CHAPITRE IX
L'Électeur palatin Frédéric 111 et son fils le duc Casimir. — Leur svmpalhie pour les réformés français. — Frédéric justifie, dans une protestation, Tenvoide troupes auxiliaires en France, sous la conduite de son fils. — Jonction de ces troupes avec celles de Condé, en Lorraine. — Sacrifices faits par celles-ci pour subvenir au payement de la solde des auxiliaires allemands. — Rentrée dos confédérés en Franco, Tamiral y assure leur marche, leur approvisionnement et leur séjour. — Siège de Chartres. — Fait d'armes de Coligny. — Renée de France à Montargis. — Charlotte de Laval à Orléans. Soins assidus qu'elle prodigue aux blessés, aux malades, aux pauvres. — Atteinte d'une maladie mortelle, elle écrit à son mari. — L'amiral accourt à Orléans. Mort de madame l'amirale. — Profonde affiiction do Coligny. — Son allocution à ses enfants. — Il est obligé de les quitter pour aller reprendre son commandement, sous les murs de Chartres. — Négociations en vue d'une paix. — La paix, dite de Longjumeau est conclue. — Lettre de l'amiral à Catherine. — Il revient à Châtillon. — Lettre que Th. de Bèze lui adresse, au sujet de la mort de Charlotte de Laval.
Les troupes auxiliaires, à la rencontre desquelles marchaient Condé et ses compagnons d'armes, étaient envoyées par un prince, l'électeur palatin Frédéric III, et conduites par un chef, le duc Casimir, son fils, dont on appréciera d'autant mieux les sympathies pour la réforme française, qu'on se sera préalablement rendu compte du caractère et des antécédents de chacun d'eux.
Frédéric III, dit le PieuXy fils ahié du comte palatin Jean II de Simmern, et de Béatrix, fille du margrave Christophe de Bade, naquit à Simmern, le 44 février 1525. Son père, ami des lettres, prit un soin particulier de son éducation, et, pour la compléter, le fit, au sortir de l'adolescence, séjourner à la cour de Lorraine et à celle de Charles-Quint. A dix-huit ans, Frédéric prit part à Une campagne contre les Turcs. Il épousa
Marie, fille du margrave Casimir de Brandenbourg-Kulenbach et de la princesse bavaroise Suzanne, qui fut unie, en secondes noces, au prince Otton-Henri. Le jeune couple habita tour à tour Simmern et le château de Birkenfeld. Élevée dans les croyances luthériennes, Marie amena peu à peu Frédéric à y adhérer, alors que de sérieuses impressions l'eurent détaché du cathohcisme, qui ne répondait plus aux besoins de son âme. Sincère et ferme dans ses convictions religieuses, il dut rompre avec son beau-frère, le margrave Albert, chez qui l'intérêt politique étouffait fréquemment la voix de la conscience. Il y eut plus : la sincérité et la fermeté de ses convictions lui firent encourir la disgrâce de son père , qui lui retira tout appui, toutes ressources. Loin de suivre l'exemple de divers petits princes, qui pour prix de leur servihté, recevaient une pension de l'empereur ou de quelque autre souverain catholique, il ne fléchit pas sous l'épreuve; et, d'accord avec sa noble compagne, il préféra, à une aisance indignement acquise, le maintien de .son honneur, dans les angoisses de la pauvreté; angoisses d'autant plus vives, qu'il souffrait, avant tout, des privations imposées à sa femme et à ses nombreux enfants. Une correspondance émouvante porte la trace des anxiétés qui prédominaient, au foyer domestique, mais atteste en même temps, la pleine confiance de Frédéric et de Marie dans la bonté de leur père céleste; témoin ce passage de l'une des lettres de Mai'ie : oc Nulle issue pour nous, dans la détresse, si Dieu ne nous vient D en aide. Ah! veuille ce Dieu tout-puissant nous accorder la D vraie patience, afin que nous portions sans être accablés par » son poids, la croix qu'il nous impose! si Dieu n'était pas notre » suprême consolateur, nous nous désespérerions de la présence i> de tous les enfants qu'il nous a donnés, et de l'absence de » ressources nécessaires; mais, puisque Dieu nous a accordé i tous ces chers petits, et que peut-être il nous en accordera D d'autres encore, eh bien ! j'espère, oui j'espère, qu'avec le
1^ temps il nous fournira le moyen de les élever honorablement. > La foi qui soutenait ainsi Frédéric et Marie, dans l'épreuve du dénuement, les soutint également dans d'autres épreuves plus poignantes, dans celles qu'ils subirent en perdant plusieurs de leurs enfants.
