Hotman, Vie de Coligny, trad. fr. 1665, p
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tueuse spontanéilé, devant ce Trère, dont elle pressenlail que los conseils et les actions pèsei'aient d'un tout autre poids que les siens sur les destinées du protestantisme français.
Ses impressions, ses espérances étaient partagées par Éléonore et Cliarlolte de Roje, ses filles, qui, dis cette époque, étaient, elles aussi, d'une piété vivanle, el dévouées !i la cause de la Réforme, ii laquelle leur mère les avait gagnées.
Quant aux maris de ces deux jeunes femmes, Condé et la Rochefoucauld, ils applaudissaient liautement îi l'exemple que leur oncle el leur tante venaient de donner à la noblesse protestante. Mais Condé, qut;lque sincère qu'il fùL duns l'expression de sa satisfaction, n'en demeurait pas moins, vis-à-vis de son oncle, dans un silence absolu sur certain projet d'une prise d'armes, secrètement concerté, et qui eût été, il le savait, fortement combattu par l'amiral, s'il le lui eût communiqué. Nous verrons bientôt quel était ce projet et à quoi aboutit son exécution.
L'iniluence de l'exemple donné par Culigny et sa compagne s'étendit rapidement du cercle de leur familli! à celui de leurs amis et resserra même les liens d'affection qui unissaient h l'amiral, des hommes tels, notamment, que Soubi/c, Rohan, Antoine de Croy.B'ïquemault, la Noue, Téliguy, et h Charlotte de Lavai, des femmes telles, enti-e autres, que mesdames de Soubize.dc Rothelin,deCrussol, deSeninglicn,(leMontpcnsier.
De leur côté, Catherine et les Guises savaient parfaitement à quoi s'en tenir sur ce qui se passait, depuis plusieurs mois, au château de Châtillon; toutefois, la confiance que l'une accordait k l'amiral contenait les autres, vis-à-vis de hii, dans une réserve, que leur commandait d'ailleurs la nécessité de recourir encore, au nom du roi, h son dévouement et à ses services. Fran(;ois et Charles de Lorraine reculaient devant ie danger auquel les eût exposés le moindre éclat de leur haine contre Coligny el la profession publique de sa foi.
.Mors qu'ils se maintenaient dans une prudente circonspec-
tion Yis-à-TÎs de ramiral, ils virent toat à coop se dressar devant eux la menace d'une agression combinée, sous la direction d'un tout autre adversaire que lui.
En effet, de l'étranger leur parvinrent des avis confidentiels, confirmés depuis, avec addition de détails, par un dénonciateur français, portant : qu'un complot dirigé contre eux personnellement * tendait à obtenir du roi leur renvoi de la cour, et, en cas de refus, à les expulser, de vive force, à les traduire devant les Etats généraux, pour y être jugés, et à assurer le gouvernement royal, en faisant pourvoir François II d'un conseil, à raison de son jeune âge. On signalait un baron du Périgord, Godefroy du Barry, seigneur de la Renaudie, comme organisateur et chef connu du complot, dont le prince de Condé était, disait-on, le chef muet.
A quelle date les Guises furent-ils informés de l'existence de ce complot, c'est ce qu'il est impossible d'établir.
