‹ Gaspard de ColignyChapitre 125 sur 226 · II · texte numérisé non relu

II

~ 338 - JD remédier, quand on en aura envie, ou bien de réduire les » povres outragez en tel désespoir que, voyant la justice leur j> estre déniée par la malice des magistrats, contre l'intention D de leurs Majestez, eux-mesmes regardent de se conserver et » s'essayent d'en faire la vengeance. — Non que ledit seiy> gneur prince ne tienne pour tout asseuré que toutes ' et y> quantes fois que les plaintes en sont adveneues à leurs majes- » tez, qu'il n'ait esté envoyé sur les lieux, pour y remédier, une » fois les gouverneurs des pays, une autre fois des commis- » saires extraordinaires ; ce qui démontre clairement la bonne y> et sincère intention de leurs dites majestez ; mais quelles exé- » entions s'en sont ensuivies? Les gouverneurs desquels la » charge et devoir est de tenir la main forte pour réprimer D telles violences et séditions, et lesquels ont gardes et forces y> entretenues aux despens des pays et provinces pour cestefFect, » la plus grande part d'iceux font servir lesdites forces à leurs » passions, et les employent à supporter Tune part et à déprij> mer l'autre. Que s'ils se sont transportez sur les lieux, ça T) esté plus pour couvrir les fautes que pour les corriger; et » quant aux commissaires, leur pouvoir s'étendait seulement » pour en informer, ou s'il esloit plus ample, ils ont mieux aimé » tenir l'information secrète dans un sac, que de faire justice D publique des délinquans, puisque le fait touche aux catho* t> liques. Mais s'il est question de la moindre des plaintes qui » soient venues à leurs majestez, à rencontre de ceux que l'on )> dict huguenolz, incontinent sans attendre pour savoir si elles » estoyent véritables ou non, Tarrest de mort, punition ou )» rasement de maisons a esté plustost donné que la commis-

» sion pour en informer n'a esté expédiée — Ce qui est,

y> somme toute, faire ouvertement pencher la balance plus i& d'un costé que d'autre, et par là descouvrir l'envie que l'on •> a de la rupture et infraction de l'édit, en plusieui*s et divei-ses » sorles ; et principalement en trois points, eu inégalité, en

-^ 339 — » impossibilité^ et une mauvaise affection, laquelle se mani- » feste assez, tant aux chefs et principaux qui devroyent faire 1 sincèrement et inviolablement entretenir Tédit, qu'aussi par > insolence d'un populaire, qui ne prend jamais tant de har- * diesse de commettre un mal, sinon quand la licence luy en » est donnée par les supérieurs ; dont advient que tous ceux :» qui sont d'opinion contraire à nous, voyant d'un costé tant 9 de faveur, et de l'autre la justice conniver à faire si peu qui ? s'ottroye pour nous, et au contraire si prompte et active à 9 nous en oster, et h nous courir sus, à la première émotion 1 qui se présente, sans avoir la patience d'attendre la vérité ni 9 l'occasion^ se desbordent à nous mal faire, tuer et saccager, » et à machiner et monopoler contre nous : de quoy après avoir » beaucoup enduré, les opprimez viennent à faire leurs plaintes 9 aux gouverneurs, magistrats, et mesmes aucuns qui sont » auprès de leurs Majestez, ils respondent ordinairement que JD leurs dites Majestez sont bien empeschées de satisfaire aux -È uns et aux autres : davantage, que les catholiques ne se plai- 9 gnent pas moins de ceux de la religion réformée, que lesdits 9 de la religion se plaignent des autres; qui sembleroit estre à 9 dire, en bon françois, qu'il faut que chacun souffre de son j> costé, sans qu'il en soit fait autre raison ; et, en ce faisant, » donner une licence merveilleusement effrénée aux catholiques » d'exécuter leurs mauvaises volonlez vers lesdits de la religion ; 9 qui est de frapper et tuer tout ce que bon leur semblera, sans » crainte d'être punis : non sans danger aussi que ceux de la 9 religion ne soyent finalement esmeus à se deffendre, voyant » ne leur estre faicte aucune justice de ce dont ils se plaignent » et qu'ils souffrent. Quelquefois aussi advient, et par trop 9 souvent, que les supérieurs, au lieu de s'employer à faire 9 obtenir justice, usent de récriminations, et soudain allèguent 9 quelque autre faute faite par ceux de la religion ; joint que, 9 sur ces entrefaites, à l'instant se sèmera un bruit faux de

