‹ Gaspard de Coligny, amiral de FranceChapitre 186 sur 241 · MêmoireSy t. I, p · texte numérisé non relu

MêmoireSy t. I, p

2. Voici ces conditions : < !•> Que les évôciues, abbés et autres ecclésiastiques

> ne soient point nos juges, attenilu cpi'ils sont nos parties. — ±* Qu'il vous 1 plaise, sire, présider au coilotjue, assisté de la royne, vostre mère, du roy de

> Navarre et aultres princes du sang, et personnes notables de bonne vie et de

> sainote doctrine, non ayans interestz à la cause, afin que bon ordre y soit

> gardé, el toute contention et confusion einpescbée. — 3- Que touls diflereuds

> y soient jugés et décidés par la seule parole de Dieu contenue au vieil et

> nouveau Testament, pour ce que noslre foy ne peut eslre fondée que sur

> icelle. > {ilùze, Hist. ecd., t. I, p. 490.)

Calvin, iit de 'sa réception ;'i la cour un récit animé, auquel nous n "«m pru nierons ici que ces quelques lignes ' :

a Jevoy auprès de moy le cardinal de Bourbon et puis le

j> cardinal de Chastillon qui me tendaienl les mains Avec

u une iroupa cent fois plus grande que je n'eusse désii-é, je fus Il conduit chez madame !a princesse {de Condé) et madame

a i'Adniiralle,queje trouvai merveilleusement bien disposées

» Nostre requesle a esté accordée que nous serons onys, et » que nos parties ne seront nos juges; mais il y a encore de

» l'encloueure Voilà le jour d'hier jnsques îi onze du soii*,

B que je lis une exhortation en la chambre, y assistant, oullre » ledict seigneur roy et monseigneur le princeet madame, mon- » sieur l'Admirai et madame l'Admiralle, M. de Montbrun, le

j> secrétaire Bourdin et madame de Gursol Ce jourd'huyj'ay

» presché chezraonsieurradmiral,quim'a retenu àdisner. Après e disner est survenu monsieur le cardinal de Chastillon et mon- » sieur de Montmorency, qaos indeooptiniè esse affectas, comme j» de faict les choses sontesbi'anlécs d'une merveilleuse force. »

Le 8 septembre, Th. de Bèze se joignit ii ses collègues pour oblenirenfm une réponse à la requête présentée le 17 août. La reine mère promit verbalement aux ministres qu'il leur serait donné acte, f/uand besoin serait, de leur demande tendant à obtenir que les prélats ne fussent pas leur juges et que la ' parole de Dieu seule servit, en tous points indistinctement, à résoudre les questions qui seraient discutées dans les conférences.

La dénomination de colloque ^ -, affectée h. l'assemblée qui devait se tenir k Poissy, impliquait aaturidlement, aux yeux des

1. Ap. Baufii, App., p. i5 k ai, — Bel. de Genève, tfA. II". — Il itnporlo Je rapproclinr do ceUe lellre ce ijui esi relaltiilans Vllist, ceci., t, î, ji. i'Ji à

im.

i. Vuir iest'tûUslantsàla cour de Samt-G'-rinaiu, lors du Collo'i«eilePoisiy. p. VJ el suiv.

gens sensésetimpartiaux, ridée d'une réunion dans laquelle les représentants du catholicisme et du protestantisme, appelés à conférer entre eux sur un pied d'égalité, exposeraient, de part et d'autre, leur foi et leurs principes, en matière d'organisation ecclésiastique et de culte, ouvriraient sur ces graves sujets une libre discussion, et rechercheraient si les deux religions, mises en présence, pouvaient entrer dans des voies de conciliation aboutissant, si ce n'est à une unité réelle, du moins à un sérieux rapprochement.

Cette idée simple et juste que, pour leur propre compte, les protestants se faisaient du colloque^ et sur laquelle s'étaient implicitement appuyés leurs ministres dans les requêtes qu'ils avaient présentées, en août et septembre, pour la sauvegarde de leurs droits, n'était partagée ni par la royauté, ni par les prélats catholiques. La royauté, en imprimant au colloque le caractère d'une sorte de concile national, tendait à y ériger les prélats non-seulement en éducateurs, mais même en juges spirituels des ministres protestants; et quelque sympathie qu'elle éprouvât en secret pour ceux-ci, elle ne les reléguait pas moins au i*ang de chrétiens égarés, que les pères du concile national, conviés par elle à la douceur et à la charité, avaient pour mission de ramener dans le droit chemin et de censurer, en cas de résistance. Quant aux prélats, qui, pleins de répugnance pour le colloque^ ne se résignaient à y figurer que sur l'injonction du souverain, ils envisageaient cette assemblée, non comme une réunion de deux ordres de croyants entrant en relations les uns avec les autres, dans un esprit de support mutuel, mais comme un tribunal de circonstance duquel les ministres relevaient à titre d'hérétiques *. ^

1. c Neque enini obscurum esse, quid illi molircntur, nempè ut quasi rei nddi-

> cendum caussam citati mex ab eis damnaremur, paratos quideni nos esse veri-

> tatem intrépide tueri,sed eà conditione ut illos pro adversariis non projùdi-

> cibus haberemus. >(BezaadGalvinum,12sept. 1561, ap.Baum,Append.,p.60.)