En 1556 s'ouvrit devant Frédéric la perspective de son élévation à l'Electorat, quand il deviendrait vacant par la mort d'Otton-Henri ; celui-ci n'y fut alors promu, qu'à un âge avancé, et sans enfant pour lui succéder. En 1557, Frédéric perdit son père, dont il avait adouci les derniers moments, en l'assistant de ses pieuses exhortations, de ses prières, et en l'amenant à la foi évangélique. Appelé désormais à gouverner la principauté de Simmern, il favorisa parmi ses sujets l'affermissement de la religion qu'il professait, et prit une part active aux affaires ecclésiastiques qui intéressaient en commun les princes d'Allemagne. Otton-Henri étant mort, le 12 février 1559, Frédéric fut investi, à Heidelberg, de la dignité Electorale, <t Je te conjure, » écrivit-il alors à un prince ami, de t'unir à moi dans mes i> prières, pour demander à Dieu de m'accordér, dès le début » de mon gouvernement, grâce, intelligence, sagesse, et le seù cours de son Saint-Esprit, afin que je puisse m'aôquitter de » la charge qu'il m'a confiée, à la gloire de son saint nom, pour » le bonheur de mes sujets, et en rendre dignement compte, .^ le jour où je comparaîtrai devant le tribunal du Christ. y> Dominant des hauteurs de la foi chrétienne les difficultés que lui suscitait un antagonisme, soit religieux, soit politique, Frédéric passa résolument du Luthéranisme au Calvinisme, dès qu'il s'y sentit appelé par sa conscience. Ses judicieux conseils, sa douceur, sa tendresse calmèrent les anxiétés de Marie, qui était demeurée Luthérienne.
Peut-être Frédéric III n'a-l-il jamais mieux justifié le surnom de pieux ^ que par sa noble altitude, d'une part, au foyer domestique, et de l'autre, dans la série de ses généreux efforts en
faveur des réformés français cruellement persécutés. Ils étaient pour lui des frères en la foi, et il le leur prouva, soit en prenant leur défense auprès de leur souverain, dans d'énergiques représentations adressées à celui-ci, soit en cherchant à les arracher au supplice, comme il le fit pour Anne du Bourg, soit en répondant à leurs appels par l'envoi de troupes en France, sous la conduite de son fils, le duc Jean Casimir.
Ce dernier « avoit esté, quelque espace de temps, nourry en » France et y avoit reçeu beaucoup de gracieusetés et hon- » neurs \ » tout jeune qu'il était, sous Henrill, il y avait été bienveillamment accueilli par quelques-uns des principaux représentans delà réforme, avec lesquels ilétaitresté en relations depuis son retour en Allemagne *! Autorisé par son père, vers la fin de l'année 4567, à se rendre en France, à la tête d'un :orps de troupes, pour y secourir Condé, Coligny et les autres chefs réformés, il caractérisa en ces termes ' la mission qu'il seproposaitde remplir : « pour préserver la couronne de France » d'une extrême et totale ruine, je me suis armé contre ceulx qui y> imposent par leurs mauvais conseils et practiques que lerov » ne puisse déclarer sa clémence naturelle et affection de père 3) envers ses pauvres subjectz, et qui le contraignent par leurs )) autorilez d'obéir plus à leurs affections débordées qu'à la vo- » lonté de son Dieu. »*— Frédéric III, de son côté, mandait* au duc de Wurtemberg : « Mon fils, le duc J. Casimir n'a eu i> congé de moy pour faire ce voyage, ne autre intention que > pour le bien de la dignité royale et des fidèles subjectz, aussy y> pour obvier et empescher, de son possible, à toutes sortes de