LA. NAISSANCE DE GARGANTUA ET SES VOTAOES
|L était une fois, à Plévenon, une femme toute petite; elle n'avait que trois pieds de haut et elle était fille de bras (i) dans une ferme, où le pâtour était un hossoué (2), venu
(i) Chargée de U basse-cour.
(2) Homme étranger au canton ; se dit principalement vers MatigftOA det gens de Qpintin et des environs, pays de la hotse, qui portent sur le dos des sacs à chiffons on des hottes Qicases en patois).
20 GÂÏtGANTUA
d'on ne sait où, et qui était si petit qu'on n'avait voulu le gager que pour garder les vaches et les moutons.
H s'amouracha de la fille et il voulait l'épouser; mais quand ils furent pour fiancer, le maire et 19 recteur ne voulaient pas les marier, parce qu'ils étaient trop petits et qu'ils auraient, disaient-ils, donné naissance à des nains. Alors le hossoué leur dit :
— Je suis d'une race dégénérée; mais mon fils sera l'homme le plus puissant qui ait paru sur la terre, et, tant que le monde sera monde, on parlera de lui et de moi.
Quand le recteur et le maire l'entendirent parler de la sorte, ils se mirent à rire, et ils marièrent le hossoué et sa bonne amie, qui étaient bien laids tous les deux.
La petite fenune devint enceinte; mais sa grosesse fiit longue, et dans les derniers temps on voyait la petite tête de l'enfant sortir par la bouche de sa mère et manger en même temps qu'elle. Le bruit de ce prodige se répandit dans le pays; il venait de loin du monde pour les voir, et chacun leur apportait de bons morceaux à manger.
Au bout de deux ans Tenfant vint au monde, et on le nomma Gargantua; il avait dix pieds de long, mais n'était pas plus gros qu'un lançon (i); on venait de tous côtés pour voir cet enfant merveilleux. H mangeait beaucoup, mais il grossissait à vue d'oeil, et, à six mois, il pesait plus de quatre cents.
n devint plus grand et plus fort qu'un géant, et, quand il eut dix ans, il dit à son père et à sa mère qu'il voulait aller faire un tour et qu'il avait envie de voir Dinan et Rennes, dont il entendait souvent parler. H alla au château de la Ville- Roger (2) et demanda au seigneur de lui donner une canne.
— Ahl mon pauvre Gargantua, où veux-tu que j'en prenne une assez grande pour toi?
— Mon père m*a pourtant dit qu'il me fallait une canne pour me donner une contenance et pour me défendre dans mon voyage.
— Où veux-tu aller, Gargantua?
— Je veux faire mon tour de Bretagne et me faire connaître dans le monde, et j'ai idée d'aller jusqu'à Rennes.
(i) Ammodytes iobianuSf ou équille.
(2) La Ville-Roger est un ch&teau situé en Pléhérd et environné de grands bois.
-«- Tu as raison; on parle déjà de toi; je te donne la permission de choisir dans marabine(i) le {4qs bel arbre pour te faire une canne. Hens, voici une hache pour Tabattre.
•«* Je vous remercie, monsieur; mais je n'ai pas besoin de hache pour couper Tarbre : je vais Tarracher.
Il alla dans l'avenue et, ayant choisi un beau chêne bien droit, il l'arracha, et avec les mains il lui cassa les branches, puis il revint au château tenant un bâton à marotte, gros comme un mât de navire.
•^ C'est mon plus beau chêne que tu as pris là, dit le seigneur.
— • Oui, monsieur, répondit Gargantua; pour moi qui suis d'une taille remarquable, il me £mait uoe canne remarquable aussi.
Voilà Gargantua parti. Il passa par Matignon et par Plancoêt, et tout le monde, grands et petits, couraient après lui pour le voir. Ils lui criaient :
— - Comment vous nommez-vous, grand en£mt?
— Ne m'appelez pas enfant, répondait Gargantua, ou je vous assomme avec ma canne.
(i) Avenue.
Q^and il arriva à Dinan, chacun courait pour ie voir; on criait :
— Comme il est grand et gros 1
On lui donna tant de pièces d'or et d'argent qu'il en remplit une valise, et il la laissa à Dinan, pour la reprendre en revenant à Plévenon.
