‹ Garibaldi histoire de la conquête des DeuxSiciles Marc MonnierChapitre 25 sur 33 · G ARIBALüI.— 'COKQUfiTE · texte numérisé non relu

G ARIBALüI.— 'COKQUfiTE

son roi dans Turne conquise par ses armes. Puis il s’est rendu à l’hôtel d’Angleterre, où il a dînô chez un colonel de ses amis. La foulé assemblée faisait rage devant l’hotel ; le dictateur dut se montrer' au balcon et prdnoncer un discours couronné par le geste populaire, qui consiste à lever l’index de la main ; cela signifie : Ilalie une. Deux Anglaises prenaient des postures adorables sur le balcon, près du. héros. Elles portaient naturellement des jaquettes rouges. J’ai, pour ma part,' très-peu d’enthousiasme pour les femmes qui suivent l’armée; H y en a une ou doux vraiment admirables, qui viennent pour les malades et les blessés; mais les autres, les jaquettes rouges surtout, préfèrent ceux qui .se portent bien, et n’Ont de la vaillante fdle de Vaucouleurs que l’accoutrement militaire.

11 n’y a guère eu d’opposition marquée le jour du vote. Quoique destitués, tous les anciens employés de la maison royale sont allés en corps déposer la particule annexionniste. Gela prouve au moins qu’ils regardent la cause de' François 11 comme perdue. On me rapporte cependant de Procida un fait assez singulier. Pas un prêtre n’a voté, et, en rentrant chez eux, les votants de .ce petit endroit ont trouvé porte close. Les belles Procidanes, qui s’affublent encore de manteaux grecs pour faire plaisir aux voyageurs, n’ont plus voulu recevoir leurs maris ni leurs .amants, en déclar ranl qu’ils étaient des païens, des excommuniés et des condamnés à la géhenne. Ges malheureux ont dû dormir à la belle étoile ; on nFen a nommé cinq châtiés de celte façon.

Dans Naples même, urie partie du clergé continuait des menées ridicules. On cite un palefrenier du quar-

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tier San-Giuseppe qui avait .pris un non et l’avait jeté dans l’urne. Interrogé sur le motif de son vote, il répondit qu’il ne voulait plus de François II. Telle était la stratégie des prêtres. Ne pouvant combattre l’im- ' mense majorité emmanuéliste , ils tàcliaient de la tourner, par ces petites manœuvres, au profit du Bourbon, Instruit de l’erreur, le palefrenier entra dans une colère terrible et voulut retourner dans la salle pour retirer son vote. On ne le lui a pas permis.

Victor-Emmanuel est donc proclamé rOi d’Italie, grâce à l’audace heureuse et à l’immuable loyauté de Garibaldi. Le roi entrera à Naples après avoir pris Capoue (c’est l’affaire d’un jour ou deux) et dès qu’on , aura promulgué le plébiscite.

. ’ 28 octobre.

Victor-Emmanuel est arrivé à Monte -Croce, sur le champ de bataille où la dynastie des Bourbons et la monarchie sicilienne achèvent de périr. Garibaldi est allé à la rencontre du souverain auquel il vient de donner neuf millions d’Italiens et la troisième capitale de l’Europe. L’entrevue des deux patriotes est diversement racontée, Je choisis la versipn la plus simple et la plus probable. Ils étaient tous deux à clicval, sc cherchant l’un l’autre. Dès qu’ils se reconnurent de loin, Garibaldi s’écria, de sa voix forte : Salut ait, roi d’Italie ! — Et Victor-EmmanuCl, tendant la main à son premier citoyen, répondit simplement : Merci!

Ce vierci dit tout. Je n’ajoute pas de plirases.

29 octobre.

Voulez-vous savoir combien la Sicile, qu’on disait

O A RI B Al, DI. — CONQUÊTE

rm

ingrate, aime son libérateur? Voici un décret du 21 (jour du plébiscite) ; je n’y change pas un mot :

« Le prodictateur, etc.,

« Considérant que le nom de Joseph Garihaldi est destiné à croître en renommée dans le cours des siècles ;

V Considérant que les générations futures, par religieuse mémoire, comme pour inspirer les plus grands sentiments qui aient jamais honoré la nature humaine, rechercheront les lieux qui furent les témoins secrets des aspirations, des pensées et des résolutions intimes du héros de ce xix® siècle;

« Considérant que par un reflet de la vénération qui s’attachera à son nom, elle sp portera sur tous les objets qu’il aura possédés ou seulement touchés ;

« Ouï l’avis unanime du conseil des secrétaires d’État ; au milieu des acclamations générales du peuple de Palerme reconnaissant et applaudissant, décrète :

« Art. La chambre à coucher occupée par le général Garibaldi à Palerme, dans le pavillon contigu au Palais-Royal, sur la Porte-Neuve, sera perpétuellement conservée en l’état où elle se trouve actuellement et avec les rheubles dont elle est en ce moment pourvue.

