‹ Gaspard Gregoire et ses velours d'artChapitre 5 sur 12 · LES IMITATEURS DE GRÉGOIRE · texte numérisé non relu

LES IMITATEURS DE GRÉGOIRE

Au premier rang de ceux-ci, nous avons indiqué M. Spoerlin, de Vienne, d'après le Dictionnaire des Tissus, de Bezon, sans pouvoir porter d'appréciation sur ses essais.

Nous nommerons encore :

Herguez, vieux dessinateur de fabrique, de Lyon, vers 1850 ou plus tard, qui a fait, paraît-il, un saint Jean Baptiste, médaillon ovale, et un portrait de femme ; ces deux essais ne sortant pas de la médiocrité.

M. Garin, de Lyon, ancien dessinateur de fabrique, qui a exécuté d'abord dans la manière noire, imitation de gravure, de petits sujets : portrait de la Princesse de Lamballe, portrait de femme du Second Empire, etc., qui ne sont pas dénués de mérite sous le rapport composition et exécution.

Il a fait beaucoup mieux encore avec les deux petits tableaux de fleurs qui sont au Musée de Lyon, celui surtout du verre d'eau avec les roses ; ces deux compositions sont assez parfaitement réussies et proportionnées comme étoffe, peinture, etc., pour qu'on puisse les considérer comme se rapprochant de près des velours authentiques de Grégoire, quoique, à l'examen, le type de leur dessin et leur coloris les classent indubitablement en dehors et à l'époque bien postérieure de leur production.

M. Henry, le fabricant lyonnais réputé de tant d'étoffes remarquables, véritables œuvres d'art, a tenté également une reconstitution du procédé Grégoire ; le sujet obtenu dans ce genre, Heure de Baphaël, qu'il avait exposé encore à Galbera en 1906, atteste la réelle difficulté que comporte pareille tentative ; les proportions sont respectées ou à peu près,[le nué est terne avec des tons qui se perdent et

paraissent décolorés ; l'ensemble ne donne pas l'effet des œuvres imitées.

En 1894, lors de l'Exposition de Lyon, M. Martin, alors plieur pour la fabrique, tira parti de ses connaissances techniques, avec le concours de dessinateurs expérimentés, pour un nouvel essai dont les résultats parurent à cette Exposition ; il avait fait : un Amour d'après Boucher, dont un exemplaire se trouve au Musée des Tissus de Lyon ; — une Bergère Louis XV ; — un Christ d'après Flandrin. — Il nous a confirmé lui-même, en nous donnant fort obligeamment des détails sur la marche suivie par lui pour la peinture et le tissage, identique à celle que nous avons exposée, combien il est peu facile d'obtenir un bon résultat et l'ingratitude de ce travail.

Enfin il nous semblerait injuste de ne pas noter l'intéressante imitation des velours Grégoire obtenue par l'impression sur chaîne, mode d'impression qui a du reste complètement remplacé le chiné, en usant de dessins étudiés dans ce but et pour chaque couleur, de planches, gravées en conséquence, soit de cinq à sept fois plus longues selon le retrait du velours au tissage qu'elles ne le seraient pour une impression ordinaire, tout en n'étant pas plus larges que d'habitude ; le tissage du velours remet ensuite le dessin dans ses proportions. On a exécuté de cette manière réellement pratique et industrielle chez des imprimeurs habiles, tels que Brunet- Lecomte à Jallieu, des choses remarquables. Toutefois la planche, quelque habilement combinée et appliquée qu'elle soit, ne peut donner à beaucoup près les finesses du pinceau, ses demi-teintes, ses ombrés, ses fondus, ses contours souples, adoucis, déliés, respectant la ligne du modèle, ni communiquer à l'œuvre comme un caractère de personnalité ; ces impressions ne sont donc pas de véritables velours Grégoire.

Celui-ci, jusqu'à ce que des imitateurs nouveaux de sa patience, de son ingéniosité, de son talent, aient tenté de marcher avec plus de succès sur ses traces, peut-être en utilisant les moyens de plus en plus nombreux dont dispose la décoration moderne, reste bien le maître incontestable

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