CHAPITRE Vm
Collgiiy revient en Franco. — L'ambassadeur Renard y arrive. — Son entretien avec Coli^ny, au sujet (le d'Aiidelnt. — Vive discussion, au sein du conseil du roi, entre les membres de ce conseil et Renard. — D*Andelot est mis à rançon. — £vasion du duc d'Arscliot. — Menées des Guises et du papo pour faire rompre la trêve de Vaucelles. — Mission du lé|;at CarafTa en France. — Coligny s*opposc aux projets de rupture. — Alliance de Henri II avec le pape. — Coligny songe à se démettre de son j^ouvernement de Picardie. Sur les instances du roi et du connétable, il le conserve. D'Andelot et François de Montmorency sont mis en liberté. — Accueil fait par G»ligny à divers protestants, avant leur départ pour le Brésil. — Son intervention auprès du connétable en f;\veur de François de Montmorency. — Activité de Coligny rn. Picardie. — Rupture de la trêve par le duc de Guise, en Italie. — Attaque de Douai et prise de Lens par Coli^Miy. — Lettre de Coligny au roi, à ce sujet.
Après s'être acquitté de sa seconde mission, Coligny revint de Bruxelles en Finance, mais sans pouvoir se rendre immédiatement près du roi. Il séjourna en Picardie, où le retenaient d'autant plus strictement ses devoirs de gouverneur, que, sur la frontière de cette province, les Impériaux se livraient parfois encore à des incursions qu'il fallait réprimer *. Il entama aussitôt une correspondance avec de TAubespine *, qu'il avait laissé dans les Pays-Bas. Ce dernier, en qualité d'ambassadeur résident, était appelé à suivre seul désormais, près de Charles et de Philippe, la question des prisonniers de guerre, question dont Henri II et les membres de son conseil privé se proposaient, de leur côté, de pousser vivement la discussion avec Renard, en-
i. I^ connétable disait au gouverneur de Péronne, le ti avril 1556 : t Le » roy a esté fort aise d'entendre la chasse ({ue vous avez donnée à ceux de ) Cambray, jusques à Crévecœur, dont il vous en est demeuré dix prisonniers.» (Bibl. nat.,mss. V Colbert, vol. 23, f 216).
2. Lettre du 18 avril 1556 (Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 20 991).
voyé. à titre d'ambassadeur, en Krance, oh son arrivée était impatiemment attendue '. On comptait beaucoup sur le concours de Tamiral dans celte discussion; car Henri II, comme souverain, le connétable, comme homme d'état et comme père, la fatnille du duc de Boudlon, et une foule d'autres personnes, savaient tout ce qu'il avait fait, en habile négociateur, en parent et en ami dévoué, dans l'interdît des prisonniers français, à qoelqne rang qu'ils appartinssent \ En effet, il n'était sorte de services, généraux ou individuels, que, tlans le cours des négociations antérieures ou postérieures h la conclusion de la tr&vc, Tamlral n'eût rendus aux uns et aux autres. L'accueil qui lui était réservé s'annonça! t donc comme dicté à la fols par la confiance et la gratitude.
Quant à celui qui attendait Renard, quelque bienveillant et courtois qu'il dfit être, dans la forme ', il ne pouvait, au fond, manquer de se ressentir de la légitime défiance qu'inspiraient, en France, la politique et les procédés des Impériaux; défiance dont le cardinal de Cbàlillon se constituait t'interprète en écrivant, le 25 avril 1556, à de l'Aiibespine * : a Monsieur de lias- » sefontaine, j'ay reçue la lettre que vous m'avez escripte par » SI. de Chaulnes, lequel a faict entendre au roy et ïi M. le con- B nostable en quel estât il a laissé toutes choses sans rien » obmeclre de ce qui s'est faict et passé pardelk depuis le pars lement de monsieur l'amiral, dont il m'a fait part. A ce que je I veoy, tant plus jlz vont en avant, moins ilz font cognoîslre qu'Us » ayenl envie île nous jiratifierà l'endroictde nos prisonniers;
t. Lettre du Henri II à ilc i'Aubespinc. >lu i\ nvrîl I55i; (llil)1. tial., mss. f. fr..»ol.20 01U).
