‹ Gaspard de ColignyChapitre 36 sur 226 · Throckmorton et Sidney à Elisabeth, 8 mai · texte numérisé non relu

Throckmorton et Sidney à Elisabeth, 8 mai

3. Lettre da 11 mai 1562. (Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 6620, f 207.)

1 mais, Madame, je vous supplie me pardonner si je vous dicls

> que tous ceulx de ceste dicle compagnie, et moy avecques

> eulx, trouvons merveilleusement rude qu'on nous charge que

> nous ne gardions la fidélité au roy que nous luy désirons, en

> nous impatrouisanl des villes et en saccageant des temples.

> Quant aux villes, je ne puis bien respondre que de ccste-cy

> (Orléans), de laquelle je puys asseiu-er le roy estre plus absoï lument roy qu'il ne fut jamais, et je n'ay point encore ouy dire

> qu'il y en ait aulcune qui se soit distraite de son obéissance;

> et, où aiasv seroit, le roy n'a poinct de serviteurs qui plus

> vouluntiers employent et biens et personnes pour la luy faire

> rendre, que.nous ferons tous veoir à noz despens. Quant au 1 saccageaient de temples, la justice exemplaire de ceulx qui

> ont commis telles choses démonstre assez si c'est chose que >. monsieur le prince et ceulx de sa troupe approuvent. Vous me

> mandez. Madame, que vous ne penserez plus que ce soit reli-

> gioh qui nous anime, si nous n'acceptons les conditions que

> cet abbé de Sainct-Jehan nous avoit apportées; mais après :» avoir veu d'où elles ont esté extraictes, je ne demande aultre » chose pour asseoir ung bon et certain jugement à quoy ten-

> doient les desseins de ces messieurs qui disoieni tousjours

> qu'ils ne vouloient point s'enquérir des consciences des per- 1 sonnes, car aujourdhuy il n'est point question de Paris et de 1 la banlieue seulement, mais de Fentièrc subversion et ruine » de toutes les églises réformées de ce royaulme, de la priva- ^ tion des estats et offices, grands et petits, et, soubs une belle 1 couleur, de la confiscation des biens. Je n'avois jamais doubté,

> Madame, et vous le savez bien, que leur dessaing ne fust tel;

> mais j'eusse mal aisément creu qu'ils l'eussent ainsy osé

> manifester. C'est Dieu qui faict et conduict toutes choses pour

> lemieulx, et pour laisser juges tous princes chrestiens et toutes

> personnes de sain jugement à qui se debvra donner lé tort, ou

> à ceulx qui, les premiers, contre la voulunté de leur roy, ont

> pris les armes pour destruire une religion, et, par conséquent,

> tout le royaume, ou à ceulx qui ne les ont prises que pour

> défendre Tung et l'autre, et qui ne vouloient nullement trouj> bler les autres en leurs services et cérémonies accoustumées. y> Il est bien besoing que Dieu mette la main à ces troubles; j> ainsy ne medeffiay-je point qu'il ne favorise les siens et qu'il

> ne fasse sentir sa main pesante à ceulx qui luy font guerre » et qui se bandent contre luy. Je vous supplye très humble- 1^ ment Madame, pour fin de ceste lettre, croire que vous trouy> verez tousjours en ceste compagnie toute servitude, loyaulté j> et obéissance, mais que nous ne nous mettrons jamais à la 3 merci de ceux qui nous sont juges et parties, comme il appay> raît clairement par la requeste qu'ils vous ont présentée; et » pour ce debvroient-ils estre si raisonnables que de se récuser y^ eulx mesmes comme trop suspeetz en toutes les despesches y> que Ton nous faict ou que l'on reçoit de nous, et généraley> ment en toutes choses qui nous touchent. Madame, Je prie s> nostre Seigneur vous assister de ses grâces et vous donner en

> parfaite «anté très heureuse et très longue vie. D'Orléans, ce » H mai 1562. »

Cette lettre de l'amiral fut, à peu de jours d'intervalle, accompagnée de diverses dépêches que Condé adressa à la reinemère *, alors qu'elle avait député vers lui Montluc, évoque de Valence -, de Vicilleville et le comte de Villars ^, munis d'instructions particulières.

De ces diverses lettres de Condé, celle du 19 mai *, conte-

1. 8 mai i562 (Bihl. nat.,mss. f. fr., vol. 6 607, f<» 52, et vol. 6620, f 201); H mai 1562 (Ibid. vol. 6607, ^ 21); 20 mai 1562 (ilfm.de Condé, t. III, p. 416); 22 mai 1562. (Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 6 607, f> 30.)

