Garibaldi
Un an ne s'est pas écoulé depuis lejournnniversaire de la naissance do fianljaldi. — Ce même jour, nous écrivions sur co liéros (juelrjuos patres que nous réimprimons aujourdliui el qnv nous ferons suivre dos réiloxions suggérées par la nouvelle situation de l'Italie.
A travers les sentiers emportes par les pluies d'orage et soraés des formidalilos débris écroulés la veille, j«» marchais, il y a quelques jours, dans un pays sublime. Ruines imiiosantes des anii-
ques volcans, les montagnes, couvertes d'immenses pâturages, avaient revêtu leurs robes vertes, diaprées de renoncules et de narcisses. Un beau soleil faisait étinceler encore des neiges obstinées, tandis qu'à deux pas de l'éternel hiver, les vaches tachetées broutaient en paix les fleurs nouvelles, et qu'un grand aigle décrivait, avec son ombre portée, des cercles majestueux et lents sur la vaste arène des prairies.
A l'abri des plus hautes cimes, sur ces plateaux élevés, derniers sanctuaires de la vie pastorale, quelques êtres humains, clair-semés dans les chalets, semblaient devoir ignorer que le monde était en feu, et qu'au delà de ces incommensurables horizons où l'œil devine les Alpes, le canon grondait plus haut que le tonnerre, tandis que les vautours planaient sur des champs de bataille.
Et pourtant, ces hôtes de l'éternelle solitude, ces gardeurs de troupeaux, ces enfants de l'herbe et des nuages, qui, durant les jours de l'été, deviennent étrangers même à leur famille, savaient la guerre et connaissaient les noms des braves.
Et nos guides parlaient de l'Afrique et racontaient Gonstantine, en nous demandant si les sol-
dats d'aujourd'hui avaient plus de mal et de fatigue qu'ils n'en avaient eus eux-mêmes.
Dans ce calme austère de la nature, une émotion, un étonnement, une attente trouvait encore des cœurs à faire Ijattre. « Sommes-nous les maîtres là-bas? Avançons-nous? Gagnons-nous des batailles? »
Et là comme ailleurs, dans les chaumières comme dans les châteaux, dans les hameaux comme dans les villes, partout sur les routes et à travers les champs, chacun vivait hors de soi ; le cœur avait suivi l'élan guerrier, et les reposoirs rustiques de la Fête-Dieu portaient, en lettres de bluets, de marguerites et de coquelicots, cette légende étonnée de se trouver là tracée par la main des femmes et des enfants : « Gloire au Dieu des armées î >
Peut-être en était-il aiiisi aux jours de la foi naïve, au début des ()r«»miéres croisades. Dés lors aussi, il s'agissait de délivrance. On savait, ou on croyait savoir, (pi'il y avait au loin (l»'s chrétiens ()[)primés, appelant les braves à leur secours, et une pensée généreuse fut le prestige de ces premières ex[)éditions.
Aujourd'hui, c'est encore une croisade au nom
de la liberté ; mais non plus seulement la liberté matérielle de quelques coreligionnaires ; c'est la liberté physique et morale de tout un peuple qui se montre digne de revivre. Aujourd'hui, c'est encore la lutte de la civilisation contre les idées oppressives de la barbarie; mais c'est une lutte encore plus rehdeuse, car les questions de culte ne sont là pour rien, et il s'agit du principe d'indépendance sans lequel l'homme ne peut croire à rien, ne peut aimer réellement rien, au ciel ni sur la terre, puisqu'il n'existe plus, du jour où il ne compte plus parmi les nations.
Tout le monde sent si bien cette vérité, que les dispositions da peuple lombard inspiraient des doutes au commencement de la guerre. On pouvait compter sur la partie éclairée de cette nation, mais le paysan qui, en tout pays, redoute le changement et supporte toutes choses à la seule condition que l'on ne marchera pas sur le sillon qu'il vient d'ensemencer, celui-là, le patient, le prudent (logicien au jour le jour), pouvait bien regretter l'ordre étabU à tant de frais, le fait consacré par des années de chagrin, de souffrance et de résignation.
