‹ Gaspard de Coligny, amiral de FranceChapitre 93 sur 241 · Edit. L. Lai., t. I, p. 12 cl suiv · texte numérisé non relu

Edit. L. Lai., t. I, p. 12 cl suiv

B pour le tiers ; non qu'il vouiust faire tort à la suffisance du o roy Henry, son maisli'e ; mais pour son peu d'aagc et sa jeune » expérience, il ne pouvoit encore avoir atteint, ce disoil-il, ce » iji-and nom et perfection; mais qu'avec le temps, luy, qui » cstoit si brave et courageux, et filz de France et ambitieux » qu'il esloit, il y parviendroit fort aisément. II en dicl autant B de M. de Vendosmc, de M. de Guyse et de M. l'admirai à qui il

• parloit, mais il falloit que le temps, maistre de tous artz et f mestiers, leur apportait vmc longue expérience et maturité, en i- ce qu'ilz apprissent toujours et continuassent leurs leçons h » bien faire, sans esti-e divertis de leurs plaisirs, de leurs oysi- » vetés, de maux aussi, ny en disgrâces qui viennent coustu-

> miércmenl en s,iierre, et advjsassenl i luy, qui n'y avoit niille-

> ment espargné son corps tout royal, mol et tendre, l'y ayant ) abandonné comme le moindre soldat, n

L'accueil-que l'amiral s'aticndait à recevoir d'Éléonore, sœuide CbarIcs-Oiii"l, reine douairière de France, ne put être que favorable, alore que cette princesse vit dans le représentant de Heni'i 11 le digne fds de cette vertueuse Louise de Montmorency qui avait été pour elle une amie dévouée, plus encore qu'une dame d"honn('ur.

Parmi les hommes d'étal, de la cour de Charles et de Philippe, avec lesquels l'amiral, pendant son séjour à Bruxelles, se trouva en relations, l'évèque d'Arras, à raison de sa situation, alw» pcé pondérante, fut celui près duquel il se fit un devoir d'insister particulièrement, pour tenter d'arriver h une solution favorable aux prisonnieis de guerre; mais il fut répondu à l'insistance et aux justes observations de Coligny sur ce point capital, « par des propos extraordinaires dudit évéque, lequel

• donna des interprétations cornues aux deux accords faicls pour » le rejiard des prisonniers. » ; accords desquels, on ne l'a [jas perdu de vue, il résultait : 1" « que tous les prisonniers, de part

• et d'autre, seroieni quittes de leurs rançons, pour une année

» de leurs revenus, gaiges et estatz, dont ils seroient crus sur » leur honneur et foy » ; et 2% que le duc de Bouillon, le sieur y> de Montmorency et le duc d'Arschot seroient mis à rançon, » dans le délai de trois mois* y>.

Et d'abord, comme l'amiral s'appuyait, pour obtenir la libération des prisonniers français compris dans le premier accord, sur les déclarations par eux faites conformément à ce qui était prescrit, Granvelle objecta que plusieurs d'entre eux avaient faussé leur foi, et que d'autres avaient protesté qu'ils ne tiendraient-rien de ce qu'ils avaient promis durant leur captivité; qu'il fallait dès lors qu'à leur égard des vérifications fussent faites et que des décisions fussent prises par lui-même et par le représentant de la France conjointement ; à quoi celui-ci répliqua qu'aux termes de l'accord, à chaque souverain respectivement appartenait le droit de statuer sur les fausses déclarations imputées à ses gujets. *

Habitué aux équivoques, Granvelle prétendit ensuite que robligation, consacrée parle second accord, de mettre à rançon, dans le délai de trois mois, le duc de Bouillon et François de Montmorency, n'impliquait nullement celle de les rendre à la liberté dans le même délai. — Il alla plus loin, en soutenant que, du moment que le gouvernement français se réservait le droit de statuer sur ceux de ses nationaux auxquels était imputé un manque de foi, il était naturel que le duc de Bouillon, François de Montmorency, et même de Villars, demeurasseut garants de ceux-ci, et ne fussent libérés, qu'après satisfaction amplement donnée par la généralité des prisonniers aux conditions de sincérité et de paiement qui leur étaient imposées.

Sur ces deux points encore, Coligny combattit vivement, mais sans réussir à en triompher, les arguties et l'obstination de l'astucieux évêque, qui, bientôt connues à la cour de France, y

1. Mémoire envoyé à la cour, 11 avril 1556 (Bibl. nat., mss. f. Dr.» vol. 20 991).

excilèreiit un tné^on ton k' ment é^at à celui qu'en éprouvait ramiral.

Des représentations devenaient nécessaires ; on pensa qu'elles iif pouvaient 5tre mieux adressées qu'au comte de Lalain, dès qu'il viendrait s'acquitter, près de Henri II, d'une mission semblable îi celle dont l'envoyé de ce monarque avait été chargé près de l'empereur et de son fils '.

