Voir, appendice, a" 20, le texte de ces pouvoirs
t. Les histoires locales offrent parfois de singuliers rapprochements à faire ivcc l'histoire générale de la France ; en voici un exemple : < Un acte très
> remarquable advint à Châtillon-sur-Loing, le propre jour que la bataille fut
> donnée à Dreux; c'est que les enfants un peu grandets, s*estant de leur propre
> jnouTement mis en deux bandes, chacune desquelles avoit un chef, Tun s'ap-
> pelant le prince de Condé, et l'autre le duc de Guise, sans que les pères et
> mères y prissent garde, se battyrent si bien à coups de gaules, de pieds et de
Les historiens se sont appesantis avec plos ou moins d'exactitude sur les détails de cette bataille. Il nous suffira de reproduire le récit fidèle qu'en rédigea sommairement Coligny, et qui fut promptement répandu en France et à l'étranger * ; le voici :
c Du XIX décembre 1562.
€ Monseigneur le prince de Coudé, après avoir présenté aux » ennemis de Dieu et du roy tous honestes moyens etconvena- ]D blés au lieu et degré qu'il tient en ce royaulme, pour faire
> une bonne et sainte paix, ou bien pour définir tous ces » troubles par l'issue d'une bataille en laquelle il a tousjours » espéré que Dieu loi ayderoit pour une si juste querelle, fina- » lement aujourd'huy XIX de décembre, voyant que ses enne- (f mys avec toules leurs forces estoyent camp^ à deux petites y> lieues françoises près de luy, pour l'empescher de se joiû- D dre aux Angloys, s'est résolu de les assaillir et combattre, t) combien qu'ils eussent jusques à cent enseignes d'infanterie 3> recueillie d'Allemagne, Suisse, Espagne et divers lieux de 3> ce royaulme, avec trente pièces d'artillerie, et qu'ils eussent » pour leur prochaine retraite la ville de Dreux et le village D de Trion, avec une rivière à leur dos et un bois en flanc pour i> leur défense. Ainsi donc, sur ceste délibération, ledict seiy> gneur prince estant party de son camp, environ les huit y> heures du matin, après avoir choisy ses ennemis le mieux à ^ pix>pos que le lieu le permettoit, donna dedans si coura-
> geusement que, de la première charge, il gagna six pièces
> d'artillerie, rompit leur infanterie et cavallerie et print pris> sonnier monseigneur le conestable, après aîvoir Uié une
> nam, qoé c6 àtÊtàe Gtm bien blessé en ino«roi pois après. » (De Mie,
i. Ramrd efice, sMe iNfPMt, FMnoe, vol. XXVHI. -^ Ce Tédt est eehai que ranîrai adressa, revéta d* sa signature, à la reine 4*Aaqgleti0m. -^ De Lifer^ rièfe, kifrdédeellesVatoNsp. 99, 90,91^92.
» grande partie des Suysses. La deuxiesrae charge ne fut < moins furieuse, et est certain que si Finfanlerie française et 1 allemande eust aussi bien faict son debvoir comme elle s'y
> porta laschement, et si les reistres eussent peu mieux en- » tendre ce qu'on ne leur pouvoyt dire que par truchement, 1 qui ne se présentoit tousjours à la nécessité, l'entière vic- » toire estoyt entre les mains dudit seigneur prince par troys
> et quatre foys. Mais, au lieu d'ung tel bien, la volonté de ^ Dieu, qui dispose de toutes choses selon sa sagesse incomi préhensible, fut telle que ledit seigneur prince, ayant faict » en la meslée tout le debvoir d'ung prince très vaillant et très » magnanime, ne peut estre secoureu d'ung cheval frais, au 1 lieu du sien blessé en une espaule d'une arquebusade, et par
> ce moyen tomba entre les mains des ennemis qui le prin- » drent captif, sain et sauf au demourant, grâces à Dieu,
> hormis ung petit coup en un doy de la main droite. Gela :» estoit pour non seulement empescher le cours de la victoire, 9 mais aussi la tourner en une pitoyable desconfiture, comme
> de faict l'armée en fut esbranlée, qui fut cause que l'artille-
> rie conquise ne se put garder. Mais ce nonobstant,, par une » singulière grâce de Dieu, M. l'admirai, suyvant la chaîne que
> ledict seigneur prince luy avoit donnée de commander à » l'armée, en son absence, rallia soubdain tant de cavallerie î française et allemande, que voyant approcher pour la troi-
> siesme charge troys gros bataillons que ledit coneslable avoit
> dès le conunencement réservez expressément pour le dernieir
> efifort de ccste bataille, il leur fît teste de telle sorte, qu'a-
> près avoir longuement combattu avec la plus grande fer-
