‹ Gaspard de Coligny, amiral de FranceChapitre 185 sur 241 · CHAPITRE M · texte numérisé non relu

CHAPITRE M

La cour à Saint-Gcrmain-en-Layc, en août 1561. — Préliminaires du colloque de Poîsst. — Ouverture de ce colloque. — Séances successives. — Coligny et sa famille pendant le colloque. — Jeanne d'Albret. — Mariage célébré par Th. de Bèze, à Âi^enteuil. — Fin du colloque.

La cour était venue se fixer à Saint-Germain : le mouvement des esprits était grand dans cette ville, alors qu'au mois d'août, on touchait presque à l'époque fixée pour l'ouverture du colloque. Quelles que fussent ses velléités de tolérance, la cour y montrait au point de vue religieux, l'antagonisme des idées, des sentiments et des actions.

Les situations y étaient nettement tranchées et s'y présentaient sous un triple aspect: ici, le catholicisme et ses traditions autoritaires; là, le protestantisme et ses légitimes revendications ; ailleurs une tendance intermédiaire, avec ses fluctuations politiques et religieuses; d'un côté, le connétable, le duc de Guise et les cardinaux de Tournon et de Lorraine, champions du parti catholique; de l'autrQ, Coligny, haute personnification de la cause protestante; puis, à un rang secondaire, le prince de Condé et son frère le roi de Navarre, simples soutiens de cette cause, le premier avec droiture, le second avec ambiguïté ; enfin, Ix la tête du parti des motjcniieurs ou politiques^ un homme d'élite qui puisait à la fois dans l'Évangile et la philosophie le respect de la liberté de conscience, le chancelier de rilospital, suivi d'un prélat ondoyant, habile, rompu aux affaires publiques, et secouant avec aisance le joug de Rome, sans briser

avec elle, comme le firent d'autres prélats, MoiUliic, évtiqiie dô Valence.

Alix deux premières de ces catégories se ratlacliaient, au sein de la eour, qu'elles avaient suivie Ji Saint-Germain, ou avec laquL'ile elleseorrespondaient, quelques femmes d'un rang imminent. Telles étaient, du côté des champions du cathoUcisme, Madeleine de Savoie, femme du connétable, et Antoinette de Bourbon, duchesse douairidre de Guise; du côlÉ des soutiens de la cause protestante, Jeanne d'Albret, reine de Navarre, Renée de France, duchesse de Fcrrare, la noble compagne de Coligny, Charlotte de Laval, sa sœur, l'énergique Madeleine de Mailly, comtesse de Royo, nagui^res prisonnière dans ce même chAteau de Saint-Germain, où maintenant elle pouvait, tête levée, s'unir h ses coreligionnaires, dans la piofession de sa foi. Citons enfin les deux filles de la comtesse, Éléonorc, princesse do Condé, et Charlotte, comtesse de la nochelbucauld, ta marquise de Rothelin, madame de Crussol, et la comtesse de Seninghen.

Au milieude ces divers personnages, et se tournant successivement vers les uns et les autres, selon les circonstances, apparaissait Catherine de Médicis, adonnée avant tout au culte du pouvoir, portant dans le maniement des questions religieuses mollis de conviction que de calcul, et subordonnant aux seules vues d'une politique égoïste et versatile sa conduite vis-à-ris des catholiques, des proies Lan ts et des chefs du tiers-parti.

Depuis plusieurs mois elle tolérait, elle protégeait môme, à sa cour, la noblesse protestante, dont elle jugeait opportun d'opposer l'énergie morale, le crédit et le dévouement aux intrigues aggressives et îi l'ambition démesurée dos Lorrains et du triumvirat. Le spectacle insolite que l'on avait vu se produire au palais de Fontainebleau, au printemps de 15GI , se reproduisait avec plus de suite et d'éclat, en août, au château de Saint-Cei-maiD. Le culte réformé s'y célébrait, portes ouvei-les,

dans les appartements du roi de Navarre, du prince de Condé et de Coligny. Il se célébrait aussi dans les habitations que possédaient en ville diverses personnes de la cour. Là, comme au château, des prédicateurs distingués s'adressaient journellement à des auditeurs attirés, les uns par une conviction déjà aflermie, les autres par le désir de s'éclairer sur de graves questions, d'autres enfin, soit par la curiosité, soit par cet unique motif, qu'il était de mode alors, parmi les courtisans, de favoriser, au ' moins extérieurement, le protestantisme.

Le mouvement religieux auquel semblait céder la cour excitait chez les coryphées du parti oatholique une indignation qui sç traduisait naïvement-dans la correspondance de leur allié secret, Perrenot de €hantonnay, ambassadeur d'Espagne en France * .

En dépit des obsessions du triumvirat et de ses adhérents français ou étrangers, la cour était devenue, en août 1561, une sorte de milieu neutre dans lequel l'élément protestant contrebalançait rélémenl catholique, et aspirait à une reconnaissance officielle, dont on s'accordait à envisager comme signe précurseur le prochain colloque de Poissy.

