‹ Gaspard de Coligny, amiral de FranceChapitre 64 sur 241 · Mémoires de Bertrand de Salignac, édit. de 1788, p · texte numérisé non relu

Mémoires de Bertrand de Salignac, édit. de 1788, p

« rai pour luy faire prendre le chemin droit ji IIôdin.M. le raa-

■ réchal de Sainl- André retourna à Verdun ; M. de Nevers avec

• sa compagnie el celle du sieur de ta Roche-du-Maine, se

■ retira h Saint-Michel, afin de couper les vivres aux enncmys B et les divertir de s'escarter pai' ces vallées '. »

Coligny, ayant, à la télé de l'armée qu'il ramennil, atteint la Picardie, se concerta avec le duc de Vendôme, gouveriifur de celle province, pour marcher sur llesdin. Le l'eu de l'artillerie fui ouvert conli-e cette place le 17 décembre, et le 19 ellese rendit à composition*.

Ce succès, non-seulement délivra la Picardie de la présence de l'ennemi, mais, de plus, réagit l'avoraMemenl sur le sorl de Metz. En effet, " au dernier jour du mois de décembre, l'emu pert'U rayant eu nouvelle de la repii.se du eliastoaude llesdin,

• se voyant décheoir et diminuer de toutes choses, craignanl

* le retour de l'armée du roy el tomber en plus grande honte » et vilupùre pour trop attendre, se retira des première, le

* premier jour de l'an (1553), laissant au duc d'Albe toute 1 charge pourdéparlirsonannéeet ordonner de la retraite ^ ».

Le soin de conduire l'armée de Lorraine en Picardie, et le concours prêté au duc de Vendôme pour la reprise d'ilesdin, n'avaient pas permis à Coligny de se présenter devant le parlement de Paris, pour y prêter serment en qualité d'amiral de France. Il ne fut libre de le faire que le 12 janvier \5bA. Or, avant de parler de la solennité qui s'y accomplit, à cette dei"nière date, il importe de signaler les témoignages de considération et les égards dont il fut entouré, tant paile souverain el sou gouvernement, que par le parlement.

I, Itabuliu, Giuireiidc Udgitiiie. éilil. du fanUi. lîlt.jiv. IV, \i. 575.— lU-lloforosl, Annales, t. U, r~ 1563.

i. La çrande Chronique de Hollande, /Mande, etc., etc., par J. Lit Peiil. DûHreihl. 1601, in-r, l. Il, liv. VIII, ji. 208.

3. Rabutin, Gturra de Uelgique, éJil. tlu Ptuilli. lill., liv. IV, ]i. 383.

Et d'aboixl, dans les lettres-patentes du 11 novembre 1552, qui élevèrent Coligny à la dignité d'amiral de France*, le roi, rappelant ses services, déclara € qu'il avait de la sorte Ti> grande occasion de Thonnorer dudit estât et chaîne et i> de s'en reposer sur luy » ; puis il ajouta c qu'ayant pris et » reçeu de luy le serment en tel cas requis, il le mettoit en )> possession et saisine dudit estât i>. Le nouveau titulaire était donc, à dater de ce moment, autorisé à se dire amiral de France. Aussi fut-ce cette qualification que lui donnèrent, en première ligne, à quelques jours de là, d'autres lettres-patentes *, relatives à l'étendue de ses attributions en tant que colonel-général de tous les gens de pied français. Le connétable, à la même époque, parlant de Coligny dans des dépêches officielles ^, n'hésita pas à dire : c Mon nepveu, mon- » sieur l'Admirai ». Lorsque, le 3 décembre 1552, René Baillet, maître des requêtes ordinaires de l'hôtel du roi, présenta au parlement de Paris, dans l'intérêt de Goligny absent, les lettres-patentes du 11 novembre précédent, c il lui fut dict ji qu'il les monstrast au procureur-général du roy, et que l'on » feroit pour ledit seigneur admirai ce que l'on pourroit en » justice * y>. Quarante-huit heures après, le parlement rendit la décision suivante ^ : « — Veu par la cour les lettres-pa- » tentes du roy, données à Chaalons, le xi* jour de novembre » dernier passé, par lesquelles et pour les causes contenues » en icelles, le roy a donné et donne à Gaspard de Coligny, » sieur de Chastillon, chevalier de son oidre, gouverneur et

