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se préparèrent à quitter la capitale et à s'avancer dans la direction d'Orléans, «craignant de laisser derrière eux quelques-uns 1 qui fussent pour remuer mesnage, en leur absence, ils persua-
> dèrent au roy de Navarre, se laissant gouverner du tout à
> leur appétit, de faire un édict du 26 de may * portant exprès 1 commandement, sous peine d'estre punis comme rebelles au
> roy, à tous ceux qu'ils appelaient de la nouvelle religion, de 1 sortir de la ville de Paris dans deux jours, sans plus y séjourner,
> aller, venir, fréquenter, ni demeurer en quelque sorte que 1 ce fust jusques à ce qu'autrement en fust ordonné.... La » pluspart d'une si grande multitude ne sachant où aller ni se
> retirer il n'y eut inhumanité qui ne fust puis après exercée
> dans la ville sur infinis peuples, pauvres et riches, devant et 1 après le terme si court de deux jours expiré, et ce, non seu- 1 lement par la populace ou par ceux qui ne demandaient pas » meilleure occasion de poursuivre leurs vengeances et pas-
> sions particuhères, mais aussi par ceux de la justice mesmes,
> traînant en prison autant qu'ils en pouvaient attraper, et les » traictantpuis après comme les plus criminels du monde, sans
> avoir égard au traitement tout contraire qu'on faisait à ceux ) de la religion Romaine, es villes saisies et qui estoient en la 1 puissance du prince. Voilà pourquoy, à Orléans, il fut mis en
> délibération si on chasserait aussi ceux de la religion Romaine
> et si pour le moins on leur rendroit la pareille en l'exaction 1 des deniers nécessaires pour la guerre. Mais il fut conclud
> qu'on ne feroit point ce qu'on condamnoit aux autres, ains
> qu'on rendroit le bien pour le mal, remettant la vengeance
> àDieu^. »
i. Voy le texte de cet édit dans les Mém, deCondé, t. III, p. i62 à i64, et Ibid.f p. 464, une déclaration du 27 mai.
2. Bèze, Hist, eccl.^ t. Il, p. 75-76. — Voy. aussi une lettre de Catherine de Médicis au roi de Navarre, du 26 mai 1562. (Bibl. nat., mss. f. fr. vol. 6626,
Ici encore, quel contraste entre les actes du parti catholique et ceux de l'association des chefs réformés!
En effet, alors que l'intolérance des triumvirs décimait, dans la capitale comme ailleurs, les sectateurs de la religion dite nouvelle, Condé et Coligny, partout où s'étendait leur action, s'attachaient à faire respecter, vis-à-vis des catholiques le principe de la liberté religieuse. La preuve en est, h ne parler que de Lyon, dansles recommandations qu'ils adressèrent le 23 mai au baron des Adrets.
« Je vous prie, lui écrivait le prince * , d'autant que vous i> aimez le service de Dieu et du roy, que vous regardiez à vous » conduire aussi soigneusement et dextrement que le cas le » requiert, et que jem'asseure que le vouldrezetsçaurezbien y> faire en sorte qu'en premier lieu, la ville soit conservée par y> vous à sa majesté, ensemble que vous teniez la main à ce > qu'il n'y ait aucun désordre, que personne ne soit travaillé y> sans grande occasion, et chacun vive en repos et tranquily> 11 té autant que faire se pourra, sans mesmement gehenner 3> ni forcer les consciences, comme de notre part, nous ne vouly> drions point qu'on forçast les nostres, laissant à ceulx qui ne i> sont de la religion réformée, et principalement aux marchands y> et banquiers quelques lieux et temples pour l'exercice de la y> leur, sans leur donner aucun empeschement ny venir en cela 3) trop curieusement, m'asseurant que par une libre prédication y> de la parole de Dieu et exemple de bonne vre, on les pourra ï> amener plus aysément à sacognoissance,qu'ensuyvant aultres » voies plus rigoureuses, qui plustost lesen détourneroyent; y> joinct que ceste façon fera encore plus évidemment reco- ]f gnoistre que toutes nos actions ne tendent à aultre but qu'au y> service de Dieu et du roy, au recouvrement de sa liberté, à la y> conservation de son estât et au bien et repos de ses sujets.