‹ Garibaldi histoire de la conquête des DeuxSiciles Marc MonnierChapitre 22 sur 33 · JÔ · texte numérisé non relu

JÔ

Dans le seul village de Scafati, l’on en a mis 75 en prison. *

Ceci n’est rien, mais le mal a été bien plus grand à Augusta, en Sicile. Des soldats de la citadelle descendaient dans la ville en criant : Vive l' Italie. ! Vive Victor- Emmanuel! La population les reçut à bras ouverts, comme on reçoit des pécheurs convertis. Mais tout à coup, cette soldatesque ébontée ebangea de note et se mit à tuer et à voler au cri de : Vive François II! On m’a donné le fait pour certain ; je le retrouve consigné dans le Nazionale.

On a dû arrêter l'évêque de Sorrente, qui avait ordonné dans son diocèse que tous les objets sacrés des églises fussent retirés, pour faire bonté au dictateur. Mais ceci n’est qu’une espièglerie cléricale ; j’ai une manœuvre plus mauvaise à vous révéler.

L’autre jour, un bomme en cbemise rouge entra dans une petite église du port en vociférant de gros mots, puis il monta en chaire et se mit en devoir de rosser le prêtre. Aussitôt grand scandale dans l’église, et vifs murmures contre l’impiété des garibaldiens. Par bonheur, on osa arrêter la cbemise rouge : c’était un sbire de l’ancienne police , déguisé en patriote et soudoyé pour commettre ce sacrilège, qui devait déconsidérer les héros du jour. On découvrit de plus que l’ancien sbire, en passant, avait mis un ciboire dans sa poche.

i5 septembre.

Entraîné comme tous les autres par l’eflét du spectacle, je n’ai pas insisté sur les imprudences commises

(iAHI HALDI. — CONQrft riî

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par le condoltier qui s’est élancé seul , en marchant toujours devant lui, jusqu’à Naples, tandis que l’arrière-garde de son armée était encore à Reggio. Les patriotes sont arrivés depuis lors un à un, voyageant comme ils pouvaient, mangeant quelquefois, dormant à la iKîlle étoile et recourant à des subterfuges de bohèmes pour trouver quelque argent dans les caisses des syndics, ou, comme ils disent, des syndacs.

On est allé à (’.apoue comme on était venu à Naples. A Caserte, à Sainte-Marie, on a trouvé des vivres, mais on n’avait pas de munitions. On a pris Cajazzo par un stratagème qui avait toujours réussi ; on y a laissé 800 hommes avec le colonel Cattabene, qui avait enlevé la position, et l’on ne s’est pas même soucié de leur laisser des cartouches. Si bien qu’attaqués vendredi par 5,000 Napolitains et séparés du reste de l’armée par le fleuve , ils n’ont pu se servir de leurs l)aïonnettes, et la moitié d’entre eux sont tombés. Les voyant vaincus, les paysans du pays tombaient sur eux à coups de hache et de fourche. 11 y a bien eu /jOO hommes hors de combat, entre blessés et morts.

Les royaux ont brûlé Cajazzo; mais, je tiens à le déclarer, là se sont arrêtées leurs violences. Le colonel Cattabene, blessé, est tombé dans leurs mains; U a écrit à Garibaldi qu’on le traitait à merveille. Des chirurgiens du camp italien ont demandé à entrer dans Capoue pour visiter leurs blessés; les portes de la place se sont ouvertes, et ils ont constaté que les patriotes étaient aussi bien soignés que les Napolitains. Vous voyez bien que j’avais raison l’autre jour de ne pas croire un mot des bruits répandus sur les atrocités royalistes : on accusait les soldats de François 11 de

DKS DEUX-SICILES.

an

brûler les blessés. Ces calomnies font d’abord le plus grand tort à la cause italienne, qui n’a pas besoin de se justifier par des mensonges. Et puis il est consolant de voir la civilisation et riiumanilé s’imposer, même en temps de guerre, par la contagion de l’exemple et par la force descboscs^ à ceux-là mêmes qui tombent maintenant pour avoir méconnu ces principes souverains.

L’échec, au fond, n’est- pas très-grave et a beaucoup moins frappé la population qu’on n’aurait pu le croire au premier abord. Cajazzo n’était un |)oint important que parce qu’il régnait au delà du Volturne.

