‹ Gargantua dans les traditions populairesChapitre 83 sur 103 · SI, — MÉGJLITHES AUXQUELS S'ATTACHE SON NOM · texte numérisé non relu

SI, — MÉGJLITHES AUXQUELS S'ATTACHE SON NOM

■|^wK remontant la rivière d'Ardèche, et dans B^œ te canton de Vallon, on aperçoit un

™"' énorme rocher, isolé au milieu du courant, désigné sous le nom de Cayre-Crey, et que la tradition populaire appelle la Pierre de Gargantua. La légende rapporte que Gargantua, passant dans k rivière, aurait secoué ce caillou de son sabot et l'aurait laissé là au milieu de l'eau.

A la Blachère, dans le canton de Joyeuse, se trouvent de nombreuses tometes en calcaire osfordien, de forme arrondie et de dimensions colossales, soit isolées, soit superposées par une, deux.

même trois, désignées dans le pays sous le nom de Palets des Géants et Palets de Gargantua.

Mais là où ces appellations fourmillent, c'est dans les terrains calcaires, où d'énormes roches cubiques de 2 à 25 mètres s'élèvent de tous côtés, et que Ton ne connaît que sous le nom de Pavésdes-Géants. Il se trouve aussi, dans ces terrains, de profonds et insondables avens à l'ouVerture béante, presque à niveau du sol, comme le grand souterrain de la Goule, auquel on donne le nom de Gueule de Gargantua,

(Communiqué par M. Ollier de Marichari),

Au château de Laroche-Lambert, près de Saint- Paulien (Haute-Loire), propriété de M. le marquis de Laroche-Lambert (c'est là que Georges Sand a mis la scène de son roman Jean La Roche), se trouve une salle ornée de peintures à la détrempe, sur des caissons en bois. Ces peintures représentent des vues du pays. L'une d'elles représente un rocher en forme de tète, vue de profil. C'est le rocher de Gargantua, que le gardien de la résidence montre près du château.

(Communication de M. Paul Le Blanc, de Brioudi').

La peintare est ancienne ; mais il est probable que la dèsi* gnation est moderne.

Il existe au château de La Roche-Lambert une grotte celtique habitée jadis par Gargantua, à ce que dit la légende du pays. Son bourdon^ fiché en terre lorsqu'il quitta la montagne, a pris racine et potssé; c'est un hêtre séculaire qui orne encore l'entrée du château. On le nomme dans le pays « la canne de Gargantua. »

(^Communication de Mademoiselle de Boxberg).

Cf. dans Rabelais, le Bourdon de Saint-Martin, passage repro* duit, p. 27.

Une grotte de Gargan existe dans les Pyrénées, près de Saint-Bertrand-de-Comminge (Haute- Garonne).

(Communiqué par M, Desaivre),

Dans les envhrons de Colognac (Gard), les personnes âgées disent encore :

« Qjiand Gargantuas passavo per nostros Cevenos, mettié *n pé sus la Fago, l'autre sus lou Cerre de Loumbrié e piéi s'abauzavo per heure la Vidourle. »

ff Quand Gargantua passait par nos Cevennes, il mettait un pied sur la Page, T autre sur le pic de

Loumbrier, et puis il se couchait à plat-ventre pour boire au Vidourle. »

(^Communiqué par M. P. Fesquei).

Lou Cerre de Loumbrié est une montagne située commune de Colognac ; U Fage une montagne qui sépare les communes de Gros et de Saint-Roman-de-Codiéres de celle de Gunbo et de Cézas ; la Vidourle un petit fleuve qui sort de la montagne de la Fage.

A Saint-Roman-de-Codières, canton de Sumène, on dit qu'avant de se baisser pour boire au Vidourle, Gargantua mettait un pied sur la montagne de la Fage et l'autre sur la Ca3n:el, montagne située entre les communes de Gros et de Saint- Roman de Codière.

Il n'est pas inutile de rappeler que nos paysans des Cévennes ne sont pas éloignés de croire qu'il faut voir dans les montagnes des êtres énormes, monstrueux, des géants, des titans informes qui se meuvent et parlent en certaines occasions. Voici quelques dictons où ce rôle est assez accusé :

« Q^and la Fago met soun mantél,

Coulégno sou capél,

Et Liron-soun bounet

De pléjo gros eoumo lou det.

Quand la Page met son manteau,

CouUgne son chapeau,

Et Lirou son bonnet

De la pluie comme le doigt. »

(La Salle Saint-Pierre).

« Quand la Fago met soun capèl, Ron de Bonas soun mantèl.

Las Crotos

Las matelotos Lou Cerre del Pouget

Soun bounet, Toucan la plejo embe loa det.

Quand la Page met son chapeau, Ron de Bonos son manteaUf

Les Crotes Ses camisoles de molleton La Cerre du Pouget

Son honnetf Nous touchons la pluie avec le doigt. »

(Sumène).

« La Lauzero dis à TAugal :

Q.aand tus as frech ieu n*ai pas cal.'

La Lozère dit d VAigoual :

Quand tu as froid je n*ai pas chaud. »

(Communiqué par M. P. Fesquet').

