‹ Gasparo Gozzi, JournalisteChapitre 17 sur 69 · SR TE · texte numérisé non relu

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faisaient paraître tous les mois des feuillets rédigés en latin ou en toscan. Dans ces « Atti granelleschi », sorte de bulletins littéraires, ils vitupéraient contre les mauvais écrivains qui foisonnaient alors. Dans leur ardeur à défendre la pureté de la langue, ils combattaient à la fois Goldoni et l’abbé Chiari qui paraissait s’en soucier fort peu (30). C’est Carlo Gozzi qui, en publiant la Tartana degl Influssi per l’anno bissestile (sic) 1756 (dédiée à Sua Eccellenza il Signor Daniele Farsetti), avait donné le signal des hostilités. Dans les poésies variées, à la manière de Burchiello, qui composent cette œuvre, il tournait en dérision l’extraordinaire proxilité de Goldoni et de Chiari (31) et terminait par un « sonetto caudato > adressé au libraire qui était chargé de la vente de la « Tartana ». Il portait là un terrible coup à ses deux rivaux en même temps qu’à leurs admirateurs (32).

Les autres « Granelleschi » le suivirent avec plus ou moins d’entrain. Giannantonio De Lucca alla jusqu’à

(30) Les «Granelleschi> semblaient redouter que la comédie écrite ne vint supplanter la comédie improvisée, chère à Carlo Gozzi.

(31) «Darannovi di scritti uno spedale Da farne controversia e apologia I1 celebre Dottor tale, o cotale, L’insigne Abbate, o il mal che Dio vi dia. »

(32) «Di che l’opra è del Chiari e del Goldoni E ch’ella è scritta in versi martelliani.

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Vedrai volerla à costo de’ polmoni

Da un’ stormo d’eruditi Veneziani;

Che scuotendo le mani,

Diran: Grand’uom, gran verso, gran sentenze. »

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qualifier les deux malheureux auteurs d’ «ânes» et de «têtes de bœufs sans cervelles » (33). Giuseppe Cherubini les injuria avec autant de vulgarité (34). L'Académie finit par tomber dans un excès : devenue très «petite chapelle », elle flétrissait tous les écrivains qui n’en faisaient pas partie. Elle cessa d’exister en 1762.

Disons un mot en terminant des Lettere Diverse de l’académicien «Granellesco >» (35), dont les deux tomes dédiés, l’un à Marco Foscarino, l’autre à Bartolomeo Vitturi, parurent en 1750 et 1752 et sont un échantillon de cette littérature épistolaire déjà en honneur à Venise au dix-septième siècle et dont la vogue, due à l'influence de Voltaire et de Montesquieu, devait s’accroître dans la première moitié du dixhuitème (36). On peut les considérer comme une sorte de prélude aux journaux de Gozzi, malgré les dix années qui les séparent de ceux-ci. Les continuelles préoccupations du moraliste et du peintre des hom-

(33) Cf. « Afti degli Accademici Granelleschi, dicembre 1760.» Les 12 sonnets de G. De Lucca y figurent. Ils furent édités par la suite dans la « Nuova Raccolta di operette italiane in prosa e in verso », Treviso, 1799, vol. X, p. 27-38.

(34) « Cervel pieno di boria

Se vuoi ch’ eterno il tuo nome abbia a vivere,

Abbrucia tue commedie, impara a scrivere. >» (Ce sonnet était adressé à Goldoni. Cf. G. Cherubini, Poesie bernesche dell’autore dei miei pensieri, Venezia, 1767, p. 90.)

(35) Cf. à ce sujet: Ottavia Bassi, p. 120, 125-131. (36 Citons de 1743 à 1746, les Lettere critiche, giocose, morali, ecc…, de l’avocat Giuseppe Antonio Costantini et, en 1749, les Let-

tere scelte di varie materie piacevoli, critiche ed erudite de Pietro Chiari.

mes y transparaissent déjà. I1 cherche à divertir, il saisit le côté comique des choses, il ironise avec l'humour qu’il montrera par la suite, il sait créer de charmants tableautins. Quant à la satire qu’il fait des mauvais écrivains de son temps, elle est inimitable de finesse et de grâce. En un mot, les Lettere Diverse font pressentir tout l’art subtil du chroniqueur qui s’épanouira entre les années 1760 et 1762.

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