> Hieté qu'il est possible, il rechassa les ememis si avant;
> que la phispart de leur bagage versa dans îa rivière, et leur ) fuyte en suyvit si grande, qu'il y en eut qui portèrent jusques » à Patris les nouvelles de la bataille perdue pour euh. Et là, ) avec plusieurs aulfres gentilshommes, fut tué et puis des-
> pouillé le mareschal Sainct-André, l'ung des chefs des trium- :» virs, et monseigneur de Monbron, fils dudit coneslable. i> Quant au seigneur de Guise, on pensa longuement qu'il fùst :• blessé mortellement en deux endroicts ; mais despuis on a D sçeu le contraire, el qu'on avoit prins pour luy, le grand s> prieur, son frère. Monseigneur d'Aumale y a esté blessé en y> une espaule, ou, comme les autres rapportent, en ung » bras qui luy a esté rompu. Monseigneur de Nevers, pour y> certain, a la cuisse rom{|ue audessus du genouil, en grand
> danger de sa personne* . Le comte de Charny et le sei- » gneur de Pienes y sont fort blessez. Desbordes, lieutenant
> dudict seigneur de Nevers, à ce qu'on nous aflSrme, tué sur D le champ. Labrosse aussy, chevalier de l'ordre, et premier » autheur du massacre de Vassy, y est mort, pour certain, et 3> son fils fort blessé. Les seigneurs de Beauvais et de Roche- » fort, chevaliers de l'ordre, avec plusieurs chefs, lieutenans et » hommes d'armes, prisonniers, jusques au nombre de cent et » plus, lesquels n'avons encore recognus; de sorte que, pour y> vérité, il leur estoit malaisé de souffrir une plus grande » perte, si leur armée n'eûst esté entièrement ruinée. De nos- 9 tre costé, la captivité dudict seigneur prince nous est un
> grand meschef, combien qu'il soit en la puissance de Dieu,
> comme nous espérons, d'en tirer l'occasion de quelque grand
1. c Monseigneur de Nevers se meurt >, écrivait, le 10 Janvier 1563, Roberlel au duc de Nemours (Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 3 200, f" 121). L'un des plus vaillants capitaines réformés, de Mouy, que l'amiral mentionne dans son récit, s'acquitta d'un pieux et dévoué ministère auprès du neveu de Condéet d'Éléonorede Roye. Infidèle à la cause de la réforme fi*ançaise]età la promesse deux fois faite au prince, son oncle, de* combattre à ses côtés, h jeune duc de Nevers avait porté les armes, dans les rangs de l'armée catholique» à la bataille de Dreux. Le brave et généreux de Mouy, tout souffrant et prisonnier qu'il était depuis le 19 décembre, trouva moyen de communiquer avec le pauvre blessé, demeuré libre c qui estoit encore plus tourmenté de sa conscience que de son corps,
> criant mercy à Dieu. U lui servit de consolateur et comme de ministre, jusqu'à la mort. > (De Bèze, hisL, ecci., t. Il, p. 242. — La Popelinière, hist. t. I, p. 348. — Galend. of state pap. foreign. 13 janvier 1563, Smith to Cecil.}*
^ bien, estant maintenant les principaux autheurs de ces trou- 3> blés, ou morts ou aultrement eslongnez de sa majesté. Oul- 3> tre cela nous avons perdu quelques capitaines d'infanterie et ]> quelques gentilshommes, mais en fort petit nombre, Dieu ]> mercy, de soldatz, sans comparaison beaucoup moins que 3 nos ennemis, et nul de noS principaux chefs n'a esté seuleï ment navré, hormis le seigneur de Mouy, qui a esté blessé » au visage et faict prisonnier. Sur cela, estant la nuict presque 1^ close, nous nous contentasmes de ce que dessus, et nous re- 3> tirasmes, à leur veue, et en bataille, au son de la trom- 1^ pette, avec trois canons que nous y avions amenez. Par ainsi, M leur est demeuré le camp, auquel nous les allasmes assail-
> lir, comme aussi à nous le nostre, duquel nous estions partis ;
> et s'ilz ont prins nostre chef d'armée, aussi tenons-nous le
> leur prisonnier. Il y a ce seul poinct d'avantage pour eulx,
> que nous leur avons laissé, à cause de la nuict et par faulte
> de chevaux, quatre pièces d'artillerie de campagne. Mais
> nous estimons cela par trop récompensé par la perte qu'ils i> ont faicte de tant de grands seigneurs et capitaines ; de
> sorte qu'il faut confesser que Dieu a gouverné l'issue de 3> ceste bataille, ainsy que toutes aultres choses, avec une » équalité et proportion très admirable, afin que ce royaulme » ne soyt du tout ruiné par soy mesmes. Voilà tout le dis- :d cours de ceste journée.
