‹ Garibaldi histoire de la conquête des DeuxSiciles Marc MonnierChapitre 15 sur 33 · GARIBALDI SUR LE CONTINENT · texte numérisé non relu

GARIBALDI SUR LE CONTINENT

Brait du débarqnement de Garibaldi b Castellamare. — Le comte d'Aquila. — Dëpêcbei du comité secret. — Insurrection dans la Basilicate. — Capitulation de Reg^o. — Le comte de Syracuse. — Menées des conspirateurs b Naples, — Instructions du colonel Boldoni. — Situation critiqne du gonrémemcnt napolitain.

H août.

On vient de me réveiller en m’annonçant que Garibaldi a débarqué cette nuit à Castellamare, c’est-àdire à une heure de Naples, Je ne sais ce qu’il en est, mais tout est possible. Si l’on m’affirmait que le chef de partisans a abordé au paleis du roi, je n’en croirais rien , mais je ne le nierais pas. Quoi qu’il en soit , la ville est comme prise , ou du moins assiégée. Les Iioutiques et les portes cochères hésitent à s’ouvrir. Il y a de formidables rassemblements de troupes sur le port, .sur la place du Château et autour du Palais- Royal. Les soldats ne nient pas le débarquement. Toutes les troupes sont sur pied. Les galantuomini n’osent s’aventurer dans les rues. J’attends les nouvelles d’aujourd’hui ; voici les nouvelles d’hier.

, aa? G.VRIBAI.DI. — CONQUÊTE

Hier et dimanche, les télégrammes pleuvaiént dans les rues. Chacun avait le sien et le donnait pour offî^ ciel. Tous s’accordaient à dire que les Calabres étaient insurgées. Le général Melendez demandait que la flotte garantit pendant trois jours le littoral, et il s’engageait à disperser les insurgés calabrais. Le premier jour, ils étaient deux cents; le lendemain, deux mille. Ils avaient formé un camp retranché et mangé quaranteneuf moutons. ,

Le Fieramosca et le Fulminanle, vapeurs du roi, croisaient sur les côtes de la Calabre ; mais quand ils arrivaient sur les points où étaient signalés des débarquements, ils ne trouvaient pei^onne. Le télégraphe ' de Brindisi dénonçait une corvette mixte sans pavillon et chargée de soldats qui explorait les côtes. Le général Benedictis, commandant les Ahrùzzes, avait transporté son quartier général à Giulianova, et opérait d’habiles mouvements stratégiques pour tenir à distance des chaloupes canonnières qui faisaient mine de vouloir débarquer. On aflirmait de plus que Reggio, Pizzo et Catanzaro éhiient déjà dans les mains de Garibaldi.

Hier au soir, dans son Journal officiel, le gouvernement a publié la note suivante ^ ^

« On fait circuler sous main par la ville, imprimés « ou manuscrits, des télégrammes imaginaires et des, « nouvelles dont l’unique effet est de mettre l’épou- « vante dans l’âme des pacifiques citoyens qui ne con- « sidèrent pas que, sous un gouvernement consti- « tutionnel, tout ce qui s’enveloppe de ténèbres et de « mystère est mensonge et infamie. Aussi nous « croyons-nous dans l’obligation de rappeler à cette

DKS DKÜX-SICII.ES.

« idée les inexperts et les timorés, et de déclarer que « tout ce qu’on a répandu, depuis les nouvelles don- « nées par nous dans la feuille de vendredi (voyez ma « dernière lettre), est entièrement faux.

« Que tous les habitants du royaume soient donc « tranquilles, et, en particulier, ceux de la capitale, et « qu’ils vivent dans l’assurance que le gouvernement « tient les yeux ouverts non-seulement pour leur sé- « curité, mais encore pour découvrir et punir les « menées menteuses des mauvais citoyens qui vou- « draient jeter le pays dans l’abattement. »

Le même numéro du journal publie des décrets rétablissant au ministère de la présidence des ofliciers destitués en 18/|9; appelant le contre-amiral de Gregorio à la direction .des télégraphes, et reconstituant la police sur des bases plus larges et avec de plus équitables émoluments. La somme de 28,383 ducats et 50 grains, attribuée jusqu’à ce jour à la sûreté publique, est portée à 59,232 ducats. Les sbires, espions, etc., ne seront donc plus forcés de se payer eux-mêmes en vendant, comme autrefois, leur silence et en extorquant de l’argent aux suspects sous peine de les dénoncer, même à tort. Je connais une vingtaine d’hommes compromis qui , pour n’être pas arrêtés à tout moment, payaient une sorte de pension aux agents de la police. Üe temps en temps, ceux-ci venaient leur dire : « Nous vous cherchons, cachez-vous ! »

Je me mets à la fenêtre, la rue se rej)euple et les portes s’ouvrent peu à peu. Le ministre de la guerre passe avec une escorte. Il doit se passer quelque ehose, mais je ne. peux, croire que nous ayons déjà Garibaldi.

GA RIBALDI. — CONQUfiTK

Je continue. Je vous ai dit que les personnages de l'ancienne cour fuyaient en foulé. On a maintenant les noms de ceux qui se sont évadés samedi. Ce sont d’abord force jésuites inscrits comme missionnaires ou élèves des missions, soit pour ne pas être inquiétés en route, soit pour ne pas payer les visas de leurs passe-ports. Mais la plupart de ces affidés vont à Rome. Pour Marseille sont partis avec leurs familles un grand nombre de grand seigneurs qui, voyant leur roi menacé, le quittent. Naples annexée, ils reviendront en foule , en protestant qu’ils ont toujours été pour l'annexion.^ E}t si le roi triomphe, ils accourront tout de même en faisant sonner leur émigration comme un acte de fidélité. — Ils reviendront de Coblentz!

Parmi les fuyards trône en première ligne l’homme qui a le plus fait pour perdre la dynastie, le général Filangieri. Vous n’avez pas oublié que cet illustre vieillard a été longtemps premier ministre sous François II. Vous vous souvenez qu’il avait été appelé au pouvoir par l’influence de la diplomatie, qu’il avait leurrée de magnifiques promesses. Dès qulil fut ministre, il ne s’appliqua de tout son zèle qu’à éluder ses engagements. Il fit plus, il se distingua par l’acbamement de sa résistance eux idées nouvelles.

Si la constitution française, proposée par M. Brenier, et la constitution napolitaine, conseillée par M. Elliot, n’ont pas été acceptées depuis un an (ce qui aurait sauvé la dynastie), c’est grâce à l’opiniâtre opposition de M. Filangieri. Je rappelle ces faits parce que le général porte maintenant une constitution dans sa poche et la montre à qui veut la voir, ein disant à qui veut l’entendre qu’il l’avait proposée du premier jour à la

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Sïô

sanction royale ; qu’il l’avait vigoureusement soutenue pendant le cours de son ministère, et que, n’ayant pu la faire admettre , il avait fini par donner sa démission.

On m’apporte des nouvelles sur le prétendu débarquement de Garibaldi. Il s’agit tout simplement d’un coup de main tenté cette nuit à Castellamare. ün navire des corsaires est entré dans le golfe et a essayé de capturer une frégate du roi chargée de piastres et de munitions. La ville paraît calme.

Midi.

La nouvelle que je viens de vous donner se confirme. Le Veloce s’est, en effet, avancé jusqu’à Cas^ tellamare, et s’est hardiment attaqué au Monarca, vaisseau du roi, 11 est même parvenu, me dît-on, à lui casser ses amarres. Mais l’équipage, averti par une sentinelle du port, s’est réveillé à temps pour faire résistance. Quelques coups de canon ont frappé le vapeur garibaldien, qui a dû lâcher prise et qui a riposté assez vivement. Il y a des marins morts et un commandant de marine blessé. Le Veloce ou le Tuckery a pris le large.

De là toutes les terreurs de ce matin.

3 henres.

Vu les troubles de Castellamare, etc-, Naples est mise en état de siège. — Le commandant Josué Ritucci assume l’autorité militaire et fait appel au bon esprit de la population. Sont défendus les attroupements de plus de dix personnes : après la seconde

GARIBALDI. — C<JNQL’ÊTE

sommation, ils seront dispersés par la force. Défendues les réunions clandestines appelées comités. Défendu de porter sur soi des armes à feu et des armes blanches, même des bâtons trop gros. Défendu de ramasser des pieiTes. Défendu de pousser des cris séditieux. — On vient d’afficher cela à tous les coins de rue.

La ville est morne. Cependant la garde nationale n’est pas dissoute et les théâtres ne sont pas fermés.

15 août.

On fait beaucoup de bruit en ce moment de l’expulsion du comte d’Aquila. — A mon avis on donne à cet incident une importanee qu’il n’a pas ; mais je ne peux le passer sous silence. Voici donc à ce sujet la vérité vraie, en quelques mots.

Le ministère et le prince royal étaient en brouille depuis longtemps : le premier étant déjà garibaldien, le second restant naturellement dynastique. Le prince poussait le roi à une conduite plus ferme ; il conseillait d’attaquer résolument Garibaldi , d’écarter le cabinet qu’il soupçonnait de trahison , de mettre Naples en état de siège. Le ministère accusait le prince de travailler pour son propre compte, et de convoiter une régence qui menaçait à la fois le trône et la Constitution.

