‹ Gargantua et PantagruelChapitre 36 sur 51 · COMMENT PANURGE SE CONSEILLE À TRIBOULET · texte numérisé non relu

COMMENT PANURGE SE CONSEILLE À TRIBOULET

Au sixième jour subséquent, Pantagruel fut de retour, en l'heure que, par eau de Blois, était arrivé Triboulet. Panurge, à sa venue, lui donna une vessie de porc bien enflée et résonnante à cause des pois qui dedans étalent ; plus une épée de bois bien dorée, plus une petite gibecière faite d'une coque de tortue, plus une bouteille clissée pleine de vin breton et un quarteron de pommes blandureau. « Comment, dit Carpalim, est-il fou comme un chou à pommes ? » Triboulet ceignit ï'épée et la gibecière, prit la vessie en main, m.angea part des pommes, but tout le vin. Panurge le regardait curieusement et dit : « Encore ne vis-je onques fol, (et si en ai vu pour plus de dix mille francs) qui ne bût volontiers et à longs traits.» Depuis lui exposa son affaire en paroles rhétoriques et élégantes.

Devant qu'il eût achevé, Triboulet lui bailla un grand coup de poing entre les deux épaules, lui rendit en main la bouteille, le nasardait avec la vessie de porc et, pour toute réponse, lui dit, branlant bien fort la tête : « Par Dieu, Dieu, fol enragé, gare moine, cornemuse de Busançay ! » Ces paroles achevées, s'écarta de la compagnie, et jouait de la vessie, se délectant au mélodieux son des pois. Depuis, ne fut possible tirer de lui mot quelconque, et, le voulant Panurge davantage interroger, Triboulet tira son épée de bois et l'en voulut férir.

« Nous en sommes bien, vraiment, dit Panurge. Voilà belle résolution. Bien fol est-il, cela ne se peut nier, mais plus fol est celui qui me l'amena, et je 'très fol, qui lui ai communiqué mes pensées.

— C'est, répondit Carpalim, droit visé à ma visière.

— Sans nous émouvoir, dit Pantagruel, considérons ses gestes et ses dits. En iceux j'ai noté mystères insignes, et, plus tant que je soûlais*, ne m'ébahis de ce que les Turcs révèrent tels fols comme musaphis ♦ et prophètes. Avez-vous considéré comment sa tête s'est (avant qu'il ouvrît la bouche pour parler)

I. Pleines d'intrigues. — 2. Moi. — 3. J'avais coututns. — 4. Docteurs.

croulée ' et ébranlée? Par la doctrine des antiques philosophes, par les cérémonies des mages et observations des jurisconsultes, pouvez juger que ce mouvement était suscité à la venue et inspiration de l'esprit fatidique, lequel, brusquement entrant en débile et pedte substance (comme vous savez qu'en petite tête ne peut être grande cer\'elle contenue), l'a en telle manière ébranlée que disent les médecins advenir es membres du corps humain, savoir est part pour la pesanteur et violente impétuosité du faix porté, part pour l'imbécillité * de la vertu • et organe portant.

« Exemple manifeste est en ceux qui, à jeun, ne peuvent en main porter un grand hanap de vin sans trembler des mains. Ceci jadis nous préfigurait la divinatrice Pythie, quand, avant répondre par l'oracle, écroulait* son laurier domestique. Ainsi dit Lampridius que l'empereur Héliogabalus, pour être réputé divinateur, par » plusieurs fêtes de son grand idole, entre les retaillats* fanatiques, branlait publiquement la tête. Ainsi déclare Plante, en son Anerie, que Saurias cheminait branlant la tête, comme furieux et hors du sens, faisant peur à ceux qui le rencontraient, et, ailleurs, exposant pourquoi Charmides branlait la tête, dit qu'il était en extase... »

COMMEST PANTAGRUEL ET PASURGE DIVERSEMENT IX- TERPRÈTEXT LES PAROLES DE TRI BOULET,

« Il dit que vous êtes fol ? Et quel fol ? Fol enragé, qui sur vos vieux jours, voulez en mariage vous lier et asservir. Il vous dit : a Gare moine )>. Sur mon honneur, que par quelque moine vous serez fait cocu. J'engage mon honneur, chose plus grande ne saurais, fussé-je dominateur unique et pacifique en Europe, Afrique et Asie. Notez combien je défère à notre morosophe"' Triboulet. Les autres oracles et réponses vous ont résolu pacifiquement cocu, mais n'avaient encore apertement * exprimé par qui serait votre femme adultère et vous cocu. Ce noble Triboulet le dit. Et sera le cocuage infâme et grandement scandaleux. Faudra-t-il que votre lit conjugal soit inceste et contaminé par moinerie?