Il se mit en route pour Rennes, en suivant les grands chemins, car il ne pouvait passer que par là. A Rennes, tous les habitants sortaient de leurs maisons pour le voir ; ils ne savaient quel accueil lui £ûre, et ils lui donnèrent la moitié plus d'or et d'argent qu'il n'en n'avait eu à Dinan.
Gargantua se dit :
— Puisque je suis riche, il faut que j'aille faire un tour à Paris ; il paraît que je suis curieux à voir, et sans doute les Parisiens en seront bien contents.
Le voilà parti pour Paris, où il ne tarda pas à arriver; c'était une année où il y avait une exposition. On voulut le montrer en curiosité, mais lui, qui ne voulait pas servir de risée au monde, se révolta, et même envoya promener les gendarmes; ils ne purent le mettre en prison, parce qu'il n'y en avait pas d'assez grande pour lui. n resta deux ou trois jours encore à Paris,
puis il s'y ennuya et eut envie de retourner à Plévenon.
Le voilà parti à s'en revenir. En passant par Rennes, il prit la valise pleine d'or qu'il y avait laissée et arriva à Dinan pour prendre son autre valise. Près Dinan, à Languédias, on avait trouvé dans une carrière des pierres sonnantes, qui étaient toutes en un monceau les unes à côté des autres; on ne savait ce que c'était et tout Je monde en parlait.
Gargantua alla les voir et dit aux Dinannais :
— Si vous voulez me les donner, je les emporterai à Plévenon et je les ferai sonner pour m'amuser.
— Nous voulons bien, répondirent les Dinannais, mais à la condition que tu les emportes toutes.
Gargantua alla dans la carrière, avala toutes les pierres, prit sa valise et se mit en route. Qjaand il fut à Plancoêt, il dit :
— U faut que je m'en aille à Plévenon par mer; je ne veux pas mettre les pierres sonnantes dans les champs, mais sur le rivage, où elles ne gêneront personne.
n se mit à marcher dans le lit de l'Arguenon,
mais auprès du Guildo il rencontra un bateau jaguen qui portait de la raie à Plancoêt ; il sentit une si mauvaise odeur que le mal de cœur le prit; il vomit la Héronnière (i); puis, comme son mal ne lui passait pas, en arrivant à la Gouled'Enfer il fut obligé de vomir toutes les pierres sonnantes qui s'y voient encore (2). Cependant il sentait toujours l'odeur des raies, que le vent lui apportait de Saint-Jacut; il quitta la rivière et s'en revint à la traverse à Matignon, en passant par le bois du Val, où il fut obligé de se frayer un chemin en arrachant des arbres, et là où il a passé il n'en n'a point repoussé depuis.
Il répassa par Matignon, et quand il revint à Plévenon il mit sa canne dans la baie de la Fresnaye, en disant :
— Tant que le monde sera monde, elle y restera.
(i) Rocher & l'embouchure de TArguenon.
(2) On voit, à quelques centaines de mètres du Guildo, un groupe de plus de cent blocs arrondis qui s'appellent les Pierres sonnantes et qui ont, en effet, une sonorité assez analogue an son lointain d'une cloche. Les plus sonores sont deux pierres énormes posées l'une à côté de l'autre, et dont l'une est en quelque sorte suspendue ; la partie qui sonne le miexix est creusée, à force d'avoir été frappée par les gens du pays et par les touristes, qui s'amusent à les £dre résonner. — (Cf. dans mes Contes des paysans le n» XI, Les Fées du GuUdo, où Ton trouve sur ces pierres une légende différente).
C'est le rocher de Calenfiri, qu'on y voit encore.
Quand il fut revenu dans son pays, il était riche et il fit du bien à ses parents. Lorsque son père et sa mère voulaient aller à la messe, il les prenait dans ses poches et les posait tout doucement au portail de l'église; mais il ne pouvait y entrer parce qu'il était trop grand.
A quinze ans, il lui poussa de la barbe; elle avait dix pieds de long et chaque brin était gros comme le doigt. Tout le monde venait le voir et lui apporter de l'argent. Mais son père et sa mère moururent et il quitta Plévenon, et jamais on ne l'a revu.
