‹ Gaspard de ColignyChapitre 147 sur 226 · Lettre du 12 août 1565, archives de Sirashourg · texte numérisé non relu

Lettre du 12 août 1565, archives de Sirashourg

> sçavoir premièrement comme tout cela est passé, que nous le ^ puissions faire. J'envoyay mesmes devers monsieur d'Andelot,

> mon frère pour entendre de luy ce qu'il en sçavoit. Il me feit j> responce qu'il n'en pouvoit rendre raison, d'aultant qu'il » n'avoit rien manié de ces deniers là, et que ce avoit esté

> madame de Roye. Bien me mandoil-il qu'il avoit reçu beaucoup » de plaisir de vous, vous priant, magnificques seigneurs, de

> croyre que l'extrême malladye de ladite dame est cause que

> ces choses seront un peu plus longues qu'elles n'eussent esté, » et que, incontinent qu'elle sera guerrye, il n'y aura point de

> faulte que nous ne regardions de mectre une fin à cela et de

> satisfaire à ceulx qui tant volontairement nous ont secouruz » en nostre nécessité ; car, encores que je sois entaché de beau- » coup d'imperfections, si ne le serai-je point d'ingratitude* ;

> et serois bien raarry que, pour nous avoir faict plaisir, ledict » Sturmius, n'y aultre, en recueillent aucun desplaisir, et qu'il » ne fûst satisfaict de ce qui luy est dû; et croy que monsieur le » prince de Condé a semblable volonté; me recommandant bien

> affectionnément à voz bonnes grâces, etc., etc. 3>

A cette époque, Coligny, dans le cercle de la famille, n'était pas seulement affecté par la dangereuse maladie de sa sœur, dont la santé avait été fortement ébranlée, lors de la mort de la princesse de Condé ; il s'affligeait, en outre des déréglemens auxquels le prince, dans son veuvage, se laissait entraîner. En vain avait-il tenté de l'y aiTacher et accompagné ses persévérantes représentations, du conseil de contracter un second mariage, lorsque enfin vint le jour où le prince se rendit à ses ins-

i. D'Andelot, non plus n'était point ingrat, car il écrivait, le 2 décembre 1565 < à messieurs les maistres et conseil de Strasbourg : le s' de Francourt vous

> dira de quelle obligation je me sens redevable à toute vostre ville, pour les

> honneurs, faveurs et plaisirs que je y ay reçeuz, en considération desquek

> vous me ferez, s'il vous plaist, cest honneur, de croire que je seray toute

> ma vie, bien ayse quand Dieu me donnera le moyen de les reconnaître par

> quelque bon service. > (Archives de Strasbourg.)

tances et à celles de Jeanne d'AIbret : Le 8 novembre 1565, il épousa Françoise, Marie d'Orléans-Longueville, fille de François d'Orléans, marquis de Rothelin, et de Jacqueline de Rohan.

Rentré par cette voie dans la sérieux et la dignité d'une existence trop longtemps compromise par de scandaleux désordres, Condé, dès le lendemain de sa nouvelle union, revint h ses devoirs de protecteur des réformés, en écrivant à Matignon * : « Ceulx de Téglise réformée d'Alençon se sont retirez parde-

> vers moy en ce lieu, pour se plaindre de n'avoir par la conlij) nuation de l'exercice de leur religion, et de ce que vous avez D interdit M* Pierre Merlin, leur ministre, sous prétexte qu'on » lui a voulu imputer d'avoir presché, en ung verguier, et faul- » bourg d'Alençon, d'avoir reçeu à la cène aulcuns personnages

> qui ne sont du bailliage, et d'avoir prins à femme une damoi-

> selle qui esloit nonnain en l'abbaye du pré, » (Le prince disculpait Merlin et priait Matignon ^e le limtégrer).

Dans les derniers jours de décembrejjtloligny, pour obéir à la convocation royale, dut se résigner à quitter son château, en y laissant Charlotte de Laval, malade depuis plusieurs semaines * , et se rendre à Moulins.

L'assemblée qui y était convoquée devait, disait-on, s'occuper des plaintes formulées par les sujets du roi, des moyens de remédiex* aux abus, et de l'extirpation des germes de discorde,

L'amiral savait, d'ailleurs, que Catherine de Médicis se proposait de provoquer, pendant son séjour en Bourbonnais, une

1. Lettre du 9 novembre 1565, datée de Vendôme. (British mus. Bibl. Egerlon miscell. lett. and pap. t. XVU, f» 77. — De Laferrière, la norm. a Télr. p. 195).

2. Madame l'amirale écrivait, de Ghâtillon le 22 décembre i 565, à Renée de France ; c Madame, ayant entendu que estiez de retour à Montargis, je n'ay » voulu faillir d'envoyer ce gentilhomme vers vous pour vous visiter, ce que

> j'eusse falot moy mesme, n'cûst esté que'depuys trois sepmaines en çà jesoys

> au lict malade, dont je ne me suys encore relevée. > (Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 3 211, f° 61).

décision définitive sur les poursuites intentées contre lui par les Guises, et d'apaiser la querelle encore pendante entre le cardinal de Lorraine et le maréchal de Montmorency, Il se prépara donc à affronter la présence des ennemis qui appelaient de leurs vœux sa condamnation et à les combattre résolument, sur le terrain du droit et de Téquité. Calme et ferme, comme toujours, il partit pour Moulins.

Son arrivée dans cette ville fut, de loin, saluée par ces paroles encourageantes de Tun de ses admirateurs * : « Monsei- 3> gneur, vos ennemis mortels raesmes, et qui hayent en géi> néral tous les fidèles, ne nieront pas que ceux qui vous en j veulent pardessus tous autres, ne soyent gens qui pen-

> senl ne pouvoir subsister sans que toute la religion soit 3 renversée. Mais tant s'en faut, selon que je vous cognois, que 1 rien de tout cela puisse rabattre et faire rebouscher en aucune » sorte la trendhe de vos vertus, qu'elle n'en pénétrera que

> plus vivement. Vous mesmés avez senti à bon escient et l'a- » vez aussi très bien remarqué, quel soin Dieu a de maintenir » les siens, Vostre innocence et intégrité vous défendent assez » contre tous blasmes et calomnies que on vous sçauroit met- » tre sus. Vous avez au dedans et au cœur, (voire s'il y en a un » de tous ceulx de vostre qualité), ceste forteresse invincible » d'airain, je dis une bonne et entière conscience, sur laquelle 3> seule estant appuyé, pour certain vous surmonterez aisément » tous vos adversaires. y>

1. Th. de Bèze, 18 janvier 1565, dédicace à Coligny, des Comment.de Calvin sur Ézéch.

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