« Dit outre que serez la cornemuse de Busançay, c'est-à-dire bien corné, cornard et cornu. Et ainsi comme il, voulant au roi

I. Secouée. — 2. Faiblesse. — 3, Force. — 4. Secouait. — 5. A. — 6. Eunuques. — . Follement sage. — 8. Ouvertement.

Louis douzième demander pour un sien frère le contrôle du sel à Busançay, demanda une cornemuse, vous, pareillement, cuidant * quelque femme de bien et d'honneur épouser, épouserez une femme vide de prudence, pleine de vent d'outrecuidance, criarde et mal plaisante, comme une cornemuse. Notez outre que de la vessie il vous nasardait, et vous donna un coup de poing sur l'échiné ; cela présage que d'elle serez battu, nasardé et dérobé, comme dérobe aviez la vessie de porc aux petits enfants de Vaubreton.

— Au rebours, répondit Panurge. Non que je me veuille impudentement exempter du territoire de folie : j'en tiens et en suis, je le confesse. Tout le monde est fol. En Lorraine, Fou est près Tou ', par bonne discrétion *. Tout est fol. Salomon dit que infini est des fols le nombre. A infinité rien ne peut déchoir, rien ne peut être adjoint, comme prouve Aristotèles, et fol enragé serais si, fol étant, fol ne me réputais. C'est ce que pareillement fait le nombre des maniaques et enragés infini. Avicenne dit que de manie infinies sont les espèces. Mais le reste de ses dits et gestes fait pour moi. Il dit à ma femme « Gare moine ». C'est un moineau qu'elle aura en délices, comme avait la Lesbie de Catulle, lequel volera* pour mouches et y passera son temps, autant joyeusement que fit onques Domitien le croque-mouche.

« Plus dit qu'elle sera villatique'^ et plaisante comme une belle cornemuse de Saulieu ou de Busançay. Le véridique Triboulet bien a connu mon naturel et mes internes affections, car je vous affirme que plus me plaisent les gaies bergerettes échevelées, esquelles le cul sent le serpolet, que les dames des grandes cours avec leurs riches atours et odorants parfums de maujoint ^. Plus me plaît le son de la rustique cornemuse que les fredonnements des luths, rebecs et violons auliques ''. Il m'a donné un coup de poing sur ma bonne femme d'échiné. Pour l'amour de Dieu soit, et en déduction de tant moins de peines du purgatoire. Il ne le faisait par mal. Il pensait frapper quelque page. Il est fol de bien, innocent, je vous affie ^, et pèche qui de lui mal pense. Je lui pardonne de bien bon cœur. Il me nasardait : ce sont petites folâtreries entre ma femme et moi, comme advient à tous nouveaux mariés. »

I. Pensant. — 2. Toul. — 3. Dlsceraeraent. — 4. Chassera au vol. — 5. Rustique. — 6. Benjoin (équivoque entre bien joint et mau (mal) ioint, désignant le sexe de la ferame). — 7. De cour. — 8. Assure.

COMMENT PANTAGRUEL ET PANURGE DÉLIBÈRENT^ VISI- TER V ORACLE DE LA DIVE BOUTEILLE.

« Voici bien un autre point, lequel ne considérez. Est toutefois le nœud de la matière. Il m'a rendu en main la bouteille. Cela que signifie? Qu'est-ce à dire?

— Par aventure, répondit Pantagruel, signifie que votre femme sera ivrogne.

— Au rebours, dit Panurge, car elle était vide. Je vous jure l'épine de saint Fiacre en Brie, que notre morosophe -, l'unique non lunatique Triboulet, me remet ^ à la bouteille, et je rafraîchis de nouveau mon vœu premier, et jure Styx et Achcron en votre présence, lunettes au bonnet porter ne porter braguette à mes chausses que sur mon entreprise je n'aie eu le mot de la Dive Bouteille. Je sais homme prudent et ami mien, qui sait le lieu, le pays et la contrée en laquelle est son temple et oracle. Il nous y conduira sûrement. Allons-}'- ensemble, je vous supplie ne m'éconduire. Je vous serai un Achates, un Damis et compagnon en tout le voyage. Je vous ai de longtemps connu amateur de pérégrinité ♦ et désirant toujours voir et toujours apprendre. Nous verrons choses admirables, et m'en croyez.