Et cependant, il n'en a pas été ainsi. Ce peuple
s'est levé, il a compris, il a salué le ri»''mont. In France et la liberté. On n*a jamais pu le rendre allemand : il ii*a pas oublié le nom et les Instincts de la pairie, ou s'il les a méconnus, un jour que la moisson était belle, un jour (piil disait en luimême : a Périsse l'Italie, périsse le monde plutôt que ma récolte, b un autre jour est venu où il a coupé joyeusement son blé nouveau pour le répandre dans l'augo des chevaux de ses libéra^ teurs.
Ses libérateurs sont forts et braves, magnanimes et dévoués. Ils sont nombreux, car, dans cette guerre terrible, depuis le (llief d'État jusqu'aux soldats, tout paye de sa personne avec une bravoure incontestable ou une audace splendide. Si Ton voulait dire quel est le héros principal de cette campagne, on serait embarrassé, et, à coup sûr, il faudrait en mettre plus d'un aux premiers rangs.
Mais il est des noms que certaines circonstances romanesrjues rendent plus accessibles à la sympathie do Thommo des campagnes, et jo no fus pas étonné, ces jours-ci, de voir le portrait de Garib.ildi chez les montagnards dévots du Velay et des CéveoDes. Cet aventurier illustre, que na-
guère certains esprits craintifs se représentaient comme un bandit, était là exposé parmi les images des saints.
Et pourquoi non ? Pourquoi ne prendrait-il pas sa place parmi les patrons du pauvre peuple, lui qui, par rapport à son peuple italien, est l'initiateur de la foi nouvelle? Voyez si sa parole ne ressemble pas à celle des premiers chrétiens ! Ce n'est pas la thèse politique, ce ne sont pas les théories matériahstes de l'intérêt personnel qui sont dans sa bouche. (( Je vous apporte, leur dit-il, le péril, la fatigue et la mort. C'est le salut de l'ûme et non le repos de la vie que je viens vous prêcher. Levez-vous donc et suivez-moi ! » Voilà ce qu'il dit aux paysans itahens, et ceux-ci se lèvent et marchent, obéissant à l'appel de l'enthousiasme. Et Ton dit que le temps des miracles est passé!
Non ! le temps des miracles durera autant que la race humaine sur la terre, sans qu'il soit besoin désormais de faire intervenir le renversement des lois extérieures de la nature. C'est dans le cœur humain que s'accomplit l'éternel prodige, le subhme désaccord des appétits matériels et des besoins de la vie supérieure, ceux-ci faisant taire ceux-là , môme dans leur
plus légitime appel, et réveillant la soif du martyre dans l'être engourdi cjui disait et croyait n'avoir besoin et souci que du pain du corps. A l'esprit froid qui calcule les probabilités rationnelles des futurs événements luimains, le miracle ne se présente jamais, et c'est pourtant le miracle qui résout toutes les questions en apparence insolubles, et déjoue toutes les opérations de la logique la mieux établie.
L'esprit vraiment éclairé devrait donc compter toujours sur le miracle et lui faire la part bonne dans l'avenir. 11 nous semble qu'il y a un trèssimple moyen d'éprouver la certitude de l'inlcrvenlion divine sur bupiello on peut comptiT en effj't : c'est de s'assurer que la cause qu'on lui livre est réellement digne d'elle, (juand cette cause est juste. Dieu parle, il consent à être béni comme Dieu des armées, il met dans le sein des liommes qu'il suscite une sainte fureur à laquelle rien ne peut résister et une abnégation digne de ces temps anciens que l'un est convenu de vanter et (ju'à chacpie instant le présent surpasse, même aux épo(iues de lassitude, de scepticisme et de raillerie.
L'iiomme est ainsi fait. Dieu merci, et ce n'est
pas un rêve de le croire. Isolément, vous le trouverez toujours et partout pétri des mêmes misères, imbu des mêmes erreurs et incapable de se rendre heureux ou sage, tranquille ou fort dans son œuvre personnelle. Mais toujours et partout vous le trouverez capable de ressentir ces grandes commotions électriques, grâce auxquelles, à un jour donné, tous deviennent sublimes.