2. Lettre de Montluc à Catherine, du 11 mai 1562 (Dibl. nat., mss. f. fr., vol. 6607, f» 23, et 6 620, f» 211).

3. Lettre de Condé à Catherine, du 22 mai 1562 (Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 6607, f> 30.

4. Bèze, Hist. eccL, t. II, p. 52 à 74. — Mém. de Condé, t. HI, p. 395 à

nant unelongue et énergique réfutation des deux requêtes des triumvire, se terminait ainsi * :

3 Soit ma demande rapportée et mise en parangon avec la

> leur (celle des triumvirs). Je demande Fentretenement de :» redit de Janvier : et ils veulent, de leur authorité^ le casser

> et abolir. Ils demandent la ruyne d'une infinité de maisons,

> tant de la noblesse que du tiers-estat. Je demande et désire

> que tous les sujets du roy, de quelque qualité qu'ils soient,

> soient maintenus et gardés en leurs estats, en leurs biens, et

> préservés de toute injure et violence. Ils veulent exterminer tous

> ceux de la religion réformée : et je désire que nous soyons :» rései'vés au temps que le roy sera en sa majorité, auquel

> temps nous obéirons à ce qui luy plaira nous co^nmander : 3> et cependant que ceux de l'église romaine ne soyent troublés,

> molestés ny empeschez en leurs biens, ny en l'exercice de 3 leurs charges. Ils demandent une force d'armes pour cxécu-

> 1er ce qu'ils ont entrepris, et ne regardent pas qu'ils con-

> traindront une infinité de gens de bien à se défendre. Ils ne

> regardent pas le peu de moyen qu'on a de despendre, ni les

> incommoditez et ruines que la guerre civile apporte. Et qui

> pis est, ils ont appelé et se sont signés à faire venir les armes

> estrangères ; qui est à dire en bon langage, mettre en proye

> ce royaume. Au contraire, je ne demande point que les armes

> me demeurent en main, je n'employé point l'argent du roy, 1 je n'appelé point les estrangers pour venir en ce royaume, et 3 en ay refusé de ceux qui m'ont esté présentés ; et Dieu en est j témoin, je les ay pjriés de n'y venir point et d'empescher j qu'autres n'y vinssent pour moy ou contre moy- : et demande

> et requiers, comme j'ay fait par cy-devant, que les armes

> soient posées, tant d'un costé que d'autre, me faisant fort ï que de nostre costé il n'y aura ni rébellion, ni désobéissance,

1. Bèze, Hist. eccl., t. II, p. 71, 72, 7i. — Mém, de Condé, t. HI, p. 413 à il5.

5> et que les armes n'auront jamais tant de force ni de vigueur » en nostre endroit, que Tamour, la fidélité et obéissance que i> nous devons à nostre roy, pour lequel nous ne ferons jamais

]> difficulté d'exposer nos biens et nos vies Ceux qui

» nous veulent exterminer demandent que nous soyons déclarés

> rebelles, ils demandent nos vies, nos honneurs et nos con- 1 sciences : nous ne demandons rien qui soit de leur vie, de :» leur honneur, de leur bien, ni de leurs consciences : ni leur 3> souhaitons autre mal, sinon celuy auquel nous voulons nous :t mesmes nous obliger, qui est que eux et nous , nous nous

> retirions en nos maisons, le tout suyvant les conditions plus

» amplement déduites en nos déclarations et protestations

3) Pourra juger un chacun qui est rébelle et ennemy du roy, ou j> celuy qui offre laisser les armes et se retirer en sa maison, 3> ou celuy qui veut tout perdre pUistost que de lascher la proye » qu'il a faite de la personne du roy. Et pour autant qu'en toute » guerre civile, on ne peut attendre qu'une fin calamiteuse, et y> qu'il est malaisé de contenir les mains et la volonté des soly> dats qui sont irrités contre ceux qui les veulent tyranniser :

> je proteste devant Dieu et devant tous les hommes, que c'est 5> à mon grand regret que je prends les armes et conduy ceux » qui les portent; et qu'avec mon sang je voudrois pouvoir » empescher les misérables effets dont la guerre nous menace. » Mais, puisqu'on n'a tenu conte de ma demande, puisque mes 3> parties veulent estre mes jugas, et commandent aujourdhuy

> sous le nom et authorité du roy : je proteste doncques que » mon intention ne tend sinon à mettre le roy en telle liberté y> qu'il estoit il y a six mois, et à remettre le gouvernement es » mains de la royne, avecques l'assistance du roy de Navarre, 1 comme il a esté dit par les estats ; et contenir et préserver » la noblesse et le peuple de toute tyrannie et oppression de » ceux qui ne sont appelés à leur commander; et que de toute y> ceste entreprise je n'attends ny veux attendre, et plustost

1^ mourir, aucun profit particulier, ni aucun dessein qui tende :» à l'avarice et ambition, ains que je veux rapporter toutes mes

> actions, moyennant la grâce que Dieu me fera, à l'honneur

> de Dieu, au service du roy, et au repos et soulagement de tous

> ses sujets. y>

Le loyal et énergique langage de Coligny et de Condé surex- , cita Fanimosité des triumvirs et d'Antoine de Bourbon, qui, se sentant désormais assez forts pour engager la lutte à main armée, se décidèrent à entrer prochainement en campagne.

