux est le gravier de Gargantua et non pas sa dent, comme on le dit généralement ; la Dent de Gargantua est un autre menhir situé dans la commune de Saint-Suliac, près de la ferme de Chablé.
(Communiqué par M. Lucien Decomhe),
Dans la grève' de Saint-Malo, un rocher namrd se nomme aussi Dent de Gargantua. Les deux légendes qui se rattachent à ces pierres sont racontées ci-après.
Cf. la Dent de Gargantua et Gargantua d Dinard^ p. 90.
« La Qjienouille de la femme de Garganma se trouve à côté de Josselin; c'est un menhir de
6 mètres de haut; son Fuseau, autre menhir de S mètres 30 centimètres de haut, se voit à Loqueltas, sur la limite de la langue française et du breton, mais en pays bretonnant ; on les retrouve sur la lande de Lanvaux, près d'Auray. »
( Violeau, Pèlerinages du MorbihaHf p. 240).
Voilà déjà un grand nombre de mégalithes qui portent le nom de Gargantua ; mais il y en a sans doute qui ont été oubliés, soit qu'ils aient deux dénominations, soit que ceux qui se sont occupés des mégalithes aient négligé d'interroger les habitants du pays.
Dans le canton de Matignon et sur toute la côte qui Tavoisine, les souvenirs de Gargantua abondent; comme c'est le pays que je connais le mieux, et que c'est là que j'ai recueilli la plupart des légendes qu'on trouvera ci-après, je vais parler de tous les objets auxquels son nom est attaché.
Un menhir, haut de 2 mètres 92 centimètres, large de 40 centimètres, épais de 20 centimètres, qui se trouve auprès du fort la Latte, en la commune de Plévenon, est appelé par les habitants Bâton de Gargantua ; il est enfoncé dans un gros rocher qui lui sert de piédestal et dont l'un des
côtés est orné d'un bas-relief grossier représentant une croix au-dessus d'une sorte d'autel. Sur la partie plate de la pierre qui émerge du sol sont sculptés deux souliers, longs de 60 centimètres environ, pointus par le bout comme ceux des chevaliers, et à côté est l'empreinte d'un bout de canne carrée. C'est de là qu'il s'élança, dit-on» pour aller à Jersey.
(Cf. sur ce menhir les contes II, III et IV).
Sur un rocher à la lisière du bois du Meurtel, aussi en Plévenon, est l'empreinte d'un autre piedy que la tradition attribue aussi à Gargantua.
A la chapelle de Hirel, en Ruca, près Matignon, une statue grotesque, placée à la naissance de la couverture, est appelée Gargantua.
Une foule de rochers ont été jetés ou apportés^ parfois vomis par le géant.
A Saint-Cast, c'est lui qui est l'auteur des pointes de la Garde et du Bé, des rochers de la Feillâtre, de Becrond, des Bourdineaux, de la Basse à Chiambrée.
(Cf. les contes n^ II et III).
A Plévenon, c'est .lui qui jeta en pleine mer la Mât du Cap; à Saint-Jacut, l'ile Agot.
(Cf. les contes n»» VIII et XI).
A Plurîen, une pierre placée à Tembouchure de la petite rivière de la Bouche se pooiiue la Gravelle de Gargantua.
(Cf: le conte n» X).
Il déposa aussi Roche-Noire, près la pointe de Saint-Germain, en Matignon; Roche-Grise, près Qissoué, commune de Pléboulle ; les pierres sonnantes que Ton voit au-dessous du bois du Val, commune du Quildo.
(Cf. le conte n« I) .
A MouîUeret, dans la lîvière de TArgnenon, tout près de la houle du Longval, est marquée la canne de Gargantua, et l'on dit dans le pays que c'est la canne du Juif errant Gargantua; une autre de ses cannes est le rocher de Calenfri, dans la grève de Saint-Germain, près Matignon.
(Cf. le conte n« I).
Sur presque toute la côte de Saint-Malo à Erquy, c'est lui qui, d'après la tradition, a semé tous les rochers, remarquables par leurs formes ou par leur grandeur. En fiasse-Normandie, on lui attribue la formation de la montagne de Bes-
neville, et c'est lui qui aurait posé le Mont-Saint- Michel et Tombelaine.
(Cf. ci-«près Gttrgamiua en Normanàùf p. 149).