C'est que l'homme est plus grand et meilleur qu'il ne le croit et qu'il ne le sait. Tout son mal est d'avoir encore la vie matérielle trop difficile sur la terre. Il s'y absorbe, il oublie que, plus il se détache de l'intérêt commun, plus il s'affaiblit et se ruine. Il lui faut des cataclysmes pour sentir que sa vie est celle des autres, comme celles des autres est la sienne.
Mais aussi comme il le sent bien quand l'élan est donné ! Gomme cette vie supérieure coule en lui à pleins bords, comme elle le grandit, comme elle l'enlève à lui-même, comme elle lui fait paraître frivoles les grands intérêts et les bons raisonnements de la veille ! Le peuple aime le merveilleux, cela est certain. Et il ne songe pas que le merveilleux par excellence, l'inouï, le fabuleux, c'est lui-même en de certains jours, c'est le spec-
iade qu'il présente, lorsqu'il se jette en avant, corps et biens, après avoir toujours cru qu'il était sage et bon de rester en arriére.
Mais à ce pauvre peuple endormi qui doit, bon gré mal gré, souiïrir autant que ceux qui pensent et qui veulent, il faut des initiateurs ; Dieu le sait, et il lui en envoie. Il a ses élus pour cette mission du miracle, ceux que les antiques bibles appellent des anges, ceux que l'empereur Cliarlemagne appelait ses Âlissi Dominici. Le monde moderne n'a plus de noms appropriés à cette tâche extraordinaire, et Garibaldi a reçu le titre vague et ondoyant d'aventurier.
Soit, si, par là, on désigne l'homme des actions épiques et des initiatives surnaturelles. Qu'il accepte son renom fantastique ! Ce généralat de légende lui est acquis, puisque l'opinion, si libérale en fait de calomnie et si méfiante pour les bons, ne prête lo bien qu'aux riches, et encore aux très-riches. Mais si Ton entendait par aventurier l'aveugle et brutal officier de fortune qui vend sa bravoure au plus ()n*rant, on ferait injure à un des caractères les plus fermes et les plus purs des temps modernes. Assez de témoignages se sont élevés en sa faveur dans ces derniers jours, pour
que cette noble figure ait déjà repris la place qui lui appartient dans l'histoire, et il deviendrait près • que de mauvais goût de la défendre contre de vains bruits et d'injustes méfiances. Si on s'en chargeait, il ne serait du moins pas convenable, selon nous, de chercher dans sa vie privée, dans ses passions, dans ses amours, le mot de ce roman intime que lui seul aurait le droit de révéler et de juger, et dont nous n'approuverions pas que la curiosité publique fût entretenue à la légère. On sait qu'il a aimé, qu'il a eu pour compagne une héroïne, et on sait où et comment il l'a perdue. En toutes choses, ce que l'on sait réellement de lui, suffit, et au delà, pour faire apprécier une existence de dévouements admirables, de douleurs poignantes et de courage à toute épreuve. Résumons-le rapidement d'après les renseignements les plus sérieux, et on dira comme nous que c'est plus qu'il n'en faut pour estimer l'homme autant qu'on admire le héros.
Joseph Garibaldi, né à Nice le 4 juillet 1807 (il y a aujourd'hui même cinquante-deux ans, saluons son anniversaire !), est le fils d'un honnête marin, peut-être d'un simple marinier, mais non d'un pauvre pêcheur, car il reçut de l'éducation et fit
de fortes études mathématiques, avec un remarquable succès. Sa famille était fort estimée, et lui-même, dés son enfance, fut aimé et respecté do ses campa gnons de jeux et d'études. 11 était comme le défenseur naturel des plus faibles: il était né comme cela.
Aventureux et intrépide, il entra dans la marine dés son jeune âge, et montra tout à coup que le sang-froid t-t la présence d'esprit faisaient de lui un homme complet pour la guerre. Compromis à Gènes, en \H:M, pour cause de libéralisme, il se réfugia en l^Yance, à pied, à travers les montagnes et sous le costume d'un paysan. 11 passa deux ans à Marseille, absorbé par les mathématiques, car rien ne manque à cet homme d'action, c'est un esprit studieux et calme.
