Brantôme, ibid. t. IV, p
> de son nom et de sa renommée, tellement qu'alors de Tadmi-
> rai de France en esloit-il plus parlé que du roi de France. Et
> si son nom esloit cognu parmi les chrétiens, il est allé jusques
> aux Turcz; de telle.façon, et il n'y a rien si vray, que le
> grand sultan Soliman, l'un des grands personnages et capi-
> taines qui régna despuis les Ottomans, un an avant qu'il » mourut * , l'envoya rechercher d'amitié et accointance, et lui » demanda advis comme d'un oracle d'Apolo ; et, comme je » tiens de bon lieu, ilz avoient quelque intelligence pour faire
> quelque haute entreprise, que je n'ay jamais peu tirer ny » sçavoir de Monsieur de Téligny^ mon grand amy et frère d'allé liance, qui fut despesché de monsieur l'admirai et le seigneur » de Ville-Conin à Constantinople, là où ilz ne le trouvarent
> point, car il estoit desjà party pour son voyage de Siguet où
> il mourut. >
Téligny demeura ainsi dans l'impossibilité de s'acquitter de la mission qui lui avait été confiée.
A la déception qui en résultait pour lui s'ajouta bientôt un vif chagrin. L'un de ses compagnons de voyage, lié avec lui d'une étroite amitié, le sensible et infortuné Ville-Conin portait dans son cœur une plaie profonde : il tomba gravement malade, à Constantinople et y rendit le dernier soupir entre les bras de Téligny.^ Sa fin fut celle d'un chrétien. Un touchant hommage fut rendu à sa mémoire et à l'amitié que Téligny lui portait, par un contemporain dont le cœur sympathique se révèle dans une pièce de vers étendue* à laquelle nous emprunterons seulement ces quelques lignes :
c ... 0 seigneur Téligny, seigneur plein de sagesse,
1. U mourut au siège de Szygeth, dans la nuil du 5 au 6 septembre 1566.
2. Complainte à Charles de Telligny sur le trespas du seigneur Nicolas de Touteviiie, seigneur de Villeconoin, gentilhomme de la chambre du roy, décédé en Constantinople, au mois de février dernier passé (1567). (Bibl. nat. rass. f. fr. vol. 22 56i , f~ 32 et suiv.)
> De bonté, de vertu et de grande proësse,
i Mais quef détd), quel regret et qaei grtod cfescottlott
» f& p^ttvoit Me» saisir, à Fheiire de sa; nerty
» Quand entre tes deux bras, d'une voix m]f-mourante
9 A te disoit : Amy, amy, je me contente
i 1^6' ftowfr «irâintettâÉf j^uisqu^i! plaiist aW S^gt^Ot
» De nv'appeiler à luy, me faisant la lavew^
> De mourir pour le moins en la santé et la voye » Où j'^espère qu'il fauft que itaôn salut |ê voye.
W .. ^. .....*... rf ..«....'. w ^
> Et toy, mon Téligny, ensuyvant l'amitié
> Qu'ensemble avons icy, prendz, s'il te plaist pitié
» Ôe 6e itayen corps mburànt. . .■
y Et en ee Heu forain donne à mes pauses os
» Leur dernier, attendu, et désiré repos. »
Là mission de Téfigny à Constantînopie armait inquiété le gouvernement français : une année environ s'était écoulée depuis qu*elle avait été confiée au jeune négociateur, ïorsqtfun jour, Chârfes tX, profitant (ïe la présence de Tamiral à la cour, le fit entrer dans son cabinet et M dit ^ : (t Vous inspirez des » soupçons âu roi d['Espagne : déclarez moi franchement s'il » est vrai ôiï non que Téligny et VïUe-Connin soient allés à Cons- » fantiiiôple pour y nouer avec ïe Sultan des trames' ayant pour » but de seconder le parti protestant. Il n*en est rien, Sire, » répondit énergiquement Famiraï; je proteste contre totrte itt- » terprétatiori défavorable à cet égard; mon intervention daiis T> cette affaire n'^a rien eu que de légitime. »
Le roi parut accepter cette réponse et garda ïe silence'.
1. Calend ofstatepap. fo!reî0. 6 april 1567, n» 1668. Sir Henry Nonwto Cecil.