Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 155ii, f
2, De Thou, hîst, univ., t. IV, p. 40.
Condé et les confédérés n'avaient pris les armes que dans une extrômenécessité, et pour leur jus te défense ; que, s'ils ne l'eussent pas fait, leurs ennemis eussent impunément achevé de les perdre et de bouleverser le royaume ; qu'ainsi, ils ne pouvaient congédier les troupes auxiliaires qu'ils avaient été obligés de faire venir pour les opposer à tant de troupes étrangères que leurs ennemis avaient levées en Italie, en Suisse, et dans les Pays- Bas, sans exposer leurs vies^ ou sans se voir réduits à abandonner le royaume; qu'ils ne refusaient pas néanmoins de déposer les armes, dès qu'on aurait remis les choses dans leur état primitif, pourvu que Sa Majesté congédiât aussi les Italiens, les Suisses et les troupes nouvellement envoyées par le roi d'Espagne, qu'on n'avait appelées que pour servir des projets d'extermination. En ce qui concernait l'affaire de Meaux, le cardinal protestait, au nom du prince de Condé et de tous les confédérés, qu'ils n'avaient jamais pensé à former une conjuration, ni contre Sa Majesté, ni contre sa maison, et qu'ils aimeraient mille fois mieux mourir que d'avoir une pareille pensée; qu'ils étaient venus à Meaux uniquement pour se jeter aux genoux de Sa Majesté et pour la supplier, avec toute l'humilité et la soumission possibles, de vouloir bien révoquer l'arrêt que leurs ennemis l'avaient forcée de prononcer, et qui était sur le point d'être exécuté contre eux et contre tous ceux qui protestaient n'avoir point d'autre vue que de réformer et corriger les abus qui s'étaient glissés dans la religion ; que c'était contre ces ennemis seulement, et non contre l'autorité de la majesté du roi qu'ils avaient pris les armes ; ce qu'ils étaient prêts à soutenir, à main armée, contre ceux qui oseraient dire le contraire; que, pour cela, il suppliait Sa Majesté de vouloir bien rendre ses bonnes grâces au prince de Condé et à tous ses partisans, de les regarder comme de très bons, très soumis, et très fidèles sujets, de leur accorder une pleine et entière liberté de conscience, et de les maintenir dans le libre exercice de leurreli-
gion^ ainsi que dans la paisible jouissance de leurs biens et de leurs dignités ; protestant qu'ils étaient disposés à se laisser réduire à la dernière extrémité et à souffrir tout ce qu'il plairait à Dieu de permettre ou d'ordonner, plutôt que de se livrer entre les mains de leurs ennemis, qui étaient ceux du roi et de FÉtat, et que d'être abandonnés à leur merci.
Les confédérés, ne pouvant plier devant l'injonction royale, de se rendre, en quelque sorte, à discrétion, les négociations furent rompues, et le cardinal de Châtillon se retira.
Charles IX écrivit alors aux officiers placés sous le commandement du duc d'Anjou * : « Messieurs, l'asseurance que j'ay que y> mon frère vous rendra bien au long informez comme s'est 3> passée la négociation du cardinal de Chastillon touchant la i> paix, sera cause que je ne vous en feray aultre discours par 1^ ceste lettre. Bien vous diray-je, puisqu'il n'y a eu moyen de jD parvenir à ladite paix, qu'il fault avoir recours à Dieu pour y> le prier de tout mon cœur de m'assister et favoriser en ma j> juste querelle, de laquelle, avec son bon secours, la bçnne j> conduite de mondit frère et la vertu et vaillance de vous 3> tous, je ne me puis promectre que toute bonne yssue. Vous D priant tous, en ceste occasion, et en une si sainte et justt » querelle comme est la mienne, où il va et de l'honneur de y> Dieu et de la conservation de mon estât et seureté de ma » couronne, me faire à bon escient paroistre que, à bonne et y> juste occasion je me fie extrêmement en vous, et que plus > seurement ne puis-je mectre la conservation de mon dict » estât que entre les mains de mondit frère et de vous tous. Et D sachant assez de quelle affection vous embrassez tous ceste » cause, me remectant sur ce que mondit frère vous en dira » plus au long, je finiray ceste lettre en priant Dieu qu'il vous D ayt en sa saincte et digne garde. »
4. Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15 544, f» 92. Lettre du 20 janvier 1568;
La réception de cette lettre ne changea rien à la résolution, récemment prise par le conseil placé auprès du duc d'Anjou, de ne pas poursuivre Tarmée des confédérés ; résolution au sujet de laquelle de Lanoue * s'exprime ainsi : « L'armée de <c monseigneur (le duc d'Anjou), voyant cest éloignement (de i> l'armée du prince de Condé), désista de la poursuite. Et y> aucuns se glorifioyent de ce qu'on avoit chassé les liugue- » notz hors du royaume. Autres plus clairvoyans, s'apperce- » vans bien qu'on ne les pouvoit plus empescher de joindre » leurs forces allemandes, furent d'avis de les laisser courre, » et aviser aux moyens de les garder de rentrer. Mais il y en i> eut aussi, et non petite quantité, qui jettèrent un grand j> blasme sur aucun conseillers de monseigneur, de quoy on » les avoit laissé eschapper sans les combattre, et disoyenl que » l'admirai, s'entendoit secrètement avec eux ; ce qui estoit une )) imagination du tout fausse, et de quoy luy mesme se rioit • » m'ayant dit plusieurs fois n'en avoir nulle, mais qu'il tasche- > roit cependant à les entretenir en ce soupçon. »