‹ Gaspard de Coligny, amiral de FranceChapitre 150 sur 241 · Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3 157, f · texte numérisé non relu

Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3 157, f

» terre faisoit pour nous à l'eudroict des Escossois, il oITroil au » roy ses galères, navires, gens, vivres et toutes choses quy le if pourroient favoriser puur avoir la raison desdits Escossois, « adjoustant h cela qu'il avoit faict une si bonae dépcschc à » ladite royne d'Angleterre quy Iiiy raettroil ung bon mors à la i> bouclie pour la divertir de ses dessaincts. Ayant surce propos » dicl plus amplement les particulai'ilés à ce porteur, je ne m'es- B tendre à vous en dire davanta^'e, sinon que je n'ay pas oppi- » nion que si ladite royne veoit une bonne occasion se préscn- V ter de pouvoir joindre les deulx royaulmes àsadévotion, qu'elle » ne passe oultre. Voilà pourquoy nous ne nous debvoris pas en- » dormyrcependant.cequet'on dictbien quel'on ncfera pasicy. » Etpourceste occasion l'aict-on les pi'éparatifs pour équipper > vint et quattre navires, et vivres pour dix mille bouches. J'es- » père que, ayant faicl icy encores un séjour do cinq ou six B jours, je m'en pourré retourner chez inoy pour quelques jours, » pour delà m'en aller en Normandie, mais mon premier voyage » sera de vous aller veoir, et cependant avec les occasions qui » se présenteront, je ne fauldré à vous faire entendre les nou- » velles que je pourré apprendre. »

A voir ainsi Coligny, en présence des Guises, s'élever noblement au-dessus de l'injure qu'ils lui ont récemment faite, en repoussant sa demande de transmission à Condé du gouvernement de Picardie, et nes'occuper qu'il combiner, comme amiral, ses moyens d'action, pour sauvegarder, en Ecosse, à rencontre de l'iVngleterre, les intérêts de la France compromis par ces mÈmes hommes qui réclament actuellement son concouiï , comment, par cela seul, ne pas reconnaître qu'il est demeuré totalement étranger à un complot que, d'avance, il a désavoué par la fermeté de son langage à l'assemblée de Vendôme et ailleurs! 11 n'améme pas connu, jusqu'alors, l'existence de ce complot : telleest l'intime conviction de Brantôme, qui, tout en se montrant zélé partisan des Uuises, afllrme que les conjurés se

sont soigneusement abstenus de parler de leur entreprise à Ta. mirai : c M' Tadmiral, dit-il, ne sçeut jamais ladicte conjuration 3^ d'Âmboise, à ce que j'ay ou'y dire à aucuns des plus anciens

> de la religion, et aussi à La Vigne, vallet de La Renaudie, qui » en sçavoit tout le secret. On ne la luy voulut jamais conférer, y> d'autant que lesconjurateurs le lenoient pour un seigneur d'hon-

> neur, homme de bien, sage, meur, advisé, pollilique, brave » censeur, pesant les choses, et aymant l'honneur et la vertu, » comme il avoict toujoui*s faict paroistre par ses belles actions » passées, et pour ce, les eust bien renvoyez loin, rabrouez et i> recullé le tout, voyre aydé à leur courir sus * . >

Si, par patriotisme, Coligny a consenti, devant les Guises^ à faire taire son juste ressentiment et à traiter froidement avec eux des questions d'armement et d'opérations militaires, il ne s'en est pas moins réservé l'indépendance de ses opinions, quant à leurs actes, en matière gouvernementale, politique et religieuse, et il va le prouver, dans ses relations avec la reine mère.

Cette princesse, pour lui parler, ainsi qu'à Odet, n'attend pas l'arrivée de d'Andelot ^. Le temps la presse : aussi, est-ce trèsprobablement dès le 24 février, ou tout au moins à un jour fort rapproché de celui-là qu'elle <c appelé à part l'admirai et le cary> dinal de Chastillon avec le chancelier (Olivier), leur faisant

1. Brantôme, éd. L. Lai., t. IV, p. 290. — Calvin, loin d'être, comme onTen accusait, Tinsligaleur de la conjuration d'Amboise, s*y était au contraire forte, ment opposé et la désavoua en termes formels. C'est ce dont fait foi sa correspondance. Voir, notamment, à cet égard, la lettre qu'il adressa, le 16 avril 1561, à Coligny, laquelle est d'une haute importance historique (Corresp, franc. f t. H, p. 382 à 391) et une autre lettre qu'il adressa à Pierre Martyr, le 5 mai 1560 (BulL de la Soc. dhist. du Prot. franc., t. l,p. 250).