Les historiens contemporains, sans chercher d'ailleurs à déterminer celte date, énoncent que les Guises, pour se prémunir contre une explosion imminente, amenèrent le roi et la cour à Amboise, qui présentait plus de sûreté que Blois, et y prirent, d'urgence, diverses dispositions; qu'ils s'attachèrent à fausser l'esprit public, en faisant courir le bruit que le complot était
1. Voir, sur la conjuration d'Amboise, dont nous nous abstenons de faire ici Thistorique, les écrits suivants : i* Kégnier de Laplanche, Hi$t. de V estât de France, éd. de 1576, p. i25 à 135 et 155 à 253 ; — â» De Laplace, Comment, de Vest.dela relig., etc., édil. de 15<î5, f* 49 à 50;' — 3" Th. de Dèze, llist. ecct., 1. 1, p. 2i9 à 273 ; — ^l' Crespin, Hist. des martyrs, éd. de 1008, p. 510 à 620; — 5» Calvin, Corresp. lat., 1560-1561 ; et Corrcsp franc., t. 11, p. 382 à 391. — e» U PopeliDière, Hi$t., édit. de 1581, f^ 162 et suiv.; — 7'' D Aubigiié, Hist. trnir., éd. de 1616, p. 91 à 95 ; — 8» Mém. de Condé, éd. de 1743, I. 1, p. 320 îi33i; — O^DeThou, f/is/. finip., t. Il, p. 753à l\i»\—WMém.deCastelnau, éd. de 1731, 1. 1, liv. I, chap. viii, ix, x, xi; — 11° Art. de M. .Mignel, dans le Journal des SavanU, ann. 1857, p. 412 à 423, et 469 à 481 ; — 12- H. Lutlerolh, to Reforme en France, 1859, p. 188 à 200; — 13* Puaux, Hist. delà réforme fr.y l. il, p. 24 à 36.
dirigé, non contre eux, mais contre le roi; puis, qu'appréhendant, sans avoir cependant ïa moindre indice h cet égard, que deux des trois Chiiiillons fussent de connivence avec Condé, ils les firent appeler 5 Aniboisu par la reine nièi-e, afin qu'elle les contint par ses discours et d'adroits ménagements ; et que cette princesse les ayant convoqués, ils répondirent h son appel. « Ceux de Guise, dit R. de Laplanclie ', eurent merveilleuses ï crainctes que Tadmiral et son frère Andelot ne fussent delà » mesice, tant pour les cognoistre vaillans et de grande conduite,
> que pour avoir à commandement laptuspart des capitaines et » gens de guerre du royaume. Parquoy ils requirent la roinej> mère de les mander, espérant que la présence du roy et celle » de lu roine les reliendroieni par giacieuses paroi les, prières et « rcmonstrances; car ils doubtoienl pouvoir eschapper ce danh ger si tant soit peu ils s'en voulaient mesler. Ladicta dame ï ne fui malaisée h persuader; car elleavoil telle confiance des ]> vertus de ces personnages, et portoit une telle amitié à l'ami- B rai potu' l'avoir tousjours cogneu loyal serviteur du roy, qu'elle * se pensoit bien asscurer auprès d'un sage chevalier, par la
> prudence duquel elle espèrolt apaiser tout, et descouvrir ce » qui se faisoit, et h qui ou en vouloil. Parquoy lettres du roy » avec les siennes très-affectionnées luy lurent envoyées, suy- V vaut lesquelles il se mit en chemin, u
Ce fut le "20 ou le 2 1 février 1 5fiO *, que Coligny se vit inopinément appelé h Amboise. Il y était, le 24^; Odet s'y trouvait, le 25 *; d'Andelot n'y arriva que le 15 mars ^
1. Hist. de Fi: ». Fninçoû Tl. \i. ISa, ir>0- — Tli. Je liè/y. //«(. frcl. i. 1. p. iSi. — Coslelnau, fiém., liv. I, chnp. \.
2. LeUre du cardinal de Châlilion. du 35 février tôliO [Ribl. uni., mss. f. r..»oI. 3157, ^2Î).
3. LeMre de Coligiiv. du 2i févriL-i- 1560 iBibl. wx\., niss. f. fr., vol. 50508
i. Ullre du cnrainul de CliAtillori, dn £5 Mvrier 151» IBiU. oal., idm. l. fr., vol. 3157, P t-i).