De là, ces derniers jours, quelques scènes même violentes au conseil et en présence du roi. Les ministres on eu le dessus, grâce a des portraits surpris |e ne sais ou et portant cette inscription : Vive le Régent! en place de titre. Il a été constaté, de plus, que le prince

' DKS DEUX-SICILRS.

avait reçu, depuis quelque temps, beaucoup d’armes : hier encore une caisse de revolvers dissimulée sous une étiquette de quincaillerie. Ajoutez que dimanche soir un commencement d’émeute avait éclaté dans la rue de Tolède sur un coup de fusil qui était parti d’une fenêtre et qu’on aurait pris pour un signal.

Munis de ces terribles "preuves, les ministres ont assaini le roi qui a cédé. Pour dissimuler l’explosion, le ministre de la marine a intimé au prince, de la part du roi , l’ordre de monter immédiatement à bord du Sirornboli. Le prince devait y trouver un pli cacheté, le chargeant d’une mission en Angleterre, Il demanda alors à voir le roi; cette justice lui fut refusée. 11 s’embarqua donc, mais à bord d’une goélette à lui d’où il envoya une lettre à son royal neveu et une protestation rigoureuse. Le roi répondit par un billet de bon voyage, dans lequel il priait Dieu et la Madone d’avoir en leur sainte garde le prince disgracié.

Voilà l’histoire en deux lignes. C’est un coup d’Étai du ministère; — quant à la conspiration inventée pour couvrir Cotte violence, je déclare positivement que Je n’y crois pas.

Le comte partira ce soir avec sa famille et sa suite sur sa corvette le Menai. — 11 ouvre la marche,— les autres le suivront de près.

Le Journal officiel distribué ce matin annonce que S. A. R. a été^chargée d’une mission en Angleterre. .

18 août.

C’est toujours la peur qui domine à Naples. Rien n’est plus étrange que le va-et-vient général de la ville

OARIBAI.DI. — CONQUÔTR

tiS

à ia campagne et de la campagne à la ville, selon les points qui paraissent plus ou moins menacés. L’autre jour, c’était une véritable émigration à Castel lamare ; mais l’affaire du Veloce a refoulé tous ces.villeggianti malgré eux dans la ville , où ils ont trouvé l’état de siège, ils se sont alors éparpillés un peu partout, sur les côtes de Sorrente, d’où les escarpements des roches repoussent toute espèce de débarquement, et dans les plaines éloignées, où ils n’ont à craindre ni l’irruption des flibustiers ni le feu du fort Saint-Elme.

Le gouvernement n’est pas moins effrayé que la population. Nous ne pouvons savoir encore où en est l’insurrection dans les provinces. Les rares courriers arrivant de Messine donnent très-peu d’importance aux débarquements déjà opérés. Les fils du télégraphe étant rompus au delà de Saleme , notre imagination peut se figurer, s’il lui plaît, tout le royaume insurgé, depuis le Gilento jusqu’à Reggio; mais vous savez qu’une espièglerie de gamin suffit pour casser les fils du télégraphe.

Quant aux lettres, elles arrivent avec une lenteur si classique, que je ne crois pas que la poste ait communiqué sur l’extrême Péninsule des "rapports postérieurs à ceux de la Mouette,^ arrivée mercredi. Et la Mouette nous a dit simplement ceci : Garibaldia quitté Messine le 13, en annonçant une absence de quelques jours seulement. Il s’est embarqué sur un ancien vapeur de la compagnie Frayssinet, VHelvétie, aujourd'hui le Washington. Ce Washington allait peut-être à Gênes, peut-être à Cagliari, chercher des renforts, peut-être sur les côtes du royaume pour les explorer ; on l’ignore. 11 a accosté en route le Mozambuno, va-

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peur ssirde qui descendait de Gênes à Palerme. Quelques-uns croient que Garibaldi a passé d’un navire à l’autre pour retourner dans l’ile, où des désordres réclamaient son autorité. D’autres assurent qu’il doit être déjà descendu sur un point quelconque; mais un fait certain, c’est qu’à Messine le dictateur s’est embarqué seul.

Le pouvoir est plus effrayé que tout le monde. Rien n’est plus curieux que le mouvement des soldats en vestes bleues, partant des casernes en fortes patrouilles, au pas accéléré, et courant où les appelle une fausse alerte. Quelquefois ce sont des compagnies entières, avec armes . et bagages , et portant leur déjeuner en bandoulière dans un sac de toile blanche ballotté sur leurs pantalons bleus. Hier au soir, tout un régiment de cavaliers s’est avancé vers Sainte-Lucie, en passant devant le café de l’Europe. Dans l’après-midi , grande alerte. Des fusils et des canons sc sont précipités tout le long de la mer : j’ai cru que Garibaldi venait de débarquer. J’ai suivi le mouvement et j’ai couru à Sainte-Lucie. Là, on m’a dit qu’il ne s’agissait pas d’un débarquement, mais d’un embarfiuement formidable : 1,500 soldats de l’armée royale, avec armes et bagages, venaient de monter sur un vaisseau piémontais.

Je me demandais à part moi comment cette désertion avait pu avoir lieu en plein jour, en pleine ville, devant le Château-Neuf et le fort de l’Œuf, et en quel endroit les déserteurs avaient pu trouver assez de canots pour les transporter en si grand nombre. Une heure après, ce n’était plus quinze cents hommes qui s’étaient embarqués : on. n’en comptait plus que soixante-quinze. Et l’on racontait tous les détails de

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480 GARIBAIDI. — CONQUÊTE

l’évasion. On disait que, sur une réclamation du gouvernement au mar({uisdc Villamarina, réclamation aussitôt transmise à l’amiral piémontais, les fugitifs avaient dû quitter le navire aux couleurs italiennes. Mais, pour ne pas les livrer aux représailles sanglantes des lois militaires, on les avait transbordés sur un vaisseau anglais.

Le soir, tous ces bruits étaient tombés; l’alarme était venue du fait le plus simple du monde. Un certain nombre de bersagliers, appartenant à l’escadre piémontaise, s’étaient embarqués sur une chaloupe et avaient passé sous l’arche de la jetée qui relie le quai Sainte-Lucie au fort de l’Œuf. C’était une simple promenade sur la mer. Un soldat épouvanté avait pris cette partie de plaisir pour une tentative de débarquement : de là tout le bruit.

Ce qui n’empécbe pas les canons de courir la ville. L’autre jout, dans la nouvelle rue de la Pace, uüe roue de fourgon a écrasé de la tête aux pieds, en lui passant sur tout le corps, un pauvre enfant qui avait voulu voir de trop près cette artillerie. 11 se débattit un instant, et il mourut.

Malgré ce perpétuel mouvement militaire, qui met les soldats de fort mauvaise humeur, ils font assez bon ménage avec la garde nationale, et se partagent la besogne avec elle presque fraternellement. Cet accortl e.st rassurant. Nous ne craignons plus de conflits dans la rue. Quelques alarmistes avaient répandu le bruit, l’autre soir, que deux patrouilles, l’une nationale, l’autre militaire, s’étant rencontrées, l’oflicier qui commnn.lait celle-ci avait ordonné à scs soldats de faire feu sur l’autre, et que, sans rinterveution

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d’un sergent qui s’était opposé à cette trahison, les soldats auraient obéi. G’était un bruit répandu par les hommes de la réaction dans le but évident de perpétuer l’inquiétude. Le Journal conslilulionnel adémcnti le fait en termes indignés.

Voulez-vous une preuve statistique de l’effroi du pouvoir et de sa défiance? Il a une forte marine pour empêcher les débarquements; il a, de plus, mis la main sur tous les vapeurs marchands des compagnies napolitaines. Eh bien ! pour ses transports d’hommes, de vivres et de munitions, il n’ose se servir des bâtiments qui portent son pavillon, bien que ce pavillon soit tricolore. Sauf une ou deux frégates qui croisent sur les côtes, tous ces vaisseaux de guerre ou de commerce chôment dans les porls ! Et le sendee de transports est fait par des vapeure français qu’il croit inviolables. J’ai sous les yeux la liste de ces vapeurs français frétés pour le compte du gouvernement napolitain; je vous l’envoie avec le prix de location par mois, non compris le charbon ni l’huile :

lo

Le Lyon . .

. 80,000 fr.

Brésil.

L’Avenir

Le Charlcs-Marlel . ... .

La Slclla

L’.4ssy»'/eu

Le P rôtis ^

Le PylhiasS ■

L'Impératrice Eugénie . . .

Total.

/i60,000 fr.

Voici donc un supplément de /j6G,000 fr. dépensé

OARI B AI.DI. — CONQUÊTE

par un gouvernement qui a la première marine de l’Italie, pour ne pas empêeher le débarquement de Garibaldi, qui possède à peine six ou sept mauvais • vapeurs 1

21 août.

J’ai oublié de vous dire que nous avons eu mercredi, 15 août, un Te Deum pour l’empereur, dans une petite église de Sainte-Lucie.

Le soir, une grande partie de la ville s’est illuminée. I.a lettre au comte de Persigny et le paragraphe sur Naples avaient produit, les jours précédents, une vive sensation dans la ville, et rappelé Solferino à ceux qui lx)udaieut Villafranca.

