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G A RI B AI. DI. — CONQUÊTE
trichiennes et l’attentat du 15 juillet. Eh bien ! malgré ces soupçons, peut-être injustes, mais très-accrédités, te ministère a décidé qu’on fêterait son anniversaire. (;’était presqu’un défi jeté à l’opinion. La reine entrait hier dans sa quarante-cinquième anhée. Les forts et les vaisseaux, même les vaisseaux étrangers, ont échangé des salves très-nourries. On a remarqué cependant le matin que les vaisseaux anglais n’étaient jKiint pavoises. Le soir ont eu lieu des illuminations ofticielles. Mais la population s’est donné le mot pour faire acte d’opposition.
Le duc de Cajaniello, (jui commande en second la garde nationale sous le prince Ischitella a voulu faire illuminer les postes. Ces excitations ont manqué de provoquer des troubles sérieux. Loin d’obéir, on a envoyé des émissaires jusque dans les quartiers les plus reculés pour empêcher qu’un seul balcon n’éclairât la fête. Le soir, la ville était assez agitée : il y avait des attroupements menaçants. La terrasse du couvent de Sanfa-Maria la Nova s’est illuminée un moment, on l’a fait éteindre. Trois théâtres seulement devaient s’ouvrir le soir e| arborer un surcroît de quinquets ou de chandelles. Sur des menaces répandues par l’opposi- •tion , aucuns disent sur une circulaire peu rassurante du ministre de l’intérieur, les trois salles de spectacle ont été fermées. L’affiche disait : par indisposition de tel ou tel acteur. Les comédiens s’étaient donné le mot pour être malades. Et c’est ainsi que Naples a fêté l’anniversaire de Marie-Thérèse. Pas une fenêtre éclairée, pas un théâtre ouvert.
DKS DKUX-SICI r.HS.
4 août.
Toujours le môme état. La réaction d’un côté, la révolution de Tautre : le roi , au milieu , impuissant et abandonné, le ministère laborieusement inactif, la population inquiète, mais peu remuante; quelques centaines d’hommes politiques organisant une résistance et une opposition formidables; la diplomatie abdiquant devant les faits qui la débordent et GarKbaldi poursuivant son œuvre en dépit de tout.
La réaction devient chaque jour plus faible ; ses hommes iniluents s’en vont un à un : l’autre jour c’était le général Nunziantequi partait pour la France ; on ditaujourd’hui que MM. MurenaetGoverna sont définitivement expulsés. Cependant il y a encore beaucoup d’hommes pour le roi absolu : ils n’attendent, pour se montrer, qu’un premier échec subi par l’Italie, il yen a beaucoup qui se cachent et rentrent leurs ongles; il y en a même plusieurs parmi les révolutionnaires dont le libéralisme est le plus turbulent.
Certains corps de l’armée, les grenadiers de la garde, une partie de l’infanterie de Messine, et surtout les mercenaires étrangers font rage. Ces derniers sont à Nocera.à une heure de Naples, où ils effraient toute la population. Ils ne connaissent déjà plus de discipline. Une députation doit se présenter aujourd’hui au ministère pour les faire licencier en masse. Il y en a déjà six mille dans le royaume et il en arrive tous les jours.
Quant à la révolution, elle est partout : dans les trois comités électoraux, qui préparent toutes des listes de
G A RI B A LUI. — CU.NgniTK
députés unitaires ; dans l’année , qu’on travaille dans le sens italien; dans les administrations, où même les plus anciens employés s’agitent contre la dynastie; dans la presse (et même dans la presse ministérielle), qui assigne à Garibaldi un rôle de sauveur, de rédempteur; dans le peuple, qui ne veut plus de son souverain et achète des portraits de Victor-Emmanuel , et même chez les bourgeois timorés, qui ne voient plus qu’un moyen, l’annexion, pour sortir du provisoire. Avec de pareilles dispositions, on s’étonne que la révolution ne soit pas déjà faite. Mais je puis vous assurer qu’elle ne se fera pas sans Garibaldi.
Entre ces deux éléments, le ministère est chaque jour plus faible. Il s’épuise en mesures insufiisantes, en nominations et en destitutions tardives qui ne rassurent personne et ne changent rien, en circulaires et en décrets qui ne sont que de belles paroles. Ils se décident à l’amputation d’un doigt quand la gangrène est au pied; ils couperont le pied quand la gangrène sera au cœur. Au lieu de résolutions énergiques, ils ne forment que des projets timides et cauteleux; au lieu de servir le pouvoir en lui rendant la confiance populaire, ils le désarment en détail et ne font par là que servir la révolution. Et nous assistons ainsi, tristement, à la décomposition d’une monarchie qui eut de grands et beaux jours et qui aurait pu tomber d’une façon plus digne. C’est un spectacle écœurant, qui fait honte et pitié.
Une circulaire pour assainir les prisons et abolir les bastonnades, une circulaire pour augmenter le budget des travaux publics et donner du travail aux ouvriers, une lettre du comte de Trani où ce prince compromis
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an
fait des avances à la garde nationale ; voilà tout le bagage officiel de ces derniers jours. Cependant Garibaldi occupe des forts et dresse des batteries à Messine ; il n’attend plus que des armes pour passer le détroit. Les Calabres sont prêtes à le recevoir.
