Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 20 461, fo
9 veu en ma compagnie d'armes, il me semble qu'il ne doibt
> astre trouvé non plus estrange que de ceulx qui vont trouver ï monsieur de Guise aveeques armes descouvertes, et dont je » puys parler comme les ayant vues; davantage que je suys
> advertide plusieurs endroicts que monsieur de Guise me meî nace fort, ce que m'a encores icy confirmé monsieur le prince ^ comme l'ayant enttendu de bon lieu ; et pour ceste cause je
> vous supply très humblement, madame, ne trouver maulvais
> que je me tienne sur mes gardes. La seconde lettre de vostre » majesté faict encores mention de ce que vous avez enttendu » que je suys parti de chez moy aveeques grande compagnie
* de gens armés d'armes creues et descouvertes, et que je faicts î ainsi marcher ma compagnie, l'ayant levée de sa garnison.
> Quant à avoir bonne compagnie, je confesse que je l'ay et l'au- ^ ré la meilleure que je pourré pour me garder d'estre oui- ^ tragé. Quant àarmes descouvertes, je n'en ay veu en ma com- :» pagnie sinon de pistoles et pistolets, ce qui est commun par i> tout le royaulme de France. Quant à avoir levé ma compagnie
> de sa garnison, il ne s'en trouvera nul mandement de moy, j> et ce qui principalement m'en a gardé, c'est que je sçavois
> bien qu'il n'y avoit pas tant de gens que cela me peust porter
> grande faveur, et toutefois, madame, quand je l'aurois mandée, j je n'aurois faict que ce que ont faict d'aultres. Quant à ce
> que me mandés si j'ai faict faire ung serment à ma compa-
* gnie sans parler du roy, affin que vous cognoissiés la vérité î du fait, il y a plus de quatre ans que je ne fus en monstre
> de ma compagnie, là où les sermens se font; d'en avoir faict
> faire depuys en quelque sorte que ce soit, si vous trouvés î qu'il en soît rien, je veulx que vous me teniés pour infâme et
deshonoré. Au demeurant, je vous supply très humblement, madame, croire qu'il n'y a gentilhomme en France qui plus désire vous veoir en repos et contante que moy, ce que je feré plus particulièrement enttendre par le capitaine Breuil que
> monsieur le prince envoyera devers vostre majesté. Et sur ce^ ]& je prierai nostre seigneur, madame, vous donner en parfaite » santé très heureuse et très langue vie. De Meaux, ce xxvn* de ii> mars 1561 (1562 n. s.), vostre très humble et très obéissant y> subject et serviteur, Chastillon. >
Catherine reçoit cette lettre à Fontainebleau, où, depuis quelque temps, elle s'est rendue avec ses enfants. Aux injustes soupçons par lesquels elle l'a blessé, Coligny, généreux conmie toujours, répond par la loyale assurance de son dévouement. La régente doit donc ne voir en lui qu'un sincère défenseur et compter sans réserve sur ses efforts, comme elle compte sur ceux de Condé, pour tenter de sauver et elle et le roi. Le doute à cet égard lui serait d'autant moins permis, qu'auprès d'elle se trouve en ce moment, pour confirmer la parole de l'amiral, le garant le plus sûr auquel elle puisse se fier, savoir, l'intime ami de celui-ci, Soubize, dont les sentiments élevés s'identifient avec ceux de l'homme éminent qui l'appelle son frère* .
Au nom de Condé et des autres chefs réunis à Meaux, Soubize insiste auprès de Catherine pour qu'elle suive enfin le conseil, qui lui a été donné par l'amiral et par d'Andelot^ , de se diri- . ger avec le roi vers Orléans, où Condé, à la tête des siens, va se rendre, et où s'effectuera, sans obstacle sérieux, la translation du siège légal du gouvernement. Le prince pourrait sans doute, ainsi qu'il le projetait d'abord, marcher droit à Fontainebleau, et de là conduire la régente et son fils sur la Loire; mais, répu-
1 . € Le s* de Soubize portoit amitié particulièrement à messieurs de Chas- » tillon, desquels il fut toujours inthime amy; tellement que tous trois le te- •p noient comme pour leur quatrième frère, nommément monsieur l'admirai,
> qui a dit beaucoup de foys que, luy estant mort, il ne lui estoit plus resté j un tel amy, et que Tamitié qui estoit entre eux n'estoit- point seulement » d'amys, mais de frères. > {Mémoires de la vie de Jean de Parthenay-rArche-
> véque, sieur de Soubize, Paris, in-12, 1879, p. 18 et 19.)