‹ Gaspard de ColignyChapitre 67 sur 226 · De Dèze, Hist. eccl., t. II, p · texte numérisé non relu

De Dèze, Hist. eccl., t. II, p

2. « Déclaration du 5 mai 15(>3, du seigneur admira], quant à son fait par- • liculier, sur certains poincts desquels aucuns ont voulu tirer des conjectures ? mal fondées. > (Mém. de Condé, t. IV, p. 339 à 349.)

» auparavant son parlement. Et ne pouvoit partir plustost, parce

> qu'il falloit laisser tous les chariots et bagage desdits reis- 3 1res audit Orléans ; ce qu'il eut assez de peine de faire, estant 1 chose non veue ni accoustumée auparavant, entre lesdicts

> reistres, laquelle il exécuta néantmoins avec la plus grande

> diligence qu'il peut K Et si cependant ledit seigneur de Guise

> en pouvoit estre adverty, il n'en faut point douter, veu les

> personnes qui esloient parmy lesdits reistres pour les prati- < quer, et mesmes qu'il y en avoit entre eux qui l'estoient déjà,

> et desquels le mareschal de Hessen et aucuns des reitmais-

> très avoient fort mauvaise opinion. Aussi, ledit seigneur ad » mirai estoit seurement adverty qu'il avoit esté mandé partout j en Normandie qu'on fist tous les empeschemens qui se

> pourroienl faire à son passage, tant pour les vivres que gé-

> néralement pour toutes choses qui pouvoyent incommoder

> une armée. Et pom' plus grande approbation, il luy en est y> tombé plusieurs lettres entre les mains, par lesquelles tels ï mandemens estoyent faits, et surtout de retirer tous les vi- » vres dedans les villes fermées, oster les fers des moulins,

> comme il fust trouvé exécuté en plusieurs lieux, et courir sus

> p:ir toutes voyes à ceux de son armée. Si doncques les villes y> (le Gaên, Honfleur, Pontaudemer, Touques et autres, eus-

> sent esté pourveues, il estoit impossible que ledit seigneur » admirai se fust aproché de la mer pour recueillir l'argent

> qu'il attendoit pour le payement des reistres. Lequel cas

> leur estant cogneu, il y avoit plus d'apparence d'un mutinei) ment que d'autre chose, veu le langage qu'ils tenoyent » ordinairement : et si d'autre part, ledict seigneur de Guyse

I. c Cependant que M. l'admirai donnait ordre pour son voyage de Nor-

> i:i;:ndie qu*il avoit délibéré de faire sans gens de pied ny aucun bagage, pour

> marcher plus légèrement, il eut grand peine à faire condescendre nos reistres

> <lt* laisser leurs chariots, ce qu'enfin il obtint d'eux, qui est chose qui ne

> s\ sioii encore veue. > {Mém. de Mergey. — Brantôme, éd. L. Lai., t. IV, p. 020.)

î se fust mis en queue, il est bien croyable que le seigneur y> admirai avec son armée eust eu beaucoup à souffrir; pour le 3) moins, il ne luy eust point esté possible de s'approcher de la }> mer, d'où dépendoit tout le secours qu'il pouvoit espérer, 2> et sans lequel il ne pouvoit faire ledict payement; par où se » fust dedans peu de jours ensuivie sa totale ruine, voire sans y> pouvoir combattre : car depuis que la plaine de Nef bourg » est passée, le pays est si désavantageux, que 500 harqueboui> siers eussent fait recevoir une honte à dix mille chevaux ; et 3) la chose que ledict seigneur admirai eust peu plus désirer en y> telle nécessité eust esté de combattre : ce qu'il n'eust peu )) faire qu'avec tous les désavantages qu'on eust peu imaginer, y> d'autant qu'il y avoit plusieurs bonnes villes fermées, des> vaut, derrière et à costé de luy, dedans lesquelles les ennei) mis se pouvoient retirer. Il y avoit davantage une autre » grande incommodité, c'est qu'en ce pays-Jà les villages sont » si mauvais et les maisons si escartées, qu'on ne pouvoit la » pluspart du temps loger cinquante chevaux ensemble. Toutes y> ces difficultez et incommoditez estoient assez cogneues aui> dict seigneur de Guyse et à tous les capitaines de son armée, » qui faisoit penser audict seigneur admirai, que plustost il y> prendrait le chemin de le suivre, que d'assiéger Orléans : )) car dcffaisant la troupe que ledict seigneur admirai condui- }) soit, il estoit bien certain qu'Orléans se perdoit ; et au con- 3) traire quand Orléans eùst esté perdu et que la troupe dudit » seigneur admirai fûst demeurée en pied, il y avoit d'autres y> moyens de continuer la guerre. y>