1. Voir, à VAppendicCy n* 27, le texte de ces leltres patentes.

2. Lettres-patentes du 25 novembre 1552 (Du Boucliet, p. 471).

3. Dépôches adressées à Gontay et à de llumières, les 30 novembre et 5 décembre 1552 (Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 311(3, f°' 173, 175).

i. Extrait des registres du parlement, du 3 décembre 1552 (Du Boucbet, p. 469).

5. Extrait des registres du parlement, du 5 décembre 1552 (Du Bouchet, p. 469,470).

» lieuleiianl-^éiiéral en l'isle de Fi-iince, capitaine de |cin- ■ qnanle Iiommes d'armes des ordonnances dudil seigneur et

* colonel des gens de pied françois de ce royaume, Testai et » oiTice d'adrairal de France et de Bretagne, vacant par le » trépas de feu messire Claude d'Annebaut, en son vivant che-

• valierde l'ordre dudit seigneur, dernier paisible possesseur s d'icp.luy office, pour ledit office avoir, tenir et doresnavant i exercer, jouir et user par ledit scigneui' de Chastillon, ainsi et n comme il est plus amplement contenu et déclaré, es dites B lettres de don ; veu aussi la requeste présentée h ladite 1 cour de la part dudit seigneur de Chastillon, par laquelle il » requéroit icelles lettres luy estre entérinées et publiées, selon

> leur forme et teneur, et les conclusions du procureur-géné-

> rat du roy auquel les dites lettres, de l'ordre de ladite cour, » ont esté montrées, tout considéré : la cour, en considération » du notoire enipeschenient auquel est de présent ledit sei- » {ïneur de Chastillon pour le service du roy, lui a donné et

> donne dèlay de venir en icolle cour l'aire le serment requis et 9 accoustiimé pour ledit ol'lice d'admiral jusques à trois mois ,ï pi'ochainement venant,et cependant permet ladite cour audit » seigneur de Chastillon, admirai, jouh" et user d'iceluy oflice B d'admiral, et l'exercer et en prendre les droits, profits et 5 émoluments, ainsi et comme il est contenu ès-dites lettres I de don fait '. t

Le 10 janvier 1553, Coligny était à Paris, prêt à comparaître devant le parlement; mais il s'agissait, avant qu'il fût appelé à s'y rendre, d'avertir ce grand corps de magistrature qu'il eût à se conformer aux intentions expresses du roi, sur un point de haute convenance qui venait d'être réglé en faveur de l'amiral, quant à sa prestation de serment. L'avertissement dont il s'agit

1. t ... mourut ce twR, loyal el grand capitaine H. l'admirai il'Annebaul, et

> ion i-stal J'admirai fut tlonn^ à M. île Ciiaslilloii, el le commema-on à Cap-

> peter M. i'admirnl de Ckatlitlon. > (nranlôme, édil. !.. I.al., t. VI, p. 3.)

était contenu dans une lettre du garde des sceaux, que le premier président reçut au palais, pendant qu'il siégeait à l'audience, et qu'il communiqua aussitôt à ses collègues. Cette lettre était ainsi conçue * : — < Monsieur, tout présentement le roi

> me vient de commander, qu'allant monsieur l'admirai presler

> le serment à la cour, pour ledit estât et oflice d'admiral, je

> vous advertisse de son vouloir; c'est qu'ayant esgard à ce qu'il

> est gouverneur de l'Isle de France, dans lequel gouvernement

> cette ville est, et par ainsi dans son gouvernement, qu'il ne

> veut ny entend que ledit seigneur admirai laisse son espée^

> entrant au palais, prestant le serment, ou assis à l'audience, ]» dont à faute de faillir, je vous ay bien voulu advertir avant le

> temps de prester ledit serment, par la présente. -»

