‹ Gaspard Hauser drame en quatre actesChapitre 54 sur 62 · HAUSER · texte numérisé non relu

HAUSER

Gaspard, lui prenant la main et la conduisant à

une fenêtre.

Tenez, voyez-vous là-bas... cette tour haute et sombre... tout-à-l'heure j'étais dans le parc, au pied de cette tour... je pleurais, car je pensais à Schwartz... un bruit soudain me fait lever la tête; ce bruit était semblable à celui causé par uno pierre qui sc détache et tombe... et ce bruit mo serra le cœur... Je regarde autour de moi... il mo semble que je me suis déjà trouvé à cette même place... ce sable, ces buissons, ces arbres étaient gravés là... je les avais déjà vus.

LA BARONNE

Ah! continue... continue.

GASPARD

Je me lève... une haie de* verdure se trouvait devant moi... je l'écarte de mes deux mains, et j’aperçois un mur à demi renversé... et derriôro ce mur, un cachot...

Un cachot!

OASPARD.

Le mien! le mien, madame!

LA BARONNE

Le tien !...

GASPARD

Oui, celui où j’ai vécu, où j’ai souffert si longtemps. Ah ! j’ai tout reconnu... la porte, les tombes, la paille pour dormir. A cette vue, tous mes souvenirs sont revenus... toutes mes souffrances se sont réveillées... ma raison éclairée par Frédéric et Mina s’est de nouveau perdue... J’étais le Gaspard d’autrefois... comme autrefois je courus à la porte... toujours fermée... comme autrefois, j'appelai le père à mon aide.. . comme autrefois, il me sembla entendre le bruit de scs pas... On marchait en effet... la haie s’écarta tout-àcoup... un homme parut à l'entrée du souterraiu... Hors de moi, je courus vers cet homme en criant : Père! père!... et cet homme et moi nous poussâmes eu même temps un cri de surprise et d’effroi... cet homme... c’était votro père...

LA BARONNE

Mon père !

GASPARD

Ah! à sa vue, je ne sais quelle secrète horreur s'empara de moi... mes tortures, la mort de Schwartz... tout me revint à la pensée... Bourreau de Schwartz I m’écriai-je, viens donc voir le tombeau de Gaspard ! Et je me précipitai sur lo comte... je l’entraînai dans le cachot... en vain il sc débattait, en vain il me demandait grâce, je ne voyais plus rien que l'ombre de Schwartz qui me souriait, je n’entendais plus rien que la voix de Schwartz qui me criait : Venge-moi... le comte était renversé... une pierre était dans ma main! je la levai sur sa tête...

LA BARONNE

Malheureux I...

GASPARD

I.e vieillard fit un dernier effort... Grâce ! grâce ! mon fils! s’écna-t-il... A ce mot, à l’accent de

cette voix suppliante... je sentis mon délire et ma fureur s’éteindre... l’ombro terrible de Gaspard avait disparu... devant moi, je n’avais plus qu’un vieillard mo demandant la vie à genoux. Je jetai loin de moi la pierre que jo tenais encore... et d'un bond je m’élançai hors du caveau...

la baronne, dont l’émotion est au comble.

Il t’a appelé son fils?... ces paroles, tu les as bien entendues?...

GASPARD

Oui... mais il m’a donné ce titre pour exciter ma pitié... ma mère seulo peut m’appeler son fils.

LA BARONNE

Ta mère!... et qui l’a dit qu’elle existait encore?

GASPARD

Comme vous êtes pâle !... comme vous tremblez...

LA BARONNE

Oh I réponds-moi !... réponds-moi... ma vie est tout entière dans coque tu vas dire! Qui t’a parlé de ta mère?

GASPARD

Lui! lui?... Schwartz... Schwartz, qui m’adonné les moyens de la retrouver.

LA BARONNE

Quels moyens ? achève !

GASPARD

Oh! ce que vous me demandez là, je l'ai caché à Mina elle-même.

LA BARONNE

Oh ! je to le demande à genoux I

GASPARD

Je vous dirai tout... mais bien bas, pour que nul autre que vous n'cnlcndc... Ma mère!... c’est tout mon espoir de bonheur... Un bijou avait été placé surmoi par elle: ce bijou, Schwartz l’a conservé.

LA BARONNE

C’est un bracelet! n’est-co pas?... C’était un bracelet I

GASPARD

Il est là, sur mon cœur.

LA BARONNE

Oh ! donne... donne!

La l.i ron ne cteml le bras, Gaspard alors aperçoit le bracelet au bras de la baroune.

AhI

GASPARD

LA BARONNE

Qu’as- lu donc?

GASPARD

Le voilât

LA BARONNE

En effet, il doit être semblable à celui-ci.

Gaspard, le tirant de son sein.

Tenez... tenez!

LA BARONNE

Oui... oui! c’est bien lui... regarde! regarde»

MAGASIN THEATRAL

Gaspard t... des cheveux forment ces deux brace- J lets... ces cheveux sont ceux de ton père... c’était son unique héritage... et moi-., moi» ta mère! je l'ai partagé avec mon enfant.

GASPARD

Àh! nia mère !...

LA BARONNE

Oui... oui! je suis ta mère!

GASPARD

Ah! ah! ma mère !

Il tombe dans tel brai. j

LA BARONNE

Mon enfant!... mon enfant! Malheureuse! lors- j qu'il parlait de 6cs longues douleurs, je l'écoutais presque sans effroi ; je sentais une larme rouler dans mes yeux... une larme et rien de plus... une larme, et mon cœur ne s’est pas brisé; non, je l’ai plaint comme on plaint un étranger, un malheureux qu’on oubliera bientôt... et c’était mon fils! mon pauvre fils qui avait souffert tout cela.... et pourtant il semble que mon amo ait deviné tes tortures, mon (ifs.:, car pendant dixhuit ans je me mourais ici moi, tandis que tu te ! mourais là-bas.... et ce D’est qu’il y a six mois.. . '

ce n’est qu’au jour do ta liberté que je suis revenue à la vie... Oh ! c’est que j’étais une bonne , mère ! c’est que dix-huit ans mon cœur éprouvait ' tes douleurs... c'est qu’il y a six mois, je te sentais 1 vivre enfin !...

CASPAno.

Oh ! ma mère! que je suis heureux!... Je ne suis plus seul, abandonné dans le monde... j’ai une mère!...

LA BARONNE, CcOllHMt.

Quelqu'un!

CASPAno, avec peur.

Ou vient... pour nous séparer peut-être!

LA BARONNE

Oh ! ne crains plus rien, mon fils... une mère est forte pour défendre son enfant!...

Le comte entre.

CASPARD.

Lui !... c’est lui t

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