Ils n'avaient rien n^ligé jusqu'alors pour attirer en France des troupes étrangères ; ils avaient fait agir, à cet égard, Frôlich en Suisse, le Rhingrave et Rockendolf en Allemagne, d'autres émissaires au delà des Alpes et des Pyrénées ; puis, tout récemment, ils avaient adressé, sous le nom du jeune roi, à l'ambassadeur de France en Espagne, une lettre dans le long libellé de laquelle se trahissait leur servilité vis-à-vis de Philippe II *. Il y était dit, notamment :

> Pour ce qu'estant le roy, mon bon frère, le principal de 1 tous mes bons amys et celui |i qui en toutes choses j'ay et » doibs avoir plus de fiance, c'est aussy celuy à qui en cela et

> toute aultre chose qui me touchera je me délibère avoir plus

> de recours, y estant sy iîonvyé par la continuelle démonslm-

> tion gu'il a faicte de l'amour et bienveillance qu'il me porte

> en tout temps, et principalement en ceste saison, que je m'en » doibz asseurer comme de moy-mesme, et espérer tout le bien, 1 conseil et ayde favorable qui se peult entendre d'un bien alFec- 1 tionné frère Assemblant, comme je faictz journelle-

> ment, de grandes forces, tant de mes subjects, que d'aultres

> estrangiers, pour dompter et réduyre par force les réformés » français en l'obéissance dont ilz se sont départiz, ce me serait

1. Lettre du 8 mai 156 à réyêque de Limoges. (BibL nat., mss. f. fr. toL 6604, ^ 48.)

> un grand advantaige, une grande faveur et un grand souUai- }) gement en la nécessité où je suys, si le roy mon bon frère, }) suyvant l'honneste offre qu*il vous en a faicte, me vouloit i> secourir d'un nombre d'hommes de qui je me puisse fier, en

> telle occasion, pour le peu de seureté qu'il y a en beaucoup y> de mes subjectz qui sont entachez de ces nouvelles opinions. 3> Et pour ce, en le remerciant de sa bonne volonté dont vous :t m'avez adverty, et de l'offre que vous m'avez faicte, et luy fai-

> sant entendre la nécessité de mes affaires et le grand besoin » que j'ay de l'ayde et secours tant de luy que de tous mes bons i> amys, vous le prierez, de ma part, puisque sa volonté est » telle que me le mandez, de me secourir de dix mille hommes y> de pied et trois mille chevaulx, c'est assavoir trois mille 3> Espagnolz qui viendront par le costé de la Guyenne, et Irou-

> veront cavallerye et inlanterye pour les recueillir et conduire » aux lieux où il sera besoing de les employer pour le bien de t mon service, et trois mille Italiens qui viendront du costé j> de Piedmont avec d'aultres forces que je feray assembler en :» ce quartier-là. Et pour le resje, la solde de quatre mille lans- 3> quenetz que je feray lever par ung colonnel et des cappitaines 3> que je nommeray pour les mener et employer en l'armée que

> j'assembleray icy à l'entour ; et quant à la cavallerye deux

> mille chevaulx des Pays-Bas et mille reistres, ou bien, s'il i> ayme mieulx, l'argent pour souldoyer lesdicts mille reistres y> que je feray lever par ung de nos cappitaines, ainsy qu'il luy

> sera plus commode; laquelle demande, sur l'offre qu'il m'a y> faicte, j'ay proposée à son ambassadeur qui s'est chargé d'en

> escripre au roy mon bon frère. »

Dans une audience accordée, trois jours avant la date de cette lettre, à Throckmorton et à Sidney, qui étaient venus lui proposer la médiation officieuse, de la reine d'Angleterre, Catherine de Médicis s'était ouvertement félicitée, en ces termes, de l'appui fourni par l'étranger au parti catholique, contre les ré-