Le 12 janvier, eut lieu, en grande solennité, la prestation de serment du nouvel amiral. Deux documents distincts nous la retracent. Écoutons d'abord le récit d'Estienne Pasquier, qui assistait à la séance tenue, ce jour-là, par le parlement :

« Parce que, dit-il *, j'ay été spectateur en la réception de

> Colligny, je*vous diray que messire Gaspard de Colligny, gou- ]^ verneur de la ville de Paris et Isle-de-France, fut présenté

> avec ses lettres d'admirauté, le 12'' jour de janvier 1553, en "» la cour de parlement par maistre Christofle de Thou ^, qui lors

> tenoit un grand rang entre les advocats de la cour : et me i> souvient que, le présentant, il commença sa harangue par trois » ou quatre vers d'Horace, de cette ode, fortes creantur fortibus.

1. Extrait des registres du parlement, 10 janvier 1553 (Du Bouchet, ouvr. citéy p. 470).

2. Œuvres d'Estienne Pasquier, in-f*, 1723. T. I, p. 123. Recherches de la France, liv. II, chap. xv.

3. Quelques lignes plus loin, Pasquier dit : c Du depuis en Tan 1582, mes-

> sire Anne de Joyeuse ayant esté pourveu de cest estât, je le présentay avec

> ses lettres de provision en la cour, et estoit lors monsieur De Thou premier

> président, lequel par ce moyen eut cet honneur de présenter comme advocat

> Colligny, seigneur de Ghastillon, et de recevoir, comme premier président,

> le serment du seigneur de Joyeuse. »

» Et poui-siiivani sa pointe, il parla des prédécesseurs de Gaspard, » lesquels avoient esté grands guerriers et constituez en grands » estais mîlilaires; déclarant que ccluy qui estoil par Uiy pré- » sente ne forligneroit en rien de la vaillance de ses ancestres,

> comme il fit apparoir par quelques exemples notables de luy; B requérant enfin sur le reply des lettres il fust rais qu'elles » avoient esté lues, publiées et enregistrées, le seigneur de Chas- » ifllon reçeu à faire le serment d'admiral. Sur quoy maistre !> PieiTe Séguier, lois premier advocal du roy, s'ouvranl, prit » son thème sur l'équivoque du nom d'admiral, et dit sur le » commencemenl de son plaidoyê, ailmiramnr cœhm, admira- » mur terrant, admiramur mare, et de là s'acheminant sur * l'estat d'admiral, introduit pour mille belles raisons qu'il dé-

> duisit, il conclut n'empescher la vérification des lettres, pres-

> tation de serment et réception du seigneur de Chastillou en » cest estiit, sans passer plus oultre. Vray que messire Gille Le- » maistre, premier président, après en avoir communiqué au » conseil, passa plus oui Ire par son aiTCst. Car ayant esté ordonné » que les lettres seroient lues, publiées et enregistrées, api"ès «avoir fait le serment à ce requis, et luy reçeu à ceste dignité, le » président lui dit par l'authorité de la cour, qu'il montast et 1 vint prendre sa place es sièges d'en haut, non toutefois comme

> admirai, d'autant que ses prédécesseurs n'y avoient jamais ea

> aucun lieu, mais comme gouverneur de la ville de Paris et

> Isie de France : qui est l'arrest tant solennizé par la bouche

> de ceux qui parlent des affaires de France. »

Rapprochons de ce récit ce que mentionnent les registres du parlement de Paris, sous la date du 12 janvier 1553. II y est dit':

• Cejourd'huyest venu en la cour messire Gaspard de Coli- » gDT, chevalier de l'ordreduroy.admiral de France, lieutenant

I. t)u Rouchol. p, 170, i71. — Ite Urocheflavin, /ct Parlements de France, ia-f, liv. Tll. ctiap. \%, p. 103. — Bibl. nat-, mts. t. fr., toi. 31371.

