BulL de la s. d'hist, du protest, fr, l. H, p. 550, 55i
» a promis aux siens. Je sçais bien aussi que ce n'est pas ce » que vous lui plaignez, mais plustost une séparation pour i> quelque temps. Ce ne serait pas bien aimer, si nous désirions i> plustost une vue bien incertaine de nos amis, pour les priver i> d'une vie éternelle, quand ils la possèdent. C'est chose pour- » tant que nous ne désirons pas d'advancer, mais quand aussi » il a plu à Dieu d*en ordonner, c'est bien de quoy s'ayder à se
> résoudre. Or, madame, pour ce que je m'assure que vous -» sçaurez bien practiquer maintenant les grâces que Dieu a 1» mises en vous, je ne m'estendray davantage sur ce propos, » sçachant aussi que vous n'aurez pas faulte de l'assistance et
> consolation de beaucoup de gens de bien. — Mais la cause
> principale pour laquelle je vous envoyé ce gentilhomme, est » pour vous supplier de croire que l'amour que je portoy à feu D monsieur de Soubize n'est point morte avec luy, mais qu'elle » revit en vous et en Mademoiselle de Partenay, vostre fille, et
> que vous pouvez faire estât de moy comme du meilleur frère » et plus parfait ami que vous ayez en ce monde. N'eust esté la
> grande distance de vous à moy, j'eusse très volontiers fait » en personne l'office de ce porteur. Je luy ay aussi donné charge » de vous dire quelques aultres particularités de ma part. Et j> parce que je sçay qu'il s'en sçaura bien acquitter, je m'en
> remettray sur luy pour vous présenter mes bien affectionnées » recommandations à vostre bonne grâce, et prier nostre Sei-
> gneur. Madame, vous combler par son Saint Esprit et vous ï faire la grâce de porter patiemment sa sainte volonté. — De » Chastillon XXII de septembre 1566. — Vostre entièrement » bon et bien affectionné ami, Chastillon. >
Charlotte de Laval, partageant les sentiments de son mari, s'exprimait en ces termes * ; « Madame, je crois que ne doub-
i. BuU. de la soc. d'hist. du protest. fr. t. II, p. 551, 552.
» lez point combien les nouvelles que nous avons eues de la » Visitation et affliction qu'il a pieu à Dien de vous envoyer et » à nous aussy, nous ont esté ennuyeuses. Car, après vous, il » n'y a personne qui Tait avec occasion plus ressentie, pour j> estre l'amitié entre nous non point seulement d'amis mais » de frères, si elle ne peult estre meilleure ni plus grande. Je i> vous prieray donc, madame, croire que je voudroy que nous y> feussions un peu plus près voysins , car moy-mesmes m'iroy D offrir et essayer à vous servir et assister de tout ce qui seroit » en ma puissance; ce que je vous offre par ceste lettre, j'ai- D meroy beaucoup mieulx vous pouvoir dire et monstrer par i> effet que le vous escrire : disposez donc de tout ce qui y esti i> pour en faire comme du vostrepropre. Je m'asseure,madame,que ^ Dieu, vous assiste de telle façon, et tant de gens de bien, que i> vous pratiquez la doctrine que Di§u nous donne, de telle > sorte qu'en faites vostre proffit en ceste affliction, et qu'après y> avoir senti la force qu'aencores la chair sur nous, retournerez y> à cognoistre que Dieu vous est père et qu'il visite ses enfans » comme il luy plaist, et qu'il ne fault point murmm^er contre j> luy, mai§ recognoistre que nous sommes ses créatures, et j^ nous mettre entre ses mains, pour non seulement marchanjD der à Dieu, mais afin qu'il dispose de nous entièrement. Et il 2> est si bon et si sage, qu'il sçaura mieulx ordonner de nous » que nous ne fairions nous mesmcs. — Je vous prieray, ma- ^ dame, pour la fin de ceste lettre, que l'amitié que nous nous )> sommes portée du vivant de monsieur de Soubize ne diminue :» point; car, de mon costé, je me délibère de vous faire pa- » roistre par tous moyens, et à mademoiselle de Parthenay, que ^ celle que j'avoy à monsieur de Soubize, je la veux augmenter :^ et remettre en vous deux. Je vous présenteray en cest endroit » mes biens humbles recommandations à vostre bonne grâce, » priant Dieu, madame, vous donner son sainct Esprit, qui vous y> allège en vos afflictions. — De Chastillon, ce 22 de sep-
Digiti
> lembre, — Vostf e obéissante et bie» affectionnée amie à ja- » floais, Charlotte dç I^aval 3>
JLiftmorJ d'itfi souverain étranger survenue peu (Je jours aprèç celie dp So]*bize, en septembre 4566, injprgçsionna daos une certaJRe mesure, Coligny, en mettant inst^ntgtnéroent obstacle k la consolidation de relations qu'il avait commencé à nouer en Orient, dans des vues et en présence de drconstances qu'il eût été intéressant de connaître autrement que par de simples indices.