*, V. Appendice, n* 38.
3. I.ullres de Utriri II à île l'Aubespûie, ei àa connétable i\ Renard, on SI el 29 avril 1556 tmiil. nal., mss. T. Tr.. vol. ân<H)l; el l<a]>. .rÉim de Gra»wUe, l. IV. p. 5*6). — Uttre de Renard h riiilip|io II, ilu 8 mai I55(i (Pap. d'État d<-. Gn.n»elle. t. IV, p. 551 à 555).
t. Ribl. liât., msG. f. fr., vol. 30 mil .
> aussi, je vous puis asseurer que le roi â bien délibéré de ne » leur faire aucune grâce de ce qu'ilz pouvoient espérer de sa yf majesté en faveur de la trefve. Nous actendons icy monsieur j> l'amyral dans peu de temps, et y doit pareillement arriver j> bienlost l'ambassadeur de delà, et lors pourra-t-on voir s'il y> persistera en l'explication des articles du traicté de la trefve, j> telle que monsieur d'Arras et les autres la veulent bailler.., > Les dispositions et intentions du roi, transitoirement signalées par le cardinal de Châtillon, se traduisaient en termes des plus explicites dans la dépêche suivante, que le roi lui-même adressait, le 2 mai, à l'ambassadeur de France près la cour de Bruxelles* : « Monsieur de Bassefontaine, par le sieur de y> Chaulnes et le mémoire et lettre qu'il apporta, je sceuz bien au j> long comme toutes choses esloient passées jusques à son partey> ment au faict et négociation des prisonniers, et comme ceulx y> de delà veulent tirer ledict fait à la longue et interpréter les » accords sur ce faictz autrement qu'ils ne se doibvent enj> tendre contre la bonne foy et équité qui se doibt observer par y> tous. De quoy je ne puis estre que grandement esbahy, s'ils y> ont si bonne volonté qu'ils disent à establir et faire entre nous 3) l'amitié et bonne intelligence qu'ils preschent partout dont y> ceste façon de faire est fort eslongnée; par où toutesfois ilz » ne se doibvent pas promectre avoir rien de moy, car je » suis prince de parole et de vertu, laquelle je veùlx de ma y> j)art suyvre partout, et aussy cntends-je qu'elle mo soit aussi y> observée, vous avisant bien que je n'ay pas délibéré de sortir y> d'un seul point de ce qui est escript, ne entrer en autre cony> vention ni accord pour lesdits prisonniers que celle qui est » jà faite, escripte et signée, par où j'entends que tous les priy> sonniers, quels qu'ils soient, appartenant à l'empereur, aux » particuliers, ou aultres que l'on vouldra, soient et demeurent
1. Dépêche de Henri H à de TAubespine (Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 20 99i).
I cortipris au premieraccord,c'esl-à-direqu'iIzsûrtent pour leurs » revenus, gaiges et esialz d'un an, synon ies enfants de Famille 9 et mes cousins les ducs de Bouillon, Montmorency el duc » d'Arschol, qui ont leur matcli h part, et qui doibvent sui- » vant lo second traicté Ëire mis à rançon d'argent raisonnable
> dedans trois mois, et, ne se faisant, estre délivrez; qui est là t vraye intelligenee desdits Iraîciés telle qu'il la faull demander » entre princes d'honneur et de bonne l'oy, laissant à part
> Ulules ces subtilités el cavillalions que l'on vous a misef; en » avant, sur quoy je ne leur faiclz aultre responce et ne fau- » dray-je de faire si bien entendre à leur ambassadeur, quand il » sera arrivé, qu'il cognoislra bien que je ne suis pas pour me » contenter si on y prend autre pié; estant très-aise que ni'aiez » si amplement instruit et envoyé les belles taxes qu'ilx ont • faietes des prisonniers français, aussi leurs déclarations que » j'ay incontinent faict (eslablir), el vous renvoie le tout. Leur I dict ambassadeur est bien près d'icy, à ce que j'entends, et » luy faicts faire son loj^is à Sainl-Dye, qui n'est qu'à demie lieue 1 deceste maison (Cliambord), pour aussilost que mon cousin » l'amiral sera arrivé, que J'entends dimanche prochain, luy » donner audience et entendre ce qu'il aura davantaige que ce » que m'en avez cscript, vous asseurant bien qu'il n'avancera » gueres cesl affaire s'ils sont hors des termes, et si, avez pour I maxime de moy que je n'orray ni enlendray à party, moîen,
> ne autre expédient des choses qui sont en différend entre nous,
> que preuiièremenl le faict desdicls prisonniers ne soit résolu.
