‹ Gaspard de ColignyChapitre 61 sur 226 · De Laferrière, le xvi« siècle et les Valois, p · texte numérisé non relu

De Laferrière, le xvi« siècle et les Valois, p

tant du sdziesme du passé et de l'autre du présent; je vous depesche ce porteur pour vous faire incontinent et bien au long entendre ce qui s'est passé enTabouchement qui est, ces jours passez, intervenu près de Paris entre la royne mère et moy. Noz adversaires, desquelz ne procède que desguizement de vérité, ayant en mains toutes commodités et ministres propres pour exécuter toutes leurs volontez, n'auront pas failli, usant de leur artifice accoustumé, de peindre ce faict de faulses couleurs, et faire servir à leurs passions et avantages ceste négociation de paix, laquelle, madame, vous pourrez entendre au vray et simplement comme elle s'est passée, par le discours que je envoie présentement, lequel vous démonstrera au doigt et à l'œil en quel devoir je me suis mis et me suis condescendu à toutes les plus douces et raisonnables conditions dont je me suis pu adviser pour essayer mettre une bonne, ferme et seure paix en ce royaulme et l'exempter des calamitez dont il est affligé, n'ayant demandé que la liberté des consciences, avec la conservation de l'honneur et la seureté des biens et personnes de ceux qui s'y sont employés en ceste cause, sans avoir égard aux avantages que je pouvois lors avoir sur ûos ennemis, pour le désir que j'avais de parvenir à cet effet; sans aussi avoir voulu faire instance du lieu ^i de droit m'appartient en ce royaulme et qu'on ne me peut tollir, et qui servoit du moins à justifier davantage mes actions, à descouvrir la malice de noz ennemis et le but de leurs mauvaises intentions, et à nous esmouvoir de poursuivre de tout nosh^ pouvoir ceux qui n'ont d'autre fin présente- que la myne de l'église de Dieu et de la religion, de tous ceux qui en font profession, et généralement de tous les subjectx du roy ; en quoy j'espère, avec l'aide de la majesté fivrne et de la vostre, m'employer tellement, sans m*arrester désormais à parlemens et négociations, (pie, malgré eux. Dieu sera servy par tout ce royaulme, et ses serviteurs

> exempts de leurs violences et cruautés; vous suppliant, au

> reste, très humblement, madame, rejeter la faute que vous

> n'avez plus souvent de mes nouvelles sur Tincommodité et

> difficulté des chemins et passages, ensemble vouloir croire

> que je n'eusse jamais entièrement conclu aucune chose en j> ce fait, sans premièrement avoir adverty vostre majesté

> pour, sur ce, suivre vostre conseil, et où si après telle négo-

> dation interviendroit, à quoy toutefTois je suis résolu de

> n'accéder aulcunement, si aultre chose ils ne vouloienl i> mettre en avant. Cette lettre vous servira, madame, de gage » et d'assurance que je ne concluray jamais rien sans en

> avoir vostre advis, ni accorderay chose qui vous touche sans » vostre consentement ; bien délibéré de me conduire toujours ib par le conseil de M. l'adw^ml et de ceulx de sa maison et les

> cognoistre les plus gens de bien et plus affectionnez qui

> soient en ce royaulme; aussi d'adjouster foy à tout ce que me

> fera entendre Nicolas Throckmorton *, de vostre part, duquel

> j'ay entendu ce que vous lui aviez donné charge de me dire,

> et qui vous fera entendre ma response. En tel endroict, je sup-

> plieray l'infinie bonté de Dieu vous conserver, madame, en j^ très parfaite santé. Au camp de Saint-Arnoul, le seiziesme

> de décembre 1562. i>

L'insuccès du mouvement agressif sur Paris et ses environs, la rupture des négociations qui avaient paralysé les effets de ce

1. TrockmortODy de sou côté, en se prononçant sur le caractère de Condé et des trois Châtillons, écrivait à Cecil, dès le 15 octobre 156â : Pour conclure, je

> TOUS dirai, et par vous à sa majesté, que l'amitié du prince de Condé, de Tamiral

> et de la maison de Cbàtillon mérite d*étre estimée, embrassée et entretenue par

> sa majesté autant qu'aucCtiie amitié, en France, de toute la maison de Bour-

> bon. Je le regarde comme le prince le plus sage et le plus sincère ; et parmi

> les nobles j'estime l'amiral et ses frères comme les plus sages, les plus ver-

> tueux et les plus sincères personnes de marque de ce royaume. Le prince et

> les gentilsbommes dont je viens de parler sont aussi les plus odieux et les

> plus redoutables aux Espagnols et aux papistes. » (Hist. des princes de Gondé, » t. 1, p. 382).

mouvement, la marche de Condé vers la Normandie, celle des troupes catholiques, qui s'avançaient parallèlement aux siennes étaient autant de circonstances faisant présager, comme inévitable, une sanglante rencontre entre les deux armées.

Alors qu'ils se trouvaient dans le voisinage de Dreux, Condé et ses lieutenants jugèrent opportun, avant d'en venir aux mains avec l'ennemi, d'adresser, en vue d'éventualités prochaines, un nouvel appel au bon vouloir de leurs auxiliaires étrangers. L'étendue de leur confiance dans le zèle et l'habileté de l'intermédiaire qu'ils se décidaient à employer auprès des princes allemands ressort clairement de la teneur du mandat dont ils l'investirent ; et, fait digne de remarque, cet intermédiaire fut, non pas un homme rompu aux négocialions, mais une femme éminente qui, par la double autorité de son caractère et de son expérience, offrait toutes les garanties désirables à des commettants tels que Condé, Coligny, d'AndeJot, de Larochefoucauld, de Rohan, de Grammont, et le prince de Portien. Un fait de cette nature est tellement exceptionnel, qu'un intérêt historique incontestable s'attache au texte des pouvoirs que ces divers chefs, réunis au camp de Néron, conférèrent, le 18 décembre 1562, à la comtesse de Roye K

Le lendemain du jour où cette pièce avait été signée, se livra la mémorable bataille de Dreux ^. L'amiral y déploya une énergie contre laquelle se brisèrent les efforts de ses adversaires, et, en dernier lieu, ceux du duc de Guise.

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