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sumer la direction du théâtre Sant-Angelo. Rien ne convenait moins à l’honnête et tranquille écrivain qui, retiré dans son cabinet de travail parmi ses chers livres, laissait à Luisa le soin de cette entreprise désastreuse. Gozzi dut alors, plus que jamais, se mettre à écrire, mais hélas, pas pour son plaisir: « Affreux supplice que de faire de son esprit métier et marchandise et de débiter sa cervelle à vil prix. Si du moins, il m'était permis de me livrer à un travail moins ingrat que celui de traduire du français des œuvres obscures et méprisables (18). J’ai dans ma tête le plan d’un grand ouvrage : je voudrais populariser dans notre langue les chefs-d’œuvres de l’éloquence grecque et latine. mais, l’hirondelle peut-elle prendre un libre essor dans les cieux quand ses petits l’attendent au nid, le bec béant et le gosier vide. » Gozzi avait trouvé un emploi auprès de Marco Foscarini qui écrivait alors l’histoire de la littérature de Venise. Pauvre Gasparo qui devait courir derrière ce sévère homme d’Etat, solennel, même en robe de chambre, qui le traitait de façon fort impérieuse : spectacle lamentable que celui de Gozzi, né riche et noble, s’attachant au service des seigneurs dont il était contraint de rechercher la protection et devenant, comme il le dit lui-même dans une de ses lettres : « Valigia di casa Foscarini » (19). Le Procu-
(18) I1 traduisait alors Marmontel dont il s’inspira (dans plusieurs (de ses nouvelles.
(19) Lettre à Caterina Tron.
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rateur aurait pu confesser tout ce qu’il devait à son protégé; il ne le fit pas. Avare de sa réputation littéraire et grand seigneur, il n’admettait pas l’idée d’une obligation quelconque envers un homme pauvre et salarié. Le poète se vengeait en traitant l’autre de «gran cagnesco»> et souffrait patiemment dans l'espoir d’obtenir bientôt la chaire de grec et de latin de l’Université de Padoue. Malheureusement, l’appui de Foscarini se révèla insuffisant et l’on préféra à Gasparo un certain Clemente Sibiliato, médiocrement intelligent mais qui, du moins, savait un peu de grec.
Gozzi devait donc continuer à faire argent de sa plume. Or, depuis le siècle précédent, c’est au journalisme que s’adressaient les beaux esprits peu fournis des biens de ce monde.
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