‹ Gaspard de ColignyChapitre 50 sur 226 · Mém. de Condé, t. III, p · texte numérisé non relu

Mém. de Condé, t. III, p

parti définitif ils devaient s'arrêter; aussi Coligny disait-il, dès le début de sa lettre à d'Andelot : « Quant à noz nouvelles, ) nous n'avons sçeu encores entendre au vray quelle résolution » noz ennenoys ont prins sur ce qu'ilz ont à faire : car ilz sont j> encores si irrésolus qu'ils ne sçaventce qu'ilz doib vent entre-

> prendre, ny où ilz en sont; ce qui a esté cause d'avoir fait » retarder ce porteur deux ou trois jours plus que nous n'esï périons. Hz avoient faict mine de s'approcher icy près de ces ï lieux ; mais hier ilz s'allèrent loger à Goudon près de Gien ; B et dict-on que partie de leur camp va à Paris ; et M, de

> Nemours est parti avec quelque cavalerie françoyse et un

> party de reystres, pour aller en Nivernais et se joindre avec

> les Italiens auprès de Lyon. Monseigneur de Guyse faict ï compte d'aller en Champaigne audevant de vous et du prince D Porcian. On dit que une partie de leur camp s'en va en j Normandie; mais s'ils départent ainsi leurs forces, je vous 5 laisse à penser. >

De nouveaux renseignements parvinrent à Orléans, les faits se précisèrent, et de Lanoue, en les constatant, put dire * : < Les ennemis estans enflez et joyeux de ceste soudaine vic-

> toire, qui estoit, disoient-ils, un bras coupé à ceux de la

> religion, entrèrent en délibération de ce qu'ils devoyent faire : » car plusieurs pressoyent fort d'aller attaquer Orléans ; (sou- » tenant) que les deux chefs qui faisoient mouvoir tout le

> corps contraire, à sçavoir le prince de Condé et l'admirai, J estoyent dedans, et que les prenant, il seroit après facile de >le rendre immobile, etc., etc. — Les autres qui estoyent

> d'opinion contraire répliquoyent en ceste sorte, que par les

> intelligences qu'ils avoyent à Orléans, ils sçavoient de certain * que les deux régimens gascons et provençaux estoyent de- » mourez dedans, qui passoient trois mille soldatz ; plus cinq

i. Disc polit, et milit., p. 689 à 692.

}> OU six cens autres soldats qui s'y estoient retirez de ceux qui y> estoient dans Bourges. Et outre cela, il y avait quatre cens ^ gentilshommes, puis les gens de la ville qui portoyent les D armes, qui n'estoient pas moins de trois mille; tout lequel

> nombre faisoit plus de sept mil hommes, sans y comprendre

> encore, disoyent-ils, ceulx qui se viendroient jetter dedans,

3> s'ilz oyoyent quelque bruit qu'on la vinst assiéger; qu'une

3> ville n'estoit pas prenable, où il y avoit tel nombre de gens et

]É) grosse provision de vivi^s; doncques qu'il n'y avoit nul pro-

3> pos, avec douze mille soldatz, de s'aller planter devant, veu le

3> grand nombre des camps séparez qu'il convenoit avoir pour

3> la bien fermer; davantage, que ce seroit s'embarquer sans

y> biscuit, d'entreprendre tel ouvrage, sans estre accompagné

y> de deux cens milliers de poudre, douze mille balles et deux

3) mille pionniers, et que toute la puissance du roy ne pourroit

3) ramasser cela d'un mois; mais qu'il y avoit d'autre besogne

3> ailleurs plus facile à tailler, à quoy il estoit besoin de pour-

3> voir : qui estoit d'osier la ville de Rouen aux ennemis, pen-

i> dant qu elle estoit encore foible... Et quant aux forces que

3) pouvoit amener le sieur d'Andelot, qu'envoyant à rencontre

» d'eux quinze cens chevaux et quatre mille harquebusiers, qui

» seroient favorisés des païs, villes et rivières, ils suflîroienl

3) pour les repousser ou tailler en pièces. Et avenant qu'on en

3> fût venu à bout, alors ce seroit le vray temps d'aller, et sans

3) crainte d'eslre molestez, planter un mémorable siège devant

3> Orléans, pour l'avoir promptement par vive force, ou plus tard

3) par la mine et la sappe, ou à la longue en faisant des forts à

3> l'entour. Ce dernier avis le gaigna et fut suyvi : et pour dire

3) ce qu'il m'en semble, je trouve qu'il estoit le meilleur; car

3) dans la ville y avoit pour la défense plus de cinq mille estran-

3> gers, sans les habitans, et abondance de munitions, et les

3) ravelins commencez, et les fortifications des isles estoyenl

3) quasi parfaites. Vray est que M. le connestable, 'qui estoit un

3> grand capitaine, disoit qu'il ne vouloit que des pommes cuites > pour les abattre ; mais quand on Feut amené là pour les voir, » il confessa qu'il avoit esté mal informé. — Souvenles fois nos » chefs devisoyent entr'eux du siège : mais M. l'admirai s'en V mocquait, disant que d'une ville, qui peut jetter trois mille 3) soldatz en une sortie, l'on ne s'en peut accoster près qu'avec » péril, ni moins en approcher l'artillerie; et que l'exemple de D Metz et de Padoue, où deux grands empereurs reçurent honte » pour avoir attaqué des corps trop puissans, estoit un beau i> miroir pour ceux qui veulent assaillir places qui sont bien :> pourveues. :»

Page 1