> En vous faisant ceste dépesche, j'ay reçu la vosire du 27 du
> passé, par laquelle j'ay aussy esté bien avant informé de ce
> que vous avez peu faire et descouvdr depuis vosire autre s négociation, tant sur le faicl desdicls prisonniers, que d'autres « occurrences, maisàceque je veoys, ilsdemeurent tousjours fort ■ durs et opiniastres en leurs interprétations pour le rejjard 9 desdicls prisonniers, en quoy ils veulent mestre une longueur,
^ OU bien veoir ce qu'ils en pourront plus avant sentir, après
> que leur ambassadeur aura esté ouy, qui ne sera aultre chose » que ce que je vous escrips cy-dessus, et espère, avec la pré-
> sence de mondit cousin l'admirai, luy faire connoistre le tort
> qu'ils ont et le peu de satisfaction qui m'en demeure ainsi. »
Cependant, avant que Renard se présentât à la cour de France, Coligny anticipa, moins comme homme d'état que comme frère, sur la discussion qui devait s'engager au sein du conseil du roi avec cet ambassadeur. Celui-ci et l'amiral venaient, à la fin d'avril, d'arriver en même temps à Paris, pour se rendre au château de Chambord, où était Henri II, lorsque le premier de ces personnages crut devoir faire visite au second, afin de le remercier des marques d'intérêt qu'il avait récemment reçues de lui, à Bruxelles, alors qu'il y était malade. Après avoir témoigné qu'il était sensible à sa démarche, l'amiral amena promptement l'entretien sur la situation des prisonniers de guerre français, et tout particulièrement sur celle de d'Andelot. Son émotion, en parlant de ce frère qu'il aimait profondément, et que, depuis plusieurs années, il était privé de voir, fut d'autant plus vive, qu'il le savait victime de rigueurs imméritées. A dater du jour où, en février 1555, le commandant du château de Milan avait arbitrairement interdit toute continuation de correspondance entre d'Andelot et ses frères, ceux-ci n'avaient rien négligé pour tenter de faire cesser une interdiction dont ils souffraient autant que lui. Elle avait été levée au bout de quelques mois, et ils avaient pu de nouveau lui adresser des • lettres et en recevoir par l'intermédiaire de Brissac, dont l'obligeance ne s'était jamais démentie. Coligny, ayant plusieurs fois questionné de Lalain, dans l'espoir d'obtenir de lui quelques renseignements sur le fait, soit d'une mise à rançon, soit d'un échange, concernant d'Andelot, n'avait reçu, à cet égard, aucune réponse précise. Plus tard, il avait appris par d'Andelot lui-même que le cardinal de Trente avait posé les bases d'une
I convention qui, si elle était ratifiée par l'empereur, pourrait mellre un terme à la captivité du prisonnier, auquel avait été provisoiremeut accordée l'autorisation d'aller et venir dans la ville de Milan, sous la surveillance de deux soldats; mais l'amiral venait d'être informé que d'Andelot, bientôt privé de cette autorisation, avait été enlermé dans un cachot et traité avec plus de dureté que jamais : c'en était assez pour qu'il se considérât comme fondé à adresser de sérieuses plaintes à Renard ' .
On ne connaît que par celui-ci la conversation qu'il eut avec l'amiial, lors de la visite dont il s'agit : laissons-le en rendre compte, à son point de vue, dansdes termes qui, loin de justifier la dcrnit-re mesure de rigueur prise contre d'Andelot, se résument en une banale conjecture sur les circonstances qui en auraient motivé l'emploi.
