Ur Ujilui'c. Comment
.r. P"2l, as, B6.
Henri II et les Guises, alors surtout qu'à cette date ils tendaient une main d'association à l'un des plus farouches représentants de l'intolérance espagnole: « Le roi, est-il dit en tête d'un D document qui se rapporte aux premiers jours de juin 1559 *, y> ayant entendu que le duc d'Albe devait venir pour espouser, » comme procureur du roy d'Espagne, Elizabelh (de France), » sçachant qu'il estoitforl près de Paris, envoioit aucuns princes » de la cour pour lui faire Taccueil qui lui appartenait, lesquels y> étaient les révérendissimes cardinaux de Lorraine et de Guise, y> monseigneur le duc de Lorraine, etc, etc. »
Quoi de plus flatteur pour le duc d'Albe, que de voir se porter, des premiers, à sa rencontre, ce même cardinal de Lorraine qui, naguères, dans son entrevue avec l'évêque d'Arras, s'était mis si complaisamment au service de la politique espagnole, et à qui, depuis, avait été fournie l'occasion de voir de près Philippe II et de s'associer directement à ses projets homicides, en allant, dans les Pays-Bas, assister à la prestation de son serment pour l'observation de la paix ' !
Par contre, au nombre des hauts personnages accompagnant le duc d'Afce se trouvaient ^ le comte d'Egmont, destiné à succomber plus tard sous ses coups, et un jeune prince en qui il devait, un jour, rencontrer le plus redoutable des adversaires, Guillaume de Nassau, prince d'Orange, dont la vocation, comme futur fondateur de l'indépendance des Provinces-Unies et comme promoteur de la liberté religieuse au sein de ces provinces, allait soudain se décider, en France, aux côtés et à l'insu du royal oppresseur des chrétiens évangéliques.
A la mission officielle et pompeusement ostensible que l'am-
1. € Ordre du duc d^AIIie, espousant Elizabelh de Kraiice, comme procureur » du roy d'Espagne, en TéglisG Notre-Dame de Paris. » (Bibl. nat., niss. f. fr., vol. GS43, i^ iO et suiv.).
-2. Brantôme, édit. L. Lai., 1. 11, p. 263 et l. III, p. 69.
3. Throckmorton to the queen, 11 juin ibb^.(Calend, of Siate pap. fateign,)
bassadeurexlraordinaire de Philippe venait remplir prôs d'Elisabeth elde son pm'. s'ajoutaitunc mission 3cci'èle,doiit il dovail. en arrière de la jeune princesse, s'acqiiillcr dans des entretiens confidentiels : celle de se concerter avec Henri 11 sur le clioix des plus prompts et des plus siirs moyens à eraployci' pour procéder, en France, parallMement h la marche qui serait suivie en Espagne et dans les Pays-Bas, k l'extermination des hérétiques.
Satisfait des entretiens qu'il avait eus avec le duc d'Albe, Henri II en (il purt au prinrc d'Orange, (|ui professait encore le catholicisme. Le roi ne .se doutait assurément pas des cons^'quences qu'entraînerait sa communication. Guillaume do Nassau Dous les révèle dans ce passf^e d'un écrit mémorable, auquel son nom demeure glorieusement attaché ' :
< Quand, estant en France, j'eu entendu de la propre bouche » du roi Henri, que le duc d'Albe traictait des moyens pour exter-
> miner tous les suspects de la religion en France, en ce pais et
• par toute la chrestienté, et que le dict sieur roi (qui pensoit t comme j'avoi esté l'un des commis pourletraiclé de la paix, et I avoieu communication de si grandes affaires, que je fflsseaussi » de celte partie) m'eust déclaré le fond du conseil du roi d'Es-
> paigne et du ducd'Alve : pour li'cstre envers sa majesté en » déseslime, comme si on m'eust voulu cacher quelque chose, njerépondi en sorte que ledit sieur roi ne perdit point cello
• opinion, ce qui lui donna occasion de m'en discourir assez suf- » fisammenl pour entendre le fond du projet des inquisiteurs. » Je confesse que je fu lors tellement esmeu de pitié etde com- » passion envers tant de gens de bien qui estoient vouez h l'oc- ■ cision, et généralement envers tous ces païs, que... voiatii
• ces choses..., dèslors j'entrepris à bon escient d'aider it faire
I. ApoIo|(iu .le (luillaume ilc Naseau, prince d'Orange, cflntrf l'^iJi! Ar proscripliou piihlié un 1580 |>ar l'bilippe II, roi d'Espagne, ftnixeiks trt l.uipjig, 1868^ 1 vol. in-K, ji. KK, 89.
> chasser celle vermine d*EspaigDols hors de ce paîs... Ils se 1 Irompenl donc bien forl quand ils pensenl que j'ai enlrepris » un lel ouvrage après leur parlement de ce pals, car je Fai fait
> lorsque j'éloi en France, à la chasse avecq le roi, eux estans
> encore ici, etc., etc. >
Ce fut en un tel étal de choses que, cédant à de perfides provocations, le roi se laissa entminer à violer, par un acte d une audace inouïe, l'indépendance de la magistrature.
Ces provocations s'étaient manifestées sous diverses formes. Et d'abord, en 1559, durant le carême, certains prédicateurs « n'avaient cessé d'esmouvoir le peuple à massacrer autant de
> ceux de la religion qu'ils en trouveraient, sans attendre que :» les magistrats en fissent la punition ' ». L'un d'eux était même allé jusqu'à t dire des choses exécrables contre le magis-
> trat, remonstrant que ce n'estoit de merveilles si les juges ne
> jettaienl les pierres contres les Luthériens, pour ce qu'eux-
> mesmes en estoient, et qu'il ne s'y faloit plus attendre, mais
> se bander et faire guerre ouverte, voire aux plus grans qui
> seroient suspects de cette doctrine- >. Ces excitations furibondes étaient, ainsi que la plupart des excès qu'elles avaient enfantés, restées impunies. A la suite de tels méfaits, qu'il ne pouvait qu'approuver, comme favorisant ses desseins, le cardinal de Lorraine, s'emparant du reproche adressé, de côté et d'autre, par une malveillance intéressée, aux juges du royaume et particulièrement à la chambre criminelle du parlement de Paris, dite de Im Toumelle, e do ne procéder contre ceux de la
> religion nouvelle par la rigueur accoustumée, avoit donné à
> entendre que cela ne pouvoit procéder que de la dissimula-
> tion et connivence des juges, cause principale de la multiplij^ cation du nombre de ceux de ladicte religion ^ » . Allant plus