« Art. 2. Le présent décret sera gravé sur une table de marbre et sera fixé à l’entrée de ladite chambre, etc.

« Donné à Palerme, en ce jour de général enthousiasme, le 21 octobre 1860. »

31 octobre.

Ce matin à neuf heures, sur la place de Saint-Fran- Qois-de-Paule, les Hongrois, commandés par le comte

DES DEKX-SICILES.

ïéléki , se sont rangés à droite d’un autel. De l’autre côté s’alignaient des volontaires ; en face, la garde nationale ; au milieu de la place, la musique et l’étatmajor des Italiens. Garibaldi est arrivé de Caserte un peu avant neuf heures. Il s’est approché de l’autel devant lequel se tenait la marquise Rallavici no, marraine de l’un des drapeaux offerts à la légion hongroise. Les deux drapeaux furent hénis avec les cérémonies habituelles, puis Garibaldi les remit aux héroïques soldats qui venaient de faire à Païenne et à Capoue ce qu’avaient fait en Crimée, il y a cinq ans, les Piémontais de Victor-Kinmanuel.

Le dictateur dit ces paroles, écoutées avec un religieux silence :

« Au nom de l’Italie reconnaissante, je-vous remets ces drapeaux en récompense dû sang que vous avez généreusement versé pour son indépendance. Selon vos habitudes, ils vous conduiront toujours à la victoire. L’indépendance et la liberté de l’Italie sont étroi-. temeiït liées à l’indépendance et à la liberté de la Hongrie. Vive la Hongrie !» ,

Un tonnerre d’applaudissements répondit à ces pa-’ rôles. — Puis la légion hongroise prêta serment aux drapeaux, -et le général Türr, le plus sympathique héros de cette jeune .arnjée, fit un discours en hongrois, dont on nous a traduit et répété les mots suivants : ■

« Braves soldats, je suis" fier de vous , qui malgré votre petit nombre, contre un ennemi toujours supérieur en force, avez soutenu la réputation de bravoure de la nation hongroise ; le passé est une garantie pour l’avenir. Je suis certain que votre brave commandant

G A RI B ALDI. — CONQUÊTE

VOUS conduira toujours à de nouveaux triomphes. » Et se retournant du côté du petit corps, de cavalerie, il continua : « A vous, hussards, que puis-je vous dire? Oi^anisés depuis peu, vous avez montré, dans ce court espace de temps, quel était votre courage. Je suis convaincu , lorsque l’indépendance et la , liberté seront établies eu Italie, et que nous rentrerons en Hongrie, qu’habitués à la victoire, vous disperserez l’ennemi avec l’impétuosité de l’ouragan. Vive Victor- Emmanuel! vive Garibaldi! » • /

Ces paroles furent accueillies par d’innombrables vivats et par le cri national : Eliyen Italia ! eliyen Garibaldi ! ,

Ce cri fut couvert d’un immense applaudissement. Garibaldi traversa la place, se rendit au palais de la Foresteria, et se plaça sur le balcon du milieu , où se trouvaient déjà le marquis de Villamarina, le prodictateur et plusieurs autres spectateurs. Le silence se fit, et le général Garibaldi prit la parole :

« Napolitains! aujourd’hui est un beau jour, un grand jour; il est beau, il est grand, parce qu’il renoue les liens de la fraternité qui unit l’Italie à la Hongrie. Les peuples libres sont solrdai'res entre eux. Les Italiens libres ne peuvent, ne doivent décliner cette solidarité. Non, ils ne la déclineront pas. »

A ces mots, le peuple l’interrompit par de bruyants applaudissements pt par les cris de : Vive Garibaldi I

JjC général poursuit :

« Les Italiens libres! Oui, ils le seront tous et bientôt. Pour une vie consacrée tout entière à la cause de la liberté, à l’établissement de notre nationalité, je ne

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demande rien autre et ne veux rien que le droit de toujours dire la vérité, de la dire aux forts et aux . faibles.

« Écoute-moi donc, peuple généreux de cette grande métropole : si j’ai droit à quelque chose dè toi , crois à mes paroles. Ce furent toujours les ambitions personnelles qui furent la plaie et la ruine de notre patrie. Et elles le sont encore.