« Sire, disait donc Renard à Philippe II *.je visitai l'admirai 3> de Chastillon, qui arriva h Paris le raesme jour que je y ■» enlray. Il me tint propos auUres que je n'atlendois ;
► Disant que tant s'en l'ault que voslre majesté luy ayl gra- :» lifîé de la liberté de son frère, ce qu'il n'eust accepté aulcune- ^30 ment sans paier de rançon; que, après que le cardinal de a Trente l'a mis en plus de liberté qu'il n'estoit, le sieur d'Arras j> M fait escrire par le chastellain de Milan qu'il fût resserré, et 31 qu'il a esté mis en ht'rogucite ^, au lieu qu'il estoit dans une n chambre; qu'il n'estimoit l'on deust ainsi traicter son frère, s estant ledit admirai venu devers vostre majesté pour si bonne it et sainte euvre et en laquelle il a tenu la main plus que l'on " ne pense, et contre l'opinion de plusieui-s de la court de » Krance, comme avec le temps je le pourrois entendre; que le T roy est prince qui veull tenir sa parolle et désireux de paix et
I. Voir, sur la capiivilé de d'Andelot, dans les derniers moU de 1555 ei les Iircmiers de lÔTiG, les fragments de correspondance inséi-és au ir 311 de ['Appendice.
S. Lettre du 8 mai lÔM (l'a]>. d'Éiiil dp Orann-lle, 1. IV, ji. 551! li 559).
n. frison dure, cueboi.
> amytié ; mais si s'apperçoit que Ton procède si aigrement en
> chose de telle qualité, il ne pourra délaisser faire le semblable, 1 comme ne pouvant souffrir chose qui irrite sa grandeur ou la
> diminue; auquel je répondiz que je Testois venu trouver, non
> pour négocier, ains pour le visiter, sçavoir quant le roy par- » tiroitdeBlois, où je trouverois la court, et remercier la souve-
> nance qu'il eut de moy de me faire visiter quant il fut à » Bruxelles et entendit que j'estois malade; que je ne sçavois » l'on eûst resserré son frère; que si ainsi estoit, il convcnoit » qu'il y eûst raison pourquoy cela soit esté ainsi disposé ; qu'il
> ne convenoit nullement nommer ou mesler le sieur d'Arras en
> particulier, car il n'auroit esté faict de privée auctorité, ains )> du conseil; qu'il pourroit estre ledict s' d'Andelot auroit » abusé de ladite liberté, ou que aultre chose seroit venue à cognois- » sance que je ne pourrois adiviner ; que ses propos estoient aulcuj> nement estranges de mesler les choses publiques avec les i particulières; que j'avois bien entendu l'on avoit resseré nos » prisonniers en la Bastille, et que l'on ne permettoit personne
> parler à eulx, les tenans ès-Iieux estroictz où il gardent prison- » niers criminels, que je ne doubtois Ton neferoit ainsy envers les j> leurs. Sur quoy il se reprint et radoucit déclairant la grande D humanité de votre majesté, l'honneur que luy avez faict, l'accueil j> favorable que jamais il n'eût pu penser demander. »
On se figurera difficilement Coligny amené, par la réplique plus que sèche de son interlocuteur, à se reprendre^ à se radoucir^ et à déclarer la grande humanité d'un Philippe II. Qu'on n'oublie pas à quel maître s'adresssait alors Renard, en arrière de l'amiral, et l'on aura la mesure de la sincérité d'un récit auquel il est regrettable de ne pouvoir, dans l'intérêt de la vérité, opposer la parole toujours loyale de Coligny lui-même. Au surplus, quoi qu'ait pu dire Renard dans sa dépêche du 8 mai, il n'en demeure pas moins probable que les plaintes énergiques qui lui furent adressées par l'amiral réa-
gircnl favorablemenL, ainsi qu'on ne lai-dera pas à le voir, sur ia position de d'Andelot.