Cette lettre avait couru tous les journaux de la ville, et, dans la rue de Tolède, les Napolitains s’abordaient avec un sourire et se disaient en hochant la tête : « Mon « cher Persigny, les choses sont fort embrouillées. » Ce qui voulait dire : « Les affaires des Bourbons vont « bien mal. »

Un fait caractéristique et qui peint bien les terreurs de la population est l’affiche collée, la veille du 15 août, par le commissaire Perifano, au coin des rues. Ce commissaire priait ses concitoyens de ne pas s’effrayer des coups de canon qu’ils entendraient le lendemain , les avertissant que ce seraient des salves pour l’empereur.

Je ne vous parle pas de tout le bruit qu’on fait à Naples à propos des élections au Parlement — renvoyées définitivement au 30 septembre, c’est-à-dire aux calendes grecques... A cette époque, François 11 ne sera plus roi.

DES DEUX-SICILES

La dynastie est en danger ; j’en appelle aux dépêches du comité secret, ou, je maintiens mon mot, du gouvernement occulte :

« Du quartier général de Corleto, le 17 août 1860. — Le mouvement d’insurrection a commencé aujourd’hui à Corleto. Demain, à la tête de 500 à 600 hommes, outre ceux que je pourrai recueillir en chemin et les autres qui accourront de l’autre côté de Potenza, je marcherai vers cette capitale de la province. Les populations sont animées partout d’un hon esprit. J’ai publié : 1“ unç proclamation annonçant les motifs de l’insiuv rection; 2° une autre proclamation à l’armée; 3° un ordre du jour à la partie armée des insurgés.

« J’ai formé mon état-major et organisé le quartier général en prenant en même temps toutes les mesures nécessaires pour surmonter tout obstacle et vaincre toute résistance.

« A Potenza sera installé un gouvernement provisoire qui prononcera l’annexion à l’ItaHe sous le sceptre de Victor-Emmanuel. Le tout de plein accord avec le général Garibaldi.

(( LE COLONEL CHEF MILITAIRE DE l’insurrection. ))

« Potenza, 18 août 1860. — La capitale de cette province est dans nos mains. Le gouvernement provisoire indiqué par ma précédente lettre sera installé dans la journée. Quatre cents gendarmes environ parurent se plier d’abord à l’imposante volonté du peuple ; mais immédiatement après, au cri de : Vive le roi! et mort il la nation ! jeté par le capitaine Castagna, ils se battirent avec les nôtres, et furent repoussés de telle

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sorte, qu’ils se livrèrent à une fuite précipitée en laissant sept morts, trois blessés, quinze prisonniers. Les dispersés se rendent l’un après l’autre.

« De notre côté , nous avons trois gardes nationaux blessés. La ville n’a pas eu à souffrir de grands dommages.

« LE COLONEL CHEF MILITAIRE DE l’insurrection. »

Voilà pour la Basilicate ; voici pour la province de Salerne :

« Salerne, 19 août, 8 heures du malin, — Arrive une estafette annonçant une démonstration advenue à Foggia, de peuple et troupe qui crièrent d’accoi*d : Vire Victor-Emmanuel ! Vive l’unité italienne! Vive Garibakli ! Deux compagnies du 13®, appelées à Foggia par les autorités pour réprimer la manifestation, la secondèrent. »

« Salerne, 20 août, 1 heure i/h après midi. — Le 6® régiment de ligne, qui de Salerne avait été envoyé à Potenza pour s’opposer aüx insurgés, à petite distance de la ville, jeta le cri unanime de Vive Victor- Emmanuel! Vive Garibakli ! et, arrivé à Auletta, refusa résolument de marcher contre ses propres concitoyens. »

Telles sont les dépêches du gouvernement clandestin. Voici maintenant celles du gouvernement officiel:

« On a reçu la nouvelle de nouveaux débarquements à Capo deir Arni (près de Melito, je crois, plus bas que Reggio); — débarquements de gens armés, conduits sur deux vapeurs venus des rives opposées de la Sicile. Ces bandes se dirigeant sur Reggio, nos

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troupes, sorties de la ville, avaient déjà, le même jour à 2 heures après midi, engagé le feu avec l’ennemi. La garde nationale est restée à la défense de l’ordre public.»

On croit qu’il s’agit d’un ■débarquement considérable, Il y aurait six mille hommes, et Garibaldi en tête. Le vapeurTori'no, qui portait les volontaires, aurait été jeté sur la côte , abandonné comme le Lo'mbardo et brûlé par les troupes royales. Mais cè sont là de simples bruits. Nous ne savons vraiment pas où est Garibaldi ; on le dit à Cagliari, à Turin, à Naples, à Messine. Le fait est qu’il est partout.

Je sais de bonne part qu’une insurrection s’organise à Avellino : elle a déjà son chef militaire. La province de Salerne est prête, la Basilicate soulevée, les Calabres envahies ; les désertions continuent : une soixantaine d’officiers et de sous-officiers ont encore manqué à l’appel avant-hier. Victor-Emmanuel a beau jeu.

Nous avons des détails sur les premiers débarquements et les premières opérations des patriotes en Calabre.

Du 7 au 8, deux débarquements ont été tentés, l’un à Villa-San-G.ovanni, l’autre près de Cannitello. On ignore si les débarquants étaient Siciliens ou gens de Calabre. Ils étaient d’accord avec les patriotes du continent, qui rompaient les fils du télégraphe entre Palmi et Reggio, tandis que l’action s’engageait sur le rivage. Ces deux lenralives avaient évidemment pour but de protéger une troisième expédition en détournant l’attention et les forces napolitaines. Cette troisième descente réussit pleinement sur les côtes d’AItafiumara.

Il y eut ensuite une nouvelle incursion sur la côte orientale, du côté de Gérace. Des hommes furent jetés

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à terre à Bianco et à Bovalino. Ils prirent le chemin d’Asproinonte, point de réunion, rendez-vous général de tous ces détachements séparés. — En même temps, à la pointe du Pizzo, entre Villa-San-Giovanni et Torre-Cavallo , une soixantaine de barques étaient tenues à distance par le feu du rivage.

Le militaire qui donne ces détails croit que l’intention des patriotes était de couper et de séparer les forces royales échelonnées à Reggio de celles qui gardent le littoral entre Bagnara et Palma. « Et, en effet, ils tiennent la campagne à Melia avec le nerf de leurs forces, mcmaçant par là sérieusement la route de Scylla à Reggio, et en même temps ils protègent les autres débarquements qui pourraient s’opérer vers la plaine de Melia. Laquelle chose s’est réalisée, car le 1 1 on a vu dans ces parages environ cent cinquante barques chargées de troupes et deux bateaux à vapeur. « Les Napolitains se tenaient sur la défensive. L’intendant désarmait la garde urbaine et la remplaçait par la garde nationale, qui a conservé la plus louable altitude (disent les feuilles officielles), c’est-à-dire qui n’a pas remué.

Le 15 au matin, il y eut un combat devant Bagnara, où le télégraphe visuel avait été abattu dès le premier jour, et où le général Melendez s’était porté avec le à* de ligne. Une colonne de patriotes attaqua cette position ; la fusillade dura quatre heures, et Melendez se crut vainqueur parce qu’il resta maître du terrain ; mais les patriotes n’ont, disent-ils, attaqué cette position que pour la tourner et se jeter sur Palmi, en coupant à Melendez ses communications avec Monteleone. C'est ce qu’ils ont fait avec beaucoup de courage et

DBS DBUX-SICILBS.

très-peu de pertes. Ainsi tout le mcHide est content : le général Melendez et le capitaine de la gârde nationale de Bagnara , qui commandait les patriotes. Voilà tout ce qu’on sait jusqu’à présent.

Un autre fait important de ces derniers jours est une émeute à bord de VEtlore-Fieramosca. Cette frégate royale croisait survies côtes de Calabre et ne faisait rien pour empêcher les débarquements. C’est que dans l’armée , et surtout dans la marine , les officiers sont Italiens , mais les soldats et les simples marins sont royalistes. Si bien que ceux de VEtlore-Fieramosca se soulevèrent contre leurs chefs et arborèrent le pavillon blanc , qui est maintenant l’étendard de la révolte, — puis, excités par un capo tamburo (tambour en chef) et d’autres sous-officiers, ils mirent le commandant et l’état-major à fond de cale, et ordonnèrent à un pilote de les ramener à Naples. Le pilote n’en voulut rien faire sans l’ordre du commandant; il y eut alors une sorte de transaction entre l’éméute et l’autorité : le commandant obéit à ses marins, qui se remirent sous ses ordres, et il revint à Naples avec eux. Hier un conseil de guerre s’esl assemblé pour juger la prétendue trahison des chefs et l’insubordination patente de leurs hommes. Étrange procès, où tout le monde se constituait partie civile. Enfin, tout a fini pour le mieux : le commandant Guillamatta a été acquitté , et les auteurs de l’émeute seront punis.

Les démissions pleuvent dans la marine, et les démissionnaires se réfugient sur les vaisseaux étrangers, qui seront bientôt des maisons napolitaines.

