‹ Gaspard de ColignyChapitre 149 sur 226 · Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 3 239, f · texte numérisé non relu

Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 3 239, f

» plus avant, et aussy que quand l'on dict que l'on fera ung

> séjour en ung lieu, c'est alors que l'on en desloge plus tost;

> toutefoys, madame, l'on dict que le roy ne partira point d'icy i> de caresme-prenant, et, en quelque lieu que vous soyez, vosy> tre présence y servira toujours de beaucoup; vous advysant

> quedepuys deux jours il a esté faict une publication en ceste » court portant defence de n'y faire exercice de religion ; en » sorte que sest qui est tout ce que je vous puys mander, pour

> ceste heure. »

Le lendemain, 42, l'amiral comparut devant le roy, en séance du conseil, à laquelle assistait Catherine de Médicis. Invité à s'expliquer sur les poursuites intentées contre lui par la maison de Guise, il affirma qu'il était, à tous égards, innocent du meurtre commis sur la personne de François de Lor- • raine. Il parla, paraît-il, en toute liberté, à en juger par cette simple mention finale d'un récit contemporain ^, <j: il proposa

> tout ce qu'il voulut. »

(Juand il se fut retiré, on fit comparaître le cardinal de Lorraine. La reine-mère, prenant aussitôt la parole, lui dit : « Que :» tous messieurs de ceste compagnie-là estoient d'avis qu'on ne

> pouvait pourvoir aux affaires du royaume ny au repos publie

> des subjectz d'icelluy, que premièrement l'on n'eust appaisé

> les querelles particulières, et qu'il y en avait deux principales » qui le concernaient, l'une, en sa propre personne, contre le :> mareschal de Montmorency, l'autre, pour l'homicide commis » en la personne de feu M. de Guyse, contre l'amiral ; que le roy,

> monsieur son fils, et elle et toute la compagnie le priaient d'ad- » viser de leur estre aydant à trouver quelque moyen d'en faire » quelque bon accord ; — que l'admirai se submettoit à toute j> bonne raison, et que, partout où il seroit besoin, il diroit et

1. 1 Récit de ce qui se passa u Moulins, Tan 1566,touchant ]*accoinmodement » des maisons de Guyse, de Montmorency et de Ghastillon. > (Bibl. nat. mss. f fr. vol. 3 193, f> 59. — Du Rouchet, Uist. de la maison de Coligny, f» 542.)

3 affirmeroit par tel serment qu'il plairoit à leurs majestez, qu'il }> n'estoit aucunement coupable de cet homicide; qu'il n'en » avoit jamais rien sçeu ni entendu qu'après qu'il avoit esté 3 faict, et qu'il estimoit et estimeroit toujours tout homme qui

> l'avoit faict faire, meschant et malheureux, et que si luy- 3 mesme l'avoit faict il s'estimeroit tel : suppliant leurs majes-

> tez, si quelqu'un l'en vouloit accuser, luy permettre de le 3 combattre. — Pour ce, elle prioit ledit sieur cardinal de re- 3 garder à en venir à quelque bon accord, comme il estoit bien 3 nécessaire, pour les raisons dessus dites, et pour le bien et 3 advancement des affaires et du service du roy *. 3

Le cardinal répondit avec un imperturbable aplomb : Qu'on venoit de lui « exposer deux choses de gi*ande impor- 3 tance, et que telz accords ne se jettoient pas en moule ; mesme 3 qu'il n'en avoit rien veu par escrit, et que jamais on ne luy en 3 avoit rien mandé, toutefois, pour le bien et prospérité des 3 affaires et service du roy et pour le repos public, il se mct- 3 troit en tout debvoir * . 3

Il s'y mit d'une étrange manière, d'abord, en ce qui concernait sa querelle avec le maréchal de Montmorency ; car il soutint, dans un langage à la fois arrogant et déclamatoire, qu'il avait subi un outrage et des violences, qui rejaillissaient sur le souverain, sur la reine-mère, sur les princes du sang, sur d'autres membres du conseil ; toutes personnes auxquelles il se disait uni par des liens de parenté. Ces mêmes personnes, n'étaient pas moins intéressées que lui à la réparation qu'il demandait ^

Abordant ensuite le débat soulevé contre l'amiral, il se montra, au début, réservé, jusqu'à un certain point, cauteleux même; il prit ensuite le masque de l'hypocrisie; puis, tout en

i. Bibl. nat. mss. f. fr. ▼ol. 3 193. — Du Bouchet, lac. cit. t. Bibl. nat. mss, f. îr. vol. 3 193. — Du Bouchet, loc, cit. 3, Bibl. nat. mss. f. fr. yoI. 3 193. — Du Bouchet, loc. cit.

protestant de sa soumission aux volontés du souverain, il laissa entrevoir qu'il comptait peu sur sa justice ; enfin, ne pouvant plus se contenir, il termina, sur le ton de la menace, à regard de Coligny.