(Conté en 1880, par Rose Renaud, de Saint-Cast, qui tient u récit de Racbel Quémat, femme Durand, aussi de Saint-Casty
On m'a conté une variante de l'épisode des pierres sonnantes : Les Dinannais croyaient qu'elles contenaient de l'argent. Q}iand on en parla à Gargantua, il dit : « Je les mangerai bien à déjeuner »j il y en avait quarante. Il les mange, puis il les vomit; mais une autre fois il veut aller les reprendre et ne peut passer à cause de l'odeur des raies de Saint-Jacut.
Je ne connais pas dans le cycle gargantuesque d'autre conte où le géant soit fils de nains.
La grossesse prolongée de sa mère a son similaire dans celle
de Gargamelle, mère de Gargantua, laquelle • eugroissa d*an beau filz et le poru jusques à l'uiisiesme moys. » ( Rabekia, livre I, chap. III).
De même que beaucoup d'autres héros de contes populaires, Gaigantua veut £ûre sou tour de France dès qu'il se trouve soffisamment fort (cf. Jean-dt-l'Ours dans ma JJtUraturt orale, p. Si, et le commentaire à la suite ; Jean-Sans-Peuft dans mes Qmia pofmlaim, x'« série, n» XI ; Petiu-Baguttu^ 2« série, n» XXVI, etc., et ci-après le conte n<> IV).
La canne remarquable dont il se munit, a son similaire dans les bâtons énormes de plusieurs héros populaires, entre autres les Jeandel'Ours (cf. aussi Pe/(7e-fia^iK/<e, 2« série, n» XXVI).
Le père du Gargantua picard, qu'on trouvera ci-après, lui donne une grosse masse d'armes.
Dans Rabelais, Gargantvia arrache aussi un arbre pour s'en fiUre une arme : « Et, trouvant en son chemin un bault et grand arbre (lequel communément on nommoit l'Arbre de saint Martin, pource qu'ainsi estoit creu un bourdon que jadis saint Martin y planta), dist : Voicy ce qu'il me £tdloit. Cest arbre me servira de bourdon et de lance. Et l'arrachit £tcilement de terre, et en ousu les rameaux et le para pour son plaisir. » (Livre I, chap. XXXVI).
Pantagruel « partant du lieu du trophée print le mast de leur navire en sa main comme un bourdon. » (Livre II, chap. XXVIII).
Dans les Grandes Chronipus, Grant-Gosier et Gargamelle « tournèrent la grant jument la teste vers les parties d'Occident et donnèrent à Gargantua une verge pour la toucher, laquelle estoit comme un grand mas de navire. »
Dans le n» III, comme dans le présent conte, les Jersiais
sont en admiration devant la taille du héros. De même dans Rabelais, livre I, chap. XVII « Gargantua fut vu de tout le monde (à Paris) en grande admiration. »
« Alors que sceurent les gens du pays que ils estoient an rivaige, vous eussiez tant veu venir de gens de toutes pars pour les veoir que c'estoit une chose inestimable. » (GramUs CbroHiques.") « Adonc le roy et les seigneurs et barons avec Merlin montèrent à cheval. Et tantost ont trouve Gargantua qui se promenoit, dont le roy et les bàrbns furent esmerveilles de sa grosseur et haultenr. » (Ibii,)
Gargantua n'aimait guère les Parisiens (cf. le conte n** IV), qui, de même que dans le roman de Rabelais, s'empressent autour de lui. « Gu- le peuple de Paris est tant sot, tant badault et tant inepte de nature, qu'un basteleur, un porteur de rogatons, un mulet avecques ses cymbales, un vielleux au milieu d'un carrefour, assemblera plus de gents que ne feroit un bon prescheur évangéliqne. Et tant molestement le poursuivirent, qu'il fut contrainct soi reposer sus les tours de l'ecdise Nostre Dame. » (Livre I, chap. XVII).
