GARIBALDI A NAPLES
Garibaldi il Naples. — François II à Capoue. — Proclamation et decrets de Garibaldi. — Anecdotes sur Garibaldi. — Reddition du fort Saint- Elme. — Mesures du nouveau gouvernement. — Ordre du jour h propos de la mort de de Flotte. — I.e Statut piémoiitals promulgué îi ' Naples. — Jugement sur François II.
1" septemlire.
Garibaldi est à .Naples, et toute la ville n’est qu’une acclamation. Mais tâchons de modérer notre enthousiasme, et procédons par ordre.
Voici les dépêches d’avant-hier :
A(an de Rivera au colonel Anzûni.
« Salerne, 10 h. 30 du soir,
« On. a su par deuN sous-ofFiciers revenant de Calabre que la brigade Caldarelli s’est unie à Garibaldi ; que Garibaldi est à Auletta, qu’il s’est opéré à Sapri un débarquement de /i, 000 hommes commandés par le général, Türr. On demande de la troupe. »
OARIBAI.DI. — tONQlTfi fB
Le commandement' général à Afah.de Rivera.
« Naples, 2 heüres du matin.
(I Ope toute la troupe qui est à Salcrne se concentre à Nocera en passant par la Gava, et se mette tout de suite en mouvement, en tenant occupée avec deux bataillons la position de Gava. Elle attendra l'arrivée de l’autre pivision.-»
Commandement général a M..., à Avellino.
<f Naples, 2 heures du mjitin.
(( Dans le cas que la position exigeât impérieusement de se retirer devant des forees supérieures, vous irez occuper les gorges de Monteforte, et de 1^, si vous y êtes forcé juir des portes graves, vous vous replierez par Nola sur iNocera. »
' Le général Ferez au général Scotti . ,
« Avelliuo, 4 septembre, Il heures du soir.
« Le bruit court que les munitions de guerre ont été altérées, surtout les cartouches à canon. Veuillez les visiter. »
Scotti au commandement général.
« Je marcherai cette nuit sur Avellino. »
Le maréchal Rivera à S. M. le roi.
« Salerue, 4 septembre, il heures du soir.
« Le, tu électrique entre Eboli et Salerne est rompu. Deux süus-ofticiers, venant de Galabre, ont dit que les
DES DKUX-SICn,KS'.
rt»
masses des révoltés, Garibaldi âvec ses hommes et la brigade Caldarelli sont arrivés à Àuletta. Qu’on expédie sur-le-champ des troupes aux endroits fixés. J’envoie par le chemin de fer les deux sous-officiers Neamburgo, du 1 5* de ligne, et Guida du i®, les adressant au colonel
Anzani. » ♦
Galletuja à...
tt Eboli, 5 septembre, 1 h. t/2 du matin.
« La. brigade Cahlarelli a passé à Garibaldi. — A Sapri, 6,000 hommes, commandés par Türr, ont débarqué. — D’autres débarquements seront opérés plus près de vous. »
Telles sont les dépêches répandues avant-hier au soir. N’est-ce pas que le télégraphe a sa poésie? Ce style brusque, saccadé, haletant, est bien celui qui convient^ cette expédition imraisemblable. Celui qui ne l’écrit pas par télégrammes ne sait pas ce qu’il fait.
A ces nouvelles, le roi a fait appeler les chefs des bataillons nationaux , et leur a dit textuellement ces paroles ;
<« Puisque votre... (se reprenant) puisque notre ami commun don Peppe (diminutif de don Giuseppe) s’approche, ma tâche est finie, la vôtre commence. Maintenez la tranquillité. J’ai donné Tordre aux troupes de capituler. »
Et là-dessu 5 , avant-hier, le roi a préparé son départ. La reine d’Espagne lui a offert son palais de Séville ; mais il parait que François 11 veut passer par Gaête et s’y défendre. Dernière illusion... Mais attendons les faits.