— Volontiers, répondit Pantagruel. Mais, avant nous mettre en cette longue pérégrination, pleine de hasard, pleine de dangers évidents...

— Quels dangers ? dit Panurge, interrompant le propos. Les dangers se refuient' de moi, quelque part que je sois, sept lieues à la ronde, comme advenant le prince cesse le magistrat, advenant le soleil évanouissent les ténèbres, et comme les maladies fuyaient à la venue du corps saint Martin à Cande.

— A propos, dit Pantagruel, avant nous mettre en voie, de certains points nous faut expédier^. Premièrement, renvoyons Triboulet à Blois (ce que fut fait à l'heure, et lui donna Pantagruel une robe de drap d'or frisé) ; secondement, nous faut avoir l'avis et congé du roi mon père. Plus, nous est besoin trouver quelque sibylle pour guide et truchement '^. »

Panurge répondit que son ami Xénomanes leur suffirait, et d'abondant ^ délibérait ^ passer par le pays de Lanternois, et là prendre quelque docte et utile lanterne laquelle leur serait

I. Prennent la résolution de. — 2. Follement sage. — 3. Renvoie.— 4. Voyage lointain. — 5- S'écartent. — 6. Débarrasser. — 7. Interprète. — 8. D'ailleurs. — 9. Prenait la résolution de.

RAttVLAIS — Il 8

pour ce voyage ce que fut la sibylle à Enéas, descendant es champs Élyséens. Carpalim, passant pour la conduite * de Triboulet, entendit ce propos et s'écria, disant : « Panurge, ho ! monsieur le quitte, prends milord Debiiis à Calais, car il est goud falot 2, et n'oublie debitoribus, ce sont lanternes. Ainsi auras falot et lanternes.

— Mon pronostic est, dit Pantagruel, que par le chemin nous n'engendrerons mélancolie. Jà clairement je l'aperçois. Seulement me déplaît que ne parle bon Lanternois.

— Je, répondit Panurge, le parlerai pour vous tous, je l'entends comme le maternel : il m'est usité comme le vulgaire :

Briszmarg d'algotbric nubstzne zos, Isquebfz prusq ; alborz crinqs zacbac, Misbe dilbarlkz morp nipp stancz bos.

Strombtz, Panrge vvalmap quost grufz bac.

« Or, devine, Épistémon, que c'est.

— Ce sont, répondit Épistémon, noms de diables errants, diables passants, diables rampants.

— Tes paroles sont vraies, dit Panurge, bel ami. C'est le courtisan langage lanternois. Par le chemin, je t'en ferai un petit dictionnaire, lequel ne durera guère plus qu'une paire de souliers neufs. Tu l'auras plus tôt appris que jour levant sentir. Ce que j'ai dit, translaté de lanternois en vulgaire, chante ainsi :

Tout malheur, étant amoureux, M'accompagnait : onq n'y eus bien.

Gens mariés plus sont heureux :

Panurge l'est et le sait bien.

— Reste donc, dit Pantagruel, le vouloir du roi mon père entendre et licence de lui avoir. »

COMMENT GARGANTUA REMONTRE N'ÊTRE LICITE ES EN, FANTS SOI MARIER SANS LE SU ET AVEU DE LEURS PÈRES ET MÈRES,

Entrant Pantagruel en la salle grande du château, trouva le bon Gargantua issant ' du conseil, lui fit narré * sommaire de

I. Reconduire. — 2. (Jeu de mots sur good fellow et fdot). — 3. Sortant, — 4. Récit

leurs aventures, exposa leur entreprise, et le supplia que. par son vouloir et congé, la pussent mettre en exécution. Le bon homme Gargantua tenait en ses mains deux gros paquets de requêtes répondues et mémoires de répondre, les bailla à Ulrich Gallet, son antique maître des libelles * et requêtes, tira à part Pantagruel, et, en face plus joyeuse que de coutume lui dit : « Je loue Dieu, fils très cher, qui vous conserve en désirs vertueux, et me plaît très bien que par vous soit le voyage parfait ; mais je voudrais que pareillement vous vînt en vouloir et désir vous marier. Me semble que dorénavant venez en âge à ce compétent. Panurge s'est assez efforcé rompre les difficultés qui lui pouvaient être en empêchement. Parlez pour vous.

