De Bèze, Hist eccL, t. U, p
âant jwqv^ii b Hn)nK(lre apparence tf cme pression exercée sur le sottTeraiû et sur sa mère, il s'abstient de paraître à Fontainebleau, où il n'es» point appelé, et veut que le départ de Catherin pour Orléans soit exclusivement Tefifet d'une détermination librement prise par cette princesse. Ce qu'il espère, c'est que ce sera le sage parti qu'elle adoptera, en fece du danger auquel il désire la soustraire. Ce danger, Soubize le signale à Catherine avec un redoublement d'énergie, car il vient d'apprendre que Guise et Antoine de Bourbon s'avancent sur Fontainebleau pour s'y emparer de la personne du roi; mais Catherine se berce (f ilheions au sujet de ses ennemis, dont elle se croit capable de déjouer les plans; elle résiste aux instances de Soubize* , et ce dernier, dont la présence auprès d'elle est désormais inutile, se sépare du roi, de sa mère, et, dans l'espoir de les servir ailleurs, la rejoindre Condé.
Un récit auquel s'attache une autorité particulière, celui d'un ami initié i la connaissance des divei-ses phases de la vie privée et de la vie publique de Soubize, retrace en ces termes les derniers entretiens qu'il eut avec Catherine de Médicis, à Fontainebleau* :
c Le sieur de Soubize espéroit tousjours de gaigner la royne
> pour aller à Orléans, et de faict quelquefois il lui sembloit
> qu'elle estoit toute résolue, mais après elle changeait d'advis.
> Toutefois il persistoit tousjours ; à quoy luy aidoit le chanî celier de lHospital, de sorte que, tous les jours, ils parloient
> deux ou trois heures à elle dans son cabinet et la pensoient
4. € Oaelqaes-uns avoient conseillé à la royne mère de se retirer de Fon-
> lainebleau dans la ville d'Orléans, avec le roy et messieurs ses frères, et là
> se tenir close et couverte contre tous, jusques à ce qu'ils fussent entrez en
> quelque bonne réconciliation; elle n'y a voulu ou osé entendre; lellement
> que le roy de Navarre Ta retrouvée à Fontainebleau. > (Est. Pasquier, liv. IV, lettre 15).
2. Mémoires de la vie de Jean de Parlhenay-rArchevéque, sieur de Soubize, p. 5i à 54.
y> quelquefois avoir toute gaignée, et qu'elle estoit preste à y al-
» 1er; puis tout soudain une frayeur luy prenoit tellement
y> qu'elle en estoit découragée. Néantmoins tant plus le sieur
» de Soubize voyoit que le temps estoit court, et plus il s'esver-
» tuoit ; de sorte que, le jour avant que ceulx de Guise deusseat
y> arriver, après luy avoir remonstré tout ce qu'il peut à quoy
» elle luy accordoit tout, hormis l'effect qu'il sembloit qu'elle
» refusoit seulement par crainte, il pressa encores monsieur
y> le chancelier de luy en parler, et le fit retourner vers elle
5) cinq ou six fois ce jour là, combien que le chancelier luy dict
^ qu'il n'espéroit plus rien, qu'elle n'avoit point de résolution,
» qu'il la cognoissoitbien. Si fais-je bien moy, disait le sieur de
» Soubize; mais, je vous prie, essayons encores ce coup; telle-
» ment que, comme j'ai dict, ils retournèrent, ce jour-là, cinq
y> ou six fois vers elle ; et pour cet effect tarda, à Fontainebleau,
» jusques au soir, après soupper, dont ceulx de Guise dévoient
» arriver le lendemain. Quand il vit qu'il ne gaignoit plus rien
y> à l'endroit de la royne et que ceulx de Guise estoient si près,
y> il se résolut de partir le soir et vint prendre congé d'elle.
» Mais elle le pria lors de demeurer près d'elle, à cause que
y> si elle se vouloit déclarer (comme elle lui donnoil espérance
y> de le faire, selon que ses affaires succéderaient) elle n'avoit
)) personne en qui elle se fiast; pourtant elle désiroit qu'il de-
)) mourast afin de luy servir en ce faict, pour ce qu'elle ne s'en
)) pouvoit fier qu'à luy. A quoy il luy répondit : Madame, je ne
)) sçay comment vous pouvez espérer d'avoir moïen de vous décla-
» rer, si vous ne le faites entre cy et demam, que ceulx de Guise
y> arriveront ; car si vous attendez leur venue, vous vous devez as-
» surer que le roy et vous serez prisonniers, de sorte que, pour
)) estre en ceste court, je ne vous férois nul service, car seule-
» ment je n'aurois pas moïen de parler à vous, et ne ferois que
» me mettre en danger, pour ce que, le roy et vous n'ayant plus
» de pouvoir, et sachant comme je vous suis serviteur, dès le
> lendemain on me feroit tuer, non que je plaignisse ma vie î pourvu que je la despendisse pour vostre service; mais ce » seroit inutilement, perdant le moïen de vous en faire ailleurs.
