Archives nationales de Franco
> y ont intelligence avec quatre capitaines et la doibvenl as-
> saillir par deux portes qui sont basses. J'espère qu'ils se trou-
> veront bien loing de leur compte. Au reste, nous n'avons y> encores rien entendu de la venue de monsieur d!Andelot, mon » frère, par ses lettres ; mais bien arriva hier icy ung homme » venant de Metz qui nous a dict que mondict frère avoit passé » le Rhin avecques tous ses gens et qu'il marchoit en çà. M. le y> comte de Larochefoucault vient aussy avecques bonne trouppe,
> et en oultre ung laquais arrivé icy à ce soir, venant de Brey> tagne, nous a dict que les sieurs de Blosset et Cargray vous » mènent de ce pays-là mil hommes tant de cheval que de pied. » — Depuis la présente escripte, nous avons eu lettre de mon D frère qui nous escript que le XIX*" de ce moys, il passeroit le y> Rhin, et que dès le lendemain il marcheroit avecques quatre y> mil chevaulx et six mil hommes de pied, et, que nos affaires » se portent bien pardelà; comme aussy font-ilz du costé de y> Lyon. Sur ce, je me recommande, etc., etc. — D'Orléans ce ï>XXV' de septembre 1562. Vostre entièrement bon et bien y> affectionné amy, Chastillon. >
S'adressant à Briquemault, le 30 du même mois, l'amiral ^ lui confirmait les nouvelles qu'il avait données à Montgômmery cinq jours auparavant et lui disait : « Ce m'a esté fort grand » plaisir d'entendre de voz nouvelles et que les choses passent D avecques sy bon succès pardelà depuys que vous y estes, vous D piyant que les ayant mises en si bon train, vous continuiez » de vous y employer selon que vous cognoistrez estre requis et 3> mesmement vous comporter en cela de telle façon avec M. le D comte de Montgômmery, prenant chacun de vous deux d'ung y> commun accord sa part de la charge des affaires de pardelà y> et y ayant une si bonne intelhgence entre vous deux, que l'on » cognoisse combien deux personnages sages et advisez au
1 , Archives nationales de France, I, 969.
> raanyment d'une grande chargey vallent plus que ung, et celle I des affaires de ce costé-la est sy grande pour le présent, qu'il ï y a lieu pour employer deux bons chefs, comme vous sçavez; T> mais le tout est d'accorder bien ensemble. Parquoy l'assu-
> Fance que vous me donnez m'est une aultant bonne nouvelle ï que je puisse avoir de ce costé-là. >
Après une résistance dans laquelle les assiégés déployèrent une énergie et une constance admirables, Rouen succomba sous les coups de ses agresseurs. Là, comme en tant d'autres rencontres, le parti qui triomphait se déshonora par d'effroyables excès commis à l'égard des réformés. La prise de cette grande cité fut suivie d'atroces exécutions *.
La double perte de Bourges et de Rouen réduisit Orléans à une situation critique. Aussi les préoccupations de Coligny et de Gondé étaient-elles des plus vives, alors que, sans nouvelles récentes de d'Andelot, ils craignaient que son sort et celui du renfort qu'il devait amener ne fussent gravement compromis.
D'accord avec l'amiral, le prince était prêt, si les circonstances lexigeaient, à se séparer de ses compagnons d'armes pour tenter seul, au loin, à la suite d'un trajet périlleux à travers la France, une démarche suprême, dans l'intérêt de la cause que son oncle et lui soutenaient avec une indomptable fermeté d'esprit et de
I. f Le ravage de ceUe YÎlle, dit d'Aubigné (Hist. univ.y t. I, liv. HI, ch. x)
> fut à la mesure de sa grandeur et de sa richesse; on en estime le meurtre à î quatre mille, personnes. Le connestable eut soin d'arracher plusieurs prison-
> niers, quoiqu'il y en eûst à deux mille escus de rançon, pour les mettne entre
> les mains du parlement; lequel, à son arrivée, fit ♦rancher la teste à Mandre-
> Tille et pendre quatre conseillers et Augustin Marlorat, et le lendemain six i capitaines, et puis encore plusieurs autres : en représailles de quoy le prince
> de Condé fît mourir le président Sapin et l'abbé de Gastines, pris comme ils
> allaient en Espagne. Plusieurs réformez réprouvèrent cette vengeance , et me J souvient que mon père, revenant du conseil où ces deux avaient esté con-
> damnez, refusa de manger et dit au secrétaire Parenteau qui l'avait accom-
> pagné : On dit que l'ire est une demie folie, et je dis qu'aux princes elle est folie
> entière. >
cœur. Lanoue * dit à ce sujet : e En ces entrefaites, j'ay souve- 1 nances, ayant devisé de ces choses, que monsieur l'admirai » dit à monsieur le prince de Condé qu'un malheur estoit tous- }> jours suivi d'un autre, mais qu'il falloit attendre la troisième » aventure, entendant du passage de son frère, et qu'elle les y> relèveroit ou abatroit du tout. Aussi eux s'attendoient, si mal » luy fust advenu, d'avoir le siège, et en tel cas ils avoyent pris » une résolution fort secrette, que l'un d'eux s'en iroit en Allej> magne, poyr s'efforcer d'y relever encore quelque secours, et > avisèrent que monsieur le prince de Condé, pour la grandeur y> de sa maison, auroit beaucoup plus d'efficace pour persuader » les princes protestans de la Germanie de lui assister en une » cause où eux mesmes avoient quelque participation. La dif- » ficulté estoit du moyen de l'y conduire seurement, mais aucuns y> gentilshommes se trouvèrent qui montrèrent évidemment » qu'allant de maison en maison de ceux qui favorisoyenl son » parti, et marchant la nuit et reposant le jour, il estoit facile » de passer, ayant vingt chevaux, et non plus. Mais il ne fut i> besoin de tenter ce hazard, pour ce qu'à dix: ou douze jours » delà ils eurent nouvelles que monsieur d'Andelot, ayant passé » les principales difficultez de son voyage, estoit à trente lieues ;^ d'Orléans... Il ne faut point demander si chacun sautoit et y> riait à Orléans : car c'est la coustume des gens de guerre de y> se resjouir plus ils ont de moyen de faire du ravage et du mal » à ceux qui leur en font, tant l'ire est puissante en leur endroit. D Et comment n'auroyent-ils quelquefois les affections tachetées )) de sang, vu que plusieurs gens d'église les ont si rouges de la » teinture de vengeance, au cœur desquels ne devroit résider ^ que charité? j>
La nouvelle parvenue à Orléans, de l'approche de d'Andelot à la tête de ses troupes, était exacte.