Avant de quitter Orléans pour se rendre en Normandie l'amiral adressa, le 29 janvier, à la reine d'Angleterre une nouvelle lettre, non moins importante que les précédentes ^ : <r Madame, lui disait-il, je n'ay voulu faillir de advertir

l.Forbes, «Fm// view y etc., t. H, p. 319 à 321. (Calead. of State pap. foreign.)

y> incontinent Vostre Majesté par ce porteur, comme aujour- » d'huy j'ay pris résolution avec le mareschal de Hessen, les

> reitmestres et reistres, de les mener en Normandie ; leur

> ayant donné assurance de là leur faire recevoir, par le moyen j> et bon ayde de Vostre Majesté, leur payement : duquel ceste 7> compaignie s'est entièrement assurée sur vostre bonté et sur y> les promesses et offres qu'il a pieu à Vostre Majesté faire si » libéralement au prince de Condé et à nous; ayant tousjours

> tenu ce secours indubitable, et d'aultant plus certayn que, ^ depuis que Dieu vous a mis le sceptre en la mayn, chascun ^ a veu que vous avez embrassé ceste cause de Dieu avec une

> ferveur si chrestienne et des déportemôns si mémorables, 3> que nous ne pourrions jamais penser que aucune mutation

> ou artifice humain vous eust pu desmouvoir de ceste bonne

> volonté et saincte intention. Advisant au reste Vostre Maj> jesté, Madame, que j'ay faict condescendre les reitres à

> laisser tous leurs bagages et empeschemens en ceste ville, y> chose non auparavant ouye : de sorte que, dedans le dix ou » douziesme de ce moys de febvrier prochain, au plus lard, avec » l'aide de Dieu, nous serons bien prez du Havre de Grâce, en » bonne délibération et résolution de nous employer et eulx D par vostre advis et soubz la confiance de nostre bon Dieu, i> en ce qui se trouvera eslre convenable, aprez qu'ils auront » reçeu leur payement qui leur est deu de troys moys, se mon- » tanj, chascun moys à six-vingtz mil Hvres, comme j'ay cy-dei> vantfaict entendre à Vostre Majesté, laquelle seulementje sup- }> plieray, sur ce, très humblement. Madame, vouloir mettre en TD consydération combien cela importeroyt, non seulement à moy, ï à toute ceste compaignie et généralement à tous les fidèles » de ce royaume, mais aussy de quelle conséquence ce qui en » adviendra par aprez seroit pour toute l'Église chrestienney> ensemble pour le recouvrement de la liberté du prince de