Voici ses paroles ^ :

c Quant à ce qui touche l'homicide de feu monsieur mon ]> frère, attendu ma qualité et profession dessus dite, et aussi » que je ne suis que tuteur honoraire de ses enfants, mes » nepveux, je n'en puis ne dois respondre, sinon que ja ne » puis nier que je ne face toute ma vie ce qui me sera possible ^ à ce que si malheureux acte ne demeure impuni. Madame » ma sœur, sa femme, qui est une vertueuse dame et tutrice » légitime de ses enfants, vous supplie, sire, comme je fais de » mon costé, de luy en faire la raison ; en quoy elle n'entend 3> se pourvoir, sinon par justice, comme il vous a pieu luy 3 octroyer, n'estant cettuy-cy un fait où il soit besoin du port » des armes, ni d'en venir au combat ; ce n'est pas un faux j rapport ou un démenly entre gentilshommes, ou personnes de 3 mesme qualité, auquel cas on permet quelquefois le combat; 3> mais icy l'homicide est manifeste, l'on en demande justice 3» contre celuy qui l'a faict, laquelle j'estime, sire, que ne me » voudriez dénier ; ne ce que j'en dis est pour mal talent ne p haine que je porte à l'amiral, et Dieu m'en soit tesmoin,. p et voudrois qu'il m'eust cousté cinquante mil escus, et que p par la fin du jugement il se trouvast innocent de ce fait : car i> quelle occasion ay-je de désirer son mal et sa ruine? mais p puys-je bien désirer comme j'ay faict, que bonne justice me soit p faite, et que ceste cause soit connue à la cour du parlement j> à Paris, estant de telle importance cet affaire, qu'il ne se j> peut vuider sur le champ, comme il semble, que desjà qu'il

1. Bibl. nat. mss. f. fr, vol. 3193>f°» 56, 57. — Du Bouchet, ouvr. cité, p. 540, 541.

Gqogh

» y en ail là dehors une infinité qui attendent pour voir sortir » Tespousée, pensant très bien que l'issue de toutes ces choses i> se puisse jetter au moulle. Il est vray, sire, que vous nous

> pouvez commander, et que nous ne faudrons jamais de vous » obéir et de suyvre entièrement ce que vous commanderez, t> parce que, sire, vous avez privilège de commander ce qu'il T> vous plaist, de juger comme il vous plaist, et faut que vous » y soyez obéi. Mais il vous plaira penser, sire, que je suis un » prestre, et madame ma sœur une femme, qui ne pouvons ny » ne voulons jamais désobéir à vos commandements ; mais

> aussi, outre ce que nous en demanderions acte, et que nous » ferions entendre à tous les princes de la chrétienté, que tout » ce que nous en aurions faict aurait esté par le commande- ]s> ment que nous auroit faict vostre majesté, sans avoir veu ni

> entendu ce qui est au fond de la cause, tous tels accords i> ne dureroient,''ne pourroient durer, sinon en temps que la

> force dureroit, et ne seroient seurs pour la partie accusée, » ne suffisans pour réparer Thonneur de ceux qui sont offensés,

> et avec le temps tels accords ne garderoient point que mes » frères et mes nepveux, à faute d'eux, ceux qui m'attouchent

> de quelque parenté, ne fissent mourir l'amiral, où ils le trou- » veroient, et qu'ils ne dépendissent jusques à la dernière goutte » de leur sang. Pourquoy, sire, il vous plaira de bien regarder

> avant que de rien 'nous commander sur ce fait, et ne nous

> donner occasion de dire que justice nous ait esté refusée, -d comme aussi nous nous tenons bien assurez que ne nous la j> voudrez refuser. Et s'il y a quelqu'un de messieurs de vostre » conseil qui ait quelque chose à me répondre, je l'escouteray

> très volontiers, mais bien le prieray-je de se souvenir de tout » ce que j'ay dit. »

Personne ne répondit au cardinal. Seulement le roi lui dit <3c qu'escrivant aux autres princes chrétiens, il le prioit qu'il n'y

> fust point meslé ; promettant de sa part, de ne jamais le con-

— 401 ~ y> traindre de faire accord à son désavantage, ne qui pust estre » préjudiciable à l'honneur de luy ny des siens. >

Le cardinal se relira, et la délibération s'ouvrit immédiatement. Quand elle fut terminée, on fit revenir l'amiral, le cardinal, la duchesse de Guise, et il leur fut donné connaissance de la décision préliminaire, prise par le roi, que mentionne le document suivant * :

« Aujourd'hui douziesme de janvier 4566, le roy «stant en son » chasteau de Moulins, assisté de la royne sa mère, de monseii> gneur le duc, son frère, de messieurs les princes du sang, » connestable et mareschaulx de France, et autres seigneurs et » gens de son conseil privé, estant près de sa personne, a faict » entendre à M. le cardinal de Lorraine et à Mme la duchesse.

> de Guise, d'une part, aussi au seigneur de Chastillon, amyral » de France, là présents, d'aultre, le singulier désir qu'il a, pour j^ plusieurs grandes raison^, de mestre une bonne fin au diffé- » rend qui est entre leurs deux maisons, pour raison deThomiy> cide advenu en la personne de feu M', de Guise, et luy mesme » embrasser la deffinition d'iceluy par voye juste et équitable, » les exhortant et les admonestant chacun de sa part se con-

> former à son intention en cest endroit, et s'en reposer et )i^ remettre sur luy. Ce que ayant entendu lesdits seigneurs cari> dinal et dame de Guyse, après l'avoir très humblement j> remercié de l'honneur qu'il leur faisoit, luy ont déclaré estre » prests et bien disposés de recevoir en cest endroit l'équitable, i> raison et justice qu'ils ont toujours attendu et espéré de sa » bonté et clémence en toutes choses, comme ses très humbles » et très obéissants serviteurs et subjelz ; ce que a faict aussy,de » sa part, ledit sieur admyral. Sur quoy seroit sa dite majesté » entrée à donner, quelque commencement à l'effect de ceste

> sienne intention pour acheminer ledict affaire au point de son

Page 1