« Du XX dudit moys.
€ Le lendemain XX dudit moys, au matin, monseigneur l'ad- T> mirai marcha vers ce qui estoit resté de leur camp et se pré-
> senta pour les tirer de leur fort, où voyant qu'il n'y avoit
> heure de les assaillir, il se retira pour adviser ce qui estoit
> de faire, estant tout prest de poursuivre vifvement l'entreprise.
Et combien que soyons partis en bataille devant leurs yeux,
> en délibération de leur courir sus, s'ils nous approchoient/
> si n'ont-ils jamais eu le courage de faire seulement semblant
> de nous charger jusque à présent, si que nous espérons^
> moyennant la grâce de Dieu et le secours des fidèles et vrais
> alliez de la couronne de France, non seulement en prendre » courage, mais aussi nous conduire tellement qu'en brîef ces
> troubles prendront quelque heureuse fin, à la ruyne des T> ennemis de Dieu et soulagement de tout Testât de ce » royaume. >
Coligny conduisit alors ses troupes au village d'Auneau. Là se tint un conseil de guerre dans lequel, à l'unanimité des voix, il fut investi du commandement en chef, pour l'exercer, tant que durerait la captivité du prince de Condé.
Cependant qu'étaient devenus les deux commandants des armées catholique et réformée, le connétable et Condé, depuis qu'ils avaient été faitprisonniei-s, l'un au fort de la mêlée, par un gentilhomme allemand, Volpert von Derst * , Fautre vers la fin de l'action, par Damville?
Au moment où le connétable, blessé d'un coup de feu à la mâchoire inférieure, et enveloppé de toutes parts, venait de se rendre à Volpert von Derst, des mains duquel des reistres tentaient de l'arracher, dans l'espoir de spéculer sur sa capture, survint, pour lui sauver la vie, en faisant cesser ce brutal conflit, le jeune prince de Porlien, « fils de la comtesse de » Seninghen, à laquelle le connestable avoit fait de grands y> maux, jusques à la mettre en extrême danger ' ; ce qui es- » tonna le connestable, craignant Ja vengeance, mais le prince
1 . Volpert von Derst figure dans quatre documents manuscrits relatifis à la rançon du connétable, en datedes 4 avril, 25 mai, 8 et12 juin 1563. (Bibl.,nat. mss. f. fr. vol. 3243, f« 97, 99, 101 et vol. 3 249 f 82). 11 est digne de remarquer que le premier de ces documents est un engagement spontanément contracté par Coligny, de payer une partie de la rançon de son oncle, le connétable.
2. De Bèze, hisL, eccL, t. II, p. 235. — Voir notre étude historique sur Antoine de Groy, prince de Portien. (Bulletin de la soc. d'hist. du protest, français, année 1869).
j de Portien, comme il estoit vrayment de bon et généreux na- » lurel, au lieu de la pistole, luy présenta la main, luy prom^t-
> tant toute assistance et gratieuseté * . » Après ce trait d'admirable générosité, le prince » rendit à Anne de Montmorency tous les bons offices qu'il pouvoit espérer* ; d il le confia à des mains sûnes, commanda qu'on l'entourât de soins etd'égards, el, de concert avec Coligny, organisa son départ pour Orléans.
Dans la nuit du 19 au 20 décembre, quelques fuyards ayant atteint cette place, a: y rendaient toutes choses incertaines,
> mais, non pas à déplorer; ce qui tint tout le peuple en sus- » pens^. l'anxiété était extrême, lorsque, le vingtiesme du 1 mois, d'assez bonne heure, nouvelles certaines arrivèrent
> qu'on amenoit le connestable prisonnier, auquel on n'avoit ) donné qu'une petite relasche en chemin depuia sa prise, le y> faisant marcher sans cesse toute la nuit et le jour suivant* . Anne de Montmorency arriva à Orléans, le 20, vers la fin de la journée, c II avoit :été mené en si grande diligence,
> blessé et vieil comme il estoit, qu'il porta presque le ^ premier les nouvelles (dans cette ville), où on lui bailla pour » hostesse la princesse de Condé, sa nièce ^ . »
Eléonore de Roye, dans le premier moment, ne sut rien, par son grand-oncle, de la blessure ni de la captivité de son mari. En effet, le connétable, tenu à l'écart du champ de bataille, dès le milieu de l'action, ignorait le sort du prince. La princesse, ayant devant elle le chef qui venait de combattre contre Louis de Bourbon, ne vit en lui qu'un prisonnier de guerre blessé, et plus encore, que le père profondément affligé de la
1. De Bèze, hist.y eccL, t. II, p. 235. . 1 De Thou, hist. univ. t. lïï, p. 367.