2. R. de Laplanchc {HisL de Fr. s. François II, p. 161) et Th. de Bèze (£ff$/. eccl.y t. 1, p. 264) supposent à tort le contraire. La légère méprise de ces deux auteurs, sur ce point, n'enlève rien du reste à la valeur habituelle de leurs récits, qui se recommandent par une rare exactitude.

a une infinité de piières de luy donner conseil en ceste urgcnle D atViiiiL', et de n'abandonner le roy son fils ' ».

L'amiral, qui ne connaît que trop les abus de pouvoir et les excès de tout genre commis par les Guises, comprend aisément que, pour tenter d'y mctlie un terme et d'obtenir, avec l'afiranchisscment de la royauté, celui des victimes de la pei-sécution relijîieuse, des mécontents réformés se soient alliés à des mécoii^ tenfs judaïques. Les uns et les autres sont, à ses yeux, non des aventuriers, conspirnieurs de bas Lilage, mais des hommes honnêtes, que l'exaspération de la souffrance a exaltés. Leur unique tort est derecourir à la (brce'niatérielle pour assurer l'accueil de leure griefs. Or, que, sous la sérieuse réserve d'un examen ultéi-ieur de ces griefs par qui de droit, il soit dés à présent adopté une mesure générale qui donne satisfaction auplusgrave de tous, en effaçant les condamnations prononcées contre les réformés, et en les préservant de toute nouvelle effusion de sang : voilà, dans la pensée de l'amiral, ce à quoi il faut, avant tout aviser. Puis, dès qu'un peu de calme aura pu renaître dans les esprits, s'agiteront, pour être résolues comme elles le méritent, les grandes questions d'organisation gouvernementale, de foi, etdt^ profession publique du culte, qu'il n'est plus possible d'éluder.

Telles étant les convictions de l'homme d'État et du chrétien, chez celui des conseillers, appelés par Catherine, dont la parole doit avoir le plus d'autorité ; il va s'efforcer de les faire passer dans rjme de cette princesse, ainsi que l'étabUt le récit suivant *.

s L'amiral fit à la roine-mère de grandes remonstrances, et > luy déclara le mescontenlcmcnt de tous les subjects du roy, X tant en général qu'en particulier, non seulement pour le faict

1. II. du Laphnche. IIUI.de Fr. ». Françxnt Il.f. 1G1. — TU.J.^ Blw, //w(. «cet..t.I.p.26i.

2. R. ili! Laplanche, Bat. de FV. «. François tt, p. 161, 161

> de la religion, mais aussi pour les affaires politiques; et que » Ton avait mal à gré, et du tout à contre-cœur que les affaires j> du royaume fussent maniées par gens qu'on tenoit comme es- )> trangers, en eslongnant les princes et ceulx qui avoyent bien D deservy de la chose publique. Bref, luy ayant fait entendre

> bien au long la cause de ces esmoUons et les bruicts qui cou* » royent, comme s'il eust expressément pris ceste chaîne, son T» advis fut qu'on donnast relasche à ceulx delà religion, le nom- D bre desquels esioit tellement accreu, qu'il n'estoitplus quesy> tion d'y aller par force pour les penser exterminer ; mais que 3> l'on s'asseurast qu'il y en avoil plusieurs qui ne vouloyent plus 1 endurer les tourments qu'on leur avait faicts depuis quarante ]D ans, mesme sous raulhorité d'un jeune roy, et gouverné par » gens qui estoyent haïs plus que la peste, et lesquels on savoit y> n'estre menés tant de zèle de religion, que d'une extresmeam- » bition et avarice pour empiéter toutes les plus belles et meil- » leures maisons du royaume. Finalement, après avoir supplié y> ladicte dame luy pardonner s'il parloit franchement, puis- » qu'elle luy avoit donné telle liberté, il luy dict qu'il estoil trèsy> nécessaire de non seulement faire expédier un bon édict en » termes clairs, signifiants et non ambigus, mais aussi donner » ordre qu'il fûst inviolablement gardé et observé, et que, chasy> cun se reposant sur iceluy, peust vivre en repos et seureté en » sa maison, en attendant que l'on peust faire tenir un sainctet y> hbre concile où chascun fust ouv et entendu en ses raisons. » Quoy faisant, il espéroit de voir une grande paix et repos au » royaume : autrement il ne savoit les moyens d'empescher une ]& grande sédition. y>

Lebonédit, que Coligny demandait qu'on expédiât en termes clairs, signifiants et non ambigus, ne pouvait être , selon lui, qu'un édit qui, en attendant la tenue d'un concile, accorderait aux réformés le libre exercice de leur religion *.

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