Digiti

formés i : « Le roi d'Espagne a offert, pour réprimer ces dé-

> sordres et troubles, pour ayder le roy mon filz, et pour ré- » lablir l'obéissance qui luy est due, trente mille hommes i> de pied et six mille chevaux, payés de ses propres deniers ; d et de même le duc de Savoie et mes autres alliés ont offert T> dans cette circonstance aide et secours; toutes offres et y> amitiés que nous avons de bonnes raisons de prendre on » bonne part. >

Vpilà donc le parti catholique ayant pris l'initiative d'un appel aux gouvernements étrangers, pour introduire des troupes en France. Le voilà assumant sur lui la lourde responsabilité d'un exemple que, malheureusement, ses adversaires suivront plus tard, en s'y croyant autorisés par une impérieusenécessité . Quel contraste, sur ce point capilal, entre les actes de ce parti et ceux de l'association des chefs réformés !

Quant à ces derniers, au moment où ils pressentent que la lutte va s'engager, nul recours, de leur part, aux forces étrangères. Ils se bornent à prier de nouveau celles des puissances sur le bon vouloir desquelles ils croient pouvoir compter, de ne pas laisser sortir de leurs Etats les troupes que les agents du triumvirat y ont recrutées. « Qu'il vous plaise, écri-

> vent Coligny et d'Andelot au landgrave de Hesse, Philippe, ]> le i9 mai ^ nous monslrer quelle aydè et faveur nous pou-

1 . Lettre de Throckmorton et de Sidney à Elisabeth, du8 mai 1562 {State pop. office). — Voy. en outre, une lettre de Catherine de Atpdicis à de Chaulnes, du 20 juillet 1562 (Bibl. nal., mss. f. fr., vol. 3 187, f> 20).

2. Calvinùs Bullingero, 8 juin 1562 (op. Galvini, vol. 19, p. i32, n» 3802) : 4 Hactenusdubitatum est an accersenda essent extema auxilia. Ego semper autor 9 fui ne à nobis initium Ûeret, quia imitari nolo adversas partis impudentiam quœ 1 nullam in|^diani refugit. Nunc quia conducti sunt ah il lis équités sclopetarii 9 ex germania, justa erit nobis excusatio. Nondùin tamen res uiatura videtur,

> uisi illi copias suas eduxennt. >

3. Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 10190. — c Memini quàm liberaliter, qaàmpié,

> quàm amanter celsitudo vestra mihi anno superiore subsidii aliquid pro nos-

> trisecclesiis promiserit, et quotidiè principi Condensi, Amirallio et caeteris

— no —

» vons attendre de vous ; car, puisque avec tant de courage

> vous faites profession de la religion évangélique, toute ceste

> noblesse qui arrive icy à nous, chaque jour, a très grande es- 3) pérance que vous ne délaisserez nos pauvres églises affli- » gées et ne permettrez pas qu'on tire de vos pays gens loués 3 à prix d'argent pour estre bourreaux des chrestiens. » — L'amiral et son frère terminent une lettre adressée, le 21 mai, aux magistrats du canton de Zurich * par ces paroles : Ma-

> gnifiques, vénérables et très excellons hommes nous

> vous prions, sur toutes choses, entant qu'il vou» est possible, ]& de contenir les soldatz de vos voisins et les vostres en leur

> debvoir. i> — Le 22 mai, Condé écrit aux magistrats d'un autre canton ^ : « Nous avons estimé estre très bon vous prier

> derechef par ces présentes, que, tant au nom de la religion, i> que nous maintenons commune avec vous, que pour Tamytié 1 et alliance que vous avez avec nostre roy, et aussi pour ]i vostre réputation, vous vous efforciez que nos ennemis ne

> puissent tirer de vos pays de Suysse aucunes compagnies » de gens de pied; car ce n'est pas chose qui importe peu à la

> réputation de vostre tant vertueuse et belliqueuse nation,

> que de voz villages on tire à prix d'arçent gens de guerre,

> non pour autre raison que pour bien peu de gaing, pour estre » les bourreaux de la noblesse de France et mesmes de tous » les chrestiens. >

Lorsque les triumvirs, dans les derniers jours de mai,

> confirmo G. Y. non deserturam esse hanc causam. Vix dici potest quantam 1 spem ex G. V. conceperint. Itaque simpliciter et quoad possum obnixè à vobu I peto qusesoque, princeps illustrissime, ut illi spei respondeas, et tantnm offi- » cimn ne à germanis militibos infadamur. Nàm quod ad Gallos attinet, » satis superqne Dei beneficio parati samus. (Hotomanus D. Phiftppo Land-

> graTio Ilassiae. 17 mai 1562. Bibl. nat. mss. f. fr. toI. 10190, cl op. Calnni, Yol. 19, p. 415, no 3789).

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