« C’est l’ambition personnelle qui a aveuglé le paperoi et l’a porté à s’opposer à ce mouvement national si grand, si noble, si pur... oui, si pur! et qui est unique dans l’histoire du monde.

« C’est le pape-roi qui retarde le mouvement de la complète libération de l’Italie. Le seul obstacle, le' véritable obstacle, c’est lui.

« Je suis chrétien et je parle à des chrétiens. Je suis bon chrétien et je parle à de bons chrétiens.

« J’aime et vénère la religion du Christ, parce que le Christ est venu au monde pour arracher l’humanité à la servitude pour laquelle Dieu ne l’avait pas créée.»

2 novembre.

Je n’ai plus désormais à m’occuper de la guerre : c’est maintenant Victor-Emmanuel qui la commande. Capoue S’est rendue Ce matin au général piémontais délia Rocca. Hier la ville avait été bombardée vivement de quatre lieures du soir jusque bien av^mt dans, la nuit, par l’artillerie de l’armée régulière. Les canons des patriotes ne se sont pas mêlés à cette exécution teiTible. La bombe est la dernière raison dés puis- ' . sances reconnues. Les flibustiers ne la connaissent pas.

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Lne lieure avant le bombardement, salué d’unanimes acclamations, Garibaldi, avec scs volontaires, était descendu de Sant’Angelo et avait abdiqué l’autorité suprême.

6 novembre.

Les dernières dispositions du dictateur font plaisir à voir. 11 pense toujours aux autres, jamais à lui. Dans son ordre du jour sur la bataille du Voltume , il s’oublie avec une simplicité admirable.' 11 parle des Hongrois, des Anglais, des Français même; il vante tous ses généraux ; il signale en particulier la magnifique défense de Bronzelti, qui, à Castel-Morrene, avec une poignée d’hommes, a renouvelé la légende des Thermopyles et l’hyperbole de Mazapjran. Mais rien sur luimême, qui a été pourtant, de l’aveu de tous, le héros de la journée.

Aux Anglais protestants, qui n’avaient pas le droit, sous rtincien régime, de posséder un temple à Naples et qui étaient forcés de prier en cachette, à huis clos, dans la maison de leur consul , Garibaldi vient d’accorder non-seulement la permission de se bâtir une chapelle, mais encore le terrain où celte chapelle va s’élever. Ft il a annoncé ce don par les lignes suivantes :

. « Dans un sentiment de reconnaissante gratitude pour les puissantes et généreuses sympathies de l’Angleterre, le dictateur considère comme une bien faible compensation pour tant de services que la grande cause de l’Italie a reçus de cette nation , de décréter que non-seulçment la construction d’un temple sur le .tcrritoü’e de la capitale napolitaine est permise à ce

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peu|)le qui adore le même Dieu que les Italiens, mais que ce peuple est prié, de ptus, de vouloir bien accepter, comme un don national, le petit espace dont il a besoin pour exécuter cette œuvre pieuse. »

Garibaldi donne à tout le monde et ne demande rien. Il refuse la croix de l’Annonciade, ordre très-rare auquel est attaché le titre de cousin du roi. 11 n’aime pas, dit-il, cette quincaillerie royale. Mais il destine aux invalides de son armée un refuge au palais de Quisisana. Il attribue une somme de six millions de ducats au soùlagement de tous les Napolitains qui ont souffert, dans les prisons ou dans l’exil, pour la cause italienne. 11 demande que ses ofliciers soient maintenus dans leurs grades; il demande que ses volontaires aient le droit de mourir avec les soldats réguliers du roi. 11 songe à tout le monde , dans la distribution des faveurs et des places ; il donne au philanthrope Ranieri la direction de VAlbcrgodeiPoveri, récompensant ainsi l'un des plus grands écrrvains et l’un des cœurs les plus généreux do l’Italie contemporaine. C’est surtout à l’altitude etù l’iiilluence de Ranieri que l’on doit la résistance des Napolitains aux avances constitutionnelles de François 11. Cette résistance unanime et courageuse a peut-être sauvé l’Italie.

Garibaldi s’occupe donc dç tout le monde et n’oublie que lui. Dimanche, sur la place de Saint-Françoisde-Paule, il a distribué à l’élite de ses braves, aux quelques-uns qui restent dcsmille qui le suiventdepuis Marsala, une médaille d'argent offerte par la municipalité de Païenne. Cotte médaille devait être inscrite de ce simple mot : A l'un des mille.. On a modifié et développé l’inscription ; on a eu tort.

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