> Ce que voyant, la reine le pria de ne prendre donc point en- D core les armes, mais de s'en aller chez luy pour luy tenir des s Irouppes de Poitou et de Xainctonge prestes, et les luy amener j) quand elle luy manderoit en avoir besoing. A quoy il luy fit » response que, lorsqu'elle en auroit affaire, que le lui faisant ù savoir, il les manderait tousjours bien, et qu'il luy respon- ^ doit de les luy mener toutes fois et quantes qu'elle voudroit, » sans qu'il fûst besoing que pour cest effect il fust sur les lieux ; :) que cependant il ne demeurerait point inutile, mais s'en
> iroit joindre avec ceulx qu'il sçavoit estre délibérez d'em-
> ployer leur vie pour son service et pour la délivrer de la cap- 5> livité où le roy et elle alloient entrer. Eh bien donc! luy dict j> la royne. Sur cela, il prit congé d'elle. i>
A quelques heures de là, Soubize, arrivé à Meaux, y serrait la main du sage et valeureux de Lanoue qui, déplorant comme lui que la régente ne se fût pas laissée a: induire d'aller à î Orléans et d'y mener le roy », n'hésita pas à lui dire ce qu'il répéta plus tard ailleurs* : a Si les effects (des conseils de dé- 19 pari) s'en fussent ensuyvis, je cuide que les armes se fussent ^ remises au fourreau. Car estant la cour en un heu où elle ne î pouvait estre surprise, à cause des forces qu'on y eûst fait » venir, et où elle ne pouvait estre forcée, pour ce que nul j> n'eûstosé alors entreprendre de faire tirer les canons contre les ^ murailles qui environnoyent le roy, on eûst là parlé et négotié
> achevai, jusques à ce que les affaires eussent esté aucunement » reslablies selon les édicts de pacification. Mais de penser que » ce remède eûst amorti les guerres, je m'en donneray bien
> garde. Il suffit s'il les eûst dilayées pour quelque peu de ^ temps. >
i. De Lanoue, Disc, polit, et milit.y p. 660. ^
Catherine commit donc, à une heureKlécisive, une faute grave en refusant de se rendre aux conseik de Colâgny, de d'Andelot^ de Condé, de THospital et de Soubize; faute q«â la plaça sur le bord d'un abyme dont elle devait descendre rapidement la pente«
Bientôt arrivèrent à Fontainebleau Antoine de Bourbon et les triumvirs, qui entraînèrent de vive force le jeune roi, «uivi par sa mère, à Melon, à Vincennes* et à Paris, où Anne de Montmorency afficha son mépris pour Tédit de janvier en allant, à la t^e d'une horde populaire, saccager et incendier les prêches de Popincourt et du faubourg Saint- Jacques* .
Usurpateurs du pouvoir suprême, Gkiise, Antoine ei Iwirs
1. € The king of Navarre with his company went from Corbeil to Fontaine-
> Meau, where the king and especially the queen mother made tfaem strong
> counlenance, because the train came in arms to the court. After the laster
> holidays, if the king of Navarre and his company prevail, he means to bring » the king to bais de Vincennes, to strengthen wilh his name the authority of
> tfaeir doings,which willprove to the disadvantage of the protestants (Throck-
> raorton to the queen, 31 mars ib62{Calend. ofstate pap. foreign),'
2. Est. Pasquier,liv. IV, lettre 15.— De Bèze, Hist, eccl., t. II, p. 12. —Celte déplorable expédition, dans laquelle la dignité du connétable de France fat sisf ulièrement compromise, valut à Anne de Montmorency le sobriquet decapitaine brâle-bancs (d'Aubigné, Hist, univ., 1. 1, liv. III, ch. I). — Une lettre de l'ambassadeur d'Angleterre contient sur cette expédition quelques détails précis (Throckmorton to the queen, 10 avril 1562, CcUend. of State pap. foreign) : « On the morning of the 5 inst. the constable accorapanied by those
> who guarded the lown, went to one of the places ^here the ministers prea- 1 ched in the faubourg Saint-Jacques, and there plucked down a pièce of the 1 house and burnt the pulpit, forms and chairs, some of the protestants vi^ere 1 wounded, and some taken and committedto prison. From them the constable
> marehed with (Ifteen or sixteen ensigns armed through the town to the palace, 1 and in his march took prisoners many noblemen who were favourers of pro-
> testantism, aniongst whom were to advocates, Rosey and de Pree, belonging
