SCENE XV
Les Mêmes, LA BARONNE, LE COMTE.
LA BARONNE
Frédéric» ce jeune homme est sans doute celui dont vous nous avez parlé ce matin ?
PRÉDÉRIC.
Oui, madame, c'est lui-méme; il entre à peine dans la vie, et il a déjà bien souffert.
LA BARONNE
Lui aussi 1 ( A Gaspard.) Approchez. Ce que nous savons déjà de vous et de vos malheurs nous a vivement touchés : ces malheurs arrivent à leur terme, croyez-le bien.
LE COMTE
M. Frédéric nous a dit qu’il vous avait rencontré seul et perdu dans la forêt de Ranspacb, vous
n'avez pu lui expliquer alors comment vous vous r trouviez ainsi abandonné, mais aujourd'hui que | par les soins du docteur votre raison a pu s’é- [ clairer , aujourd'hui qu'une vie douce et heureuse a dû ramener le calme dans votre esprit, ne pouvez-vous rassembler quelques souvenirs, donner quelque indice qui nous mettrait 6ur la trace de la vérité ?
Frédéric.
Monsieur le comte, lorsque j'ai rencontré co jeune homme, il n'avait, je vous Je répète, aucune connaissance de lui-méme, il savait & peine articuler quelques mots sans suite et le nom de Gaspard que nous lui avons conservé.
L1 COMTE
Mais ce nom, qui vous l’avait donné?
CASPARD.
Lui.
LE COMTE
Lui?
GASPARD
Le père.
FRÉDÉRIC
11 désigne ainsi l’homme quisans doute l'a élevé, nourri...
LE COMTE
Avant de connaître M. Frédéric, n’avez-vous donc jamais vu que cet homme I
GASPARD
Jamais que lui.
le comte, après un mouvement qu'il contient.
Gaspard, votre mémoire est-elle infidèle & ce point que vous ne puissiez nous dire en quel lieu ■ s’écoula votre enfance?
minime.
Ses souvenirs sont trop confus, trop vagues i pour...
Il COMTE.
Laissez-le répondre.
mina, à part.
Mon Dieul que va-t-ildirc?
la baronne.
Parlez, parlez sans crainte.
GASPARD
Madame, faites creuser cette terre, faites la creuser assez avant pour que tout bruit se taise, pour que toute lumière s’éteigne, faites descendre Gaspard dans ce tombeau, vous connaîtrez alors la demeure qu’on lui avait choisie.
LE COMTE
C’est étrange !
LA BARONNE
Eh quoi I pauvre enfant, ce fut dans un cachot que vous fûtes élové? pendant dix-huit ans vous n'avez pas vu la lumière des cicux, vous n’avez pas entendu la voix d’un ami ?
GASPARD
Oh! si, madame, j'avais un ami ; celui-là venait chaque jour m’apporter mon pain, il restait peu de temps avec moi, et je ne vivais que pendant ce temps; une fois, je l'attendis vainement... oh 1 e% fut mon plus grand supplice que cette attente ;
tout-à-coup les pierres de mon caveau s'ébranlèrent, l’une d'elles vint en tombant me frapper au front ; de ce moment je ne vis, je ne ressentis plus rien, cl quand jo revins & moi, j'étais libre: voilé tout ce que je sais, madame, voilà tout ce que je puis vous dire.
le comte, à part.
C'est luit
LA BARONNE
Pauvre Gaspard ! si jeune et déjà tant de souffrances; mais je vous l’ai dit, tous vos malheurs sont finis, je ne laisserai point à Mina la douce mission do vous refaire une autre existence.
le comte, à part.
O Schwartz, Schwartz!
LA BARONNE
El d'abord, vous ne nous quitterez plus.
le comte, A part.
Que dit-elle?
FRÉDÉRIC
Madame, je vous remercie de vos bontés pour Gaspard, mais du moment oû lo ciel me l’a donné, jo l'ai nommé mon frère. Oh! madame, laissezmoi, laissez-moi mon frère.
GASPARD
Gaspard ne peut suivre la baronne, il ne pourra rester avefi Mina, Gaspard va partir.
TOCS.
Partir !
LE COMTE
Où donc allez-vous ?
GASPARD
Attendez... à Vienne! oui, à Vienne.
le comte, allant A lui.
A Yiennel et qui t’y conduira ?
GASPARD
Lui, le père.
lb comte, vivement.
Tu l’as revu ?
la baronne.
Cet homme alors pourra nous dire...
le comte, cherchant à te contenir.
Oui, vous avez raison, cet homme achèvera les révélations de Gaspard ; je l’interrogerai, mais jusque là, Gaspard restera avec nous, je le prends sous ma protection, et ma protection sera plus puissante que la vôtre, mon cher Frédéric. Venez donc, Gaspard, de ce moment vous ôtes à moi, de ce moment vous ne devez plus me quitter.
Frédéric, à part.
Il a tout deviné.
Partons.
Pendant la fin de la sccne SchwarU a paru a b p«,rle du cimetière; en apercevant le comte, il a fait un monterment de «orprl.e et d'effroi , puil II . prît.! I'»rcill«ï »» moment où leeomte «eut aller prendre la ma.n dcO«pard , e’cit Sebwart. <|o'il trooee, e’cal la main de SclinnrU qu'il rencontre.
SCHWARTZ
üu moment, monsieur le comte.
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