‹ Gargantua et PantagruelChapitre 13 sur 51 · COMMENT PANTAGRUEL LOUE LE CONSEIL DES MUETS · texte numérisé non relu

COMMENT PANTAGRUEL LOUE LE CONSEIL DES MUETS

Pantagruel, ces mots achevés, se tut assez longtemps, et semblait grandement pensif. Puis dit à Panurge : « L'esprit malin vous séduit, mais écoutez. J'ai lu qu'on 2 temps passé les plus véritables et sûrs oracles n'étaient ceux que par écrit on baillait, ou par parole on proférait. Maintes fois y ont fait erreur, ceux voire qui étaient estimés fins et ingénieux, tant à cause des amphibologies, équivoques et obscurités des mots, que de la brièveté des sentences. Pourtant fut ApoUo, dieu de vaticination, surnommé Ao^Cai. Ceux que l'on exposait par gestes et par signes étaient les plus véritables et certains estimés. Telle était l'opinion d'Héraclitus, et ainsi vaticinait Jupiter en Amon, ainsi prophétisait Apollo entre les Assyriens. Pour cette raison, le peignaient-ils avec longue barbe, et vêtu comme personnage vieux et de sens rassis ; non nu, jeune et sans barbe, comme faisaient les Grecs. Usons de cette manière, et, par signes sans parler, conseil prenez de quelque muet.

— J'en suis d'avis, répondit Panurge.

— Mais, dit Pantagruel, il conviendrait que le muet fût sourd de sa naissance, et par conséquent muet, car il n'est muet plus naïf que celui qui onques ne ouït.

— Comment, répondit Panurge, l'entendez ? Si vrai fut que l'homme ne parlât qui n'eût ouï parler, je vous mènerais à logicalement ' inférer une proposition bien abhorrente et paradoxe ♦. Mais laissons-la. Vous donc ne croyez ce qu'écrit Hérodote des deux enfants gardés dedans une case par le vouloir de Psammétic, roi des Egyptiens, et nourris en perpétuelle silence, lesquels, après certain temps, prononcèrent cette parole, becîis, laquelle en langue phrygienne signifie pain ?

— Rien moins, répondit Pantagruel. C'est abus dire qu'ayons

I. Subtil. — 2. Au. — 3. Selon la logique. — 4. Hors de sens et paradoxale.

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