Vous savez sans doute que les vaisseaux piémontais ont des troupes de débarquement. Les bersagliers des-

O ARIBAI.DI. — CONQUÊTK

cendent à terre en assez grand nombre, et la orânerie provocante de leurs plumes de coq ennuie passablement le pouvoir. Aussi leur a-t-on refust^ l’autre jour de descendre armés. On en a ari*êté quelques-uns dimanche, dans un quartier suspect hors de la porte de Capoue. Je les ai vus passer furibonds, mais tenus en respect par un nombre considérable de soldats. Leur détention u’a pas duré longtemps; ils ont été rendus à la première réclamation des officiers de leur marine.

Le coup de fusil parti l’autre semaine dans la rue de Tolède, et (|u’on avait pris pour un signal d’insurrection, avait été tiré par un chat, Ne riez pas : c’est officiel. Ce quadrupède inotfensif, en sautillant dans une chambre, avait pressé la détente d’un fusil; de là toutes les alarmes : magasins fermés, voitures fuyant à toutes brides, foule dispersée en un moment , troupes royales et gardes nationaux appelés sous les armes, palrouilles formidables, canons chargés , que sais-je encore ? C’est, je crois, ce tumulte qui a motivé l’expulsion du prince Louis. L’auteur présumé de l’attentat, M. Alessandro Marino, fut arrêté sur-lechamp; le lendemain il aurait pu être fusillé sur le coup, car c’est le lendemain qu’on a proclamé l’état de siège. Deux commissaires de police se sont disputé dans un journal l’honneur d’avoir opéré cette arrestation. Et pourtant M. Marino n’avait pas touché son fusil. — C’était le chat, soit dit sans ironie.

Alexandre Dumas a repris le commandement de sa goélette, et, parti de Messine, a longé les côtes occidenUiles. Hier il abordait à Salernc, où il n’est pas descen<lu à terre ; mais sa goélette a été envahie par des jeunes gens qui venaient lui acheter des armes et

DES DEUX-SICII.es.

lui porter des glaces. Le soir la ville s’est illuminée en son honneur. Salerne était fort agitée, malgré les mille Bavarois qui la défendaient. Toute la jeunesse armée était sur le point de partir pour la Basilicate.

3 heures.

Naples est tranquille.

Je reçois une lettre de Messine , et je crois pouvoir donner sans indiscrétion le nom de l’ami qui l’a signée : c’est M. Maxime Du Camp, le poète des Chants modernes ol le voyageur du Nil, aujourd’hui attaché à l’état-major du général Türr, qui va marcher sur Naples. Cette lettre est d’hier 20 août; j’en copie les passages importants :

« Bixio a passé avant-hier en Calabre avec /|,500 hommes. Garibaldi, seul, comme César, l’a rejoint hier. — Consenz a dû partir hier au soir. Eber va partir, et je serai sans doute de l’autre côté vers la fin de la semaine.

a C’est le général Türr qui commande la division dont Bixio et Eber font partie comme brigadiers. — Il partira le dernier de la division, avec une 3® brigade, pour prendre le commandement de l’armée des Calabres marchant sur Naples. »

ii août.

Voici les dépêches du gouvernement occulte :

' « Hier, à midi , les troupes italiennes , débarquées au Capo dell’Armi, engagèrent le feu avec les hourbonniens. A quatre heures après midi, elles s’approchaient de Reggio.

840 GARIBALDI. — CONQUÊTE

« Nous apprenons que cette ville est tombée aujourd’hui (21 août), à midi, dans les mains des garibaldiens, malgré le feu du château.

« La nuit dernière, cent trois barques, deux vapeurs, six grandes barques et cinq brigantins marchands ont opéré un nouveau débarquement entre Bagnara et Scylla. La marine a laissé faire.

« Neuf compagnies, sous les ordres de Vial, se concentraient à Scylla. Le même Vial est parti de Monteleone , voyant la province menacée. Il demande au gouvernement d’autres forces et un autre général qui assume le commandement qu’il lui laisse. »

Voici enfin la version d’un journal bien pensant et bien informé, la Nuova Ilaiia :

« On parle d’un débarquement de quatre mille garibaldiens à Capo d’Armi et de deux mille a Melito.

« L’intendant deReggio demande au gouvernement des navires et des barques pour empêcher les débarquements subséquents. — Mille hommes des royaux sortaient contre les garibaldiens, pour couper leur marche dirigée, paraît-il, vers Reggio. — Le vapeur Torino, au service de Garlbaldi, échoua sur les côtes de Calabre, où U soutint un feu très-vif de plusieurs heures contre une frégate napolitaine. Il fut enfin livré aux flammes avec les munitions qui étaient à bord, après que l’équipage entier fut débarqué. »

Hier, le Paiisilippe, qui a passé dans notre port, amenait de Messine et emmenait à Gênes une cinquantaine de patriotes blessés à Melazzo. Il y avait parmi eux des enfants de quinze ans qui s’étaient battus en hommes.

Hier soir, des bersagliers, descendus à terre du

DES DBUX-SICILES.

vaisseau piémcMitais , causaient tranquillenient sur le pont de la-Sanita avec des bourgeois, lorsqu’ils furent assaillis lâchement et brutalement par des soldats de la troupe royale. La garde nationale est accourue et s’est bien montrée ; elle n’a pas craint de croiser la baïonnette contre les sabreurs royaux. Plusieurs fccrsagliers sont blessés gravement : c’est une mauvaise affaire.

La ville est plus calme que jamais. Le nouveau préfet de police, M. Bardari, a publié un manifeste un peu parolier, où il demande aux citoyens leur collaboration au maintien de la tranquillité publique. Par malheur. la guerre est déclarée, et les paroles conciliantes n’ont plus d’effet ni de succès.

Alexandre Dumas est dans la rade de Naples.

25 août.

VIride a reçu une lettre intéressante sur l’insurrection de Potenza. La Basilicate était agitée depuis longtemps : c’est un pays de montagnes et de tremblements de terre. La guerre d’Italie, l’aventure de Garibaldi, la constitution de François II précipitèrent la crise. Les tentatives réactionnaires de Matera ont donné le signal du mouvement. Potenza, chef-lieu de la province, n’était défendue que par les gendarmes. Ils paraissaient d’accord avec la garde natidnale, . et leur chef, le capitaine Gastagna, avait donné sa parole d’honneur qu’il n’attaquerait pas.

Le matin du 18, la gendarmerie en colonne était sortie de la ville et avait pris position à une portée de fusil des maisons, sur le Monte; Gastagna s’éloignait ainsi, disait-il, popr trmiuilliser le pays. Et le pays

GARIBALDI. — rONQlIÔTK

ütait tranquille. Cependant à la porte Salsa, un piquet de gardes nationaux surveillait les opérations des gendarmes. Bien leur en prit, car le capitaine Castagna lit tout coup rentrer ses hommes au pas de charge, les divisant en deux colonnes dont l’une devait atta- (|uer le poste.de la garde nationale et l’autre ouvrir les prisons. •

Les premières dédiargos des royaux éclatèrent avant qu’on eût eu le temps de crier : Aiix armes! Une halle frappa à la tenqie le capitaine Asselta, qui attendait l’assaut de pied ferme avec une cinquantaine de gardes nationaux. Alors seulement ceux-ci commencèrent le feu, et la gend irmerie fut mise en fuite. Elle se débanda par la ville et par la campagne , en frappant au hasard, poursuivie partout et chassée par les paysans armés de haches. Elle perdit une quarantaine de prisonniers, une cinquantaine de blessés et plus de vdngt morts.

> Outre la blessure du capitaine Asselta, les insurgés déplorent la perle de deux jeunes ho.nimes, et comptent des femmes et des enfants parmi les blessés. Cependant cette étrange insurrection , provoquée , hâtée du moins et justifiée comme la guerre italienne de l’an dernier, par l’attaciue des gendarmes, a réussi pleinement et s’est propagée dans un clin d’œil. Des nuées de montagnards armés sont descendues de partout dans la ville au secours de leurs frères. Les femmes se sont fait honneur, les blessés et les prisonniers royaux ont été non-seule nenl é|)argnés , sur le simple commandement d’un chef, mais secourus et assistés comme s’ils avaient combattu pour la bonne cause. . r ,

DKS DRUX-SICII.RS.

. Le 19, à Tito, la garde nationale chassait la gendarmerie. Le 20, il y avait à Potenza plus de dix mille hommes armés ; le 22, on en comptait justju’à quinze mille. Toute la noblesse, les propriétaires, les notables, la bourgeoisie lettrée, même les prêtres sont du côté des insurgés. Les paysans s’arment d’eux-mêmes au cri de : Vive Victor-Emmanuel! ;La croix de Savoie flotte partout sur le drapeau tricolore. Les forces sont commandées par un Napolitain (jui a déjà figuré dans les deux guerres italiennes, le colonel Boldoni.

De forts détachements sont échelonnés autour de la ville et sur les montagnes. De bonnes positions sont occupées, entre autres celle de Marmo, d’où une poignée d’hommes peut contenir une armée et renouveler la défense de Mazagran. L’insurrection se présente telle qu’elle tient déjà les forces royales à distance. On a envoyé contre elle des Napolitains et des Bavarois ; les Napolitains se sont arrêtés à Auletta, les Bavarois à Salerne. — Potenza est barricadée et se prépare à résister jusqu’au dernier sang.

