Bibl. nal. mss- fonds Golbert. V vol. 24, f
dérés se voyant menacés par l'armée royale, qu'un corps de troupes envoyées par le duc d'Albe venait de renforcer, obvièrent au danger que leur eût fait courir alors une bataille, en se mettant promptement en route pouf la Lorraine, afin d'y recevoir les auxiliaires allemands, surlesquels ils comptaient.
En môme temps, l'amiral, pour entretenir les hommes d'État de TAngleterre dans de bonnes dispositions en faveur des réformés français, écrivit à Cécil * :
« Monsieur, les grands et vertueux et recommandable^ offices > que vous avez faits jusques à ceste heure pour l'avancemeot 3) de nostre cause et les effets qui s'en sont suivis, et dont nous » nous ressentons à bon escient, nous rendent un témoignaige y> si certain et asseuré du zèle et affection si singulière qu'il a ^ pieu à Dieu de mettre en vous, en ce qui touche son honneur y> et gloire et la conservation des églises qu'il a recuillies en ce D royaulme, oultre ce que nous ,en avons apprins par les y> lettres et dépêches de monsieur le cardinal de Chaslillon, y> que j'ay pensé que je vous ferois tort et à moy mesme si je y> voulois essayer d'augmenter une si bonne et sainte volonté y> par un discours de raisons, et que ce seroit aultant si je D voulois adjouter de la chaleur au feu ; de sorte que je me y> contenleray, s'il vous plaist, de vous supplier seulement par y> ceste-ci de vouloir entendre de Testât de noz affaires, de ce D gentilhomme présent porteur, oultre ce que vous en dira D aussi en particulier monsieur le cardinal de Chastillon, et nous » continuer la mesme et semblable volonté, et faire comme y> vous avez tousjours accoustumé et que nous avons tousjours y> attendu et espéré de vous; et combien que vous soyez cont> duit à cela pour la cognôissance que vous avez de l'équité D et justice de ceste cause, qui vous est commune avec tous D les gens de bien, sy ne iaisseray-je pourtant, oultre legéné-
1. Record office state pap. France, vol. XLU. — De Laferriére, le xvi« siècle et les Valois, p. 204, 205.
» rai, de vous remercier en mon particulier de ce que vous y> avez fait jusques à ceste heure. Ce sera de mesme affection » que je désire estre recommandé bien affectueusement à vos » bonnes grâces, priant le créateur, qu'en augmentant en vous, ï> monsieur, les siennes, il vous maintienne toujours en sa i> sainte garde et protection. y>
f Le lendemain de l'arrivée du cardinal de Châtillon à Châlons-sur-Marne, la reine mère vint dans cette ville, en compagnie des cardinaux de Bourbon, de Lorraine et de Guise, et déclara au frère de l'amiral que les explications et éclaircissements qu'il sollicitait, au nom des chefs réformés, se rattachaient à une matière sur laquelle le roi, en son conseil, devait se prononcer directement; qu'il fallait donc aller trouver Charles IX à Vincennes, où il résidait. Le cardinal de Châtillon obtempéra; mais au lieu d'être admis à conférer avec le roi, il reçut l'ordre de s'expliquer d'abord avec Jean de Morvilliers et Louis de Saint-Gelais de Lansac, puis avec le premier président Christophe de Thou et le président René Baillet. Odet, soupçonnant qu'on voulait traîner l'affaire en longueur, sans rien conclure, refusa de traiter.
Trois jours s'étaient écoulés depuis son refus, lorsque Catherine, qui s'était rendue à Paris, le fit venir au couvent des Minimes, et lui dit qu'il ne suffisait pas de traiter de la paix, si l'on ne convenait des moyens d'empêcher que le feu de la guerre, qui aurait été éteint, ne se rallumât ; et elle le pria de lui donner, sur ce point, son avis :
Le cardinal répondit sur-le-champ * : « Puisque la crainte, i> les exils et les différents suppHces n'ont rien gagné jusqu'à » présent sur les réformés; qu'au contraire, la persécution n'a » fait qu'augmenter leur nombre et les fortifier, et que, les 3> deux partis se trouvant fatigués de la guerre, il a falju en