Les officiers de l’armée tombent tous, un à un, dans le torrent révolutionnaire. La réaction elle^même, un coup d’État comme celui du 15 mai, compléterait l’anarchie sans sauver le trône. On attend M. Manna, M. de La Greca, qui, malgré Vhumilité de leurs propositions, n’ont rien obtenu du Piémont, ni de la France, ni de l’Angleterre. Et les puissances coalisées autrefois contre les idées libérales , les souverains atteints personnellement partout oîi une autorité légitime est ébranlée, regardent avec indifférence, avec joie peut-être, cj& royaume de dix millions d’âmes conquis par un chef de partisans.
Il août.
Le feu a gagné le continent. Une dépêche télégraphique arrivée avant-hier de Calabre , et adressée au gouvernement, annonçait des troubles sérieux dans la province, des bandes armées parcourant le pays et cassant les fils ou les bras des télégraphes ; on signalait enfin six vapeurs, deux canonnières et je ne sais combien de barques s’approchant des côtes et menaçant d’un débarquement. Des troupes étaient envoyées dans toutes les directions pour s’opposer à ces tentatives.
Plus tard, un second télégramme annonça que le premier avait exagéré l’importance du débarquement.
SIS GAR1BAI.dk — CüNQUÛTH
H paraît qu’il s’agit simplement d’une avant-garde lancée sur le continent pour sonder le pays et soulever une insurrection qui justifiât l’intervention dè Gari> baldi. Quoi qu’il en soit, les troubles ont commencé, témoin cette note officielle :
'« Nous sommes informés de Heggio que, dans la « niMt du 8»au 9, avait été rompu le fil du télégraphe (( àBagnara; que le commandant d’Altafiumanaconsta- « taitl’apparitioiHles masses ennemies dans la plaine de « Matiniti,au-:lessousdeCannitcllo. A deux heures après K midi, la ligne électrique était rétablie, et tout se dis- (c posait pour faire face aux invasions qui auraient pu se (I réaliser. En olfet, la tentative de s’emparer de la posi- « tion d’Altafiuniana fut repoussée par les troupes roya- « les cantonnées en cet endroit, et repoussés de même (I énergiquement d’autres débarquements partiels es- « sayés à Cannitello. Deux cents hommes environ, qui « avaient réussi à débarquer et pénétrer dans l'inté- « rieur, sont signalés aux recherches de la troupe, qui « s'est mise à les poursuivre avec énergie et à les dis- « perser.
(I Les populations ne se sont nullement soulevées, « conservant une attitude digne des plus grands éloges. « Dans tout le reste de la province, l’ordre se con- « serve, et dans le district même de Reggio, la tran- « quillité n’a été en rien troublée. »
Ccci est officiel, — ce qui ne veut point dire véridique, — mais je n’ai aucun moyen de contrôler ni d’infirmer le fait.
Voici d’autres dépêches télégraphiques qu’on m’apporte â l’instaiit : '
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« Le {;énéral Melendez, de Bagnara, à S. Kxc. le ini- » nistre de la guerre et au colonel Severino. Naples.
« Un débarquement de cent individus à Cannitello, « un semblable à gauche de Reggio. Dans le premier, « on a pris un garilialdien blessé par les royaux.
« l.a marine naviguante ne s'est point souciée d’emn pécher le débarquement.
« Les deux généraux Melendez et Briganti se con- « cerlent pour les assaillir.
« De Bagnara, 9 août, 9 h. après-midi. »
Voici une seconde dépêché :
« Le général Vial au ministre de la guerre :
« Un autre débarquement de 200 Individus a été « constaté à Bianchi et Bovalino. A Gcrace , un gros « navire cherche à en effectuer un autre. De gros na- « vires, avec des pavillons étrangers, chargent des « troupes au Phare pour les débarquer au continent.
« D’ici à Reggio, le télégraphe est rompu.
« Monteleone, le 11, à ? heures avant midi. »
Des dépêches antérieures de Monteleone annonçaient que le peuple s’était emparé d’un petit fort près de Villa San-Giovanni , et qu’un autre débarquement de üOO hommes aurait eu lieu à Gioja.
■ Dans la première rencontre, la garde nationale s’est jointe aux soldats pour repousser les flibustiers. 11 n’y a là rien d’étonnant; cette garde nationale est presque uniquement composée de l’ancienne garde urbaine.
Tout cela est officiel quoique inédit encore. On en dit bien d’autres à la Bourse, qui dégringole affreusement. Garibaldi aurait déjà débarqué sept mille
aO (lARIBAI.DI. —CONQUÊTE
hommes. 11 y en a qui disent dix mille. Je n’en crois rien.
Mais, dans tous les cas, la crise commence.
Voulez-vous pour terminer un critérium assez curieux de l’opinion publique? J’ai vu ces jours^i un lithographe omnicolore qui grave et débite des portraits pour tous les partis. 11 m’a dit ceci, textuellement : « Depuis la Constitution, j’ai vendu 6,000 Ga- « ribaldi, !i,0 00 Victor-Emmanuel, 200 François H et « 50 Marie-Sophie. »
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