Hist. de fr. 1. 1, p
Condé, l'amiral et les principaux d'entre les réformés, de ce qui se tramait contre eux. Ainsi avertis, les uns et les autres se tinrent sur leurs gardes.
Catherine donnait alors une nouvelle preuve de sa duplicité, en tenant au maréchal de Montmorency ce langage* : « pour
> ce que le roy, monsieur mon fils, ne vouldroitpas que la venue » de la royne catholique, ma fille donnast occasion à beaucoup
> d'espritz irréquiètes de mectre en dédance ses subjectz que 1 l'on ayt voulu aucune chose innover au contraire du contenu
> en ses édictz de pacification et majorité et es déclarations qui 3 ont esté encores depuis expédiées, il* a advisé de faire la dé-
> peschequi vous est présentement envoyée et demander le sem-
î> blable à toutes ses courts de parlements, baillis et sénesohaulx, .
> affin que chacun de sa part face tel debvoir à l'observation des 1 dits édictz et déclarations et à la pugnicion de ceulx qui y con- » treviendront, qu'il se puisse veoir obéy de tous ses dits subj) jectz depuys le plus grand jusques au plus petit, et son peuple '
> demeurer en repos- et tranquillité La royne ma fille s'est
» départie d'avec nous, le 3* de ce moys Nous n'avons parlé
j> durant nostre entrevue que de caresses, festoyemens et bonnes » chères, et, en termes généraux, du désir que chacun a à la
> continuation de la bonne amitié d'entre leurs majestez et à la
> conservation de la paix d'entre leurs subjectz. )d
De Bayonne, la cour s'avança lentement dans la direction de la Loire. Après avoir séjourné à Tours et à Blois, elle se disposa, sur la fin de l'année, à s'acheminer vers Moulins, où devaient se réunir, en janvier 1566, sur une corivocation expresse du roi, les princes, les grands dignitaires de la couronne, et autres personnages notables.
Durant les six mois qui s'écoulèrent entre les conférences de
1. Lettre du 6 juillet 1565, datée de Saint-Jean de Luz. Bibl. nat. mss. f. fr. Yol. 2 303, f» 5.
Bayoniie et l'assemblée de Moulins, Coligny continua à résider à peu près constamment à Châtillon-sur-Loing. Il y consacra son temps à l'accomplissement de ses devoirs de chef de Famille, de protecteur de ses coreligionnaires, d'homme d'État, et entretint une active correspondance, soit avec ses parens et amis, momentanément séparés de lui, soit avec diverses personnes, françaises ou étrangères dont les relations avaient, à ses yeux, quelque prix, et au cours desquelles ses habitudes de serviabilité ne se démentaient point.
La confiance qu'il inspirait était telle, que parfois on recourait tout naturellement à Iui,*comme à un bienveillant intermédiaire, dans le maniement de questions d'intérêt purement privé, dont sa haute influence pouvait faciliter la solution. Tel fut, en particulier, le cas des magistrats de Strasbourg, s'adressant à lui, au sujet d'un service pécuniaire rendu à sa sœur, la comtesse de Roye, par Sturm. L'amiral ne pouvait mieux répondre à leur confiant appel, que par ces lignes, à la fois si simples et si loyales^ :
€ Magnificques seigneurs, j'ai reçeu la lettre que m'avez cs- » cripte, du 11 du mois passé, et veu ce que me mandez lou- 30 chant quelque argent qui a esté preste à madame de Roye, j) durant qu'elle a esté à Strasbourg et dont M.Sturmius est res- ^ pondant. Je vous diray que je n'ay point eu de congnoissance )> comme ce fait-là est passé, sinon depuis peu de temps, que ï) Peter Clair m'en escripvit, et tout incontinent j'en voyay devers 3> ladite dame, encores qu'elle fût extrêmement malade, pour i> sçavoir ce qui en estoit; et, pour l'extrémité en laquelle elle j> estoit pour lors et est encores de présent, je nepeulz le sçavoir, i> et estoit impossible de luy pouvoir parler de rien ; de sorte que, j) pour ces occasions-là, nous ne pouvons si promptement re- T> garder les moyens d'y satisfaire, estant impossible que, sans