CHAPITRE V
Traité d'Hamplon-Court. — Briqucmault et Montgommery à Rouen. — Siège et prise de cette ville. — Projet de Coligny et de Condé. — D'Ândelot, à la tête des troupes levées on Allemagne, traverse la France sans ôtre entravé dans sa marche par Tavannes, Nevers et Saint-André. — Réponse de Coligny à de Gonnor, qui lui a demandé une entrevue. — Arrêt du parlement de Paris condamnant à mort Coligny, d'Andelot et autres. — D'Andelot rejoint son frère et Condé. — Mort du roi de Navarre. — L'armée des réformés marche sur Paris. — Pourparlers entamés par Catherine. Us n'aboutissent pas. — Condé écrit à Elisabeth. — Pouvoirs conférés à la comtesse de Roye par les chefs réformés. — Bataille de Dreux. — Récit de cette bataille par Coligny. -^ Le connétable et Condé, prisonniers, sont conduits l'un à Orléans, l'autre à Dreux. — Lettres de Coligny à Elisabeth, à Throckmorton, à Montgommery. Réponse d'Elisabeth à Coligny. — L'amiral à Orléans. Il écrit de nouveau à Elisabeth. Il confie à d'Andelot la défense d'Orléans et part avec ses troupes pour la Normandie. — Écrit dans lequel il déduit les motifs qui le portent à se rendre dans cette province. — Lettres adressées par lui à la reine d'Angleterre, à la reine mère, à Condé et à l'un des princes protestants d'Allemagne.
Confinés dans Orléans, où les retenait Timpérieux devoir de prémunir contre toute agression cette place d'armes importante, Coligny et Condé s'attachèrent à assurer la défense de la ville de Rouen, sur laquelle ils savaient que l'armée ennemie allait désormais concentrer ses efforts, et la défense d'autres yilks de Normandie exposées aussi à ses attaques. Ils comptaient, pour suppléer à l'insuffisance des seules, forces dont ils pouvaient disposer dans cette province, sur les troupes qui leur arriveraient d'Angleterre lorsque auraient enfin abouti les négociations suivies avec Elisabeth, d'abord par Briquemault, puis par le vidame de Chartres et par R. de la Haye.
Cette princesse, qui pendant un certain temps n'avait affiché extérieurement qu'un bon vouloir désintéressé en faveur
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de^ réformés français, saisit le moment où ils réclamaient avec insistance son secours en hommes et en argent, pour déclarer qu'elle ne le leur accorderait qu'à titre onéreux. Ses exigences étaient absolues, rien ne put en triompher fet ce fut avec une profonde douleur que Coligny et Condé s'y soumirent en acceptant le traité d'Hariipton-Court, du 20 septembre 1562 \ qui les consacrait.
Il était dit dans ce traité « que la reine d'Angleterre ferait ^ transporter en France 6000 hommes, dont 3000 seraient mis 1 dims le Havre, pour le gai^der, au nom du roi de France, et 1 pour en faire un asyle assuré, où les fidèles sujets du roi très D chrétien, bannis et chassés de leur pays pour cause de reli- » gion, pourraient se retirer; que les trois autre mille seraient î employés pour la garde et la défense de Rouen et de Dieppe, ]& sous les ordres des gouverneurs, des magistrats et autres mi- » nistres du roi, sans aucunement attenter ou déroger à leur î puissance et autorité, et cela, tant que les dites troupes an- » glaises seraient en France ; que la reine d'Angleterre prêterait i> au prince de Condé 140000 écus d'or, pour les frais de la
> guerre; que le prince, de son côté, céderait à la reine le Havre, » afin que les Anglais pussent hbrcment y débarquer et s'y reti- » rer, et que ces troupes seraient l'eçues comme troupes amies
> à Rouen et à Dieppe. On ajouta à ces conditions la clause » ordinaire : sans que ce présent traité puisse préjudicier au ï droit de la reine d'Angleterre sur Calais ^. >
Coligny et Condé, quelque libres qu'ils fussent de se prêter généreusement à tous les sacrifices personnels, dans la défense de leur religion et de leur patrie, demeuraient sans droit pour disposer, même temporairement, en faveur d'un auxiliaire étranger, d'une parcelle quelconque du territoire français.
1. Voy. le texle de ce traité dans Forbes : a Full view of the public traniactions in the reign of queen Elisabeth, in-f°, t. Il, p. 48 à 51. % De Thou, Hist, univ., t. UI, p. 327.
S'ils se méprirent gravement sur l'absence de tout droit, à cet égard, en ce qui les concernait, leur bonne foi du moins fut entière : l'unique motif qui les détermina fut l'espoir de sauver, par l'emploi d'un remède extrême, tel que l'imposaient, croyaient-ils, des circonstances exceptionnelles, la cause de la réforme et de la liberté religieuse, qui, à leurs yeux, primait toutes les autres.
Mieux éclairés désormais, Coligny et Condé suivirent invariablement, jusqu'au terme de leur carrière, le seul parti qui fût digne d'eux et de leurs convictions religieuses : celui de soutenir une lutte formidable sans dévier de la droite voie, quelque périlleuse qu'elle fût; dussent-ils, en combattant à armes inégales pour la plus sainte des causes, n'y rencontrer qu'un insuccès d'ailleurs glorieux, l'insuccès de vaincus victimes de leur fidélité chrétienne et patriotique.
Le jour môme où fut signé le traité d'Hampton-Court, la reine d'Angleterre publia une déclaration exposant les motifs qui l'avaient portée à envoyer en France des troupes auxiliaires « pour délivrer, disait-elle, une province voisine de l'Angle- » terre de l'oppression qu'elle souffrait, sous un roi mineur j> incapable de gouverner par lui-même, et sous la régence y> d'une princesse, mère du roi, que la faction des Guises tenait » en captivité ; pour faire en faveur de la France ce qu'elle » avait depuis peu fait en faveur de l'Ecosse; pour conserver et D maintenir les Français et leur roi dans toutes leurs libertés et » prérogatives; pour donner au roi de France des marques de » son amitié et accorder du secours à ses fidèles sujets qui » souffraient persécution pour la sainte doctrine qu'ils avaient » embrassée * t).
Briquemault et Montgommery furent conjointement chargés de la défense de Rouen. Coligny et Condé, dans des lettres que