Cependant il [allait vivre et donner cours à cette activité généreuse dont sa patrie lui refusait l'emploi. Il essaya de prendre du service comme ollicier de marine du bey de Tunis. Ouehiues mois de celte tentative lui parurent mal employés. Une république s'est constituée dans l'Amérique du sud. Il traverse les mors et devient général de partisans contre liosas, qui ncut jamais, dit-on, de plus redoutable adversaire.
En effet, c'était un invincible ennemi, l'homme à qui l'on offrait en vain, pour lui faire changer de parti, une fortune considérable. L'aventurier ne voulait pas s'enrichir. Il voulait se battre et tenir la parole qu'il avait donnée. 11 se battit si bien et avec des partisans si admirablement exercés, que son nom ne tarda pas à devenir célèbre. C'est dans cette guerre que Garibaldi se forma à la brillante carrière qu'il poursuit aujourd'hui avec un nouvel éclat. C'est là que, monté sur un petit bateau de pêche pour faire, avec douze matelots et à la faveur du brouillard, une reconnaissance dans les eaux de l'escadre ennemie, il voit, la brume se dissipant brusquement, une goélette armée de six canons le bloquer dans une petite anse où il n'a que le temps de se réfugier. La nuit est venue et la goélette jette- tranquillement ses ancres à deux portées de fusil de la pauvre barque, en remettant au lendemain le soin de son inévitable capture.
Mais elle a compté sans le roman, sans le miracle, sans l'audace du partisan. Avec ses douze hommes, il tire la barque à terre, lui fait traverser le cap et va la remettre à flot sur l'autre flanc de la goélette ; avec ses douze hommes, il
monto à rnbordage, fait Téquipago prisonnier ol rentre triomphant sur le navire devenu sa conquête.
C'est là qu'une autre fois, à la tête de trois cents liommes, il est cerné par trois mille ennemis : qu'il essuie leur feu sans bouger, les attend à la baïonnette, les disperse et les poursuit. C'est là qu'il forma cette fameuse légion italienne dont (Ml disait là-bas qu'elle n'était pas composée d'hommes, mais de diables, et que, quant à son chef, il ne serait jamais ni tué ni pris, ayant la force de cent hommes et le corps invulnérable.
Dès lors Garibaldi devient un personnage épique. De retour à Nice avec une [)nrtie de ses légionnaires en 4S, il se jette corps el âme dans la guerre contie l'Autriche, elle prestige qu'il a cru laisser au fond de l'Amérique l'entoure d'une auréole nouvelle. Ce sont tous les jours des combats homériques, des coups de main d'une vigueur et d'un bonheur (jui font croire au\ uns que c'est le diable, aux autres (pie c'est Dieu qui dirigent son bras et préservent sa vie.
A Home, où (lai'ibaldi a couru au secours de la patrie menacée i)ar le César allemand, un luneste malentendu amène une collision entre la
raison d'État et le sentiment national, entre la France et l'Italie. De part et d'autre, le combat devient une question d'honneur. Garibaldi défendra son drapeau. L'armée française sait s'il l'a bien défendu, et le nom d'un tel adversaire reste honoré dans ses rangs *.
On sait ce brillant combat de Palestrina, que, durant la trêve, le héros alla hvrer à l'armée napolitaine avec une poignée de ses braves. On sait comment il la mit en fuite et rentra dans Rome, vainqueur et blessé, lui, l'invulnérable, qui reprendra quand même son prestige et sa puissance. On sait aussi son héroïque désobéissance qui amena la prise de Velletri.
Mais ce brillant poëme a son chant d'angoisse et de douleur qui le complète; c'est là qu'on aime le héros et qu'on pleure avec lui. 11 le faut bien ; c'est dans le malheur que ces grandes existences deviennent sympathiques et se rattachent à l'humanité par les larmes. La pitié est toujours d une immense tendresse pour ceux dont l'énergie est immense, et un grand cœur qui se brise est un spectacle qui brise tous les cœurs.
i Voyez le rapport da général Vaillant.
