‹ Gaspard de ColignyChapitre 80 sur 226 · HisL univ., 1. 111, p. 40i · texte numérisé non relu

HisL univ., 1. 111, p. 40i

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« il pût estre bien obéy et servy; » et pour elle, il ne pouvait y avoir de paix vraiment empreinte d'un tel caractère, que celle qui reconnaîtrait à l'universalité de ses coreligionnaires, ainsi qu'à 8on mari et à elle-même, le droit de pratiquer librement leur culte.

Si, en l'absence de toute notion précise sur l'objet et la portée de l'entretien qui eut lieu le 2 mars à Saint-Mesmin, on se trouve réduit à de simples conjectures, il en est une du moins à laquelle on peut sans témérité s'arrêter, savoir : que la reine mère, trop prudente pour froisser les convictions inébranlables de la princesse, se sera bornée, en se composant un maintien plein de douceur et d'affabilité, à lui parler, en termes généraux, de concessions réciproques ne devant s'opérer que sous la sauvegarde des droits de la conscience, dans des vues d'apaisé^ mement et de conciliation, sans aller jusqu'à mettre en question l'édit de janvier; et qu'elle aura insisté sur la nécessitéde confier à Condé et au connétable le soin de discuter les bases d'une paix plus que jamais désirable; tout en se réservant pour ellemême, dans le secret de ses pensées, le droit d'interposer en temps opportun ses vues, ses manœuvres et son autorité. Or, présumant que le prince de Condé prisonnier, « ne demandoit » que liberté, elle pensoit que son esprit facile et doux à ceux » qui sçavoyent le prendre à point, ne contesteroit guère sur i> quelques articles. Pourtant, de peur que l'admirai qui estoit D encores occupé en Normandie, venant à se trouver à Orléans, 3> ne débatist pour l'édict de janvier, qui pourroit rompre l'ac- » cord et rallumer la guerre, dont s'ensuivroit le rabaissement » dô Tauthorité de ceste femme, elle hâta la négociation *. ^

La conclusion de l'entretien de la reine mère avec la princesse fut que Louis de Bourbon et Anne de Montmorency se réuniraient prochainement,sur la Loire, pour conférer entre eux.

i. HièL de cinq rois, 1599, p. 285.

Tout en s'occupant de faire aboutir sa négociation, Catherine n'avait pas perdu de vue l'assassin du>duc de Guise.

Qui était ce criminel* qu'elle fit comparaître devant elle, et que décida-l-elle à son égard?

c II y avoit un pauvre gentilhomme d'Angoumois, nommé

* Jean de Pollrot, sieur de Merey, petit homme, maïs d'esprit ^ fort vif et accord, lequel, dès son jeune âgé, ayant esté en ]> Espagne, en avoit tellement appris le langage, qu'avec la j> taille et la couleur dont il estoit, on l'eust pris pour un Espa*

> gnol naturel : à raison de quoy, es- guerres de Picardie, il » avoit esté souvent employé , mesmes par Feuquières , à

> descouvrir l'intention des ennemis, se meslant parmi les 3 Espagnols, dont il acquit Je surnom d'Espagnolet. Cestuy-cy 3 estant au service du sieur de Soubize et l'ayant suivi d'Orléans à î Lyon, esmeu d'un secret mouvement, se présenta un jour à }» son maistre, luy disant qu'il avait résolu en son esprit de j> délivrer la France de tant de misères en tuant le duc de Guise ;

* ce qu'il oserait bien entreprendre à quelque prix que ce/ust. 9 Soubise, prenant cela pour le propos d'un homme esvanté, le

* renvoya luy disant qu'il suffisait bienqu'il fist son devoir accou- » tumé, et que Dieu y sauroit bien pourvoir par autre moyen, » Néantmoins Poltrot avoit tellement cela en son entendement ^que c'estoienl ses propos ordinaires, jusques à lever souventes » fois le bras et dire tout haut à ses compagnons chevaux- » légers, que c'esloit le bras qui tueroit le duc de Guise et qui p délivreroit la France; ce qu'on prenoit pour un propos frip vole, présumant que, s'il l'eust voulu faire, il ne l'eust pas 9 ainsi publié; mais tant y a qu'estant les nouvelles de la bataille 3 rapportées à Lyon, Soubize l'envoya de Lyon porter une

> dépesche à l'amiral, en laquelle estoient ces mots exprès, qu'il p le prioit de le luy renvoyer incontinent, d'autant qu'il estoit

1 . Voir les détails donnés sur Poltrot par les Mémoires de la vie de Jean de Partkenay Larchevêquêy sieur de Soubise, 1879, p. 7â à 79.