Airivé, le 2 mai, Si proximité de Chambord, Ftenard Tut reçu, le 4, par le roi, à qui il présenta ses lettres de créance; oL le G il assista » en l'assemblée des princes et seigneurs du conseil >, dont r,oIij;ny faisait partie. Le connétable, « y ayant mis en aranl le l'aict des prisonniers, » la discussion s'ouvrit. Renard essaya de justifier les actes de son gouvernement; il lui fut péremptoirement répondu par plusiem-s membres du conseil, el notamment par l'amiral, qu'il avait interpellé sur un point particulier des négociations relatives à la trêve de Vaucelles, et qui rectifia ses assertions. Il y eut plus : Renard ayant eu recours, sur un point capital, ^des arguties qui pouvaient fab-e suspecter la bonne foi des deux souverains dont il iilail le repré- SOTtaiil, fut contraint, par les protestations qu'il souleva, de se (kMiner aussitôt h lui-môme un démenti, sous la forme d'explications qu'il fit suivre de la proposition d'une mesure propre à faciliter la libération des prisonniers. La discussion se termina par l'acceptation de cette proposition.
Voilà, en substance, ce qui ressort des développementsintéressantsquelburnitsurlaséancedu limai 1 556 undocument intitulé: Mémoirt'- des chosesdéhalUu's au const'ildii roi avi'c l'ambassadeur de rempfrcur '. Les dernières lignes de ce mémoire portent :
c Pour ce que ledit ambassadeur, usant de leurs siiblilitez » accoiislumées, dict que ledict iraiclé particulier desdils pri- »..sonniei's n'avait point réellement et actuellement esté con- « firme et juré par ses princes, mais seullement s'observait, > el qu'on luy eust répliqué là-dessus, et principalement mon- » seigneur le connestable, que, puisqu'il vouloit nier cela, l'on » ne sçauroil plus à quoi l'on se debvroit fier ny arrester de leur » côsté, veu mcsmement que, ainsi ([uo mondict sieur l'admirai
I. CoBi|)le-reniii du 7 mai I55(; (liibl. nal., ms*. f. tr., vol. SO DOI), \aiM \ Id aun'U du i'Apptndkt.
— iU —
]& l'avoit rapporté et l'asseuroit encore présentement, les dits » sieurs empereur et roy d'Angleterre en leurs serments :d avoyent promis et juré d'entretenir tout ce généralement qui i> avoit esté traicté par leurs dictz députez et procureurs^ dont » le faict desdits prisonniers faicl la meilleure part, et luy •3> avoient encores depuis confirmée lesdits s" empereur et roy
> d'Angleterre vouloir inviolablement observer ce qui respectoyt » lesdits prisonniers, suyvant ce qu'il en avoit esté accordé » entre eux depputez, ledit embassadeur, congnoissant qu'il » s'esloyt grandement oublié en cela, supplia mesdits sieurs du D conseil qu'ils voulsissent simplement et civilement entendre 3> son dire, et que l'intention de ses dits princes estoit d'ob- » server avec la mesme religion le tmicté desdits prisonniers » que celuy de ladite trefve ratiffié et juré par eulx, et qu'il » avoit charge d'ainsi le déclarer de leur part, et que, venant à » l'effet et exécution d'iceluy comme ils vouloient faire, ils » n'eussent pas sçeu donner meilleure preuve de leur droicte et
> sincère intention on cest endroit. Pour conclusion, après » toutes ces disputes et discours, ledit ambassadeur requiert y> mesdits sieurs du conseil de vouloir faire cotter sur les ary> ticles desdites rançons ce qui leur semblera y devoir estre i> réformé, tant pour le regard de l'excessivité desdites rançons » et facilité de la délivrance desdils prisonniers, que pour tous i& moyens qu'ils estimeront se debvoir tenir en cela, et lui faire i> délivrer le tout, pour après l'envoyer par delà avec Testât des » rançons que l'on veult demander à leurs prisonniers, afin d'y » mectre une bonne fin au commun contentement de leurs ma- » jestez ; ce qui se fera dedans quelques jours, et en sera envoyé ung » double au sieur de Bassefontaine affin de le tenir continuellei> ment averti de tout ce qui concernera ce faict, comme de toutes » chosesquiappartiendrontauserviceduroi,pourlelieuoùilesL »