En 11566, Tamiral chargea Téligny d'une mission lointaine, sur le fond dç laquelle rien de précis n'a jamais transpiré, et qui n© se produit h nous aujourd'hui que jbous son aspect purjement ^^ctérieur. Toutefois, quelques données historiques nous permettent d'en pressentir ]b caractère et l'objet,
Ant^ieuren»ent à 1566, diverses tentatives, dont h correspondanjce diplomatique de l'époque contient quelques traces, avaient été faites, en vue de rapports à établir entre les réformes français et )a Porte Ottomane, D'après le témoignage de Ym des ambassadeurs de Charles IX, l'amiral, et l'un deises frères^ entretenaient, «n 1564, à un moment donné, d'activés relations épistolaires avec le Levant, « Messieurs l'admirai et T^ d'Andelot, écrivait de Boisteillé* à de Pétremol, sont partis de :& la court. Je ne voy rien de çeste part digne de vous estre y> escript pour ceste heure, sinon qu'il vient à ces seigneurs » coup à poup plusieurs dépêches du Levant extraordinaires, t> de Toccasion desquelles je n'ay peu rien entendre h la vérité : » mais d© ce que j'en puis eonjeçturer par Textérieur, ce ne j^ penlt estre que pour chose passée amyablement entre le ^ Grand Seigneur et eulx, pour la jalousie qu'ils ont ordinairey> ment de ses armées. :»
1 . Dans le cours d'informations sur les affaires de France, que contenaient ses. lettres des 12, 22 février et 15 mars 1564» (V. négoo. de ta France avec le Levant^ in-4o t. UI, p. 761
Non seulement, en effet, à la date de 4564, la i-enommée de Famiral de France était parvenue jusques dans les contrées du Levant, et le Sultan Selim II, le tenait en haute estime; mais, de plus, ce prince, spécialement en 1565, entretint avec lui des rapports amicaux et alla même jusqu'à réclamer ses conseils. Ce fut alors, qu'en réponse aux avances flatteuses qui lui étaient adressées, l'amiral envoya, en 1566, Téligny vers ce sultan.
En même temps que Téligny, partirent pour Constantinople quelques seigneurs calvinistes. Son départ et le leur coïncidèrent avec celui de Guillaume de Grand-Rye, dit Grandchamp, envoyé par le roi de France auprès du Grand Seigneur, et que Von considérait comme secrètement huguenot. « Vous eussiez
> dit, raconte Brantôme * , qui, de son côté, se rendait à Malte, » en compagnie de trois cents gentilshommes, que ceste année » la (1566) estoit venue et destinée pour faire voyager les » Français. Les uns allarent en Hongrie..., les aultres allarent » en l'armée du Grand Seigneur avec l'ambassadeur du roy, y> Monsieur de Grand-Champ comme Monsieur de la Fin La » Nocle et plusieurs autres. Les autres allarent en Constanti- » nople, comme les seigneurs de Ville-Conin, de Théligny, de
> Longua, de Genissac, tous huguenots. >
La mission de Téligny, on n'en saurait douter, avait son importance : mais quel en était l'objet? c'est ce que le jeune envoyé, fidèle au secret promis, se garda bien de révéler, quelque pressantes que fussent, à ce sujet, les instances d'un infatigable interrogateur, se disant a: son grand ami. > Laissons parler ici ce dernier. « C'est un grand cas, dit-il* , qu'un seigneur simple ]> et non point souverain, mais pourtant d'un très haut et an- :» cien lignage ayt faict ti^mbler toute la chrétienté et remplie
i.Éd. L. Lai. t. V, p. 405, 406.