3^ homme de service. L'amiral, pour lors, estoil à Selles en

> Berry, duquel lieu le voulant renvoyer à son maistre avec y> response, il le supplia de luy permettre d'aller à Orléans où y> il avoit quelques affaires. Estant l'amiral, puis après de retour y> à Orléans et sur son partement, entendue de Feuquières la 3> suffisance de Poltrot, qui s'estoit offert d'aller au camp des y> ennemis et d'en faire quelque bon rapport, il luy fit donner y> vingt escus pour cest effet. Poltrot, sur èela, retourné des » ennemis à Orléans, fut delà envoyé par Andelot et conduit y> par Traves à l'amiral au premier giste qu'il fit au partir d'Orly léans, à savoir au bourg de la Neufville, où il récita ce qu'il » avoit descouvert des délibérations du duc de Guise, auquel 5> mesmes il disait avoir esté présenté par un gentillhomme de 3> sa connaissance nommé l'Eslan, et jugea l'amiral par son rapy> port, que vrayement il pourroit grandement servir au siège y> d'Orléans. Et d'autant qu'il se disoit estre assés mal monté » pour faire telles corvées, l'amiral qui n'avoit courtaul qu'il luy y> peust bailler, luy fit délivrer cent escus, tant pour acheter un ^ meilleur cheval s'il en avoit besoin, que pour luy donner }> occasion de tant mieux descouvrir ce qu'il pourroit pour le y> rapporter, puis après à Orléans. De ces cent escus, Poltrot D ayant acheté un cheval d'Espagne, demeura au camp du » duc de Guise, logé pour lors au chasteau de Corny jusqu'au )) 18* de février, auquel jour, comme il a dit depuis, descendu y> de cheval en un bois, après avoir disné en une censé, à demi » lieue de la maison desValins, près Saint-Mesmin, il pria Dieu y> très ardemment qu'il luy fist la grâce de luy changer son vou- 3> loir si ce qu'il voiiloit fairQ luy estoit désagréable, ou bien 3> qu'il luy donnast constance et assés de force pour tuer ce » tyran et, par ce moyen, délivrer Orléans de destruction, et tout

> le royaume d'une si malheureuse tyrannie. Et sur cela, résolu 3> de ne perdre l'occasion, ainsi que le duc de Guise, sur le soir i> du mesmejour,en intention d'assaillir les isles la nuictmesme,

> s'en retournoit en son logis, accompagné d'un seul gentil- ) homme marchant devant luy et d'un autre parlant à luy, et » monté sur un petit mulel, il le suivit de si près qu'il luy tira 1 de six à sept pas sa pislole chargée de trois balles, s'effor- 3 çant de le frapper à l'espaule au défaut du harnois* comme

> il fit, parce qu'il pensoit qu'il fust armé par le corps, puis

> donnant des espérons à son cheval, il se sauva par les tail-

> lis dont ce païs-là est tout rempli avec tant de destours, » principalement à un qui va de nuict à travers pais sans

> suivre chemins ne sente, comme il faisoit craignant d'estre

> poursuivi, que ce n'est pas merveilles, joinct que la grandeur

> du faict exploité par luy, quelque résolu qu'il fust ne pouvoit » faillir de Tesblouir, si ayant tracassé ainsi la nuict au 1 lieu de s'esloigner d'Orléans, il se vint rendre au village* I d'Olivet, près du lieu mesme dont il estoit parti , et jus-

> ques au corps des gardes des Suisses qui y estoient logés.

> Ayant recogneu ceste faute et piqué jusques au lendemain

> huict heures, il se logea finalement en une censé pour rafrais-

> chir son cheval, là où s'estant trop fort endormi, il fut trouvé

> et amené prisonnier par soupçon* .

> Trois jours après la blessure du duc de Guise, à savoir

> le 21* de février, Poltrot fut amené devant la royne au camp

> de Sainct-Hilaire, près du bourg de Saint-Mesmin, assistée

> de quelques seigneurs du privé conseil, là où estant interrogé

> qui l'avoit esmeu à faire ce coup, au lieu de respondre sim-

> plement ce que dessus, craignant d'estre exécuté sur le champ, î et cuidant sauver sa vie en chargeant autrui, parce qu'il

> espéroit par ce moyen que pour le moins on le garderoit

> pour le confronter avec ceux qu'il accuseroit, ou que la paix

> se feroit cependant moyennant laquelle il eschapperoit,

> chargea grandement de ce fait, premièrement Feuquières

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