Betournons en Calabre. Le gouvernement ofticiel nie les défections, mais il avoue les défaites, u Le petit nombre de compagnies, dit-il, qui, ensuite des débarquements annoncés, soutenaient l’attaque à Reggio, après s’être vaillamment battues, furent contraintes par des forces majeures à se retirer dans la citadelle. Mais cette citadelle, se trouvant en état de ' reconstruction, n’était pas capable de soutenir une défense régulière. Aussi, après une lutte acharnée, ces poignées de soldats furent -elles forcées de se rallier à la brigade du général Briganti, à laquelle elles appartiennent. »

GARIBAI.DI. — CONQUÊTE

Nous avons des détails sur la capitulation de Reggio. La garnison de la citadelle est sortie avec ses fusils seulement et le bagage personnel des soldats. Huit pièces de campagne et paixhans de 80, six de 36, et 16 ou 18 pièces de position, plus 2 mortiers de bronze, 500 fusils, beaucoup de vivres, de charbon de terre et de mulets sont restés aux vainqueurs.

Le Journal officiel du 23 annonçait que les généraux Vial et Gbio et le colonel Ruiz accouraient sur le terrain ; que la brigade Melendez et la brigade Briganti occupaient les fortes positions du Piale, qui domine toute l’extrême Péninsule , et que le matin du 22 , à U heures et demie, le feu avait commencé. Et la feuille du gouvernement nous a laissés depuis lors au milieu de ce combat, se gardant bien de nous en confier l’issue. Si bien qu’on la croit désastreuse pour l’armée royale ; et l’on soutenait hier que la position do PicUe avait été emportée d’assaut par les garibaldiens.

Les correspondances particulières du Nazionale disent que les débarquants sont bien accueillis en Calabre, et que leurs rangs grossissent à chaque pas. 11 pleut des renforts de partout, et des bandes entières (une entre autres commandée 'par le baron Nicotera),^ attendent les patriotes de Sicile.

Une lettre particulière de Messine , datée du 21 , annonce de tristes provocations venant de la citadelle. Les avant-postes napolitains tirent des coups de fusil, même des feux de peloton pendant la nuit; ils ont même jeté quelques boulets dans la ville ; il y en a qui ont touché les navires étrangers ancrés dans le port. Le commandant anglais s’en est plaint vivement , et a menacé de faire cause commune avec le commandant

DES DEUX-SICILBS.

piémontais, si ce dernier se trouvait forcé de répondre à ces insultes. Tout cela, pendant l’armistice, est du plus mauvais effet. Le commandant de la citadelle a bien essayé d’insinuer à son gouvernement que les provocations venaient des patriotes ; mais son gouvernement lui-même n’en a rien cru, puisqu’il n’en a rien dit.

Pour en finir avec les provinces, constatons encore des désordres réactionnaires à Bovino, dans la Capitanate. Des troubles pareils ont eu lieu à Bari ; mais là, du moins, ils ont pu être réprimés par la garde nationale. 11 a été constaté que les sanfédistes étaient soudoyés par l’évêque et d’autres personnages , à raison de 6 carlins par tête et par jour. '

J’ai beaucoup à dire aujourd’hui ; je commence par les documents officiels. Nous avons d’abord une note du ministre des affaires étrangères aux puissances. Cette note n’a paru qu’avant-hier, mais elle est datée du 21 ; elle est ainsi conçue :

« Naples, 3t août.

« Le général Garibaldi, après avoir envahi la Sicile, non content d’avoir usurpé la bannière royale de t'ardaigne et revêtu fous ses actes du nom du roi Victor- Emmanuel, a, par décret du 3 courant, mis en vigueur le Statut piémontais et obligé tous les fonctionnaires et les municipalités nommés par la révolution à prêter serment de fidélité au roi Victor-Emmanuel.

« Le gouvernement de Sa Majesté se croit en devoir de porter à la connaissance de toutes les puissances ces nouvelles usurpations et ces attentats, qui foulent aux pieds les prérogatives les plus évidentes de la sou

OARIBALDI. — CONQUftTF.

veraineté, les principes les plus inébranlables du droit des gens, et font dépendre les destinées de toute une nation du caprice arbitraire d’une forte élrangère.

« Le gouvernement de Sa Majesté voulant , au prix des plus grands sacrifices, éviter l’effusion du sang ensuite de la promulgation de l’acte souverain du 25 juin, et dans le désir de mettre en harmonie sa politique avec celle de la Sardaigne pour le maintien de la paix en Italie, a espéré la solution de la question sicilienne dans ses longues et persévérantes négociations.

« Cette dernière espérance étant déçue, le gouvernement de Sa Majesté, par l’organe du soussigné, ministre secrétaire d’État aux affaires étrangères, se

voit dans l’obligation inéluctable de dénoncer à

ces attentats qui se commettent sous la pression d’une force étrangère en Sicile, de protester fermement contre tous les actes qui tendent à nier ou à affaiblir les droits légitimes du roi, son auguste maître, et déclare qu’il ne reconnaît et ne reconnaîtra aucune de ces conséquences, étant fermement décidé de maintenir les amples institutions libérales promises spécialement à la Sicile, et à ne pas transiger pour le principe fondé sur l’histoire et sur le droit public européen qui réunit sous la royale maison de Bourbon les deux royaumes de Naples et de Sicile.

« Le soussigné profite, etc.

« Signé : De Martino. »

Je note que celte protestation n’est venue qu’après le débarquement de Garibaldi sur le continent. Jusqu’alors le pouvoir paraissait abandonner son île ,

DUS DEUX-S1CI1.KS

poun’u qu’on lui laissât la presqu’île. Mais, les Calabres entamées, on veut tout ou rien.

Passons au second document, — il est précieux ; — c’est une seconde lettre adressée au roi par le comte de Syracuse.

« Sire,

, « Si ma voix, qui s’éleva jadis pour conjurer les périls (jui ont fondu sur notre maison , ne fut pas écoutée, faites aujourd’hui que, messagère de plus grands malheurs, elle trouve accès dans votre cœur, et qu’elle ne soit pas repoussée par un imprévoyant et funeste conseil. .

« Le changement des conditions de l’Italie et le sentiment de l’unité nationale, exalté encore pendant les quelques mois qui ont suivi la chute de Païenne, ont enlevé au gouvernement de Votre Majesté cette force qui est nécessaire pour régir les États, et ont rendu impossible l’alliance avec le Piémont. Les populiitions de l’Italie supérieure, remplies d’horreur à la nouvelle des massacres de Sicile, ont repoussé de leurs vœux les ambassadeurs de Naples ; et nous fûmes malheureusement abandonnés au sort des armes, seuls, privés' d’alliances, et en proie au ressentiment des multitudes qui, de toüs les points de l’Italie, se sont soulevées au cri d’extermination jeté contre notre maison, devenue un objet de réprobation universelle.

« Et maintenant la guerre civile, qui déjà envahit les provinces du continent, entraînera avec elle la dynastie dans cette ruine suprême, que les artifices iniques de conseillers pervers ont dès longtemps préparée à la descendance de diarles III de Bourbon ; le sang

OA RI BALDl. — CONQUÊTE

des citoyens, inutilement versé, inondera encore les villes du royaume, et vous, un jour l’espérance et l’objet de l’affection du peuple, vous serez regardé avec horreur comme l’unique cause de cette guerre fratricide.

« Sire, sauvez, il en est temps encore, sauvez notre maison des malédictions de toute l’Italie! Suivez le noble exemple de notre royale parente de Parme, qui, à: llrruption de la guerre civile, délia ses sujets de l’obéissance, et les laissa maîtres de leurs destinées. L’Europe et vos peuples vous tiendront compte de ce sublime sacrifice ; et vous pourrez, sire, lever le front avec confiance vers Dieu, qui récompensera l’acte magnanime de Votre Majesté. Retrempé dans le malheur, votre cœur s’ouvrira aux nobles aspirations de la patrie, et vous bénirez le jour où vous vous serez généreusement sacrifié à la grandeur de l’Italie.

« J’accomplis, sire, par ces quelques mots, le devoir sacré que mon expérience m’impose; je prie Dieu qu’il vous éclaire et vous rende digne de ses bénédictions.

(( De Votre Majesté l’oncle très-affectionné*

« Léopold, comte de Syracuse.

« Naples, 24 août 1860. »

Ce qu’il y a de plus étrange dans cette lettre, c’est qu’elle se distribue ce soir dans toutes les rues de la ville, et qu’elle a été reproduite par tous les journaux.

Notez qu’il y a bien encore vingt mille hommes à Naples, et que nous sommes en état de siège.

Voici rtiaintenant la vérité sur un très-gros bruit diplomatique, exagéré naturellement par les rapporteurs officieux. M. le baron Brenier n’avait demandé

DES DBIIX-SICII-BS.

aucune réparation pour l’attentat commis sur sa personne. Il s'était contenté de l’assurance donnée par M. de Martino que M. La Greca, dans sa mission à Paris, devait arranger l’alfaire avec l’empereur. Mais M. La Greca n’en ayant rien fait^ M. Thouvenel s’en plaignit vertement à Naples, etM. Brenier transmit’ vigoureusement au ministère les plaintes de M. Thouvenel. M. de Martino dut baisser pavillon et demanda les réitérations exigées par la France.’

