HAUSER
Gaspard, lui prenant la main et la conduisant à
une fenêtre.
Tenez, voyez-vous là-bas... cette tour haute et sombre... tout-à-l'heure j'étais dans le parc, au pied de cette tour... je pleurais, car je pensais à Schwartz... un bruit soudain me fait lever la tête; ce bruit était semblable à celui causé par uno pierre qui sc détache et tombe... et ce bruit mo serra le cœur... Je regarde autour de moi... il mo semble que je me suis déjà trouvé à cette même place... ce sable, ces buissons, ces arbres étaient gravés là... je les avais déjà vus.
LA BARONNE
Ah! continue... continue.
GASPARD
Je me lève... une haie de* verdure se trouvait devant moi... je l'écarte de mes deux mains, et j’aperçois un mur à demi renversé... et derriôro ce mur, un cachot...
Un cachot!
OASPARD.
Le mien! le mien, madame!
LA BARONNE
Le tien !...
GASPARD
Oui, celui où j’ai vécu, où j’ai souffert si longtemps. Ah ! j’ai tout reconnu... la porte, les tombes, la paille pour dormir. A cette vue, tous mes souvenirs sont revenus... toutes mes souffrances se sont réveillées... ma raison éclairée par Frédéric et Mina s’est de nouveau perdue... J’étais le Gaspard d’autrefois... comme autrefois je courus à la porte... toujours fermée... comme autrefois, j'appelai le père à mon aide.. . comme autrefois, il me sembla entendre le bruit de scs pas... On marchait en effet... la haie s’écarta tout-àcoup... un homme parut à l'entrée du souterraiu... Hors de moi, je courus vers cet homme en criant : Père! père!... et cet homme et moi nous poussâmes eu même temps un cri de surprise et d’effroi... cet homme... c’était votro père...
LA BARONNE
Mon père !
GASPARD
Ah! à sa vue, je ne sais quelle secrète horreur s'empara de moi... mes tortures, la mort de Schwartz... tout me revint à la pensée... Bourreau de Schwartz I m’écriai-je, viens donc voir le tombeau de Gaspard ! Et je me précipitai sur lo comte... je l’entraînai dans le cachot... en vain il sc débattait, en vain il me demandait grâce, je ne voyais plus rien que l'ombre de Schwartz qui me souriait, je n’entendais plus rien que la voix de Schwartz qui me criait : Venge-moi... le comte était renversé... une pierre était dans ma main! je la levai sur sa tête...
LA BARONNE
Malheureux I...
GASPARD
I.e vieillard fit un dernier effort... Grâce ! grâce ! mon fils! s’écna-t-il... A ce mot, à l’accent de
cette voix suppliante... je sentis mon délire et ma fureur s’éteindre... l’ombro terrible de Gaspard avait disparu... devant moi, je n’avais plus qu’un vieillard mo demandant la vie à genoux. Je jetai loin de moi la pierre que jo tenais encore... et d'un bond je m’élançai hors du caveau...
la baronne, dont l’émotion est au comble.
Il t’a appelé son fils?... ces paroles, tu les as bien entendues?...
GASPARD
Oui... mais il m’a donné ce titre pour exciter ma pitié... ma mère seulo peut m’appeler son fils.
LA BARONNE
Ta mère!... et qui l’a dit qu’elle existait encore?
GASPARD
Comme vous êtes pâle !... comme vous tremblez...
LA BARONNE
Oh I réponds-moi !... réponds-moi... ma vie est tout entière dans coque tu vas dire! Qui t’a parlé de ta mère?
GASPARD
Lui! lui?... Schwartz... Schwartz, qui m’adonné les moyens de la retrouver.
LA BARONNE
Quels moyens ? achève !
GASPARD
Oh! ce que vous me demandez là, je l'ai caché à Mina elle-même.
LA BARONNE
Oh ! je to le demande à genoux I
GASPARD
Je vous dirai tout... mais bien bas, pour que nul autre que vous n'cnlcndc... Ma mère!... c’est tout mon espoir de bonheur... Un bijou avait été placé surmoi par elle: ce bijou, Schwartz l’a conservé.
LA BARONNE
C’est un bracelet! n’est-co pas?... C’était un bracelet I
GASPARD
Il est là, sur mon cœur.
LA BARONNE
Oh ! donne... donne!
La l.i ron ne cteml le bras, Gaspard alors aperçoit le bracelet au bras de la baroune.
AhI
GASPARD
LA BARONNE
Qu’as- lu donc?
GASPARD
Le voilât
LA BARONNE
En effet, il doit être semblable à celui-ci.
Gaspard, le tirant de son sein.
Tenez... tenez!
LA BARONNE
Oui... oui! c’est bien lui... regarde! regarde»
MAGASIN THEATRAL
Gaspard t... des cheveux forment ces deux brace- J lets... ces cheveux sont ceux de ton père... c’était son unique héritage... et moi-., moi» ta mère! je l'ai partagé avec mon enfant.
GASPARD
Àh! nia mère !...
LA BARONNE
Oui... oui! je suis ta mère!
GASPARD
Ah! ah! ma mère !
Il tombe dans tel brai. j
LA BARONNE
Mon enfant!... mon enfant! Malheureuse! lors- j qu'il parlait de 6cs longues douleurs, je l'écoutais presque sans effroi ; je sentais une larme rouler dans mes yeux... une larme et rien de plus... une larme, et mon cœur ne s’est pas brisé; non, je l’ai plaint comme on plaint un étranger, un malheureux qu’on oubliera bientôt... et c’était mon fils! mon pauvre fils qui avait souffert tout cela.... et pourtant il semble que mon amo ait deviné tes tortures, mon (ifs.:, car pendant dixhuit ans je me mourais ici moi, tandis que tu te ! mourais là-bas.... et ce D’est qu’il y a six mois.. . '
ce n’est qu’au jour do ta liberté que je suis revenue à la vie... Oh ! c’est que j’étais une bonne , mère ! c’est que dix-huit ans mon cœur éprouvait ' tes douleurs... c'est qu’il y a six mois, je te sentais 1 vivre enfin !...
CASPAno.
Oh ! ma mère! que je suis heureux!... Je ne suis plus seul, abandonné dans le monde... j’ai une mère!...
LA BARONNE, CcOllHMt.
Quelqu'un!
CASPAno, avec peur.
Ou vient... pour nous séparer peut-être!
LA BARONNE
Oh ! ne crains plus rien, mon fils... une mère est forte pour défendre son enfant!...
Le comte entre.
CASPARD.
Lui !... c’est lui t