t>. Di]i6clia de Chaiiloiiiuiy, des 16-19 mars 1660. \a priie de ttUe Jépdche
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Du 24 février au 1" mars se placent qualité lettres adressées iTÂmboise par Coligay et par Odet à leur oncle le connétable. Ces lettres ne renferment pas un mot qui ait trait au complot. Est-ce à dire qu'ils n'en eussent rien appris encore, depuis leur arrivée à Amboise? Non; car tout porte à croire que Catherine, plus intéressée que qui ce tUl à leur parler, n'était pas restée, du 24 février au 1" mars, sans s'entretenir avec eux des événements de chaque jour, alors surtout, qu'à raison de ces mêmes événements elle voulait recourir à leur dévouement et à leurs conseils ; mais les neveux d'Anne de Montmorency étaient des hommes essentiellement graves et prudents; et si, dans leur correspondance, ils se taisaient srr des informations recueillies, c'était pour ne pas se départir d'une réserve que les circonstances leur commandaient, dans l'intérêt d autrui.
Cela posé, arrivons aux rapports purement officiels que Cohgnylorsde son arrivée à Amboise, soutint avec les Guises : nous le considérerons ensuite, près de Catherine, dans son rôle de fidèle conseiller.
Face à face avec lui, François et Charles de Lorraine, dissimulant leurs craintes sous des apparences de confiance, Fentretiennent uniquement des afïiiires d'Ecosse, compromises par leur ambition et leur imprudence, et l'invitent à prendre, comme amiral, diverses mesures, afin de parer à des actes d'hostilité contre la France, qu'on redoute de la part de l'Angleterre.
Cette limitation des rapports de Coligny avec les Lorrains, que fort involontairement, sans doute, les historiens passent sous silence, ressort, implicitement au moins, de sa correspondance avec le connétable. Le 24 février 1560, il écrit à ce dernier *- :
c Monseigneur, j'ay reçu les deux lettres qu'il vous a plu m'es-
écrite le 16, porte : c Ayer llegaron a esta coste el principe de Condé y mos'' de > Andelot >. (Pop. de Simancas, B. 11, ap. Migoet, Journal des SavamU, aniL. 1857.) 1. Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 20 508, ^ U7.
t iTÎre, l'une par Du Pin, que mons' le cardinal de Chas- » lillon avoit envoyé vers vous, l'aultre par mon laquais que » je vous avois aussy dépesché ces jours passez, el à son retour » vers moy il me trouva sur le point de ni'aclicmyner pour m'en n venir trouver cesle compaygnye, au lieu que je faisoys mon » compte de m'en aller faire mon caresme-prenant avec mon » frère, mons. Dandelot, à sa maison de Tanlay; et pour ce B que je me double bien, monsieur, que vous désirerez si,'avoir • l'occasion pour laquelle il m'a fallu retourner silost en ceste » dite compaygnye et mesme que j'ay esté aulcuiicmenl pressé » de ce faire, je ne veuh faillir à vousen esclairer, vous advisonl K ipie pour ce que l'on ha eu nouvelles que la rovne dWiiglulcrre » tcnoit quelques vaisseaux armez jusques au nombre de quai> lorze ou quinze sur le (pas) d'Escosse comme pour empescher » le passage du secours que l'on veult envoyer en ce païs-là, le j roy voulant pourvcoir à cela, de sorte que sy ledit secours n'a » le passage libre par amytié , il le puisse prendre par force , » s'est délibéré d'équipper de ses vaisseaux qui pourront servir » h cesl cffecl, adin de pouvoir secourir ceux qui tiennent son » party audict pais d'Escosse, laquelle a esté l'occasion de me » mander pour retourner sy soubdainement en ceste compay- B gnye. Et fais bien mon compte qu'elle me fera aussy rompre 1- le voïajie que j'avais projeclé d'aller faire en Bretaigne, sur B ces pasques, et qu'il me fauldra plus tost tirer en Normandye, '» pour ce qu'il n'a encores esté icy rien conclu de ce que dessus,
> je remets à vous en escrire plus certainement devant que je » parte de ceste compagnye, ce que j'espère devoir estre dedans » peu de jours, au moins feray-je tout ce qu'il me sera possible
> pour estre despesclié au plus tost, »
Dans deux lettres, des 25 et 38 février, le cardinal de GliAtillon', en neveu toujoui's dévoué, rend minutieusement compte