F-RANÇOIS TT
Avènement de François II. — L’amnistie. — Sédition des régiments suisses. — Circulaire de M. Filangleri. — Les atlendibili. — Dépêche de M. Elliot U lord John Russell. — M. Ajossa; anecdotes. — Vols et brigandages. — Prisonniers de Santa-Maria-Apparente. — Nouvelles mesures de rigueur. — Travaux publics. — Toujours la corruption. — La camarllla. — Procès Compagna. — Autres dépêches de M. Elliot. — Lettre de Garibaldi.
33 mai.
Premitipe déception. Voici Tactc souverain du nouveau roi ; acte atliché ce matin dans toutes les rues de Naples :
« François 11, etc., etc.
« Par le malheureux événement de la mort de notre auguste et bien-aimé père Ferdinand 11, Dieu nous appelle à occuper le trône de nos augustes ancêtres. Adorant profondément ses impénétrables jugements, nous nous confions avec fermeté et implorons sa miséricorde pour nous accorder aide spéciale, constante assistance, pour accomplir les nouveaux devoirs qu’il nous impose, d’autant plus graves et difficiles, que nous succédons à un grand et pieux monarque, dont
DES DEUX-SICILES
les héroïques vertus et les mérites sublimes ne seront jamais assez célébrés.
« Aidé de la protection du Tout-Puissant, nous pourrons tenir ferme et prononcer le respect dû à notre religion, l’ob«ervance des lois, l’administration droite et impartiale de la justice, la prospérité de l’État; parce qu’ainsi, selon les ordres de la Providence, le bienêtre de nos heureux sujets reste assuré.
(( Et voulant que l’expédition des affaires publiques ne soit pas retardée,
« Nous avons résolu de décréter que toutes les gutorités du royaume des Deux-Siciles restent dans leurs fonctions.
« Caserte, 22 mai 1859.
(( Signé : Fram;ois 11. »
Il n’est pas sans intérêt de comparer cet acte à celui du feu roi, donné à son avènement, le 8 novembre 1830.
« Ferdinand II, par la grâce de Dieu, etc.
<' Dieu nous ayant appelé à occuper le trône de nos augustes ancêtres, en conséquence de la mort de notre père très-aimé , de glorieuse mémoire , — en même temps que notre cœur est vivement pénétré de cette perte irréparable, nous sentons l’énorme fardeau que le suprême dispensateur des royaumes a voulu nous imposer. Nous sommes persuadé qu’en nous investis- .sant de son autorité. Dieu n’a pas voulu qu’elle restât inutile dans nos mains , ni que nous en fissions un mauvais usage. II veut que notre règne soit un règne <le justice, de vigilance et de sagesse, et que nous
fri GARIBALDI. —CONQUÊTE
accomplissions les devoirs que la Providence nous impose.
(I Intimement convaincu des desseins de Dieu sur nous, nous ferons tous nos efforts |)Our cicatriser les plaies qui, depuis quelques années, affligent ce royaume.
(( En premier lieu, étant convaincu que notre sainte religion catholique est la source principale de la félicité des royaumes et des peuples, notre premier et principal soin sera de la protéger et de la conserver intacte dans nos États, et d’employer tous les moyens en notre pouvoir pour faire observer ses divins préceptes. Nous comptons sur les évêques pour seconder par leur zèle nos justes préventions.
(I En second lieu , nous tournerons notre ardente sollicitude sur une administration de la justice impartiale. Nous voulons que nos tribunaux soient autant de sanctuaires qui ne puissent jamais être profanés par les intrigues, les protections injustes, ni par aucun égard ni intérêt humain.
(( Enfin la branche des finances réclame notre attention particulière. Nous n’ignorons pas qu’il y a dans cette partie des plaies profondes que l’on doit guérir, et que notre peuple attend de nous quelque soulagement aux charges (jue nous ont attirées les troubles passés. Nous espérons, avec l’aide et l’assistance de Dieu, satisfaire à ces deux objets si précieux pour notre cœur paternel, et nous sommes prêt à faire toute espèce de sacrifice pour y parvenir.
