‹ Gaspardo le pêcheur: drame en quatre actes et cinq tableaux, précédé d'un prologueChapitre 18 sur 42 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

GASPARDO, seul, puis PIETRO, puis RAPHAËL.

GASPARDO. Une pirogue qui puisse glisser rapidement et sans bruit... m'a-t-il dit. . . Il y a là-dessous de l'amour ou de la haine... Mais que m'importe à moi!... {Apercevant Pirtro.) Voici Piétro.

piÉTiiO. Tu m'attendais, ami?

GASPAUDO. Oui.... je vous attendais tous les deux.

PIÉTRO. Raphaël vient de me quitter, il n'y a qu'un instant, pour se mêler à un groupe de nobles et de sénateurs auxquels lejusticier Riccardo semblait apprendre, à demi-voix, une mystérieuse nouvelle....

Mais il ne va pas tarder à venir.

GASPARDO. En l'attendant , Piétro , parle-moi du commandant... est-il toujouis triste, soucieux?..

PIÉTRO. Toujours...

GASPARDO. Vraiment!

PIÉTRO. Et depuis quelques jours, il me fait mille questions sur sa mère.

GASPARDO. Et que lui réponds-tu?

PIÉTRO. J'élude le plus souvent la réponse; mais hier il me pressait si fort, que j'ai été forcé de parler, et je lui ai dit : Commandant ! il y a seuleuient cinq ans que , me battant, comme volontaire, sous les ordres du connétable... je le vis assailli dans le fort de la mêlée... je volai à son secours, et la fiueur des ennemis se tourna contre moi ; j'allais succomber, quand, à son tour, le général me

délivra l'épée au poing Dès lors, il ne

voulut plus quitter l'homme avec lequel il avait échangé son sang, et meVamena à Milan.... Mais jusqu'alors... j'avais été proscrit, j'avais tristement vécu loin de l'Italie, tandis que votre père avait épousé et perdu votre mère, dont il ne m'a jamais parlé.

GASPARDO , inquiet. Et que t'a-t-il dit alors ?

PIÉTRO. Rien... mais je l'ai vu qui mettait sa main sur ses yeux pour essuyer une larme...

GASPARDO. Pauvre]enfant... et tu crois, Piétro, que j'aurais pu résister à de pareilles épreuves.... toi qui me disais

Viens avec nous , tu seras gondolier du connétable...

PIÉTRO. C'était pour qu's^u moins tu

» puisses voir le commandan t à ton aise.

GASPARDO. Oui!... mais je me serais trahi, vois-tu, et tout cet échafaudage de^ gloire et d'avenir , si soigneusement construit par le connétable, se serait peut-être écroulé.... Non, non.... je suis entré au service de Conlarini le procurateur, parce que je l'ai reconnu pour le plus grand ennemi des Sforce... ici... j'écoute... j'observe, et s'il se tramait quelque chose contre celui que nous avons fait vœu d'aimer en secret, je pourrais peut-être le découvrir et prévenir le mal.... C'est ici mon poste, Piétro... et puis, vois-tu?., quand nous nous sommes retrouvés tous trois... et que nous avons vu, d'un côté, Visconti sur le trône, et de l'autre, mon petit Gaspardo devenu capitaine des armées , nous avons oublié la vengeance pour aimer et suivre, dans l'ombre, l'enfant du proscrit. Nous avons puisé dans cette affection secrète une existence toute nouvelle

mais quelquefois, ma haine, ma soif de vengeance, se réveillent avec le souvenir de Catarina.

PIÉTRO. Comme la mienne avec celui' de ma pauvre sœur.

GASPARDO. Eh bien! Piétro... quand je lis dans l'avenir du commandant , je me dis.. Taisons-nous!., veillons tous trois... laissons aller les choses, et peut-être bien qu'un jour nous serons vengés.

PIÉTRO. Et comment ?

GASPARDO. Chaque jour l'amour de l'armée augmente pour le commandant et diminue pour Visconti ; le conuuandant s'élève... Visconti s'abaisse... et il pourrait bien se faire que plus tard... (Il regarde autour de lui aoec méfiance. Effrayé. ) Chut ! !

PIÉTRO , mystérieusement. Eh bien....

GASPARDO , se rapprochant. Qu'est-ce que c'est ?

PIÉTRO. Je crois aussi comme toi... que ça pourrait bien arriver.

RAPHAËL , accourant. Frères , écoutezmoi !..

PIÉTRO. Qu'y a-t-il donc ?

> RAPHAËL. Écoutez ! Je vous ai déjà confié l'amour de la comtesse Contarini pour le commandant.

GASPARDO. Oui , oui... toutes les femmes l'aiment... Ensuite ?

RAPHAËL. Ce que je viens vous dire et que je viens d'apprendre , c'est que le commandant aime aussi la comtesse...

que Riccardo, l'espion qui a surpris ce secret... vient d'en prévenir le comte , qui surveille et jure de s'en venger. ( Gaspar^

do et Piétro font un mouvement. ) mais tout n'est pas désespéré puisque Dieu, qui nous a commis tous trois à la garde du commandant nous en prévient à cette heure. .

Je déciderai la comtesse à quitter l'Italie... Il me faudra quelques jours pour y parvenir... Jusque là, Gaspardo, ne quitte pas un seul instant le procurateur... Le jour compte ses pas.

GASPARDO. Ouil..

liAPHAEL. La nuit veille à sa porte.

GASPARDO. J'y veillerai.

RAPHAËL. Toi, Piétro... ne perds pas de vue le commandant... Où est-il maintenant ?

GASPARDO. Sur le canal Tesinello... Il vient de me demander une gondole, et tu penses bien que je me suis empressé de le satisfaire.

RAPHAËL, Blalheureux !.. tu l'as perdu !..

GASPARDO. Perdu !

RAPHAËL. Et ne vois-tu pas que l'amant court sur les pas de la comtesse, et que le mari va se bâter sur les pas de Tamant.

GASPARDO. En effet... ils m'en ont prévenu!., cette pirogue... et je n'ai rien soupçonné!.. Frères î je vais me jeter sur son passage...

RAPHAËL. Pars donc!.. [Leretenant. ) Non î écoute : du sang-froid... tu ne l'at teindrais pas en cbemin, il est trop tard..* Comment pénétrer dans la villa du comte.'*

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