> du roy en l'Isle de France et sur la marine, pour estre reçu en

> Testât et office d'admiral et faire les sermens en tel cas requis

> et accoustumez, ce qu'il a fait, et auparavant la lecture de ses

> lettres, de don et provision judiciairement fait, il estoit assis

> au banc des baillifs et maréchaux. Et après que l'on a com- ]» mencé à lire ses dites lettres de provision et don, il s'est mis

> derrière le banc avec maislre Christofle deThou, sonadvocat,

> et lesdites lettres lues, et qu'il a fait les sermens accoustumez, » luy a esté dit par monsieur le président ainsi qu'il s'en suit :

> Monsieur l'admirai, comme admirai vous n'avez point de siège ï icy haut, mais comme lieutenant du roi, voicy vostre place; 9 lors est monté ledit sieur admirai aux hauts sièges, du coslé » des gens laïcs. Nota, que avant la venue en la cour du dit sieur » admirai, et paravant l'audience ouverte pour plaider, estoient -» venus en la cour le cardinal de Chastillon, évesque et comte » de Beauvais, pair de France, frère du dit sieur admirai, l'èves- » que et comte de Chasions, aus^i pair de France, l'èvesque de -» Paris, l'èvesque de Vienne et l'èvesque d'Orléans, et les des- -» sus dits estoient assis aux hauts sièges de messieurs les con- 3> seillers laïcs. Et parce que l'èvesque de Paris, qui est conseiller ï) nay en ladite cour, et aussi qu'il estoit en son diocèse, doutoit » s'il devoit se laisser précéder par ledit sieur admirai, quand il » seroit appelé à monter aux hauts sièges de messieurs les con- » seillers laïcs, comme lieutenant du roy, luy a esté dit qu'il ne » devoit bouger de sa place, jusques à ce que l'on eust leu les -t lettres de don et provision de l'olfice d'admiral, et la lecture i faite, il se devoit retirer, pour n'estre cause d'aucune ques-

> tion ou débat pour ceste fois. Ledit évesque de Paris a attendu

> que lesdites lettres de provision et don fussent leues, et, ce » faict, il s'est retiré ; et après que ledit admirai a esté reçu, et

> qu'il a esté dit que comme lieutenant du roy il montast aux

> hauts sièges, il s'est assis au-dessous de l'èvesque comte de » Chasions, pair de France, et au-dessus de l'archevesque de

B Vienne; et quand il esl entré en la cour pour esLre reçu, el

> estant assis au banc des baillifs, avant qu'estre reçu, et dtiu rant la lecture de ses lettres de provision, et en prestant les

* serments accoustumez et après estant inonti^aux hauts sièges, » et tousjours il avait son espée au coslé, cl ne luy en a-l-on e vwn dit, attendu la missive de monsieur le garde des scels, » au rejîistre de mardy dernier transcrite, d

Il est à remarquer ici que la règle prohibitive du cumul de deujitîi'audescharges, dans l'État, n'était pas tellement absolue, en 1552, qu'il ne lût loisible au monai'que d'en écarter l'application, alors que le bien du senice et de hautes considéralions d'équité lui semblaient le commander. Ce fut h ce double point de vue que Henri !I, en nommant Coligny amiral de France, le maintint dans la charge de colonel-général, et déclara même, dans des lettres patentes du 25 novembre 1 552, que celte chaîne, loin de se limiter aux bandes en marche, s'étendait a à tous

> les gens de pied français qui étoient et seroient cy-après deçk » et delà les monts ' ». Il advint donc que « M. l'admirai porta t titre des deux estatz, et que les bandons se faisoient de par » J/. l'admirai^ couroiincl-yénéral de tinfanterie française * b. Il était d'ailleurs positivement entendu que Coligny ne conserverait, en réalité, qu'à titie de dépôt, la charge de colonel-général de l'inlanterie, et qu'elle sérail transmise à son frère d'Andelot, dès que cesserait la captivité de celui-ci. «■ M. l'admirai

* de Chasliiloii, dit sur ce point Bi-antômc *, ne se deffit de l'es-

* tat de couronrtel, le gardant pour M. d'Andelot, son frère, qui

* estoit toujours prisonnier dans Milan, à qui le roy l'avdit

* donné. T>

Coligny partagea les premiers mois qui suivirent sa prestation de serment du -12 janvier 1553 entre les occupations qui se

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