« Quant à notre armée, à laquelle depuis plusieurs années nous avons donné nos soins particuliers, nous reconnaissons qu’elle s’est rendue digne de notre estime, et nous espérons qu’elle nous donnera, dans
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toutes les occasions , des preuves de sa fidélité inviolable et qu’elle ne laissera jamais ternir l’éclat de ses bannières. »
Cependant, les optimistes font ce raisonnement: puisque Ferdinand, qui avait tant promis, a si peu tenu, François , qui ne promet rien , fera peut-être quelque chose.
17 Juin.
François 11 n’a rien fait encore. Soumis aveuglément aux derniers conseils du roi mourant, et n’ayant montré jusqu’à ce jour qu’un sentiment profond, la piété filiale, François, s’est courbé sous l’autorité de la reine douairière, Marie-Thérèse et de M. ïroya, dernier ministre de Ferdinand. M. Troya est un homme plein de foi dans la divine Providence. Son avis, en politique, est qu’il faut prier.
Par malheur, l’opinion remue à Naples. A la nouvelle de notre victoire de Magenta, une démonstration de plus de deux mille Napolitains a vivement acclamé la France et l’Italie sous les balcons illuminés de M. Soulange-Bodin , notre consul, et de M. Fasciotti, consul de Sardaigne. Cette démonstration fut dispersée à coups de baïonnette; mais elle n’en fit pas moins très-peur au roi. Il ordonna donc à M. Troya d’aller prier ailleurs, et nomma Filangieri premier ministre.
En attendant les montagnes de réformes et de concessions que nous promet le nouveau cabinet, nous avons une amnistie, et quelle amnistie! écoutez et jugez.
11 y a trois décrets. Le premier ne concerne que les crimes communs ; le second rend leurs droits civils
m OAKIRALDl.— CONQUÊTR
aux suspects, mais se garde bien de déchirer les listes où ils étaient inscrits : ces malheureux restent donc sous la surveillance delà jxdice.
Voici enfin le principal décret concernant les délits politiques. Je vous en donne le texte même, et j’appelle toute votre attention sur cet article officiel.
« Il est fait grâce de la peine qu’il leur reste à subir aux condamnés aux fers, à la réclusion, à la relégation (^t à l’emprisonnement pour les délits politiques commis en 18Zi8 et 18/i9, condamnés non compris dans les décrets du 27 décembre 1858 et du 18 mars 1859, selon les listes existant au ministère de grâce et justice. »
Voilà le décret cité mot à mot. Voici maintenant ce qu’il signifie.
11 exclut d’abord tous ceux qui se sont occupés de politique après 18à9. Ainsi les victimes de l’aftàire de Mignogna , de Pisac.ane et de Milano (ces derniers ne sont pas même jugés encore!) restent dans les îles et dans les prisons.
Le décret ne parle pas des prisonniers détenus par simple mesure de police. Ainsi, les quarante malheureux qui sont à Santa- Maria-Apparente ((juelques-uns depuis trois, cimj et sept ans), les quarante autres qui attendent leur procès à la Vicaria et dans l’hôpital de San-Francesco , les centaines et peut-être les milliers d’autres qui sont enfermés sans jugement, en province ou dans les îles, ne sont pas compris dans cette amnistie, et il faut un nouvel ordre du roi pour qu’ils soient libérés ou tout au moins jugés.
Le décret ne gracie que les condamnés pour leur conduite politique en 18/|8et 18^9. Or, le plusgrand
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iioinbie de ces condamnés sont depuis dix ans en fuite ou en exil. Ceux-ci ne sont pas désignés dans le décret, qui limite ses grâces à un certain ordre de peines (fers, prison, relégation, réclusion). Les fugitifs, condamnés en général comme contumaces (et quelquesuns à mort), sont également exclus de l’amnistie: il en résulte que l’émigration napolitaine, composée des meilleurs citoyens du royaume, n’aura rien à gagner à l’avénement du nouveau roi. Le général Ulloa, Scialoia, Mancini, d’Ayala, Imbriani, Tommasi, Pisanelli, Conforti, Leopardi, Spaventa, Amari, Giudici, Petruccelli , La Farina, Saliceti , Ferrara , Cosenz , de .Meis, Dragonetti, je cite au hasard et je ne rencontre que des noms illustres ou honorables, continueront à souffrir sur la terre d’exil.