— Père très débonnaire, répondit Pantagruel, encore n'y avais-je pensé. De tout ce négoce, je me déportais* sur votre bonne volonté et paternel commandement. Plutôt prie Dieu être à vos pieds vu roide mort en votre déplaisir que, sans votre plaisir, être vu vif ' marié. Je n'ai jamais entendu que par loi aucune, fût ♦ sacrée, fût profane et barbare, ait été en arbitre des enfants soi marier, non consentants, voulants et promouvants' leurs pères, mères et parents prochains. Tous législateurs ont ôs enfants cette Uberté tollue •, es parents l'ont réservée.

— Fils très cher, dit Gargantua, je vous en crois, et loue Dieu qu'à votre notice' ne viennent que choses bonnes et louables, et que, par les fenêtres de vos sens, rien n'est on « domicile de votre esprit entré fors Ubéral savoir; car, de mon temps, a été par le continent trouvé pays onquel ne sais quels pastophores • taupetiers **, autant abhorrents ^* de noces comme les pontifes de Cybèle en Phrygie (si chapons fussent, et non Gais pleins de salacité et lascivie *') lesquels ont dit lois es gens mariés sur le fait de mariage. Et ne sais que plus doive abominer, ou la tyrannique présomption d'iceux redoutés taupetiers, qui ne se contiennent dedans les treillis de leurs mystérieux temples et s'entremettent de négoces contraires par diamètre entier *• à leurs états, ou la superstitieuse stupidité des gens mariés qui ont sanxi *♦ et prêté obéissance à telles tant maUgnes et barbares lois. Et ne voient (ce que plus clair est que l'étoile matu te*') comme telles sanctions connu-

I. Suppliques. — 2. Je m'exemptais. — 3. Vivant. — 4. Soit. — 5. Incitant. — 6. Enlevée.

— 7. Connaissance. — 8. Au. — 9. Pontifes. — 10. De la race des taupes. — 11. Éloignés.

— 12. Lasd\ité. — 13. Diamctraleraent contraires. — 14. Ratifié. — 15. Matutinale.

biales toutes sont à l'avantage de leurs mystes ^ nulles au bien et profit des mariés, qui est cause suffisante pour les rendre suspectes comme iniques et fraudulentes.

« Par réciproque témérité pourraient-ils lois établir à leurs mystes sur le fait de leurs cérémonies et sacrifices, attendu que leurs biens ils déciment et rognent du gain provenant de leurs labeurs et sueur de leurs mains, pour en abondance les nourrir et en aise les entretenir. Et ne seraient, selon mon jugement, tant perverses et impertinentes comme celles sont lesquelles d'eux ils ont reçues. Car, comme très bien avez dit, loi on- monde n'était, qui es enfants liberté de soi marier donnât, sans le su, l'aveu et le consentement de leurs pères. Moyennant les lois dont je vous parle, n'est rulîan, forfant', scélérat, pendard, puant, punais, ladre, brigand, voleur, méchant en leurs contrées, qui violentement ne ravisse quelque fille il voudra choisir, (tant soit noble, belle, riche, honnête, pudique que sauriez dire) de la maison de son père, d'entre les bras de sa mère, malgré tous ses parents, si le riifian s'y a une fois associé quelque myste, qui quelque jour participera de la proie.

« Feraient pis et acte plus cruel les Goths, les Scythes, les Massagètes, en place ennemie, par longtemps assiégée, à grands frais oppugnée*, prise par force? Et voient les dolents pères et mères hors leurs maisons enlever et tirer par im inconnu, étranger, barbare, mâtin, tout pourri, chancreux, cadavéreux, pauvre, malheureux, leurs tant belles, délicates, riches et saines filles, lesquelles tant chèrement avaient nourries en tout exercice vertueux, avaient disciplinées ^ en toute honnêteté, espérants en temps opportun les colloquer par mariage avec les enfants de leurs voisins et antiques amis, nourris et institués de même soin, pour parvenir à cette félicité de mariage que d'eux ils vissent naître lignage rapportant et héréditant ^ non moins aux mœurs de leurs pères et mères qu'à leurs biens meubles et héritages. Quel spectacle pensez-vous que ce leur soit? Ne croyez que plus énorme fut la désolation du peuple romain et ses confédérés, entendants le décès de Germanicus Drusus.