Gargantua avale des pierres simplement pour les transporter plus commodément. Dans la Dent de Gargantua^ légende qu'on trouvera ci-i^rés, le géant avale une pierre qu'il prend pour son enfimt. Dans le conte no IV, il avale successivement le roi de France et ses gardes, et la reine d'Angleterre, qu'il a épousée ; ailleurs il avale des navires (cf. n°* II, III, V; Petites Ligenits, Vf* I, etc.) ; M. Bonrquelot constatait la même légende (cf. aussi Rabelais, livre I, chap. XXXVI, Comment Gargantua mangea en salade six pèlerins). De même dans le Gargantua du colportage : « Gargantua n'étant encore âgé que de six mois,
cvaU une de ses nourrices qui venoit pour lui donner à tetter.» (Garganiuas fTrcyes, p. 10; Épinal, p. 11).
Les pierres vomies se retrouvent dans le conte vP II; les arbres amcfaès dans le conte vP III, dans un conte picard, etc.
Dans Rabelais, livre I, chap. XVI, c'est la grand' jument qui « desgaina sa queue et si bien s'escarmouchant les esmoucha, qu'elle en abattit tout le bois : à tords, à travers, de ça, de Ui, par d, par Ui, de long, de large, dessus, dessoubs, rabattoit bois, comme un fauscheur £aict d'herbes. » Il eu est de même dans les Grandes Chroniques. La Vie du fameux Garganiuas (id. Pellerin) le montre arrachant des arbres tout grands pour les planter dans son j&rdin : « Lorsqu'il voyait un chêne ou un ttapin qui était propre à son dessein, il l'empoignait par le milieu de son tronc et l'arrachait avec toutes ses racines aussi fadlement qu'un jardinier pourrait arracher un chou ou un poireau de son jardin ; ensuite, après avoir arraché trente-cinq à quanmte des plus grands chênes qu'il eût pu découvrir dans la liorèt, il les mettait fort proprement les uns sur les autres, avec toutes leurs branches, et les ayant attachés ensemble avec la fironde qui lui servait de lien, il se les chargeait sur les épaules et. les transportait ainsi. » (p. 39, ce passage n'est pas dans l'anden texte. Cf. aussi les contes n^* IV et VII).
Pour laisser im souvenir de lui, il pique sa canne en terre (cf. les contes oP* III et IV).
Gargantua se montre plein de piété filiale dans ce conte, de même que dans les n^*" III et IV. D'ailleurs, à part son appétit ruineux pour les gens qu'il visite, Gargantua n'est point médiant, et il rend volontiers service.
Panai les légendes gargantuesques que j'ai recueillies, celle-ci
est la seule où il soit pAiié de la grandeur et de la grosseur de sa barbe. *
On remarquera que plusieurs autres contes gallots font udtre Gargantua k Pléyenon (cf. les n<» II, III, IV, VII). Les £ilaises géantes du cap Fréhel étaient, en efiet, bien dignes de servir de berceau à un géant.
GARGANTUA VISITANT SAINT-MALO, SAINT-CAST; SON DÉPART POUR L'ANGLETERRE
;ARGANTUA était né à Plévenon; il était fort et grand, et il avait les pieds si longs qu'on ne pouvait trouver d'arbres assez gros pour lui faire des chaussures : chaom de ses sabots pesait dix-huit cents livres.
Un jour il lui prit envie de visiter Saint-Malo ; il laissa ses sabots à Plévenon où ils sont restés depuis, et il se chaussa de souliers. H n'était pas encore descendu dans les grèves du Cap Fréhel : en descendant il mit un pied en haut qui est resté marqué sur un rocher, et son autre pied était sur la grève.
Au moment où il allait partir pour Saint-Malo ,
il sentit quelque chose qui lui faisait mal au pied ; il ôta son soulier et y trouva un rocher.
— Tiens, dit-il, c'est cette petite gravelle qui me gêne tant.
n la jeta par-dessus son dos, et elle alla tomber auprès du Cap; c'est l'Amas du Cap.
Le voilà parti. Q}iand il fut à Saint-Malo, il voulut manger : il épuisa toutes les provisions de la ville, toutes celles des aubergistes et mit à sec tous les tonneaux de cidre et toutes les barriques de vin.
