II. U
S'adressant en même temps à h reine d'Angleterre, ramiral lui parlait avec effusion des qualités exceptionnelles de son jeune envoyé. « Madame, lui disait-il *, estant maintenant apy^ proche si près de vous en lieu plus exempt des dangers et dif- » oultez des chemins et passages qu'auparavant, je n'ay voulu » faillir vous faire encores bien particulièrement entendre
> Testât en quoy se retrouvent à présent nos affaires, et le désir ' ï> et besoing que ceste compagnie a de sçayoir au pluslost des
i> nouvelles de vostre majesté,, à laquelle j'envoye pour cesl i> eflfect monsieur de Théligny, présent porteur, gentilhomme » de la chambre du roy, personnage digne et vertueux, et du- » quel les mérites surpassent son âge; vous suppliant très » humblement, madame, le vouloir ouyr et croire de ce qu'il » vous dira de ma part comme moy-mesmes, etc., etc. »
Aux recommandations de Coligny en faveur de Téligny se joignirent, auprès d'Elisabeth et de lord Robert Dudley, celles de Throckmorton, actif agent de l'Angleterre en France, qui continuait à soutenir d'étroites relations avec les chefs des réformés*.
Téligny fut bien accueilli par la reine et par son premier ministre. Tous deux, en répondant à l'amiral, l'assurèrent de leur sympathie^; et cependant il ne recevait toujours pas les fond§ sur lesquels il était en droit de compter, aux termes des promesses faiteg. Il venait de s'emparer de Caen, et il se disposait à en assiéger le château, lorsque, justement blessé du retard que mettait la cour d'Angleterre à s'acquitter vis-à-vis
1. Record office, State papers, France, vol. 30, et de Lafemère, laiVom.À Véir., p. 383, 384.
2. Galend. of State pap. foreign,aim. 1563. Lettres des 2i février et l^'^mars. Au dire de Trockmorton, c it will bo very nccessary for the queen to gralify
> the admirai witb the 100 000 crowns, accordingto her former determioalion, » and let him undersland by M. de Téligny her affection to stand him in
> stead >.
3. Calend. of State pap. foreign, ann. 1563, p. 92. Lettres de février 1563.
— 2H — de lui, il écrivit, le 23 février, de Caen même, à Throckmorton * : € Monsieur de Throckmorton, j'ay reçu la lettre que vous 9 m'avez escripte par le sieur de Bois-le-Conte, et en oultre » j*ay entendu de luy ce que luy avez donné charge de me dire. )> Et pour vous dire vérité, je suis en grande peine de ce que je » me trouve déçeu de l'espérance que j'avois de recevoir la 9 somme entière de cent mil escuz; laquelle j'ay desjà asseuré )» à M. le mareschal de Hessen et nos reislres estre preste;
> car, encore qu'ils se soient condescenduz à faire ce que il
> ne se trouve guères qu'autres de leur nation ayentfaict, si est
> ce M. de Throckmorton, que vous avez tant d'expérience des
> choses de ce monde que vous n'estes pas à cognoibtre Thon*
> neur de ceste nation et combien il leur fault pour manquer
> de promesse, après mesmement les avoyr faict si longuement
> temporiser et réduit à faille ce que chascun a vu. Au reste, je » vous ay desjà envoyé par le sieur de Mongreville le contract 1^ et ratification que m'avez envoyés par le baron de Montandre^ ^ signés et scellés des principaux de ceste compagnie et asso-
> ciation. Maintenant je vous envoyé le trésorier Bertrand
> commis et estably par monseigneur le prince à recevoir tous
> deniers généralement servant à ceste cause, lequel nous t avons approuvé et confirmé, pour ce mesme effect approu-
> vons et confiiTOons par la présente, en tant qu'en nous est, » en Tabsence de mondit seigneur le prince et durant sa déten-^
> tion, luy avons donné charge et l'authorisons pour recevoir
> ladite somme de cent mil escus à nous octroyez par la royne » vostre maistresse, suyvant ledict contract et ratification, et
> pour cest efiect luy ayant baillé deux blancz signez; et au cas
> que vous ne vous contenteriez de la présente et que vouldriez t avoir autre pouvoir, je vous promectz incontinent d'en faire
1. Record office, State pap., France, vol. 30. De Laferrière,la Normandie à tétranger, p. 97 à 99. — Ibid., le xvi« S. et les Valois, p. lOS, 106. — Calend. of State pap. foreigu.
y> expédier autre, tel que vous adviserez estre requis pour » vostre seureté, vous priant que telles difficultés ne relary> dent aucunement les affaires qui se présentent, auxquelles > vous me trouverez tousjours prest de satisfaire. Quant au j) nombre de pouldres et canonz, il ne me semble estre suffisant }i> pour TafTaire que nous avons et qui se présente, qui n'en » requiert pas moins que ving milliers, et si est besoin g, d'avoir > pour le mieux encores deux canons, que je vous prie bien fort, » M. de Throckmorton, estre moyen qu'ilz me soyent envoyés, y> sans que cela retarde ce qui peult estre desjà prest, et meclre » en considération l'importance de ceste place et combien diliy> gence et prompte exécution y est requise, après laquelle je ne y> fauldray de renvoyer lesdits canons. Je ne fauldray aussy de y> faire tout le bon accueil et bon traitement dont je me pourray y> adviser aux gentilhommes et soldatz qui viendront soubz la » charge de M* de Pellam, et auray soing de les accommoder j» comme il est trop raisonnable pour beaucoup de regardz et y> respectz. Quant aux battaux pour transporter ce que j'attends y> de delà, je suis après tous les jours pour en faire charger de » grains, aiTin de les envoyer au Havre, de sorte qu'il y en aura » assez par icy ; nous .ne laisserons néanmoins d'y donner tout » le meilleur ordre que nous pourrons. Il me reste à vous dire, » M. de Throckmorton, que je vous attends en fort bonne dé- D votion pour entendre de vous ce qu'il a pieu à la royne vostre » maistresse vous donner charge de me faire entendre de sa y> part, vous asseurant que vous n'avez point plus grand désir ]i> de me voir que j'ay de vous voir. Sur ce, me recommandant y> affectueusement à vostre bonne grâce, après avoir suplyé j> nostre bon Dieu vous donner, M. de Throckmorton, en santé » bonne et longue vie. De Caen, ce XXIIP febvrier 1563. »
Cependant, que s'était-il passé à la cour, à Orléans, et dans le voisinage de la Loire, depuis le 1" février, date du départ de l'amiral pour la Normandie?