> Condé, si, les ayant menez jusque-là, il y avoit faulte de

y> leur dict payement, et que nostre attente fust frustrée : » chose que nous assurons que Dieu et Vostre Majesté ne per- » mettra point. — Il me reste doncques à vous tenir advertie, y> Madame, de Testât en quoy se retrouvent noz affaires, qui » est tel : que le prince de Condé continue de se déporter en sa » captivité constamment et vertueusement, comme nous coy> gnoissons pas toutes les nouvelles que nous avons de luy. » Noz ennemis font courir le bruict de venir assiéger ceste ville » où, si ilz s'adressent, ilz y trouveront des gens si bien déli- » bérez de les recevoir que, avec Taide de Dieu, ils n'y gaigne- » ront que de la honte et confusion : et y ay laissé M. d'An- » delot, mon frère, pour la garder. Nous venons maintenant )) d'estre advertiz de Lyon par M. de Soubize, comme le baron » des Adrez ayant esté pratiqué par M. de Nemours, avoit D comploté de faire entrer quelque gendarmerie et gens de pied /) de M. de Nemours dedans Rommans, ville de Daulphiné, :) dont il a esté empesché par le sieur de Mouvans et par la » noblesse du pays, qui se sont saisiz de sa personne et l'ont » mené prisonnier à Valence pour l'envoyer en Languedoc d devers mon frère, naguères cardinal de Chastillon, et M. de » Crussol (qui ont presque délivré tout le dict pays de Lan- » guedoc de la tyrannie des ennemis de Dieu et du roy), » afin de le faire punir et servir d'exemple aux autres dé- » serteurs de Dieu, de leur debvoir et de la patrie. Sur ce » voyant le dict M. de Nemours son entreprise faillie et aussy )) (jue beaucoup de gens de guerre estoyent sortys de Lyon pour î) y faire entrer des vivres, a voulu surprendre le dict Lyon )) par escalade; mais il a esté repoussé vivement avec meurtre )> (le ses gens, et la dite ville pourveue de vivres pour plus de )> troys moys; de sorte que le Lyonnais et Daulphiné sont au- )) jourd'huy conservez du grand danger où ilz estoient par les > menées* de noz ennemys. — C'est tout ce que je fei^ay en- » tendre pour le présent à Vostre Majesté, pour ne l'ennuyer

^ de longue lettre, la suppliant très humblement d'avoir si

> bonne souvenance du prince de Condé et de toute ceste com-

> paignie, que nous ressentons le secours et faveur de vostre

> bonté et grandeur autant que Toccasion, la nécessité pré- 2> sente et la justice de ceste cause le requièrent ; sur ce, fai-

> sant requeste à Dieu de conserver Vostre Majesté, Madame, » en très parfaite santé et prospérité, et bényr toutes vos actions. » — Je ne veulx aussy obmettre à vous dire. Madame, que

> M. de Guyse a- fait escrire une lettre signée du roy, de la

> royne mère et de quelques princes adressant aux princes de :» l'empire et une autre au mareschal de Hessen et reitmeslres, ]b que pareillement le dict sieur de Guyse a contrainct jusques ]> aux petits princes estant en bas âge de signer, pour décla-

> rer que toute ceste compaignie est rebelle et séditieuse. — j» Vostre très humble et très obéissant sei-viteur. D'Orléans, ce 3 XXIX* janvier 1562 (1563. n. s.) Chastillon. — Il vous ^ playra. Madame, croyre messieurs le vidame, Briquemault et

> de la Haye, ensemble ce gentilhomrtie, présent porteur, de ce

> qu'ilz diront à Vostre Majesté. ^

Au moment où Coligny allait se diriger vers la Normandie, e'est-à-dire à la fin de janvier, Cs^therine de Médicis, indirectement avisée de ses projets, et fidèle à une méthode d'atermoiemens et de pourparlers dont elle eût dû cependant se départir, après tant d'insuccès, « lui écrivit, le priant de difi^érer son 3) entreprise pour quelques jours durant lesquels elle se déli- 3> béroit d'entendre à la paix : à quoy il respondit qu'il n'avoit

> jamais rien désiré, ni ne désiroit rien plus que la paix, pour y> laquelle moyenner il conseilloit que le prince et le conip nestable s'entrevissent, demeurant toutesfois tous deux

> prisonniers ; mais au reste qu'il pourvoirait à ses affaires j sans plus s'arrester à parlementer, sçachant combien de j bonnes occasions s'étaient perdues sous tel prétexte* y>.

i. De Béie, Hist, eccL, t. II, p. 256. — Voy., sur le projet d'entrevae du

La dépêche de Coligny en réponse à celle que lui avait expédiée ^Catherine de Médicis, ne parvint point entre les mains de cette princesse. Vivement blessée de n'avoir rien reçu, concevant de graves soupçons, qui bientôt pour elle se changèrent en certitude; et les dirigeant contre un personnage autre que Tamiral, dont elle connaissait la scrupuleuse ponctualité en toutes choses et particulièrement en matière de correspondance, elle n^tarda pas à se plaindre assez haut pour que le blâme qu'elle déversa sur la main qui, dans l'ombre, avait intercepté la dépêche, parvînt à son adresse. Le duc de Guise, que ce blâme atteignait en la personne de ses affidés, affecta de garder le silence.