26 septenil)re.

En attendant, l(!s opérations du siège se poursuivent activement. Des batteries sont déjà plaak*s sur le mont Sant’Angelo. Des mouvements se combinent, sur lesquels on garde le plus profond secret. Garibaldi se rend tous les matins devant Capoue; il est, ce matin, à Maddaloni. Tenez ces détails pour exacts; il ne s’est rien passé d’autre tous ces jours autour de la ville assiégée, sinon quelques reconnaissances napolitaines vivement repoussées par les Italiens.

Midi.

On m’apporte des bruits qui courent la ville. Cialdini aurait écrit des frontières aù dictateur pour lui demander : « Que faut-il faire? » — Garibaldi aurait répondu ; « Venez tout de suite! »

Un incident d’bier, qui m’est raconté par un témoin ; — Un hussard hongrois, de l’escadron Figucl-

GA RI B. VL D I. — CONQUÊTE

niasy, était parti de Santa-Maria pour Sant’Angelo avec une dépêclic. A son retour avec la réponse, il fut assailli par six soldats napolitains qui le guettaient probablement. 11 reçut quatre blessures à la tête et son cheval en reçut huit ; mais il tua de sa main quatre Napolitains, chassa les deux autres et rapporta sa dépêche à Santa-Maria.

29 septembre.

Garihaldi est un grand caractère ; il l’a montré avantliier encore, dans son ordre du jour aux soldats. Vous savez les succès de Cialdini dans les Romagnes : ce général italien a brisé d’un coup l’épée que Pierre avait sortie du fourreau, malgré la loi du Christ. Cette expédition déconcerte évidemment les plans de Carihaldi 1 c’est un coup brillant et très-fin de M. de Cavour. Je n’ai pas besoin d’expliquer longuement ce que je veux dire. Et cependant Caribaldi s’est réjoui franchement, puUiquement de ces victoires si rapides. Je traduis Son ordre du jour :

« Caserte, 27 septembre. — Le quartier général est à Caserte. Nos frères de l’armée italienne, commandés par ie brave général Cialdini, combattetit les ennemis de l’Italie et triomphent.

« L’armée de Lamoricière a été battue par ces braves. Toutes les provinces asservies au pape sont libres. Ancône est à nous. Les valeureux soldats de l’armée du Nord ont passé la frontière et sont sur le territoire napolitain.

« Avant peu, nous aurons le bonheur de serrer ces mains victorieuses.

« C. Caiiiualüi. »

DES DEUX-SICILES

Ajoutons, pour dire toute notre pensée, que Garibaldi peut se réjouir de ces victoires comme d’un triomphe personnel. Je doute fort que, sans lui, Cialdini fût jamais entré dans les Romagnes. Garibaldi a donné l’impulsion et l’exemple, il a conquis les Üeux- Siciles, et sa gloire irréprochable n’a rien à envier à celle de son roi.

1" octobre.

Je ne me pique pas de connaissances stratégiques ; aussi ne vous ai-je pas ennuyé jusqu’à présent de longs détails sur le siège de Capoue et les lignes d’opérations. Tout cela m’intéresse personnellement, parce qu’une guerre à quelques lieues de sa maison est toujours suivie avec un peu d’anxiété par un homme tranquille ; mais comme les événements militaires ne peuvent avoir pour les lecteurs éloignés qu’un intérêt proportionné à leur résultat, et que le résultat de la prise de Capoue, ou même celui d’une victoire royale, ne changera rien, je l’espère, à la face de l’Europe ni aux aventures de ce pays, je me suis abstenu jusqu’à présent de vous marquer les points précis où étaient placées les batteries des royaux et celles des patriotes.

Cependant, comme on annonce pour aujourd’hui des engagements sérieux, je vais vous donner une idée du théâtre de la guerre. Capoue est une place forte et bien défendue, qui regarde Naples, dont elle est éloignée d’une vingtaine de milles. Du côté de Naples, elle est protégée par des bastions et un fort. Par derrière, elle est enlacée par le Volturne, qui descend à gauche vers la mer, et s’allonge à droite vers Cajazzo, pour remonter après brusquement dans le

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