/> quelque excez qu'il se dira avoir esté faict de, la part de ceux D de la religion, dont l'on s'aidera pour leur fermer la bouche y> et les renvoyer sans rien faire en leurs maisons ; combien que D les choses dont les catholiques se peuvent plaindre ordinai- 3> ment de ceux de la religion sont bien légères et aisées à répay> rer, comme d'un tel zèle qu'ils auroyent eu d'ouïr la pafole y> de Dieu, d'aller en autre lieu que celuy qui leur est assigné, y> ou de n'avoir encore remis en quelque endroit la religion cay> tholique; njais ce en quoy les catholiques contreviennent » est trop plus rude et irréparable, qui sont meurtriers, cruels » et barbares, qu'il ne faut douter que Dieu à la fin n'exauce y> les cris et gémissemens des povres opprimez qui n'ont au- » jourdhuy d'autre recours qu'à Dieu, ne leur voulant les y> hommes faire justice, quelque commandement que leur roi D et prince en face; comme il est évident en ce que, depuis 3) l'édict, se trouvera plus de six ou sept-vingts meurtres, dont » il n'y a pas eu deux de punis, comme a esté dict. — Voilà » pour le moins une partie des apparences que ledit seigneur y> prince et ceux de la religion réformée ont des retranchemens » de l'édit et de la mauvaise affection qu'on leur porte; sans » alléguer ce que les cours de parlements, la plus grande pary> lie des juges de provinces, et autres ministres de ce royaume, > expressément constituez, d'autant qu'ils sont d'opinion con- » traire, exercent fort aigrement à l'encontre de nous : en- » semble les machinations et monopoles et ligues qui ont esté » fraischement faictes, et dont leurs majestez ont esté assez in- » formez; ce qui ne se fait aux provinces, gouvernemens, ne i> villes de ce royaume, où les gouverneurs et magistrats sont T> conduits d'une affection de faire seulement observer les édits

y> du roy, et entretenir le repos pubHc — Finalement, ledit

) seigneur prince ne voulant rien obmettre du devoir du service )) et fidélité qu'il a à leurs majestez, les supplie très humbley> ment de vouloir recevoir les raisons et considérations cidessus

» déduites, de bonne part, ensemble son advis, lequel sur ce » il leur déclare avecques toute humilité ; qui est qu'il lui » semble n'estre possible de remettre ce royaume et les sub- » jets en Testât qu'il est requis pour vivre selon l'intention de :» leurs majestez, si l'édict de pacification n'est entretenu selon

> 4a première forme et teneur, avec révocation expresse des ï> articles des déclarations ou interprétations contraires à ^ iceluy; et que tous excez, séditions et meurtres faits depuis 3> la publication d'iceluy, tant d'une part comme de l'autre, » soyent avecques rigueur de brefve et exemplaii"^ justice punis

> et chastiez ; ensemble la connivence des magistrats et offi- ^ ciers, sans exception de personne; autrement, il ne voit point » que leurs dites majestez puissent establir un commun repos

> et seure tranquillité entre leurs subjels ; mais au contraire ]& il prévoit et craint un désespoir et résolution prochaine i> de ceux qui sont travaillez et offensez, de s'essayer de se » garder et se faire d'eux mesmes justice, dont ils ne l'ont jamais i> pu obtenir; chose de très dangereuse et pernicieuse conseil quence. »

Catherine, qui redoutait que Condô et les Châtillon ne soulevassent les réformés contre les oppresseurs dont elle favorisait les tendances et les actes, enjoignit à son fils de répondre auprince : qu'il n'avait rien plus à cœur, que de faire rendre une égale justice à tout ses sujets ; qu'en ce qui concernait les déclarations interprétatives de l'édit, il s'était décidé par des motifs péremptoires à les formuler, et qu'il ne doutait pas que le prince, qui n'avait en vue que le bien de l'État et la conservation du royaume, n'approuvât ces motifs; qu'en outre, il pensait que jamais il n'était venu à, l'esprit du prince de prétendre régir à sa fantaisie la volonté de son souverain; que si les gouverneurs ou autres fonctionnaires avaient manqué à leurs devoirs, il les ferait punir si sévèrement, qu'on reconnaîtrait qu'il préférait la paix à toute autre chose; en un niot, qu'il souhaitait uniquement (it

qu'il commandait que l'édit de pacification fût sincèrement observé partout et qu'où rendît également justice à tous ses sujets, sans distinction de religion ^

Ce n'étaient là que de stériles assurances, données, sous le nom du roi, par Catherine, dont les intentions et les actes demeuraient d'ailleurs toujours hostiles aux réformés. Aussi, continua-t^elle, alors que ceux-ci se plaignirent des abus et excès dont ils étaient victimes, à leur refuser, en fait, les légitimes réparations qu'elle leur avait promises, en paroles, età arracher, ça et là, quelque lambeau de plus à l'édit d'Amboise.

Sur ce point, l'un de ses confidents, approbateur intéressé de la voie dans laquelle elle s'était engagée, écrivait ^ : c la reine )» fit, avant de partir d'Avignon, une ordonnance qui est, à mon » avis, la meilleure qu'elle pouvait employer, afin que désor- }> mais on ne donne plus, dans son royaume, des charges de ^ judicature à aucune personne de lanouvelle religion, attendu, 3) qu'outre toutes les autres raisons qu'elle en peut avoir, il ne y> semble pas convenable que les officiers de sa majesté soient D d'une autre religion que la sienne. La reine m'a dit que ses )> conseillers voulaient faire le même règlement pourtoutes les D autres charges, mais qu'il en avaient été détournés par la con- 9 sidération, que cette défense aurait jeté les huguenots dans 0 un trop grand désespoir,qui auraitpu exciter quelques troubles , y> mais qu'ils travailleront néanmoins à les exclure peu à peu de » tous leurs emplois. — Sa Majesté me témoigna beaucoup de D joie de ce qu'elle voyait que, par la gr&ce de Dieu, les affaires )> de ce royaume prenaient tous les jours un meilleur train, et » elle me promit qu'elle ne cesserait pas de faire toujours de 0 nouvelles démarches jusqu'à, ce quelle les eût conduites à » leur perfection, en médisant expressément que le mondecon*

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