« Ne croyez que plus pitoyable fut le déconfort des Lacédémoniens quand de leur pays virent, par l'adultère troyen, furtivement enlever Hélène grecque.

« Ne croyez leur deuil et lamentations être moindres que de

I. Initiés aux mystères, moines. — 2, Au. — 3. Vauiixai. — 4. Attaquée. — 5 Elevées. —6. Héritant.

Cérès quand lui fut ravie Proserpine, sa fille, que d'Isis à la perte d'Osiris, de Vénus à la mort d'Adonis, d'Hercules à l'égarement d'Hylas, d'Hécuba à la soustraction de Polyxène.

« Ils toutefois tant sont de crainte du démon et superstitiosité épris, que contredire ils n'osent, puisque le taupetier * y a été présent et contractant, et restent en leurs maisons, privés de leurs filles tant aimées, le père maudissant le jour et heure de ses noces, la mère regrettant que n'était avortée en tel tant triste et malheureux enfantement. Et en pleurs et lamentations finissent leur vie, laquelle était de raison finir en joie et bon traitement d'icelles.

« Autres tant ont été extatiques et comme maniaques, qu'eux-mêmes de deuil et regret se sont noyés, pendus, tués, impatients - de telle indignité.

« Autres ont eu l'esprit plus héroïque, et, à l'exemple des enfants de Jacob vengeant le rapt de Dinah leur sœur, ont trouvé le rufian, associé de son taupetier, clandestinement parlementants et subornants leurs filles, les ont sur l'instant mis en pièces et occis félonement, leurs corps après jetants es loups et corbeaux parmi les champs. Auquel acte tant viril et chevalereux ont les symmistes ' taupetiers frémi et lamenté misérablement, ont formé complaintes horribles, et en toute importunité requis et imploré le bras séculier et justice politique, instants ♦ fièrement '^ et contendants * être de tels cas faite exemplaire punition. Mais, ni en équité naturelle, ni en droit des gens, ni en loi impériale quelconque, n'a été trouvé rubrique, paragraphe, point, ni titre par lequel fût peine ou torture à tel fait interminée ', raison obsistante •, nature répugnante, car homme vertueux on ' monde n'est qui naturellement et par raison plus ne soit en son sens perturbé, oyant les nouvelles du rapt, diffame et déshonneur de sa fille que de sa mort. Or est qu'un chacun, trouvant le meurtrier sur le fait d'homicide en la personne de sa fille, iniquement et de guet-apens, le peut par raison, le doit par nature occire sur l'instant, et n'en sera par justice appréhendé ^".

« Merveilles donc n'est si, trouvant le rufian, à la promotion** du taupetier, sa fille subornant et hors sa maison ravissant, quoiqu'elle en fût consentante, les peut, les doit à mort igno-

I. Le personnage de la race des taupes. — 2. Ne pouvant supporter. — 3. Confrères. — 4. Réclamant. — 5. Férocement. — 6. Prétendant, — 7. Donnée en menace. — 8. S'y opposant. — 9. Au. — 10. Pris de corps. — 11. Instigation.

minieusement mettre et leurs corps jeter en direption * des bêtes brutes, comme indignes de recevoir le doux, le désiré, le dernier embrassement de l'aime ' et grande mère la terre, lequel nous appelons sépulture.

« Fils très cher, après mon décès, gardez que telles lois ne soient en cetui royaume reçues. Tant que serai en ce corps spirant' et vivant, j'y donnerai ordre très bon, avec l'aide de mon Dieu. Puis donc que de votre mariage sur moi vous déportez*, j'en suis d'opinion. J'y pourvoirai. Apprêtez-vous au voyage de Panurge. Prenez avec vous Épistémon, frère Jean, et autres que choisirez.

« De mes trésors faites à votre plein arbitre. Tout ce que ferez ne pourra ne me plaire. En mon arsenal de Thalasse prenez équipage tel que voudrez : tels pilotes, nochers ^, truchements ^ que voudrez, et, à vent opportun faites voile, au nom et protection du Dieu servateur'. Pendant votre absence je ferai les apprêts et d'une femme vôtre, et d'un festin, que je veux à vos noces faire célèbre si onques en fut. »

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