Lorsqu'il eut bien dîné, il se dit :
— Il faut que j'aille visiter Saint-Jacut et Saint- Cast.
Quand il eut mis le pied à Saint-Jacut, il vit quatre ou cinq grands bateaux carrés ; il en eut peur, et comme ils sentaient la raie pourrie, il dit :
— Je ne resterai pas ici, cela sent trop mauvais.
Il mit le pied sur la pointe du Bé; mais comme il avait eu (ionffr (répugnance) en passant par Saint-Jacut, le mal de cœur lui prit et il vomit le rocher du Bé. Il se remit en route; mais son mal ne lui passait point, il vomit encore la pointe de
la Garde tout entière, et un peu plus loin le rocher de Becrond.
Comme il s'approchait de la côte de l'Isle, il sentit quelque chose dans ses poches :
— Qu'est-ce que j'ai là ? dit-il ; ah 1 ce sont deux petits cailloux que j'ai ramassés, je n'en ai que faire.
Il les jeta à la mer l'un d'un côté, l'autre de l'autre, et c'est pour cela qu'il y a une passe entre les deux cailloux, qui sont la Grande et la Petite Feillâtre.
Un peu plus loin, il vit encore un bateau jaguen qui péchait la raie : le mal de cœur lui reprit, et il vomit Canevet, en disant :
— Je ne veux plus voir les Jaguens; ils me feraient mourir de donger.
Quand il arriva à la pointe de l'Isle, il vit deux gros navires qui se battaient à coups de canon :
— Je vais bientôt les séparer, dit-il ; mais avant de les manger, il faut que je leur fasse de la place.
Il s'accroupit auprès de la pointe, et quand il se releva, il laissa la Basse à Chiambrée, qui s'appelle ainsi parcequ'elle est sortie du ventre de Gargantua.
H trouva les deux navires, se pencha sur la mer et les avala, puis il retourna à Plévenon, et revint à la ferme où il était né. Il fit ses adieux à ses amis, et leur dit :
— Je vais Êdre mon tour de France ; mais je vous laisse mes sabots pour vous chauâfer.
Les gens de Plévenon trouvèrent dans les sabots de quoi se chauffsr avec pendant trente ans.
Voilà Gargantua parti pour l'Angleterre avec son aide-de-camp; en traversant la mer, il vît quelque chose qui remuait à ses pîeds :
— Q.u'est<e qu'on aperçoit sur la mer? demanda Gargantua.
— Ce sont deux navires, répondit son aide-decamp ; ils sont forts; il y en a un de neuf cents tonneaux et l'autre de mille.
' — Des navires 1 dit Gargantua; ce sont des gidhettes (petites mouches).
n s'approcha des navires, en prit im sous chaque bras, et, arrivé à Jersey, il les déposa sur la place d'armes, et vomit les deux qu'il avait avalés.
Et je ne sais ce qu'il est devenu depuis.
(CokU m j88o par Rose Remaud, de SabU-Catt, femme d'Étiemu Pirou, pêcheur, âgée de stnxauU ans environ).
11 y a un proverbe sur les pieds de Gargantua que j'ai cité plus haut.
De même que Saint-Gido et quelques autres saints celtiques, Gargantua laisse la marque de ses pieds empreinte sur let rochers : A Plévenon, outre ceux qui sont marqués auprès du menhir de la Latte, on connaît encore un pied sur un rocher dans le Bois du Meurtel.
L'empr&\nte de ses membres se retrouve en d'autres pays : en Vendée à Gétigné sur le Rocher- aux-Ecuelles (cf. Gargantua en Vendée), en Normandie, à Saint Germain-du-G}rbeis (Orne), en Bourgogne, prés Semur, en Franche-Comté, etc.)
A Pontaven se voit un énorme rocher, au bord de la rivièr^ il a la forme d'un soulier, et on le nomme le soulier de Gargantua. Je l'ai entendu souvent appeler ainsi en 1873 et 1874 (cL les Boites de Gargantua, près de Chatillon-sur- Seine.) '
La gravelle que le géant trouve dans ses souliers et qu'il rejette loin de lui, est un des traits qu'on rencontre le plus fréquemment. J'ai déjà cité, p. 3 et suiv., beaucoup de mégalithes du pays gallot ou de rochers auxquels on attribue une semblable origine. Il en est aussi parlé dans le conte noIII, et dans le n» I des PtliUs légendes. Ce trait est également connu en Basse-Bretagne.