Dans les Grandes Chroniques de Gargantua, que ^usieurs auteurs attribuent à Rabelais, Grant- Gosier et GalemeUe, se disposant à passer la Manche sur les confins de la Normandie et de la Bretagne, prirent chacun sur leur tête le rocher qu'ils avaient apporté d'Orient et se mirent en la mer. « Et quant Grant-Gosier fut assez avant, il mist le sien sur la rive de la mer, lequel rochier est à présent appelé le Mont Sainct Michiel. Et nûst ledict Grant-Gosier la pointe contre mont, et le puis prouver par plusieurs michelets. Galemelle vouloit mettre le sien contre, mais Grant- Go^er dist qu'elle n'en feroit riens et que il falloit porter plus avant. Et est ledict rochier de présent appelé Tombelaine. »
La même légende se retrouve dans Thistoire d'Arthur, dans le Roman de Bmt.
Les rochers auxquels la tradition populaire rattache le nom de Gargantua ne sont pas les seules traces qu'il ait laissées en pays gaUot. C'est aussi
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lui qui fit couler plusieurs des rivières qui se jettent dans la Manche, et voici comment.
Un jour qu'il sortait d'un repas où il avait bu considérablement, il se mit à pisser si copieusement qu'il fit l'étang de Jugon, d'où sort la rivière de l'Arguenon, qui a son embouchure entre Saint-Cast et Saint-Jacut.
Une autre fois, il donna de la même manière naissance au Frémur, rivière qui se jette dans la baie de la Fresnaye.
{Reeueilli en j88o à Matignon).
Aux environs de Paimbœuf, on raconte que Gargantua, ayant un pied sur le clocher de Cordemais, l'autre sur celui de Frossay (ils sont séparés par la Loire), pissa la rade de Paimbœuf, qu'on appelle aussi la Goule-de-Mer. D'autres disent amplement qu'il s'asseyait sur le clocher de Paimbœuf.
(Communiqué par M. Auguste Bi:fjkr).
On peut rapprocher de la singuUère origine de ces rivières le passage suivant des Grandes Chroniques :
« Qjiant Gargantua eut faXcx ceste purge, s'en alla droia à Rouen, onquel lieu il beut bien
cinquante cacques de bière, et por cause que la bière estoit en grant quantité dedans son ventre, die commença à faire une opération ny plus ny moins que avoit faia le cistre, parquoy son povre petit ventre estoit bien malade. Et fut contraint Gargantua de destacher la martingalle de ses chausses et décliqua son povre broudier en telle manière et si merveilleuse impétuosité qu'il fist une petite rivière, laquelle on appelle de présent Robec, et y voit-on encores de merdya culis.
Toutesfois Gargantua leur fist un grant service, car à cause qu'il avoit tant beu de cistre et de bière, la rivière estoit bonne pour faire de bière. »
Dans Rabelais, il est également plusieurs fois question des « compisseries » copieuses de Gargantua, de sa jument et de Pantagruel :
«c Lors, en soubriant, destacha sa belle braguette et, tirant sa mentule en Tair, les compissa si aigrement, qu'il en noya deux cens' soixante mille quatre cens dix et huyt, sans les femmes et petitz enfants. »
(Uvre I, chap. XVII).
« En laquelle heure feut appelé par Eudemon pour souper, car tout estoit prest. Je m'en voys doncques (dit-il) pisser mon malheur. Lors pissa
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si copieusement que Turine trancha le chemin aux pèlerins. »
(Livre I. chap. XXXVUI).
« Ce pendant sa jument pissa pour se lascher le ventre ; mais ce fut en telle abondance qu'elle en feist sept lieues de déluge et dériva tout le pissat au gué de Vede et tant l'enfla devers le fil de l'eau que toute ceste bande des ennemys furent en grande horreur noyez. »
(Livre I, chap. XXXVI).
<( Soubdain print envie à Pantagruel de pisser» à cause des drogues que lui avoit baillé Panurge, et pissa parmy leur camp si bien et copieusement qu'il les noya tous ; et y eut déluge particulier dix lieues à la ronde ; et dist Thistoire que si la grant jument de son père y eut esté pareillement, qu'il y eust déluge plus énorme que celluy de Deucalion, car elle ne pissoit foys qu'elle ne fist une rivière plus grande que n'est le Rosne et le Danouble. »
(Livre II, chap. XXVIII).
ans
S m. — LÉGENDES GARGANTUESQUES
*Ai . recueilli en Haute-Bretagne, dans les départements des Côtes-du-Nord et de rille-et-Vilaine, les légendes de longueur variable qui suivent, et, sous le titre de Petites Légendes gargantuesques^ j'ai réuni d'autres dépositions, assez courtes pour la plupart, et qui ne sont pour ainsi dire que des fragments. Beaucoup m'ont été contés sur le littoral de la Manche; mais Gargantua est aussi connu, à un moindre degré il est vrai, dans les pays non maritimes que j'ai pu explorer, soit persoimellement, soit par l'intermédiaire de correspondants.