Le 3 février, Tarabassadeur d'Espagne, Perrenot de Chanlonnay, hostile, pour sa part, à toute idée de rapprochement entre réformés et catholiques, et n'aspirant qu'à l'aïiéantissement des premiers par les seconds, accusait Catherine de Médicis de plier devant Condé, et se déchaînait contre ce prince comme poussant à la continuation de la guerre civile, par cela seul que, du fond de sa prison, il réclamait l'exécution de l'édit de janvier, c II semble, disait ce digne représentant de la poli- » tique de Philippe II S. que le prince de Condé n'est prison- » nier; ains qu'il tient les aultres en captivité, chose qui faict
> merveilleusement murmurer contre la royne : et, quant à » moy, je ne l'en sçaurois du tout excuser : ne sçay-je si l'on
> luy doict imputer à malice ou à peu d'expérience. Elle a » faict ceste faveur audict prince de Condé, se monstrant opi-
> niastre comme il est jusques aujourd'hui à ne vouloir ac-
> cepter partye, de luy envoyer toutz ceulx du conseil ensemble, ï pour luy remonstrer en forme de supplication, qu'il voulust » avoir pitié des affaires de ce royaume : cela l'a adoulcist aul-
> cunement, voyant que l'onfîct compte de luy; mais pourtant
> n'ha-t-il voulu condescendre à aulcune chose qui se peult
> dire œuvre de Dieu : car, à la vérité, concéder que chacun » puisse vivre selon le repos de sa conscience, et retourner
> impunément en son bien, est apprester une plus grande » guerre que celle qui se faict pour le jourd'hui, et telz termes
> d'user de supplications envers ung prisonnier vassal, sont t absurdes et ridicules, et donnent' bien à entendre qu'il y ha
> de la faveur secrète, sans laquelle, il est tout cler, l'on n'u-
> seroit de telz respectz. Tout le peuple en est tant schan-
> dalisé, qu'il en attend tous les jours pis; et craint qu'à la fin » l'on fera parler le roy très chreslien après que la royne aura » permis qu'il soit séduit; comme tout le monde la tient pour
i. Dépêche du 3 février 1563. {Mém. de Condé, t. II, p. 128, 129.)
> perdue en ce royaulme, et que rien ne la retient que Fat- 3 lente de veoir son appoinct, pour complaire à ceulx qui la
> gouvernent, et mettre en exécution leur conseil, qui tend i> entièrement à réversion de la religion catholique : pourtant j est-ce qu'elle fuyt la voysinance de ce lieu (Paris), affin 3 qu'elle n'aye occasion de rendre le prince de Condé à la » Bastille ou aultre lieu fort; et ne sçai-je où Ton le sçauroît
> mettre seurement en tout le royaulme, aultre que en ladicte
> Bastille. Toutesfois Ton desseigne de le mectre en ung chasj teaux dict Onzain qu'est au comte de La Rochefoucault, près 3 d'Amboise, en pays mal seur et fraîchement réduîct, et la 3 place telle, qu'aultant vauldroit-il le mectre en pleine cam- 3 paîgne; et semble que puisque par son opiniastreté Ton ne 3 le peult délivrer par traicté, Ton désire luy donner aultre 3 moyen pour s'eschapper. 3
Quoique pensât et que dît Chantonnay quant à l'incarcération de Louis de Bourbon, ce prince, transféré, à la suite de Catherine de Médicis, de Chartres à Blois, de Blois à Amboise, fut, en dernier lieu, enfermé k peu de distance de cette dernière ville, dans le château d'Onzain*, d'où bientôt il chercha vainement à s'échapper.
€ J'entendz de certain, raconte Chantonnay •, que le prince 3 de Condé s'est pensé sauver hier au soir, en habit de paysan, 3 et avoit desjà passé la seconde guarde : toutesfois il fust ap- 3 perçeu et cogneu par la troisième, et repris. M. Danville, 3 qui en a la guarde; feit incontinent emprisonner le capi- 3 taine à qui il Tavoit enchargé; et dict-on qu'il a faict pendre 3 et tuer et noyer beaucoup des soldatz qui se sont trouvez 3 consentantz au faict, ou nonchaillance 3 . Th. de Bèze ajoute* : 3 Le prince fut resserré dedans le chasteau, après lui avoir
i. Voy. Pierre Matthieu, Hist. de France, in-f» 1631, t. 1, p. 269.
2. Dépêche du 20 février 1563. {Mém. de Condé, t. H, p. 133.)