L'épisode des navires avalés (cf. les v9» III, IV, V; PeHtu légendes v? I ; la Dent de Gargantua, où il absorbe une flotte entière) se retrouve souvent.
Bourquelot le connaissait, et il le cite en ces termes suis en indiquer la provenance :
« On dit aussi que Gargantua se désaltérant au bord de la mer, avala par mégarde un gros navire
qui voguait à pleines voiles. Cette masse tenait à Taise dans la vaste capacité de son estomac, mais le géant ne pouvait digérer le bois du navire. Il manda donc le médecin et lui déclare qu'en buvant il avait avalé une egriesnasse (grenasse, petite graine), qui le gênait beaucoup. Tous les vomitife ayant été employés sans succès, le médecin prit le parti d'aller reconnaître sur les lieux la cause du mal: il trouva le navire dans Testomac de Gargantua , le coupa en morceaux , retira les fragments et le malade fut guéri. »
- Dans une petite l^nde bretonne qu'on trouvera plus loin, Gargantua avale aussi des zuvires. Le même exploit lui' est attribué en Poitou, en Beny, en Languedoc, en Provence, etc.
Qjiand il les a avalés, il croit que ce sont des mouches (cf. les contes déjà cités), ou des graines (cf. Bourquelot).
Dans ce conte<i seulement il est question de navires pris sons le bras ; mais, d'après un fragment recueilli à Matignon, Gargantua un pied sur Saint-Gist, et l'autre sur Saint- Maloi ]4s8ait dans la mer, et coulait les navires qui lui déplaisaient, et principalement les bateaux jaguens qu^il ne pouvait souffiir, parce qu'ils sentaient la raie pourrie (cf. le conte n*' I. )
Aux enjambées gigantesques du présent conte, il convient d'ajouter celles non moins grandes des n<x III, IV, V, VIII ; des Petites iigendes n<>» I, II, IV, V, VI.
C'est un des traits que la tradition lui attribue le plus fréquemment ( cf. M*^ de Cerny, Bourquelot, Gargantua en Vendée»
Languedoc, Picardie, Bourgc^e, Orléans, Normandie, Provence^ Corse).
J*ai aussi oui dire à Saint-G^t que Gargantua alla de Ut pointe de l'Isle à Onessant en deux ou trois enjambées, et qu'arrivé dans cette lie, il y jeta aussi une pierre.
Les enjambées énormes se trouvent dans Rabelais : « Après il s*en partit (de Valence en Daupbiné) et en trois pas et tut sault vint à Angiers. » Liv. Il, chap. V; mais id il s'agit noa de Gargantua, mais de Pantagruel. Dans les Grandes Chroniques on dit : « Au regard de monsteure quoi qu'on en die, il re> fusa de en prendre, à cause que il alloit bien à pied ; car en trente pas il £ûsoit autant de chemin que ung poste eust sceq. fidre à quatre chevauchées avecques ung bon cheval. »
Les repas pantagruéliques se retrouvent dans les n^* III» V, VUI; dans les PetiUs légendes n*» II, IV, V, VI; dans Thomas de Saint-Mars; Gargantua en Franche-Comté, Gascogne, Nivernais, Bourgogne, Picardie.
D'autres rochers, parfois des montagnes sont le résultat de ses déjections (cf. le conte noIII ; Thomas de Saint-Mars, U Gkmf du limi ComàlU\ le conte picard tfi I ; Gaigantua enBourgc^^, etc.), mais dans le conte picard seul il est question de la mauvaise odeur qu'elles répandaient dans le pays.
Dans le conte n« III, il est parlé de ses sabots (cf. ceux dont la boue forma une butte à Chalautre-la-Grande (Seine-et-Marne), et Gargantua en Bourgogne, voy. aussi la légende nivemaise, où une bonne femme se chauffe pendant sept ans avec les débrif <d'un de ses fiigots.)