Ce fut alors qu'arrivèrent à Saint-Germain, à peu de jours d'intervalle, les uns des autres, des hommes d'élite que les Églises réformées envoyaient au colloque, à titre de ministres ou de députés, savoir : Augustin Marlorat, de Rouen ; François de Saint-Paul, de Dieppe; Jean Malol, de Paris; François de Morel dit deCollonges, de Montargis; Claude de Laboissière. de Saintes ; Jean Boquin, du Château en Saintonge ; Nicolas Thobie, d'Orléans ; Nicolas des Gallards- , seigneur de Saules,

1. Voir ses leUres des 9 juillet et 31 août 1561 {Mém. de Condé, t. 11, p. 13, IG); une lettre de l'Aubespine à son frère, ambassadeur de France en Espagne, du 29 août 1561 (Bibl. nat., niss. f. fr., vol. G 618, fo» 4 à 10); et Tommaseo, Relat, des ambass. vénit., t. 11, p. 88.

2. Nicolas des Gallards avait momentanément quitté, sur Tinvitation formelle

ancien ministre de l'Église de Paris, Nicolas Folion.dil Lavullée, Jean Virel, Jean de l'Espine, Jean-Raimond Merlin, el Théodore deBèze'.

Joaii de Latour et Pierre Martyr, partis l'un du Héarn, l'autre de Zurich, ne purent se réunir à leurs collègues, qu'un pou plus lard.

La petite phalange des ministres ne tarda point h se fortifier du concours que lui prâlèrciit divers laïques envoyés par les Églises reformées. Au nombre de ces députés figuraient Barlianson. Dattier, Bléneau, de Ghamon, de Falme, Dubois, Dumas, Gabcrt, Gavautt, Laroche, Lebarbier, Moinevillc, de Pienne. Précréan, Raguier, Ramont.

Ministres et députés, tous ces fervents témoins de la vérité évangéliqne, parvenus sans bruit dans la royale cité, qui s'étoimait, sans doute, de leur présence, furent accueillis par leni-s coreligionnaires avec un sympathique empressement.

Les ministres lurent, dans l'inlérôt de leur propre sitreté, logés ensemble, à Saint-Germain, auprès du château, dans une maison appartenant au cardinal de CbAtilloii, puis dans l'Iiètel de la duchesse de Ferrarc *. Les députés des Églises trouvèrent, comme les ministres, et en divers logis, une hospitalité fiatemellc. Quant à l'accueil que les uns et les autres reçurent de

de CoiigTiy, l'église française qu'il ilesscrvnit A Londres, — Throckniorloo lo llic [(ueeD, 28 july 1561 (Ciiteud. ofStnte jmp. foreign) : € The admirai is jn- 1 formi-rl Ihul thuru is a rreiidi ministi^r in tho fiench r.liiircli si Lon Joii, of wlioiii 1 tic tins a very good opinion. Ile lias grnt to brJng him hilher, and lias rv * quired Thi'ackmorUiii to- accompany his messt^nger willi U'is leuers lo Ihe y queen (o fpve Ihe said minister ei passepori; wtiich lie bas doue; llio miuJs- > ler's nanw h M. De Sauor SauU, > — Ibiit., Tliruckuiortou la Cvt-il.âS july

1. Coligny atlactiail une imporlunce parliculiâre A la préseoce âeTh. d<- Mk, tanl A Saint-Gemuia, qu'A Poissy, il avail veillé avec sollicilude sur son TOyag?. (Voir lelires de l'Hiiiirn] et du roi de \avnrre A Th. do Bèze, du 15 juillet 1561 ap- Dautn, .\pppnd., p. 35.)

2. II. Laiigueli Epist. il, p. Ull, a[.. Baum., t. Il, p. I9i. — liii<; IIUl. eccL, l. I, p. 4'JO.

la cour proprement dite, le curé chroniqueur, Cl. Haton, croyait, dans sa stupéfaction, ne pouvoir mieux le caractériser, qu'en disant ^ : m Qu'estant arrivez à la cour, ils y furent mieux ac^^ueil- « lis que n'eust esté le pape de Rome s'il y fûst venu. »

Ceux des ministres qui, les premiers, s'étaient rendus à Saint- Germain, se concertèrent aussitôt pour assurer par une démarche officielle la dignité et la liberté de leur situation au colloque. En effet, dès le 17 août, Marlorat, et François de Saint-Paul, au nom de leurs collègues, présentèrent au roi un écrit énonçant « les conditions équitables qu'ils requéi'aient estre observées, » à la conférence ou dispute touchant le faict de la religion *.> A cet écrit était annexée la confession de foi adoptée par les Églises réformées du royaume. Le roi promit de conununiqucr la requête à son conseil, et de faire connaître aux réclamants, par son chancelier, la décision qu'il aurait cru devoir prendre.

Ce préliminaire accompli, les ministres ne restèrent point inactifs : ils profitèrent de leurs rapports journaliers avec une foule de personnes de la cour, de la bourgeoisie ou du peuple, pour propager parmi elles la connaissance des vérités évangéliques, soit dans le cours d'intimes entixîtiens, soit par la voie de la prédication, chaque fois qu'elle leur était accessible, soit enfin au moyen d'une incessante dissémination d'écrits religieux.

Th. dcBèze, dans une longue lettre, adressée le 25 août, à

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