({ Lp ^ juillet, sur lo soir, il était sorti de Rome avec quatre mille fantassins et huit cents cavaliers. Sa femme Anitajeune Brésilienne qu'il aimaittendrement, raccompagnait. Elle lui avait déjà donné trois enfants, était enceinte du quatrième et n'en avait pas cfmibattu moins bravement à ses côtés. Ciceruacchio l«Mir servait de guide '. Embarrassé de bagages et de munitions, poursuivi par trois colonnes françaises, entouré par les Nnpolitains au sud, par les Autrichiens dans les Légations et en Toscane, Garibaldi sut passer au milieu d'eux, divisant sa petite colonne pour la dissimuler, faisant les marches et les contre-marches les plus «surprenantes. Serré cha(|ue jour de plus prés, il n'eut bientôt plus d'asile que la petite républiijue de Saint-.Mariii. 11 >\ jette jnir des sentiers ardus et inexplorés, à travers des bois fourrés et des torrents impétueux. Là, 1».' u(J juillet, il rendit
• On se rappflk ppiitw'trf» la popularité éph/^mt-re du paiiTre Anjçelo lirunctti. dit Ciroruacrhio. 'Irlail un liomme du peuple, /br^ rofiii/if un tithlrte, Imn, seusilih'. 7iini'>- ifiuitrur et mlonné au vin, » qui, pendant quelques jour-s, '•ut le preiTiier rôle diins lesévén«Mii'iit>N dp Home. Pie IX senildail alors niarrlior d'arcord avec les n'Oirnifs jugiVs par lui nécessaires, et le prolt-Liin*. s'éiançant sur sa voiture, agitait au-dessus de la tête du pontife une bannière où étaient écrits ces mots : Saint-Père, fiez-vous au peuple.
leur parole et leur liberté à ceux que tant d'inutiles fatigues avaient découragés. Les magistrats de Saint-Marin, peu jaloux d'attirer sur leur pauvre pays les colères de l'Autriche, voulurent traiter de la reddition de ceux qui restaient. (( Nous rendre ! s'écrièrent aussitôt ces intrépides légionnaires : plutôt mourir ! à Venise ! à Venise ! » Garibaldi tressaillit alors, et, levant sa tête altière : « A qui veut me suivre, dit-il, j'offre de nouvelles souffrances, les plus grands dangers, la mort peut-être; mais des pactes avec l'étranger, jamais ! » Puis s'élançant à cheval, il part, suivi de sa femme et de trois cents hommes restés fidèles à sa fortune.
)) Les Autrichiens, occupés à se rendre maître de ceux de ses compagnons qui avaient posé les armes, à envoyer ceux qui étaient Lombards dans les prisons de Mantoue, à remettre ceux qui étaient Romains en hberté, après leur avoir fait donner à chacun trente coups de bâton, lui laissèrent le temps d'échapper et de poursuivre sa course aventureuse. A Gesenatico, le 3 août, il frète treize barques de pêche et fait voile pour Venise qui résistait encore. Il était déjà en vue des lagunes, lorsque les navires autrichiens, qui
l'avaient aporçu, lui donnent la chasse. Le vont devient tout à coup contraire, il ne pont fuir. Il essaye de passer à travers ses ennemis et de tenir ses barques unies; mais les Autrichiens parviennent à los séparer et à lui en enlever huit. Avec les autres, cependant, il échappe, à force d'audace, et, le :] août, aborde, de nouveau, aux rivages romains. 11 avait avec lui sa femme, ses enfants, Cicoruacchio et les siens, et deux ou trois autres compairnons, rofficier lombard Livraghi et le barnabite Ugo Bassi.
» Pendant doux jours, il continue sa route par terre, reçu, caché par tout, malgré les menaces de mort proférées par les Autrichiens contre quiconque lui donnerait asile. Sa femme, épuisée, succombe à tant de fatigues. Il abandonne à regret ce pauvre cadavre, mais pouisuit, portant son deuil dans son cœur, passe à lîavenne, en Toscane, à (lénos, à Tunis, et, d<^ l;i, en Amérique, laceruaccliio et ses enfants, saisis, sont fusillés, dit-on, (pioiiju'ils n'eussent pas piis les armes. D'autres prétendont qu'ils se noyèrent dans leur fuite, au passage duii llruvc Livraghi, l'go IJassi furent mis à mort sans jugement. Ce dernier ne put obtenir le viatique ; des historiens