M. Brenier, qui avait, je crois, pleins pouvoirs en cette affaire, ne réclama rien pour lui, mais une ambassade extraordinaire à Paris pour présenter des excuses à l’empereur, une indemnité qui peut monter à 2,500,000 fr. pour les victimes françaises du lx>mbardement de Païenne, et le cordon de Saint-Janvier pour M. Thouvenel.

La légation sarde a également obtenu justice. Nonseulement les tirailleurs royaux ont passé devant un conseil de guerre pour leur attaque de l’autre soir, mais les deux bersagliers piémontais blessés ont reçu une indemnité de 20,000 lires.

Si bien qu’aprës tout ils ont fait une bonne affaire : les coups de sabre rapportaient moins à San-Martino.

Les tirailleurs, pour se venger, voulaient tomber tous ces soirs sur la garde nationale. L’autorité militaire a eu toutes les peines du monde à les retenir. Elle y est cependant arrivée, et avant-hier 1a réconciliation s’est faite à poignées de main.

Ce n’est pas tout. Les chefs des bataillons nationaux ont été reçus hier par le roi, qui leur a fait un discours à peu près en ces termes :

« Je suis résigné à mon sort, quel qu’il soit. Quoi

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G A RI B A I.DI. — CONQUÊTE

a qu'il arrive, comme souverain etcommo Napolitain,

« je vous promets que pas un coup <le fusil ne sera « tiré à Naples. Mais si vous provoquez mes soldats,

« je ne réponds pas d’eux. »

Ce qui n’enga}j:c rien, comme vous le voyez. Le 15 mai 18^8, ce furent des policiers déguisés en mazziniens qui provoquèrent les troupes. En tous cas, les gardes nationaux occuperont dès demain les postes abandonnés par les soldats.

L’armée quitte peu à peu son roi. Les officiers se réunissent en conciliabules et préparent une démonstration qui porterait le dernier coup i\ la dynastie. Les généraux eux-mêmes voulaient adresser Taulre jour au roi une note collective pour le prier chaudement de s’en aller. C’est le général Viglia qui a eu cette idée lumineuse. La cause est perdue aux yeux de tous. Ceux qui n’osent conseiller au roi de s’en aller tout à fait le conjurent au moins de quitter Naples.

Le roi a paru céder à toutes ces supplications, et il a parlé très-sérieusement d’abandonner sa ca[>ifale. Mais il voudrait la sauver sans la perdre. 11 lui est donc venu en tête de la neutraliser par une convention avec Garibaldi. La guerre serait portée derrière la ligne du Garigliano; l’armée royale s’appuierait d’un côté sur La forteresse de Gaëte, ét de l’autre sur le rempart du trône et de l’autel, M. de Lamoricière. Naples neutralisée, protégée par la garde nationale, la tempérance civile et les escadres, n’entendrait pas un coup de canon.

Remarquez ce mot en passant ; Protégée par les escadres. C’est une manière insidieuse de sollicitée une intervention. La question a,été posée avant-hier

DES UEUX-SICII, ES.

en ces lermes au corps diplomatique réuni chez M. de Martino, aucuns disent à la légation de France. Mais le corps diplomatique a vu le piège, et ne s’est engagé à rien. ■ '

Fn attendant, on se prépare à la résistance ; on veut faire un camp retranché à Saleme, malgré la malaria qui régne l’été sur ce rivage malsain; on envoie, par le chemin de fer de Vietri des légions de soldats, des cavaliers, des canons, dans la principauté Citérieure, où l’on veut tenter un grand coup. Le général Von chel, qui commande les llavarois, appelé à Naples samedi soir, s’est rendu au palais, d’où il est reparti sur-le-champ pour Salcrne. — « Quoi de nouveau, général ! » lui demanda-t-on au moment où il quittait îe roi. Von Mechcl répondit : « S.... n.. d. D... ça sent la poudret »

J’ai vu un officier suisse envoyé en Calabre pour une affaire de caisses militaires. A son retour, il n’a en*fendu que des acclamations à Garibaldi, de Cosenza à Salerne. Appelé ici par le roi et consulté sur les dispositions de provinces, cet officier a répondu, ou à peu près, ceci : « Nous sommes fouettés 1 »

Et, en effet, l’insurrection tient bon en Basilicate. J’ai sous les yeux le pl’emier numéro du Carrière lucano, journal officiel de l’insurrection (sic). J’y trouve un décret assez curieux, même comme rédaction pour mériter une traduction littérale :

« Victor-Emmanuel, roi d’Italie; le général Garibaldi, dictateur des Deux-Siciles :

« Le gouvernement pro-dictatorial, en vue des monées réactionnaires des ennemis de la patrie, menées dont les tristes effets se sont vérifiés en divers endroits

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8M GARI BALDI. — CONQUÊTE '

de^ la province, — en vue du dernier attentat de la gendarmerie contre la garde nationale et contre les citoyens de ce chef-lieu,

« DéeJare :

« 1® Que l’insurrection de la province est légitime;

« Et ordonne :

« 2® Que le commandement de l’armée patriote soit confié à l’honorable colonel Gamillo Boldoni ;

« 3® Qu’une junte insurrectionnelle soit immédiatement installée dans tous les municipes de la province; que cette junte soit composée de trois individus connus pour leur foi politique et leur énei^ie, — lesquels seront choisis par des commissaires délégués à cet effet et munis des pouvoirs nécessaires;

« 1|® La junte municipale ainsi établie a tous les pouvoirs nécessaires : 1® pour faire exécuter toutes les dispositions qui émaneront du pouvoir pro-dictatorial; 2® pour maintenir l’ordre intérieur; 3® pour répondre aux besoins de l’insurrection par la mobilisation immédiate d’un tiers de la garde nationale, par la formation d’une caisse des deniers publics et d’autres offres spontanées, et en pourvoyant à ce que le municipe tienne à la disposition de la patrie des hommes, des armes et des munitions.

(( Potenza, 19 août 1860. »

(Suivent les signatures.)

Une lettre adressée de Potenza, le 23, à M. F. Petruccelli, et publiée dans Vlride, dit ceci ; « Dans quatre ou cinq jours, nous aurons sous les armes, et bien, 15,000 vigoureux combattants et 500 chevaux; 120 prêtres, 24 moines, servent dans nos rangs ou

DRS DKUX-SICII.KS.

commandent fie petits corps. Ainsi le P. Raft'aele de Cirignola marche à la tête de 200 jeunes hommes envoyés de Spinazzola. Chaque commune a formé une caisse militaire pour les siens; les plus riches propriétaires de la province ont largement donné : ils sont tous ici. Tout ce que la province a de richesse et d’intelligence est accouru en foule. Le peuple rivalise avec la bourgeoisie, les femmes égalent les liommes. L’enthousiasme est extrême, universel. »

Je reçois enfin de Basilicata des nouvelles directes, m’annonçant que 22,000 hommes y forment une colonne mobile, prête à marcher. Des canons cerclés de fer et pouvant tirer cinfiuante coups avant d’éclater sont déjà prêts. Le nombre des prêtres et des moines enrôlés s’élève maintenant à 2,000. Trois cents cavaliers sont à cbeval, commandés par Pisanli, ex-officier de cavalerie: Bochicchio, jeune homme de cœur, et le baron Bonnaperna, de Venise. Les communes suspectes sont désarmées. Les juntes insurrectionnelles fonctionnent partout. Quinze cents fusils sont déjà arrivés de Sapri, et, faute d’autres armes pour marcher au combat, les paysans se sont fait des piques longues de quinze palmes.

Les fusils arrivés de Sapri confirment la nouvelle du débarquement opéré sur ce point , déjà célèbre tians l’bistoire des incursions modernes. On assure partout que le nombre des patriotes descendus sur cette côte s’élève à 6,000, et qu’ils sont commandés par le fils de Garibaldi.

11 paraît également certain que Cosenza est une ville insurgée. On parle de corps francs établis partout, de défections de toute l’année, que sais-je encore? Voici

GARIB AI.Di: — OONQUftTK

les nouvelles les plus sûres; elles viennent du Comité de l’ordre, le seul qui ait le sens commun :

« Le général Garibaldi, après la victoire de Reggio, porte avec 7,000 hommes environ sur Villa-San- Giovanni. Le matin du 23 il attaqua les royaux, forts de 15,000 hommes, échelonnés dans les campagnes, autour des forts d’Altafiumana,Torre di Cavallo, Scilla et Punta del Pizzo.

U Après peu d’heures de feu, les deux brigades Meleadez et Brigante, composant ensemble 5,51)0 hommes, se rendirent à discrétion, et Garibaldi, après les avoir désarmées et dissoutes, invita chacun à le suivre ou à retourner dans ses foyers. Un petit nombre d’officiers prit le parti de le suivre. L’exemple donné, le reste des-royaux commença à rendre les armes et à prendre la fuite. Le soir capitula le fort de Pizzo, et les milices du Bourlwn en sortirent désarmées.

« Dans la nuit du 2/j, les autres forts furent investis l>ar Garibaldi , et sans coup férir, instantanément, le jour même, se rendirent l’un après l’autre, aux mêmes > conditions que le premier. ^

« Le gouverneur général de la première Calabre ultérieure, en vertu de ses pleins pouvoirs, a déjà proclamé le Slaiut fondamental et les lois organiques de S. M. Victor-Emmanuel.