Ce fut seulement dans les pretnirrs jours d'avril 1556, que de Lalain arriva en France, accompagné des comles de Ligne et d'Hoii-îstraten, et il'envirôn trois cents autres personnes. Les duc-s d'Enghien el de Longueville, le prince de Salerne, et des chevaliers de l'ordre étaient venus au devant de lui, à son approche de la résidence royale*. Il pénétra dans celle-ci « de » .sy bonne heure, après disner, qu'il salua le roy et les dames, » et fut honorablement reçu et recueilly selon qu'il raéritoit et » la charge qu'il avoil. Le lendemain, à la messe, le roy fit son i> serment solennel et le feit disner avec luy. En ces deux heures, » ne passèrent que bons et honnesles propos du désir que chacun » des princes avoit à l'enlrelenemenl et accomplissement des > choses promises d'une part et d'autre, et espérance qu'ils p avoienl aussy que ce bon commencement améneroit une per- B pétuelle paix et repos à la rhreslienté, dont ledit sieiii'de La-

• laing feit grand foy de la part de l'empLTL-ur et du roy 'ïonfilz, » et en toutes ses actions moostra et l'eit congnoistre au roy la u droicic ei bonne intention que luy sieur de Lalaing y avoil » semblablement de sa part... Le roy. qui ne vouloit parler au » sieur de Lalaing que de choses <j;i-a(;ieuseâ, luy dict en passiftit

• qu'il avoil st;eu que aïant l'admirai mis en avant, par-del», le p faict des prisonniers, afin que suyvant les accords on y prisi ■ une résolution, on luy en avoit autrement respondu qu'il n'es-

I. Lctire Je Hi^nri 11 à Ae rAutiespine. du 1 1 avril l&5l> tBibl. oat., vass. i. fr.,»ol. 2W1W1)- S. D' WoltoQ lo igiieen Marj*. 13 avril 1556 {Calendar of Statf pap. foreign).

i> péroit, et que M. le connestable le luy feroit entendre, aGn que, » luy estant de retour, il regardas! à tenir main que ladite » affaire se terminast comme il estoit raisonnable *. »

Mis au courant par Anne de Montmorency de la discussion soutenue par l'amiral contre l'évoque d'Arras, de Lalain reconnut, quant au droit réservé à chaque souverain de statuer seul sur les fausses déclarations imputées à ses sujets, que ce droit ressortait des dispositions du premier accord. Sur l'allégation que, d'après le second accord, la nécessité de mettre à rançon, dans le délai de trois mois, \é duc de Bouillon et François de Montmorency n'impliquait nullement celle de les rendre à la liberté dans le même délai, de Lalain e montra » trouver cela fort mauvais, disant que l'accord n'avoit jamais y> esté entendu que bien et sincèrement, et qu'il è'assuroit que » cela iroit autrement ». En ce qui concernait la prétention de transformer le duc de Bouillon, François de Montmorency et même de Villars en garants, et à subordonner leur libération à Texécution préalable des obligations imposées à la généralité dos autres prisonniers, il finit par reconnaître l'iniquité de cette prétention. Il se résuma en (( disuiit qu'il étoit raisonnable que » ce qui avoit été écrit fut observé, et qu'il estimoit ses princes T> si équitables qu'ils ne demanderoient rien davantage- ».

Convaincu de la droiture du comte de Lalain, le connétable, au sortir de son entretien avec lui, s'empressa de dire : <rL'opi- » nion de M. de Lalain est eslongnée de celle de M. d'\rr3s. » Il s'est si avant et si clairement laissé entendre à moy, que « je ne puys rien penser de luy qu'une bonne, pure et sincère « intention au parachèvement et exécution de ceste négocia- » lion, en tous ses points et articles, m'aiant bien confessé » que l'on l'avoit en quelque chose voulu calomnier, mais qu'il « y avoil bien donné ordre avec la vérité comme il espère faire

1 . Mémoire envoyé a la cour, 1 1 avril 1556 (Bibl. nal., mss. f. fr., vol. 20 991 )•

2. Mémoire envoyé i\ la cour, 1 1 avril 1556 (Bibl. nal., mss. f. fr., vol. 20 991).

« à ce qui reste, à son retour par-delà*. )> Sur le rapport qui lui fut fait de l'entretien dont il s'agit, Henri II n'hésita pas à dire, à son tour* : « J'estime le faict des prisonniers ung

> des principaux poincts de toute la négociation, comme je » l'ay très-bien faict déclarer au comte de Lalain, lequel

> aussi, a la vérité, je cognois y cheminer de bon pied et de » gentilhomme et homme de bien, tel que je l'estime, qui

> mect à part toutes les petites subtilitez et cavillations que

> l'on y veult trouver, lesquelles ne sont pas séantes à choses

> Iraictées entre princes qui se veulent faire plus amys . d De Lalain, avant de quitter la cour de France, affermit par

un procédé délicat la bonne opinion qu'on s'y était formée de lui : il offrit avec une rare Spontanéité son concours à la duchesse de Bouillon, et a: lui promit , estant de retour par-delà

> de luy faire tous les plaisirs et assistance qu'il luy seroit pos- » sible envers l'empereur, en tout ce qui toucheroit son mari,

> et dont il seroit requis par elle^ y>. Cette promesse était sincère ; mais, dans son accomplissement, de Lalain devait voir ses démarches paralysées par la double résistance de l'empereur et du roi, son fils.

1. Lettre du connétable à de TAubespine, du 11 avril 1556 (Bibl. nal., mss. f. fr., vol. 20 991).

2. Lettre du roi à de l'Aubespiiie, du il avril 155C (Bibl. nat., mss. f. fr., voL 20 991).

3. Lettre de la duchesse de Bouillon à de l'Aubespine, du 26 aviil 1556 (Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 20 991).

Page 1