On peut se rendre compte du triple point de vue sous lequel i^lait ainsi considéré le colloijui', dès son ouverture, au grand jour delà publicité '.

Le 9 septembre 1561, le roi suivi de sa cour se rendit à Poissy. Le grand réfectoire du couvent des no7tttains de cette ville venait d'ôtre transformé eu salle de séance royale; le monarque enfant y piit place sur un trône, ayant h ses côtés sa mère, son frère, sa sœur, le roi et la reine de Navarre, et derrière lui les princes du sang, les princesses, les membres du conseil, les grands dignitaires de la couronne, ainsi que plusieurs seigneurs et dames. Dans la longueur de la salle étaient assis, h droite el à gauclie, les cardinaux, iirclievéques et, évéqucs, auprès desquels se groupaient divers théologiens et « autres gens mesnicmentde roblie longue ».

Tenus àl'écartdu cortège royal, et partis de Saint-Germain, à dix heures du matin, sous l'escorte d'une cenUiinede cavaliers, les ministi'fis et députés des Églises arrivèrent à Poissy. versdix heures et demie. Le duc de Gûise, chargé de surveiller l'accès de la salle du colloque, les accueillit avec une urbanité alTcc- (ée, et, & midi, les fit introduire par les archers de la garde, que commandait un officier*. Entourés de ces archers, ils durent demeurer debout, derrière une balustrade qui les séparait de l'enceinte réservée à l'assemblée. Au manque d'égai*ds qu'attestait trop clairement la place qu'on leur avait assignée, ils répondirent par une altitude pleine de fermeté. Ils avaient pour eux l'apanage d'une dignité morale dont l'assemblée tout onlièri' subit alors l'ascendant.

Un profond silence s'étnnt établi, le roi dit uhx /m'hts :

I. NotH I'hvoii; ili^jA ilit : nous n'vntrcronH nulli-niont dans la détail ilet »i.'.iiice» ilii colloque. On consultera avec fruîl, ijuant A ces ^t'unces, îoiliïpeii- (InjniQi^nl ilci puhlJCBlions anciennes, l'inlérciiMUile pionogra|jhie de It. Klipiife sur le Colloque de Poiity.ca Ètudt sur la crise religieuse el politiqua île ISfll. l'aris. I8C7.i »ol. io-12.

i. Hem ad Calviiium, li sept. I5(i1 , ap. Baum, App., p. 61.

« Messieurs, je vous ày faict assembler de divers lieux de mon j> royaume pour me donner conseil sur ce que vous propoy> sera mon chancelier, vous priant de mettre toute passion y> bas, afin que nous en puissions recueillir quelque fruit qui i> tourne au repos de tous mes sujets, à Thonneur de Dieu, de jD l'acquit des consciences, et du repos public : ce que je désire » tant, que j'ay délibéré que vous ne bougies de ce lieu jusqu'à D ce que vous y ayés donné bon ordre, que mes sujets puissent » désormais vivre en paix et union les uns avec les autres, » comme j'espère que vous ferés, et ce faisant me donnerés

> occasion de vous avoir en la mesme protection qu'ont eu les

> roys mes jHrédécesseurs *. >

Le chancelier, s'adressant, comme le monarque, aux prélots, les entretint d'abord de la nécessité des réformes à apporter dans les affaires religieuses. ^ Et d'autant, ajouta-t-il, que la

> diversitédes opinions estoit le principal fondement des troubles 3> et séditions, le roy avoit accordé un sauf-conduit aux minisy> 1res de ladite secte, espérant Qu'une conférence aveequcs eux y> amiable et gracieuse pourroit grandement proficter. Et pour j> cesle cause, il prioit toute la compagnie de les recevoir ï> comme le père fait ses enfants, et prendre la peine de les D endoclrineret instruire. Et s'il advenoit le contraire de ce qu'il » avoit espéré, et qu'il n'y efist moyen de les réduire, ny de se y> réunir, pour le moins ne pourroit-on dire cy-après, comme y> l'on a faict par le passé, qu'ils ayent esté condamnés sans les y> ouyr. Et de cesle dispute bien et fidèlement recueillie d'une y> part et d'autre, la faisant pubHer partout le royaume telle :> qu'elle auroit esté faicte, le peuple pourroit comprendre y> qu avec bonnes, justes et certaines raisons, et non par force 3> ny par autorité, cesle doctrine auroit esté réprouvée et cony> damnée. Promettoit sa majesté que, comme ses prédécesseurs

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