Peu de jours après la séance du conseil dont il vient d'être parlé, Goligny s'était rendu de Chambord à son château de Châtillon, où
il s'ailendait h recevoir prochainement Henri II, le connétable et diverses personnes de la cour. « Le roy, écrivU-il le 1 3 mai, à de •> lUirnières ', séjournera icy trois ou quatre jours, et piiys prendra " soii chemin à Fontainebleau, où il sera à la fin de ce mois. » Dès son arrivée h CliAlillon-snr-Loing, Henry annonça à de l'Aubespine* a qu'à son parlement de Chambord il luy avoit » envoyé ung petit discours de tous les propoz qui estoienl passez
> entre les gens du conseil privé et l'ambassadeur Renard sur « plusieurs parlicularitez, et entr'aulres sur le faicL des prison-
> niers; qu'il l'eroit te plus promptement qu'il lui seroil possible I respondre sur le cahier des rançons envoie, et aviser aux » choses qui pourroient racilitcr ce négoce ». Le monarque lermiBait par ces paroles significatives la série des recommandations qu'il adressait à son ambassadeur, pour arriver, près des Impériaux, à une solution de la question des prisonnière ; « Il " n'y aura point de mal que, faisant cesl dicte poursuite, vous
• leur déclai'icz que je le vous ay ainsi commandé, et qu'il
• m'ennuieroit de voir que l'on me voulsist si longtemps tenir p le bec en l'eau d'une chose si raisonnable et qui dépend de « l'exécution et accomplissement des Iraiclez. »
Au moment où la dépêche royale était expédiée à Bruxelles, Colicny et le cardinal de Chàtillon venaient d'apprendre qu'une démarche tentée par de l'Aubespine en faveur de leur frère avait été couronnée de succès : le zélé ambassadeur avait, en elfet, obtenu de Philippe H un ordre écrit, adressé à ses agents dans le Milanais, portant que d'Andelot devait enfin être misa rani;on^; ordre provoqué, sans doute, par la connaissance aciuise ii la cour de Bruxelles des plaintes que, peu de jours auparavant, l'arniiai avait formulées dans son entretien avec
I. lUlil. liât., iiiss. f. îr., vol. 3158. f- 88. â. l.«Ure ilu 16 [iiiij I55fl (Ilibl. Dal., mss. f. fv.. vol. 30 9!ir). 3. Lodri! du coimêlahle K de l'AïUiespino, du IG mai i^âG iliibl. nai., (r-, vol. ajlWI).
Renard. Nantis de cet ordre que de TAubespine leur avait transmis, les deux frères se hâtèrent de l'expédier à Milan pour qu'il y fût mis à exécution.
Tout en partageant au sujet de l'un de ses neveux la satisfaction que causait aux deux autres le succès obtenu par l'ambassadeur de France, le connétable éprouva une vive déception à la nouvelle de l'évasion du duc d'Arschot, car par là s'évanouissait tout à coup pour lui l'espoir de voir, un jour, ce prisonnier échangé contre François de Montmorency *. Ce dernier pouvant avoir des craintes sur le recouvrement prochain de sa liberté, son père s'attacha à le rassurer par l'intermédiaire de S. de l'Aubespine, à qui il adressa le 16 mai ces lignes ^ : « Je
> vous prie advertir mon fils qu'il ne s'ennuye point pour la
> nouvelle que l'on luy pourra (communiquer) du duc d'Arschot,
> qui s'est sauvé du bois de Vincennes où je le faisois garder,
> et qu'estant les choses de leur délivrance en si bons termes
> que vous luy pourrez faire sçavoir, j'espère le veoir bientost
> auprès de moy! j> Dans une seconde missive du même jour, 16 mai ^, le connétable ajoutait : « Je vous prie faire tout ce
> qui sera possible pour obtenir à Dardoy * congé d'aller veoir
> mon filz, pour le plaisir que ce me sera que, à son retour, il » me puisse assurer de son bon portement et du traictement
> qu'il reçoit au lieu où il est; et si vous voyez que Ton y fasse » quelque difficulté et qu'il soit besoin d'y emploier soyent les
> reines Léonor et de Hongrie, ou autres personnages de delà, ^ vous les en prierez de ma part et y emploierez tous les moyens :b que vous penserez pouvoir servir pour me veoir satisfaire en » chose si honneste et que l'on ne me peult raisonnablement » refuser. » A quelques jours de là, Dardoy reçut du connétable
1. Voir, sur le duc d'Arschot et son évasion, le n° 41 de V Appendice.