« Les vapeurs au service du gouvernement sicilien transportent des troupes du Phare dans la partie opposée des Calabres. On veut que Garibaldi ait déjà un c^rps de 18 à 20,000 hommes.

« Bagnara, 22 août. — Le colonel Ruiz refuse de reprendre la position d’Àltafiumana, parce que Garibaldi a déjà occupé toutes les hauteurs.

DES DEUX-SICILES

« A Vilia-San-tiiovanni , les troupes napolitaines ont fraternisé avec les garibaldiens. Garibaldi et le général Briganti se promenaient ensemble sur la place de Bagnara, pour ordonner des approvisionnements. Le général Briganti a accepté l’invitation de Garibaldi et de son état-major de dîner à leur table. Le même échange de courtoisies a eu lieu avec le général Melendez, sur le champ de Piale.

« Toute la troupe, à Piale et à Villa-San-Giovanni, a refusé de se battre contre Garibaldi. Le petit nombre de ceux qui étaient d’avis contraire ont dû se débander et s’unir au colonel Ruiz.

O Saleme, 26 août. — Le général Scott expédie une forte colonne à Avellino, pour réprimer tout mouvement insurrectionnel.

« Pizzo; 26 août. — Le télégraphe visuel de Montecivita est abandonné. De Capobonifato on signale deux pyroscaphes qui font route vers le sud-est ; un d’eux remorcpie un bateau marchand. On signale quatré brigantins et beaucoup de barques sur divers points.

il Chronique intérieure. — 11 continue d’arriver des troupes de Reggio et de Torre di Piale.

« Le ministre de l’intérieur envoiedes ordres sévères pour réprimer à Avellino toute tentative insurrectionnelle.' '

« Le général Bosco est parti pour Salerne avec trois bataillons de chasseurs et une batterie d’artillerie. Le ministre de la guerre (général Pianelli) doit le rejoindre. Oîi envoie des ordres à Salerne pour préparer des logements à des troupes nombreuses, et pour mettre des chars de transjxu't en réquisition. »

La police combat de son côté contre les réaction-

f! A RI B. \ LDI. — CONQUÊTE

naires et même contre les révolutionnaires. L’instruction de l’affiiire du comte d’Aquila se poursuit activement. Quant aux hommes des partis avancés , on les a tout simplement appelés à la préfecture par des billets pleins de politesse, pour les prier, avec toutes sortes de compliments, de vouloir bien s’en aller. La plupart d’entre eux (entre autres M. Giuseppe Ricciardi) ont refusé de se présenter à la préf^ecture. D’autres ont protesté contre cette proscription arbitraire. Parmi ces derniers M. Nisco, qui s’est réfugié à bord d’un vajsseau piémontais.

Au nombre des étranges trouvailles de la police, ces derniers jours, il faut signaler celle d’un personnage sinistre qui demeurait dans l’auberge de la Délia Yenezia, et qui se faisait appeler Bandini. On* trouva chez lui un grand pli aux armes royales. 11 protesta qu’il était unitaire,, et, découvrant son avant-bras, il le montra tatoué de cette inscription : Unité et indépendance Italienne. Mais le commissaire le pria de relever plus haut la manche de sa chemise. Il dut obéir et montrer à nu son biceps inscrit de ce mot : Constance a la monarchie. Ce genre de chauversouris ne manque pas chez les agents secrels des conspirations.

Voici un petit fait pour la bonne bouche. Un certain nombre de soldats , prisonniers de Garibaldi , ont demandé à revenir à Naples. Garibaldi les a embarqués sur le Franklin et renvoyés. Le Franklin est arrivé ce matin arborant un drapeau parlementaire. Des vapeurs napolitains étaient allés à sa rencontre et ont manqué faire feu sur lui.' Ils auraient coulé à fond cent fjuatre-vingts Napolitains rendus à leur roi par la fabuleuse générosité du corsaire. ,

DKS DKi:X-SICII.HS.

28 août.

Toute la garde royale est déjà partie. Le maréclial de camp comte CutrofianO a repris le commandement de la place et renouvelé la proclamation d’état de siège pour l’édification du pays.

J’apprends qu’un capitaine des corps étrangers qui sont à Salerne vient de faire arrêter un Suisse, non militaire, établi dans cette ville, sous le prétexte que ce Suisse favorisait les désertions , et après l’avoir gardé toute une nuit en prison, les mains et les pieds attachés derrière le dos, lui a fait donner, sans foi ni loi , de son propre chef , cent coups de bâton par ses hommes.

Je ne relève pas toutes les lois violées par cet acte : je note seulement que les hastonnados ont été abolies il y a quelques semaines par un décret spécial et signé de la main du roi.

Je suis maintenant renseigné sur les efforts tentés |)ar le gouvernement pour obtenir la neutralisation de Naples. C’est une idée de M. de Martino, communiquée au ministre de France, acceptée par lui d’emblée, comme une l)nnne pensée d’humanité, combattue ensuite par le ministre d’Angleterre, qui ne voulait pas engager la responsabilité de son pays, et débattue enfin dimanche, dans un conseil diplomatique au ministère des afl'aires étrangères.

II était évident que le gouvernement napolitain, outre les raisons d’humanité que je ne conteste pas, avait des vues militaires. La ville neutralisée n’aurait plus eu besoin d’être défendue : c’étaient autant de

GARIBALDI. — CONQUÊTE

soldats qui restaient contre Garibaldi. Cependant la ville de Naples étant' fort belle et très-bonne à épargner, le corps diplomatique fini^ par se décider à accepter la neutralisation sans la garantir. Mais il s’agissait de la faire admettre par Garibaldi. M. de Villamarina se chargea de cette mission difficile. H offrit de se rendre personnellement près du général des patriotes , sauf l’autorisation du roi Victor-Emmanuel.

Cette autorisation n’était pas encore venue ce matin ; voilà où en sont les choses. Mais j’ajoute que deux ministres étrangers (devinez lesquels) sont revenus hier sur leur décision d’avant-hier, et ont retiré l’adhésion qu’ils avaient donnée à l’idée humanitaire acceptée par la France. Ces deux ministres, qu’il est inutile de désigner, déclarent maintenant qu’ils ne veulent entrer pour rien dans un arrangement quelconque avec un chef de flibustiers.

Cette convention, proposée par M. de Martino et approuvée par le corps diplomatique, a un caractère singulier; elle est sans précédents, je crois, dans l’histoire. C’e«t la première fois qu’on met une ville hors de combat. Abandonnée par les troupes, Naples serait protégée par la garnison qui la défend d’ordinaire en temps de paix , et cette garnison serait également neutralisée. Après la guerre qui continuerait à Salerne, dans les Abruzzes, à Gaëte, que sais-je? Naples appartiendrait de droit au vainqueur.

C’est généreux, n’est-ce pas? mais fantastique.

29 août.

Les journaux contiennent une lettre du nonce apostolique au cardinal Antonelli, constatant Tinsuccès de

DHS-DEÜX-SICir.KS. 968

l’emprunt romain chez les habitants très-dévots du royaume de Naples. Je ne cite pas ce document; je relève seulement cette phrase : « Les populations... , « surtout à cause de la grande impiété née de la révo- « lution malheureusement accomplie en Sicile et qui (I menace violemmentle reste du royaume, ne se trou- « vent pas en mesure de répondre à l’appel. »

Plusieurs libéraux avancés, ayant reçu l’ordre de partir, se sont réfugiés sur les vaisseaux étrangers qui sont en rade, entre autres le prince Lequile et, dit-on, le colonel Carrano. Le roi aurait dit : « Comment se fait-il que Carrano et Lequile soient encore ici, tandis que Mazza et Governa ont quitté Naples? »

Voici le douzième bulletin du gouvernement occulte :

« Nous recevons les nouvelles officielles suivantes sur l'état de la colonne du général Gallotti, revenant de Reggio :

Officiers.

Soldats.

Désarmés.

« H® de ligne.

« 13® id..

« 1®*' id.,

« 1®® chasseurs.

« 2® lanciers.

Démontés.

« Demi-batterie d’artillerie.

sans canons ni chevaux.

avec 2 officiers et 63 soldats.

« Train : 1 officier et 33 soldats désarmés.

« 3 trompettes de la garde d’honneur.

« 7 officiers isolés.

« 9 officiers et 360 soldats blessés ou malades.

« Le 8* de ligne, embarqué à Paolo pour débarquer au Pizzo et combattre les soldats de Garibaldi , s’est

SCO

G A RI B ALDI. — CONQUÊTE

mutiné dans cette dernière localité et voulut revenir à Naples, où il est art*ivé hier au soir sur le vapeur français la Villc-de-Lyon.

« Les chasseurs du 1/j* bataillon ont massacré le général Briganti, prétextant qu’il les a trahis*.

« Les districts de Campagna et Sala sont en pleine insurrection. »

Une observation. J’entends dire que les soldats du 8* de ligne ne se sont pas mùtinés pour revenir à Naples, mais qu’ils ont dû reculer à Pizzo et à Paola devant l’attitude hostile des populations.

Un autre vapeur garibaldien a ramené d’autres prisonniers et d’autres blessés à Naples.

On parle de mouvements dans toutes les provinces. Nous sommes en plein dénoùment.

1" septembre.