La princesse de Condé le savait opposé à tout projet de paix, et par cela même à toute entrevue du prince avec le connétable. Aussi, lorsqu'elle entendit ce dernier proférer, au sujet de la non-réception de la dépêche de l'amiral, des plaintes semblables à celles qui étaient sorties de la bouche de la reine mère, trouva-t-elle le secret de l'apaiser par un trait d'esprit dont l'originalité le fit sourire ; ce c'est à sçavoir que leurs ennerays, » qu'il cognoissait très mal, faisoient du prince son mary et y> de luy comme les Parisiens de la chasse de saincte Geneviève 3> et de celle de sainct Marceau, lesquelles ils ne permectoient 3> jamais approcher trop près l'une de l'autre, de peur que le y> parentage ne les fist embrasser tellement ensemble, qu'on ne 3> les peust jamais séparer puis après i). La comparaison ici n'était-elle pas tant soit peuforcée?Une généreuse illusion ne

prince et du coimétable, un manusêrit intitulé : c Advys de monsieur radrairal > de Chastiilon et des seigneurs estans avec luy à Orléans. > (Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3 194, f 16, et Mém, de Condé, t. IV, p. 277.)

1. Th. de Bèze, Hist. eccL, t. U, p. 256. — De Thou {HisLuniv., t. Hï, p. 390), pense que la princesse de Condé, par la comparaison à laquelle elle avait recours vis-à-vis de son grand oncle, c prétendait faire entendre à ce vieux seigneur, qu*il devait, dans la suite, s'unir au prince de Condé et ne pas souffrir qu'on les séparât jamais, pour quelque raison que ce pût être >.

l'avait-elle pas dictée? car, qui ne sait que, si Louis de Bourbon était d'un naturel ouvert, Anne de Montmorency, à l'inverse, n'était pas précisément enclin aux afl'ectueuses effusions du parentage! Et surtout, comment ne pas reconnaître que, loin de pouvoir se rencontrer et se donner la main sur le terrain de la liberté religieuse, le petit-neveu et le grand-oncle risquaient singulièrement, lors de toute entrevue qui leur serait ménagée, de demeurer à distance l'un de l'autre, en se retranchant* le premier dans l'édit de janvier et le second dans l'absolutisme de l'intolérance.

Le 30 janvier, l'amiral adressa par écrit au prince de Condé quelques informations qu'il accompagna de virils encouragements.

€ Monseigneur, lui disait-il \ j'ay reçu la lettre qu'il vous î aplû m'escripre par ce Trompette, présent porteur, qui fait D mention d'ung mémoire que vous m'envoyés, lequel vous avait » esté porté par messieurs le cardinal de Bourbon, deMontpeni> sier, de Guise et cardinal, son frère; mais je n'ay point veu y> ledit mémoire, et m'a fait asseurerle trompette que Tonne luy » en a point baillé, parquoy je ne vous puys rien respondre là- > dessus, mais bien que messieurs de Boucart et d'Esternay » seront prests quand vous le manderés ; et au regard de mes- » sieurs de Limoges et d'Oisel, qui doibvent icy venir, ils seront )> reçus et traités selon vostre intention et comme ils méritent, y> veu le lieu d'où ils sont envoyés, lesquelz sont assez congnus i> pour gens de bon entendement, et qui ont tousjours esté ^ nourris aux affaires, et pour ceste cause seront-ils plus cay> pables de raison, car Ton ne proposera jamais rien de ceste ^ part contraire à cela, mesmes pour parvenir à une bonne » paix, car vous sçavés que l'on n'a jamais rien tant cherché » ny désiré. Quant à l'eschange des prisonniers dont m'escripy> vez, vous en ferés entendre vostre volonté par ceulx qui iront

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