O A RtB AI. DI. — CONQUÊTE
Hier, en nous réveillant, nous avons appris que Garibaldi, débarqué la nuit entre Vietri et Amalfi, était depuis cinq heures du matin dans Salerne. « Le général arrive, dit la dépêche; les'divisions de Cosenz et de ïûrr le suivent avec des chariots, des voitures et mille véhicules fournis par la population. — Vient après Fabrizi, avec les bandes nombreuses des insurgés dé Basilicate et de la Principauté. Débarquement partout , dans le golfe de Salerne et dans la baie de Naples. »
Voyez-vous cette armée qui arrive en voiture? C’est fantastique et merveilleux. Figurez-vous l’ébahissement et l’épanouissement de Naples. 'La foule antici- .pait sur ses droits futurs : elle arrachait de partout les armes royales-; on l’a contenue cependant non sans peine; on a épargné au roi les explosions de joie et de colère' qui menaçaient d’accompagner son départ.
François H 's’est embarqué seul, sur une petite barque, à 9 heures du soir, et il est monté sur un navire espagnol. 11 a pris avec lûi tout ce qu’il a pu emballer, jusqu’à des candélabres, et il a laissé derrière lui la proclamation qui suit :
PROCLAMATI )N ROYALE.
« Naples, 6 septembre.
« Parmi les devoirs prescrits aux rois, ceux des jours d’infortune sont les plus grandioses et les plus solennels, et je veux les remplir avec une résignittiOn exempte de faiblesse , l’âme sereine et confiante ,
DES DKUX-SICILES.
comme il convient au descendant de tant de monarques.
« Dans ce but, j’adresse encore une fois la parole au peuple de cette métropole, dont je dois à présent m’éloigner avec douleur.
« Une guerre injuste et contre le droit des gens a envahi mes Étals, bien que je fusse en paix avec toutes les puissances européennes.
« Le changement des ordres gouvernementaux , mon adhésion aux grands principes nationaux et italiens ne suffirent pas pour les éloigner ; car même la nécessité de défendre l’intégrité de l’État entraînera derrière elle des événements que j’ai toujours déplorés. Or, je proteste solennellement contre ces inqualifiables hostilités que les siècles présents et futurs jugeront seuls.
« Le corps diplomatique résidant près de ma personne a su, depuis le commencement de celte étrange invasion, de quels sentiments mon âme était remplie pour tous mes peuples, et pour celte illustre ville, afin de la garantir de la ruine et de la guerre, de sauver ses habitants et leurs propriétés, les temples sacrés, les monuments, les établissements publics, les collections d’art, tout ce qui forme, enfin, le patrimoine de sa civilisation et de sa grandeur, tout ce qui appartiendra aux générations futures et supérieures aux passions de ce temps.
« L’heure de tenir cette parole est désormais arrivée. La guerre s’approche des murs de la ville, et c’est avec une douleur ineffable que je m’éloigne avec une partie de mon armée pour me rendre lâ ,où la défense de mes droits m’appelle. L’autre partie de-
aS2 ' GARIBALDI. — CONQUÊTE
meure pour contribuer, de concert avec l’honorable garde nationale, à l’inviolabilité et à la sécurité de la capibile, que je recominiande au zèle du m'inîstère comme un palladium sacré. Et je demande à l’honneur et au civisme du syndic de Naples et du cora^ mandant de cette même garde citoyenne, d’épargner à cette pairie si chère les horreurs des désordres intérieurs et les désastres de la guerre voisine, et, à cet effet, je concède à ces derniers tous les pouvoirs nécessaires et les plus étendus.
« Descendant d’une dynastie qui , pendant cent vingt-six ans, régna dans ces contrées continentales, après les avojr sauvées des horreurs d’un long gouvernementde vice-rois, mes affections sont ici. Je suis Napolitain, et je ne pourrais, sans d’amers regrets, adresser des paroles d’adieu à mes bien-aimés peuples, à mes compatriotes.
« Quel que soit mon destin, heureux ou malheureux, je leur conserverai toujours de profonds et affectueux souvenirs. Je leur recommandé la concorde, la paix, la sainteté de leurs devoirs nationaux. Qu’-un zèle immodéré pour ma couronne ne devienne pas un motif de troubles. Soit que, par fe sort dé la guerre présente, je revienne bientôt parmi vous, ou dans quelque autre temps qu’il plaise à la justice de Dieu de me rendre le trône de mes ancêtres , devenu plus splendide par les institutions libres dont je l’.ai irrévocablement entouré, ce que j’implore, dès à présent, c’est de revoir mes peuples unis, forts et heureux.
« Naples, le 6 septembre 1860.
«François.»
Après la proclamation, vient la protestation royale :
DES DEUX-SICI I.RS