En avant : au pas du télégraphe ! Cette expédition devante l’éclair, comme disait Manzoni. Garibaldi luimême écrivait de Palmi, le 25 août :

« Notre marche est un triomphe; les populations sont frénétiques , les troupes royales se débandent. » C’est l’histoire de cette conquête, en trois mots. Manifestations à Bari, désertions même à Benévent d’où sont partis trois mille hommes pour se joindre au dictateur. Toute la Calabre citérieure est en insurrection, des camps sont formés partout. Les troupes

1. Uq garibaldien m’a raconté depuis qu’ils, l’av;ijeiit massacré pour lui voler ses bottes.

DES DKUX-SlCn.RS.

de ligne se dissolvent d’elle-niémes; les carabiniers royaux qui restent seuls déclarent qu’ils ne veulent plus combattre. Altamura, dans la province de Bari, est le siège d’un gouvernement provisoire. La troupe de Tiriolo a posé les armes. A Catanjaro le drapeau italien flotte devant le palais de l’intendance et devant la statue de Garibaldi.

Les Calabrais sont admirables ; à eux seuls, ils ont fait capituler la brigade de Caldarelli : deux régiments de carabiniers, une batterie, un escadron de lanciers, qui s’engagent à ne plus combattre contre Garibaldi, ni contre, les gardes nationaux, ni contre la Sicile. Ils s’en vont de Cosenza, chassés par le comité de cette ville, et jurent de maintenir la discipline partout où ils passeront. Ils laissent le matériel inutile et 300 fusils en dépôt : ils doivent être en onze jours à Salerne. Les patriotes les suivent à distance et ferment derrière eux les passages, pour les em[>écher de revenir sur leurs pas.

Le 27, une bande de jeunes gens est partie d’Eboli pour aller insurger le Cilento. Ils ont été accueillis à Oliveto avec de longues acclamations. Arrivés à Buccino, ils étaient déjà 2,000.

11 y a en Calabre quatre camps d’insurgés, et des rapports que je n’ose garantir disent que dans ces provinces Garibaldi peut déjà disposer de f|0,000 hommes.

Les désertions continuent. A Naples, des piquets entiers quittent leurs postes et disparaissent : il y a des centaines de maisons populaires où ils peuvent se' cacher. Parmi les recéleurs de soldats dérobés, on cite une femme singulière, héros en jupes, hardie jusqu’à l’audace, armée jusqu’aux dents et garibaldfenne jus-

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qu’au fond du cœur ; on l’appelle la San Giovannara. Tout son quw'tier est sous ses ordre?..

De Capoue, 200 hommes ont déserté aVec un capitaine, trois olficiers,et plusieurs sous-officiers appartenant au 8® de ligne.

On dit que 1e jeune prince don Alphonse, frère du roi, part avec les troupes; que Campagna, Sala, Aquila même sont insurgt^es; que Castrovillari a désarmé ses gendarmes; que Garibaldi était le 28 au Pizzo; qu’hier le comte d’Aquila,. de retour, a débarqué à Pausilippe, d’où il est reparti sur-le-champ. On en dit bien d’autres !

' L'Iricle nous transmet de curieuses nouvelles de Basilicate. C’est le colonel Bo!doni qui commande la province : les ordres qu’il donne sont publics. Quiconque organisera des bandés, armées ou non, sans l’avertir, et quiconque en fera partie sera puni de mort.

A Naples, on découvre des conspirations.

Un Français, que je ne veux pas nommer, a imprimé à quarante mille exemplaires une adresse du peuple au roi, le suppliant d’être le maître. Ce Français est arrêté. On a trouvé chez lui des lettres romaines et des papiers qui le dénoncent-comme soudoyé par un prince royal. Son adresse n’est pas mal faite ; par malheur, elle n’a pas le sens commun. 11 né suffit pas d’être un intrigant pour ressusciter les cadavres.

Avec cette conspiration nouvelle, on a mis la ville entière en émoi : nous avons encore eu des postes doublés, des boutiques fermées, et le reste. On faisait courir encore un bruit singulier : on disait qu’hier au soir le ministère avait dit au roi : « Sire, il est temps de quitter Naples. Nous attendons votre réponse demain

DES UEirX-SICILES.

inatin, à onze heures. Si vous ne partez pas, nous partirons. »

En d’autres termes : « Sire, il n’y a qu’un moyen de sauver votre cabinet, c’esi de sacrifier votre couronne.»

Ingénieux conseil, n’est -ce pas? Mais voici la vérité sur cette mutinerie ministérielle : le comte Cuteofiano commande la place, et le prince Ischitclla commande les gardes nationaux ; le ministère prétend, à tort ou à raison, que ces commandants conspirent. Entendons-nous bien sur les mots : conspirer, en ce moment, c’est tenir pour le roi.

Si bien qu’avant-hier au soir, les ministres ont dit à Sa Majesté de choisir entre eux et leurs deux adversaires. Ils proposaient à la place d’Iscliitella le général de Sauget, et à la place de Cutrofiano le général Viglia. La réponse devait être donnée, en effet, hier matin à onze heures.

Hier matin, à onze heures, le roi n’étant pas décidé, les ministres envoyèrent leur démission, mais ils n’en sont pas rnoins restés en place. Comme transaction provisoire, il lut décidé que Cutuofiano ne donnerait aucun ordre sans l’adhésion préalable du cabinet.

Voilà la vérité vraie. Les chefs de bataillon de la garde nationale se sont rendus hier chez le président du conseil des ministres pour protester contre mille et un abus. Le président les a calmés de son mieux, et nous avons- ce matin ùn peu de calme.

Cependant des démarches ont été faites hier, dans la matinée, par le conseiller Ulloa, magistrat réactionnaire, pour former un nouveau cabinet. Le conseiller Ulloa s’est présenté chez plusieurs hommes considérables de la .ville, et' notamment chez M. Giuseppe

OARIBAI.DI. — CONQUÊTE

Lauria, pour leur faire accepter un portefeuille. Tous ont refuse net.

J’>éntends dire cependant tju’un nouveau cabinet est constitué. S’il en est ainsi, nous aurons peut-être des désordres à Naples. Le ministère Spinelli n’est certes pas irréprochable, mais c’est lui seul qui entretient dans le pays un reste de confiance et de tranquillité. S’il tombe ayant l’arrivée de Garibaldi, la transition sera orageuse.

M. Haflaele Farina proteste contre son expulsion de la préfecture. M. Savarese proteste contre la destitution d’un de ses employés à l’administration des bonifiçlie. Le comte d’Aqùila proteste, le ministère proteste, le pays proteste : il n’y a plus ici que des protestants.

L’indiscipline et la démoralisation sont flagrantes dans l’armée. L’autre jour, sur la Ville-de-Lyon ramenant des soldats qui n’avaient pas voulu se battre en Calabre, ces soldats mangeaient des pastèques et en jetaient les écorces à leurs officiers, qui ont dû aller s’enfermer dans leurs cabines. Je le tiens du capitaine de ce bâtiment.

Je vous ai parlé des revolvers saisis à la douane, sous prétexte qu’ils étaient .achetés pour le comte d’Aquila. J’apprends que le roi les a réclamés comme siens et les distribue à ses hommes.

Avant-hier au soir, il y avait foule au théâtre Saint- Charles. La soirée était au bénéfice des volontaires blessés en 18/|8 et 18/|9. On a fort applautli le tragédien Salvini, qui déclamait un beau poëmé de Prati, la Cena d'Alboino. Il y a encore ici de l’enthousiasme.

L’autre jour, au delà de Résine, un oflicier a airêté le courrier de Calabre et s’^est mis, pendant trois

DBS^ DEUX-SICII.KS.

heures, à épeler toutes les lettres envoyées de Naples en province. Et ceci, en présence d’un enseigne de la garde nationale et du syndic de l’endroit, convoqués pour a^ister à l’opération. L’officier agissait en vertu d’un ordre formel du commandant de la place de Naples. Notez que nous vivons sous le régime constitutionnel.

J’ai enfin à vous annoncer que le duc de Caianiello est parti l’autre jour pour Paris, en mission extraordinaire, pour présenter des excuses à l’empereur à la suite de l’attentat commis sur la personne de M. le baron Brenier. M. Caianiello est porteur d’une lettre autographe du roi de Naplc^, Je p’ai pas lu cette lettre, mais je crois savoir que le jeune souverain demande si l’entrée de Cariltaldi dans le royaume de Naples n’est pas, par hasard, quelque chose comme une intervention,

Ef les six mille Bavarois qui lui sont venus d’Autriche ?

Le Journal officiel porte aujourd’hui quatre pages de décrets, dont l’un a fait plaisir : il ajourne au 30 septembre le payement des billets échus le 31 août. D’autres décrets nomment des fonctionnaires ét des magistrats dans plusieurs villes de province qui sont déjà insurgées. C’est ainsi que dans l’ancienne Rome, pendant les guerres puniques, on vendait encore les terres déjà Conquises par Annibal.

2 septemlire.

Voici un document curieux : ce sont les instructions donpées par le colonel Boldoni pour la petite guerre

G A RIBALDl.— CONQUfiTH

qui va commencer peut-être en Basilicate. Ce papier vous en dira plus que toutes les descriptions du monde sur la fameuse straté{^ie des guérillas :

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