S II. — LÉGENDES GARGANTUESQUES

|A légende de Gargantua existe — mais vaguement — dans nos régions. On la raconte aux petits enfants pour les émerveiller, comme celles du Juif-Errant ou Hu Petit Poucet. Gargantua faisait des enjambées de plusieurs lieues, passait d'un plateau à l'autre par dessus les vallées etc.. Cette légende de Gargantua n'est pas d'ailleurs plus répandue dans ce que j'ai appelé la région des dolmens que dans le reste du département, où, après plus de vingt ans de recherche, je n'ai encore pu découvrir aucun mégalithe.

Je n'ai encore entendu personne rattacher son nom à aucun des cent quatre-vingts dolmens que j'ai déjà étudiés, fouillés ou refouillés, ni à aucun des tumulus plus récents, et cependant j'ai recueilli bien des légendes sur ces divers monuments.

(Communiqué par M. U docteur Pruniires , de Marvtjols).

On raconte à Valergues (Hérault), qu'un jour Gargantua s'arrêta non loin de la Méditerranée, un pied sur le mont Ventoux et l'autre sur le pic

Saint-Loup, auprès de Montpellier. Comme il faisait grand chaud et qu*il avait soif, il but dans la mer et un vaisseau de ligne qui passait par là fut avalé. Grand émoi parmi l'équipage, qui, ne sachant d'où provenait l'obscurité subite qui régnait dans le bâtiment, alluma des torches et visita tous les recoins. Mais une flammèche mit le feu aux poudres ; le vaisseau éclata et Gargantua en fut quitte pour lâcher un gros pet, ce qui le soulagea beaucoup.

(^Communiqué par M. Boucherie).

Cf. pour les vaisseaux avalés, le commentaire du conte a? I (Haute-Bretagne).

« Dans les environs du Puy, la légende montre Gargantua franchissant à grandes enjambées montagnes et vallons, avalant des rivières, et parfois jusqu'à des bateaux. »

(Aymard, p. 327).

« Au Puy, on dit que Gargantua, poursuivant sa course sur nos montagnes, posa un pied sur la plaine de Rome et l'autre sur Corneille, et, se penchant, il ingurgita la rivière de Borne, et, de même qu'en fyantanty pour nous servir du mot de Rabelais, le Géant avait formé le mont Gargan,

à peu de distance de Nantes, il donna naissance par le même procédé au pic p)nramidal d'Aiguilhe. Les meuniers, étonnés que Teau manquât subitement à leurs moulins, constatèrent le fait qu'ils ont transmis à la postérité.

« Une autre fois, la Loire fut aussi agoutécy suivant l'expression dts habitants de l'Emblavés, large et belle vallée à peu de distance de la ville du Puy. Le Géant, après avoir exterminé dans le vallon des Seuils une horrible bête unicome, et délivré du diable le village de Lavoûte, avait mis un pied sur le mont la Borie, un autre sur Courant, les deux mains : l'une sur Jalauce, l'autre sur Clairgot, et la « gorge » sur Gourgaillat, profonde échancrure entre les rochers, qui donne passage à la Loire (i).

« Le fleuve, grossi par une inondation, entraînait un chargement de bois épineux. Le Géant avala tout : char, bois, bœuf et bouvier, disant : « Ce n'est qu'une horde (brindille). »

(i) Cest aassi à Gourgaillat que les sorciers, lorsque par nn temps sombre l'orage menace l'Emblavés, se débattent sur la direction à donner aux nuages.... Nous devons à M. Avinatn, instituteur public, à Vais, originaire de l'Emblavés, la cnrienae légende concernant cette localité. (Note de M. Aymard).

« Le même fait est raconté au village de Peyredeyre, dans les abruptes gorges de la Loire que dominent, à une grande élévation, les escarpements granitiques de Saint-Qiientin. La légende du Géant, qu'ici on nomme Samson, s'associe dans les contes de la veillée, à celle des fées, de la Trêve et autres apparitions nocturnes, ainsi qu'à diverses dénominations curieuses ou fantastiques, telles que la Fount des Roumis , fontaine sainte, lieu d'antique pèlerinage comme son nom l'indique ; le fer du diable, fer de cheval artistement sculpté en creux dans une roche, à cinq mètres au-dessus du niveau du fleuve et en regard d'un vaste rocher à crête aigùe et comme crénelée qu'on appelle le château des Sarrasins, au-dessous duquel nous avons observé des vestiges d'antiquités gallo-romaines.

« On a aussi vu le Géant, les pieds posés sur deux hautes gardes (monts volcaniques isolés), et buvant le Borne, amouré au vieux pont du village du même nom, près d'une de ces bornes (cavernes), très probablement celtiques, dont la haute antiquité est attestée par la dénomination qu'elles ont imposée de temps immémorial à la rivière et au village.

a Non loin de là apparaît l'ancien et pittoresque château de La Roche>Lambert, où les siècles ont laissé des souvenirs de tous les âges, depuis les grottes ou bornes (celtiques probablement aussi)» dans l'une desquelles un bloc énorme et isolé de la roche volcanique, jadis peut-être roche branlante, n'est, dit-on, que la trempe (i) de Gargantua.

