‹ Gasparo Gozzi, JournalisteChapitre 16 sur 69 · RE AU · texte numérisé non relu

RE AU

1747 (23). Ecoutons maintenant, sans nous arrêter davantage à cette erreur, ce que dit Carlo Gozzi : « Depuis 1740, une joyeuse académie s’était établie à Venise, par un caprice de gens de lettres. Cette académie se vouait au culte du langage pur et de la simplicité. Sous le nom comique d’ « Accademia Granellesca », elle déguisait sa prétention de ramener la jeunesse au goût des bonnes choses. »

Gasparo Gozzi dans une lettre pleine de verve (24) trace un portrait fort ressemblant de l’« Arcigranellone >» mais, d’après Daniele Farsetti, il s’éloigne de la vérité quand il narre l’histoire de la fondation de l’Académie, à laquelle il ne prit aucune part (25). Voici comment Farsetti la conte à son tour : « Dans la soirée du 5 avril 1747, une bande de joyeux jeunes gens se rendit au couvent de San Domenico où l’on fêtait Saint Vincent Ferrier. Un prêtre, un peu simple d'esprit, Giuseppe Sacchellari récita à la gloire du Saint « una certa sua canzonaccia in cosi nuovo

(23) T1 est singulier que Tommaseo (donne les deux dates: celle de 1747 (Storia Civile nella letteraria, p. 204) et celle de 1740 dans une étude qu’il publia sur l’abbé Chiari. Cette contradiction est. due sans doute à une simple négligence. E.-A, Cicogna donna la date exacte: Saggio di bibliografia Veneziana, Venezia, 1847.

(24) Lettera al sig. N.N. in cui è descritto il principio dell’ adunanza dei Granelleschi. Opere, vol. VII.

(25) «Piuttosto favola che verità e cosa poetica che veridica narrazione » (Memorie dell’ Accademia Granellesca scritte da Daniele Farsetti tra gli accademici granelleschi detto «il Gognito » e mecenate dalla detta accademia in « Nuova Raccolta di Operette italiane in prosa e in verso inedite o rare.»

(Volumetto XIV.)

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e disusato stile che Domine aiutaci». Deux jours après, les amis rencontrent Sacchellari, place San Marco. Aussitôt, ils l'entourent, et lui disent, en manière de plaisanterie, que depuis longtemps ils songeaient à fonder une académie, mais qu’ils ne trouvaient personne qui fut digne de la présider. S’il voulait les suivre au café de Menegazzo où ils se réunissaient pour y lire certaines de leurs œuvres, peut-être, lui, Sacchellari, pourrait-il être ce prési: dent Le pauvre prêtre, naturellement très flatté, accepta. Après plusieurs séances où les mauvais plaisants s’amusèrent à ses dépens, l’Académie fut enfin fondée, le 28 mai, et elle élut pour domicile la maison de son futur secrétaire, l’abbé Piantoni. Sacchellari * était, à l’unanimité des voix, proclamé président. En 1752, « l’Arcigranellone » était confirmé dans sa charge et nommé à vie. Gasparo Gozzi, avec sa fine ironie, nous l’a dépeint dans la première de ses «Cicalate » (26) et nous le présente dans un amusant sonnet (27).

Cependant, ces jeunes gens facétieux ne s'étaient pas réunis uniquement pour rire et se moquer. Carlo

(26) « Movesi il nostro supremo Granello sulle sue proprie calcagna sopra un paio idi scarpettacce soletto, rinvolto come un fegatello nel semplice mantel suo con quel cappellino che da parecchi anni in qua copre una zucca nella quale non ci è uomo che giungesse mai a sapere quel che è dentro e senza rumore veruno manda ad esecuzione una delle più importanti faccende che nascessero nel reame della Granella. > (Cicalata T, Opere, Vol. VII.)

(27) «in un grande mantello collocato. Come il battaglio in mezzo alla campana.> « Nuova Raccolta », vol. XII (éd. citée).

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Gozzi déclare que l’Académie « serio-faceta >» se proposait d'accomplir la réforme du goût par un retour au classique, d’épurer la langue, de faire naître dans les jeunes esprits l’idée du Beau et enfin, de remettre en honneur l’étude de Dante. Les « Granelleschi », en effet, se proclamèrent « danteschi»>, mais, s’ils étaient de fervents admirateurs de l’Alighieri, ils l'étaient aussi de l’Ariosto et même d'écrivains tels que Luigi Pulci, Burchiello et Berni. La poésie burlesque sévissait au dix-huitième siècle et Gozzi se révéla un de ses fidèles partisans (28).

Quand l’ardeur des académiciens commença à se ralentir, Gasparo leur proposa de se réunir dans la maison de Daniele Farsetti pour y achever la lecture de la Divine Comédie (29). C’est là que prit naissance la Difesa di Dante. Chacun des membres de l'Académie avait pris un pseudonyme; quelques-uns nous sont connus: «il Fecondo»> ou il « Velluto » n’était autre que Gasparo Gozzi; « il Solitario », Carla Gozzi; «il Mancino >, Giovanni De Luca; «il Cognito », Daniele Farsetti. Ceux-là et d’autres encore

(28) «Luigi Giusto a questi di m’ha detto.

Che un conte Gozzi in Venezia si trova, Il quale in questo stil tutto è perfetto. »

(Baretti, cap. al Vitturi.)

(29) « Qui la Compagnia dantescha ripiglia le sue forze, ma la S.V. l’ha abbandonata e mi dispiace perchè siamo alle porte del Paradiso, e io sono poco teologo onde poco aïltro potré fare di pit che leggere. » (Lettre de G. Gozzi à l’abbé G. Gennari, 17 Mars 1753.)

«Quattro o cinque sono gli ascoltatori e sbadigliano.» (Lettre du même au même, 22 Mars 1753.)

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