Ce n’est pas tout. Le décret écarte aussi de l’amnistie ceux qui avaient été nommés dans les grâces du feu roi . Vous n’avez pas oublié ce qu’étaient ces grâces : elles commuaient illégalement en déportation (peine qui n’existe pas dans les codes napolitains) les châtiments infligés à Poërio, à Settembrini, et à leurs cent vingt compagnons d’infortune. Elles les tiraient des bagnes pour les envoyer mourir en Amérique. Soixante de ces malheureux , déjà partis, ont légalisé leur situation et commué d’eux-mêmes, en débarquant en Irlande, leur déportation illégale en exil éternel. Le décret ne change rien à leur sort. Les soixante autres, qui ne sont pas encore partis, partiront peutêtre ; mais leur grâce, si c’en est une, est déjà décrétée depuis six mois, et ils ne devTont pas leur exil, douloureuse faveur, à la générosité du nouveau prince.
Ainsi les condamnés récents, les proscrits, les fugi-
GARIBALDl. — CONQUÊTE
tifs, les prisonniers déjà graciés par le roi Ferdinand, les détenus par mesure de police, etc., etc,, sont exclus des grâces contenues dans le décret d’hier. Or, les autres condamnés (à la prison, à la relégation, à la réclusion, etc.), ayant été déjà élargis soit pour avoir fait leur soumission, soit parce que, depuis dix ans, leurs peines doivent être expirées , il résulte manifestement de tout ceci (je ne sais s’il faut en rire ou en pleurer) ; que pas un condamné politique n'est compris dans cette amnistie ' .
9 juillet.
J’ai aujourd’hui une horrible histoire à vous raconter : la sédition des soldats suisses. La voici en deux mots :
Vous savez que la libre Helvétie, honteuse du rôle étrange que jouaient ses citoyens à l’étranger, notamment à Rome et à Naples, avait déclaré que ces mercenaires seraient dorénavant des volontaires enrôlés de leur propre chef, ef non plus un tribut d’hommes payé d’année en année, en vertu de honteuses capitulations. La dernière de ces capitulations, déjà rompue de fait, expirait légalement le 15 juin ou le 15 juillet, et le gouvernement annonçait qu’il avait pris des mesures pour que le nom de troupes suisses, les insignes des cantons et la croix fédérale fussent retirés aux mercenaires qui restaient à Naples.
1. Le fait a conürmé mes déductions. Cette fameuse amnistie n’a libéré, de fait, qu’un très-petit nombre de prisonniers obscurs et dont la peine était déjà presque expirée. C’étaient des hommes du peuple, oubliés depuis dix ans dans les bagnes et les prisons lointaines ; On les croyait morts.
DES DEUX-SIC1I.es.
Mais la situation de ces mercenaires était équivoque. Lorsque la Suisse, en 18i9, exécutant les nouvelles lois fédérales, avait rompu ses enj^agemcnts avec le feu roi Ferdinand, ce monarque avait répondu qu’il tiendrait les siens, et que, malgré la Confédération, il garderait et enrôlerait des Suisses à son service. Fn eftét, les enrôlements continuèrent dans les cantons ou aux frontières, et, loin de diminuer, ils augmentaient de jour en jour, le gouvernement de Naples allant chercher ses Suisses en Autriche, quand l’Helvétie ne lui en donnait pas autant qu’il en voulait.
Ces pauvres diables s’engageaient donc, malgré la loi de leur pays, sur la foi de traités abolis de fait, et aux conditions garanties par ces traités qui n’existaient plus : une de ces conditions était précisément le nom et les insignes de troupes suisses que la Confédération vient de leur retirer. Chose incroyable! en venant à Naples, ils se mettaient èn insurrection contre leur patrie, ils la compromettaient dans l’opinion, et pourtant ils tenaient à elle. Ils voulaient bien prêter la main aux violences du pouvoir, étouffer la liberté de la nation, mais à condition de le faire sous le drapeau de leur pays libre.
Aussi, l’autre jour, quand on leur retira leurs insignes et qu’on leur enleva leurs drapeaux pour leur imposer celui de Naples, ils se soulevèrent en masse et répondirent à coups de fusil.
La rébellion commença mercredi dans les casernes. Les soldats du /t® régiment ne voulurent pas saluer le nouveau drapeau. Le soir et le lendemain, il y eut des balles échangées entre les Suisses.
Car, il faut le dire, depuis la guen'e, la division