<K ....Enfin le fleuve et ses affluents ne suffisant plus sans doute à étancher sa soif, le Géant se piqua le petit doigt avec une épingle, et il en sortit une eîe ( une Loire). »

(Aymard, Le Géant du Rocher de Cometlle cUms les Annales de la Scciété d'Agriculture du Puy^ p. 327-330, t. XXII ; 1859).

(i) « Trempe, mot difficile à traduire : Les uns l'appliquent à chacune des tranches de pain que nos campagnards mettent dans leur soupe, d'autres à la soupe elle-même. Notre honorable ami, M. Vinay, nous a le premier signalé le dernier trait de la légende de Gargantua, que racontent joyeusement les habitants du canton de Saint-Paulien. » (Aymard).

Les grandes beuveries de fleuves se retrouvent en beaucoup de pays. Cf. le commentaire de la page 81. Il en est de même des déjections de Gargantua. Cf. le commentaire du conte a" II (Haute-Bretagne). Ici Gargantua est destructeur de monstres : on verra plus loin ce rôle attribué d'une ma&iéra plus MpliGite & un autre héros languedocien, Jean de l'0ui9«

La ville du Puy est en partie assise sur les pentes du Mont- Anis, que surmonte le rocher volcanique de Corneille.... Va à

S III. — GÉANTS SBilLAnœS, — ROCHERS QUJ PORTENT LE NOM DE GÉANT

'après m. de Malafosse (Mémoires de la Société Archéologique du Midi), les dolmens de la Lozère, presque tous situés sur des plateaux* sont généralement baptisés du nom de Tombe du Géant ou de Pierre du Géant. »

(Matériaux, t. V, p. S ai).

« Parmi les dolmens fouillés par M. Prunières, sur le territoire de Marvejols, s'en trouve un qui se nomme la Tombe des Géants; il y a un des

distance et avec certains jeux de lumière, œ rocher dessine une tète colossale dont le profil semble accuser les traits de quelque personnage héroïque; on nomme cette figure la tète d'Henri IV. En Suisse « un énorme rocher se nomme la tète de Calvin. M. Aymard s'est demandé si ce monument naturel ne se rattacherait pas, au moins par son ancien nom, à quelque lointaine tradition, et en interrogeant d'anciens documents, il n'a pas tardé à se croire autorisé à y voir une image de ces géants très populaires sur tous les points de la France, et dont la mystérieuse tradition remonterait, dit-on, jusqu'à l'époque celtique. Il le trouve en effet nommé Jayant, terroir del Géant, terroir 4c Ganat (p. 3x7-323), et il lui semble « ètàbii qne, bien avtnt le r^;ne d'Henri IV, le rocher de Corneille offrait comme aujourd'hui, la représentation naturelle d'une tète colossale, image d*nn Géant qui avait donné le nom au territoire. •

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quartiers de la ville qui s'appelle quartier du Géant. »

(Revue d'Anthropologie^ V série, t. II, p. 294).

« Les monuments qu'on regarde comme celtiques, et qu'on appelle en général dolmens, sont nommés dans la Lozère Peyres Gigontes (pierres géantes), parce que les gens du pays rapportent, d'après les traditions, que ce sont des tombeaux, et croient, d'après leurs dimensions, qu'on y enterrait des géants. »

(Cayx de Marvejols, Mknoiru de la Société des Antiquaires, t. VIU, p. 231).

En général, sur tous les points du département de l'Ardèche, et principalement dans la partie méridionale, les appellations usitées rappellent l'idée générique de géants.

Dans le canton de Bourg-Saint-Andéol, les grands dolmens mégalithiques sont connus sous le nom de Jayandes ou demeures des géants.

Sur les bords de l'Ardèche, presque en face du village de Saint-Martin-d'Ardèche, se dresse un grand mégalithe qui, vu d'un certain côté, présente exactement la figure d'une tète humaine. C'est le Géant.

Dans la commune de la Gorce se trouve un roc percé et isolé, formant portique au haut d'une falaise ; il est connu dans le patois local sous le nom de Ron de Ronlcy Roc de Roland.

(Communiqué par M. Ollier de Marichard).

« Les Roches de Saint-Martin sont des pierres à bassins qui existent au milieu de la crête de Saint-Quentin et de Malavas... Si l'on interroge *es paysans, les uns répondent que leurs ancêtres, au temps où ils étaient sauvages, cuisinaient dans ces vases. D'autres racontent que saint Martin, patron de Rosières, vint un jour visiter le sonunet de la montagne. L'enceinte des trois pierres fut son ermitage ; la longue anfractuosité et les cavités de la plus grande ne sont autres que sa vaisselle. Persécuté par le démon, le saint gravit avec son chien la seconde partie du rocher et, y laissant les empreintes de ses pieds, franchit d'un saut un immense espace. Le lieu de Qiandette qu'il atteignit, au bas du mont Tchouvin, a gardé sur un rocher deux marques profondes, l'une de pied de son cheval, l'autre de la patte de son chien... De là, le saint, poursuivi encore par son opiniâtre ennemi, franchit d'un autre saut une deuxième

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