> to the prince of Condé, who were committed to the Bastille. A défense was 1 made aot by edict but by commandement, that there should be no more 1 preaching nor assemblies, there was then great search made to take the
> preachers^ of Paris. > — Beza ad Turicenses et Bernâtes, 12 avril 1562 (Baum, app., p. 178) : c Hostibus interea nihil potius fuit quàm parisiensem » ecclesiam, conculcatis regiis edictis, dissipare. >
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eomplices se servirent du nom du monarque pour propager partout le trouble, les persécutions, et pousser à la guerre civile. Assemblant alors le conseil au Louvre, ils y proposèrent de prendre les armes contre Condé et ceux de son parti. <r Le € chancelier de l'Hospital s'y opposant fortement, le connétable
> dit : qu'un homme de robe ne devait pas assister aux conseUs 1 deguerre; le chancelier répliqua, que si lui et ses semblables
> ne savaient pas faire la guerre, ils savaient néanmoins par-
> Éadtement décider quand il la fallait faire. Cependant comme
> les conseils violents du triumvirat remportaient sur les raisons,
> le chancelier, à titre de suspect, fut exclus du conseil* y> et se retira dans sa terre du Vignay, où il devait rester tant que durerait sa disgrâce.
Intimidée par les triumvirs et par Antoine, Catherine n'osa s'opposer ni à leurs résolutions, ni à leurs actes. Il y eut plus : elle ne tarda pas à s'abaisser au point d'en accepter lasolidarité, tout en affectant .les dehors et le langage d'une indépendance personnelle, alors qu'elle demeurait asservie. Du reste, elle comptait sur quelque revirement politique, et plus encore sur ses propres manœuvres, pour s'affranchir ultérieurement des liens de la dépendance et pour dominer enfin, dans l'État, les hommes et les événements.
Le changement soudain de son attitude vis-à-vis des réformés se reconnut à des signes qui n'étaient que trop certains :
L'édit de janvier avait été promulgué sous ses auspices : elle n'en tint plus compte;
Les réformés avaient été protégés par elle : elle se tourna contre les réformés;
Parmi eux s'étaient rencontrés ses meilleurs conseillers, ses plus fermes appuis : elle dédaigna leurs conseils et oublia leur fidélité;
i. De Thoo, Hist univ., t. UI, p. 137.
Elle avait, en des jours de détresse, convié Condé à prendre les armes : elle le désavoua quand il ceignit Tépée.
Se révélant par là telle qu'elle était en réalité, Catherine n'apparut plus, aux regards de ceux dont elle venait de tromper la confiance, que comme une femme sans principes fixes, sans respect des droits acquis, sans énergie contre la force brutale des oppresseurs, mère imprévoyante, régente k double face et à calculs étroits, maîtresse ingrate envers ses plus fidèles sujets.
Tout en s'a vouant à eux-mêmes, dans le secret de leurs appréciations, les torts de la reine mère, les réformés en firent ostensiblement remonter la responsabilité aux triumvirs et à Antoine de Bourbon, qui, enserrant la royauté dans les liens d'une captivité odieuse, dépouillaient à la fois Catherine et son fils de toute autorité de langage et d'action. Sincères défenseurs de ces deux victimes d'une faction tyrannique, Condé, Coligny et les autres chefs des réformés professèrent f>ubliquement pour elles un respect toujours maintenu depuis à la hauteur de la mission protectrice qu'ils déclaraient s'être imposée; et le seul ennemi qu'ils entendirent combattre fut, comme, ils le proclamèrent constamment, cette même faction qui, hostile à la royauté, l'était bien plus encore aux droits de la conscience chrétienne, dont ils soutenaient la cause sacrée.
En consultant trois témoins fidèles, de Lanoue, Soubize et de Bèze, activement mêlés aux événements qui se pressaient alors, suivons la marche de Condé vers Orléans et son entrée dans cette ville, a: pour là dresser une grosse tête, si on venoit aux armes S.
Après avoir, le jour de Pâques, célébré la cène à Meaux, le prince et ceux qui l'accompagnaient a: s'acheminèrent, dit de y> Lanoue % vers Saint-Cloud, où ils se renforcèrent de trois D cents bons chevaux : et là ils eurent advertissement que M. de