‹ Garibaldi histoire de la conquête des DeuxSiciles Marc MonnierChapitre 21 sur 33 · PROCLAMATION · texte numérisé non relu

PROCLAMATION

Le dictateur de l’Italie méridionale aux volontaires.

« Quand l’idée de la patrie était en Italie le don du petit nombre, on conspirait et l’on mourait. Aujourd’hui l’on combat et l’on triomphe. Les patriotes sont assez nombreu.v pour former des armées et livrer bataille aux ennemis. Mais notre victoire ne fut pas complète. L’Italie n’est point libre encore tout entière, et nous sommes bien loin des Alpes, notre but glorieux. Le fruit le plus précieux de ces premiers succès est dç pouvoir nous armer et poursuivre. Je vous trouvai prêts à me suivre, et maintenant je vous appelle tous à moi. llàtez-vous d’accourir à la revue générale de ces troupes qui doivent être la Nation armée, pour rendre l’Italie libre et une, que les puissants de la terre le veuillent ou non.

« Hasscmblez-vous dans les places de vos villes, en vous rangeant avec ce populaire instinct de guerre qui suffit pour vous faire assaillir ensemble l’ennemi.

« Les chefs des corps ainsi formés avertiront ayant leur arrivée à Naples le directeur du ministère de la guerre, afin qu’il tienne prêt tout ce qu’il faut. Pour

DUS DEUX-SICII.RS

les corps qui pourraieiU venir ici plus convenablement par voie de mec, seront données les dispositions 0{> portunes.

« Italiens, le moment est suprême. Déjà des frères à nous: combattent l’étranger dans le cœur de ritalie. Allons à leur rencontre à Rome, pour marcher de là tous ensemble sur les terres de Venise. Tout ce qui est notre devoir et notre droit, nous pourrons le faire si nous sommes forts. Des armes donc et des homnies ! Du cœur, du fer et la liberté!

« Naples, 19 septcinlirc 1860.

« G. Gauibaldi. »

Les décrets, depuis ma dernière lettre, sont nombreux. L’un détermine exactement les pouvoirs des prodictateurs, en réservant au dictateur la suprême direction des affaires administratives et politiques, la sanction des actes législatifs et la nomination de tous les hauts fonctionnaires et ofliciers supérieurs. Un autre décret limite les attributions des gouverneursprovinciaux, et tout en leur laissant des droits importants, tels que celui de proclamer l’état de siège, de mobiliser la garde nationale, d'appeler les citoyems sous les armes, etc., il leur rêlire la faculté de nommer ou de destituer des employés politicjues ou administratifs sans l’approbation du mini.stère. Grâce à ces dispositions, les crises ministérielles de ces derniers jours sont calmées, et le cabinet, un peu plus puissant, n’est plus aveuglément soumis au bon plaisir des autres pouvoirs.

« D’autres décrets restreignent les attributions de la cour des comptes, instituent le système métrique et

:)ll G.VRIBALDI. — CONQUÊTE

(Ji'cinml , doublent le nombre des bataillons de la garde nationale, consacrent une somme annuelle de 5,000 écus aux fouilles de Pompeia, nomment une commission pour étudier les lieux de détention, nomment ou destituent un certain nombre d’employés, et retirent enfin à la commune et aux habitants du Pizzo leurs fameux privilèges.

Vous savez que Murat, en 1815, après la restauration des Bourbons , parti de Corse à la tête d’un certain nombre de partisans, séparé d’eux par une tempête et jeté presfjue seul sur la côte de Calabre, avait reçu à Pizzo, où il croyait soulever une émeute, l’accueil le plus froid d’abord, puis le plus cruellement hostile, hué, maltraité par la populace, puis fusillé par les soldats. En récompense de cet exploit, le premier Ferdinand avait accordé aux habitants du Pizzo certaines immunités dont ils jouissaient encore l’autre jour 19 septembre 1860. C’est Garibaldi qui vient d’abolir ces privilèges et d’abattre les monuments commémoratifs de la fusillade," « considérant que les t( peuples ne s’élèvent pas à la liberté par des souvenirs « qui perpétuent au milieu d’eux les mauvaises actions (( des tyrans.» On va dire de Garibaldi, comme d’Ulloa, qu’il est devenu muratiste !

La réaction est aux abois. Elle ne sait plus qu’inventer pour déshonorer sa cause. Elle a essayé l’autre jour une démonstration de paysans dans tout le bassin de Nocera. Ces pauvres diables se sont réunis sur divers points, par centaines, avec des drapeaux blancs et en criant : Vive le roi! Sans coup férir, les gardes nationaux ont réduit ces crieurs, qui auraient pu en venir à de mauvais coups si on les avait laissés faire.

DKS DKUX-SICH.ES,

Page 1